Écrire des histoires de vie

Vous désirez écrire une vie ?

… la vôtre ou celle d’un autre, ou encore la vie d’un personnage né de votre imagination ?

L’expérience humaine peut s’écrire de mille manières et le plaisir de cet atelier est là : chercher, explorer, découvrir, rendre vivant.

Commençons par caractériser votre personnage, l’incarner en le faisant vivre dans des scènes. Cherchons qui va raconter l’histoire et quelle sera la voix de la narration. Collectons les éléments d’une trajectoire…

Des vies, « telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu’une passion les anime. » (J.B. Pontalis pour la collection L’un et l’autre chez Gallimard)

Nous parvenons au constat que, pour écrire une histoire, il faut un angle, ou une quête. Le personnage manque de… réalisations, amour, reconnaissance, paix avec soi-même, réussite professionnelle… quoi d’autre encore ? Donc il se met en marche, rencontre des obstacles, les dépasse, etc.

Étape après étape, l’atelier vous accompagne sur les chemins de l’écriture d’une histoire de vie. Vous donnez du goût, de la chair, de la présence à votre personnage et à vos scènes. Vous mettez l’histoire en musique, cherchez son rythme, ébauchez la structure de votre récit.

Ainsi, peu à peu se précisent les enjeux de l’histoire. Ainsi vous approchez-vous du mystère de celui, celle, à qui vous donnez vie en l’écrivant.

    « Une vie : études, maladies, nominations. Et le reste ? Les rencontres, les amitiés, les amours, les voyages, les lectures, les plaisirs, les peurs, les croyances, les jouissances, les bonheurs, les indignations, les détresses. » Roland Barthes



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Espèce d’espace

C’est avec Georges Perec que vous écrivez, ce samedi aux Buttes Chaumont, pour tenter de saisir un peu de la vérité de ce lieu où nous nous retrouvons pour la deuxième fois.

Avec Georges Perec et sa recherche sur l’espace

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Avec Georges Perec et son travail sur l’infra-ordinaire (vous pouvez découvrir l’intégralité du texte dans cet hommage signé remue.net) :

Approches de quoi ?

« Les journaux m’ennuient, ils ne m’apprennent rien ; ce qu’ils racontent (…) ne répond pas aux questions que je pose ou que je voudrais poser.
Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il ? Ce qui se passe chaque jour, le banal, le quotidien, l’évident, l’ordinaire, l’infra-ordinaire, le bruit de fond, l’habituel, comment en rendre compte, comment l’interroger, comment le décrire ?
(…)
Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine. Retrouver quelque chose de l’étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d’un appareil capable de reproduire et de transformer les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d’autres, et ce sont eux qui nous ont modelés.
(…)
Il m’importe peu que ces questions soient, ici, fragmentaires, à peine indicatives d’une méthode, tout au plus d’un projet. Il m’importe beaucoup qu’elles semblent triviales et futiles : c’est précisément ce qui les rend tout aussi, sinon plus, essentielles que tant d’autres au travers desquelles nous avons vainement tenté de capter notre vérité. »

Approches de quoi ?

Quelques fragments d’espace cueillis par vous cet après-midi-là :

« Des grappes de passants par dizaines.
La nature qui semble s’effacer devant cet envahissement. L’herbe est douce, verte, accueillante et désordonnée. Au loin, un groupe de gens s’attarde sur la passerelle étroite.
Le parc des Buttes Chaumont, ce sont aussi des couleurs, des effluves discrètes. L’herbe fraîche, la sueur, le vin. Le parc des Buttes Chaumont, c’est une mosaïque humaine et des origines diverses, un parfum de jeunesse et de nonchalance.
Comme cet homme qui s’expose, sans gêne, repu de soleil.
Ce doit être le cèdre du Liban où les jeunes gens qu’il abrite avec bienveillance.
Il me semble, l’espace d’un instant, que je me trouve sur un campus Californien, pas très loin du Japanese garden.
Ça se bécote, ça complote et ça s’embrasse dans toutes les langues.
C’est ça le charme des Buttes Chaumont, être ici et ailleurs. »
Léa

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« Des chiens jappent en toute liberté, balayant l’air d’une queue enthousiaste. Ce que cherchent les parisiens et leurs touristes est là : déambuler à son rythme, s’asseoir au frais ou en plein cagnard seul ou en groupe ; amener le chien en balade, mamie en fauteuil roulant ou bébé en poussette ; immortaliser le mariage du samedi par des photos réussies… Les enfants du samedi pédalent, patinent sans heurts sous la surveillance distraite des parents. Une femme s’allonge sur un banc, son voisin aveugle se tient droit, les mains appuyées sur la canne blanche verticale.
Et toujours, partout, les arbres aux noms et provenances multiples. Les troncs monumentaux et les sous-bois en plein Paris.
Ne plus entendre la ville, profiter de la chanson des oiseaux ou du murmure limpide de la cascade. Tout est là. »
Brigitte

« Ce qui m’empêche de profiter de la beauté de ce parc, ce sont ces promeneurs qui arpentent les allées, bavards polyglottes, belles au regard protégé de verres fumés à l’affût de celui, admiratif, des garçons croisés, couples enlacés, étrangers à ce qui les entoure, touristes affublés de sacs à dos et de caméras, solitaires en chasse, familles bruyantes d’enfants éparpillés, processions qui se déroulent sans but affiché.
Mais par-dessus tout, ce sont les bruits, timbres de voix fugaces, accents étrangers, mots perdus portés par le vent qui s’accordent avec le babillage des oiseaux, le grognement de la ville toute proche et la grosse caisse qui rythme les pas. Cette cacophonie vient se heurter au silence immobile des arbres.
À leur densité répondent ces amas bigarrés de la grouillante humanité qui occupe tous les espaces, taches mouvantes et lumineuses sur fond de verdure. »
Lisette

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« Des vélos, des trottinettes, des poussettes, des rollers, et même des caddies et des promeneurs qui s’entrecroisent dans une improbable chorégraphie.
Du français accroché, de l’arabe décliné de milles musicalités, du chinois, de l’espagnol, du russe, du polonais et toute la suite en langues de l’est majeur : concert d’espérance.
En un carré d’herbe, le monde. »
Annpôl

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« Regarder autour de moi.
Je dérive de suite dans le mouvement ou l’immobilité des visiteurs. Et passerai plus d’une vingtaine de minutes en cet endroit, hypnotisée par la grande pelouse parsemée de corps de toutes couleurs, dans toutes les positions, et emportée par le tourbillon des visiteurs. Arrivant tout juste à noter ce qui arrive et m’arrive. Envahie de visions et de sensations. Je tiens bon, le crayon suit comme il peut. Je sens encore sa vitesse ! J’essaie de tout noter. La tête va et vient entre ce que je vois et mon cahier. »
B.

Écrire, pourquoi ?

« Écrire pour retoucher, revoir, réparer, réajuster, recomposer.

Écrire pour revenir. Encore et toujours.
Pour rendre visite aux balbutiements, aux fissures, aux tremblements, aux éblouissement.
Être pile là où on a perdu la voix.
Regarder la stupéfaction, la vêtir, la mettre en scène, la draper, lui offrir des listes infinies de rôles, de masques, de gestes, de couleurs.
Écrire pour être enfin son propre labyrinthe.
Pour le goût du vertige. Pour sauter dans le vide sans mourir.
Pour dire non. Pour désobéir à la chronologie.
Écrire pour se cacher, se perdre, se blottir.
Pour ne pas être soi. Pour respirer mieux.
Écrire pour inviter. Pour être ensemble. Pour le plaisir de faire face. »

Ainsi répondit Colette Fellous avec 41 auteurs, à la question Écrire, pourquoi ? posée par Catherine Flohic alors créant les Éditions Argol.

Petites formes

La petite forme, c’est le plaisir de la saisie.

Art de la cueillette et de l’esquisse, la petite forme s’approche du travail du peintre, elle aiguise tant le regard (la perception, le souvenir) que l’écriture elle-même.

On appelle aussi la petite forme fragment.

Après la première récolte, la petite forme demande de travailler la matière saisie — la reprendre comme on pétrit une terre, ou plutôt comme on taille une pierre, avec patience, précision… jusqu’à atteindre la condensation et la musicalité qui rendront une atmosphère, une respiration, un rythme – et feront vibrer les silences (les blancs) entre les fragments.

La petite forme, c’est aussi le plaisir de ciseler, tailler, renforcer ou atténuer, choisir l’angle… un plaisir d’artisan, d’orfèvre.

Dans mes ateliers, on travaille souvent les petites formes.

écrire là

Je n’avais pas fait le projet de vivre entourée de mots

Je fus longtemps sans savoir qu’écrire – contribuer à l’intelligibilité du monde avec les mots – deviendrait l’un des noyaux qui donnent aujourd’hui sens à ma vie.

Mon écriture, étrangement liée à celles des autres. (Était-ce d’être née fille ? Sœur aînée ?) J’avais été programmée pour prendre en charge les besoins des autres. Cette orientation de mon désir guiderait mes choix de vie, de travail – elle devint l’un des éléments fondateurs de la posture qui me voit inviter ceux qui le désirent à écrire dans mes ateliers, ou en accompagner d’autres dans le retravail de leur manuscrit avant publication.

Je n’avais pas fait le projet de vivre entourée de mots, je n’ai pas répondu au désir explicite de l’enfant qui aurait très vite su, comme de nombreux écrivains le disent, qu’« un jour je deviendrai écrivain ». Non. J’ai plutôt laissé faire le cours mystérieux de la vie sans me demander où il me conduirait. J’ai commencé par dessiner avec passion (la peinture, l’image, ce qui se voit) tandis que j’écrivais caché, dans des journaux intimes, pour penser le monde et chercher sens à ma vie.

J’ai choisi un métier utile, qui me permettrait de gagner ma vie rapidement, un métier qui, sans que je le sache vraiment, me demanderait d’écrire énormément. Je suis donc entrée dans l’écriture sans le savoir. J’écrivais au sujet d’adolescents meurtris que j’accompagnais à s’engager sur leur chemin de vie. Nous cherchions ensemble quelle place ils pourraient occuper dans le monde — je rendais compte de nos avancées à ceux qui avaient pouvoir de décider si les institutions responsables continueraient à veiller sur eux. Ainsi ai-je très vite agi sur le monde par l’intermédiaire des textes dont j’étais l’auteur. Cette posture — être au monde par ses textes — je l’ai retrouvée dès mes premiers ateliers d’écriture.

J’ai tout de suite profondément aimé les ateliers. J’y trouvais solitude et silence pendant les temps d’écriture, et rencontre avec les autres par l’intermédiaire de ce qu’ils donnaient dans l’écriture. Des liens se tissaient au travers de nos désirs partagés pour les textes et pour les livres. La littérature ordonnait en quelque sorte nos échanges. Nous tendions pauvrement nos désirs d’écrire vers elle et ces efforts étaient entre nous gages de respect. L’autre ne surgit pas dans sa présence nue, dans l’atelier ; ce qu’il donne a été transformé. Entre soi et les autres se trouvent les textes, et c’est cela qui fonde l’atelier.

L'art...

Ce qui ne s’est jamais dit

On travaille à partir de quelques images auxquelles on est assujetti, qu’on tente de déployer dans l’écriture…

… écrivait celui qui cherchait ce qui se cache sous les mots, invisible.

    « On écrit pour laisser la parole à ce qui ne s’est jamais dit, à ce qu’on n’était pas à même de dire. On s’avance sur un territoire inconnu, non quadrillé, non répertorié dans notre cartographie intime. Écrire, pour moi, c’est une traversée sans boussole, sans orientation précise. »

JB Pontalis, dans L’amour des commencements, se demande comment l’enfant qu’il fut — plongé dans le silence par la disparition précoce de son père — devint le psychanalyste, écrivain et éditeur qu’il était — un homme principalement occupé des faits du langage.

La langue, désirable et mystérieuse, insaisissable et pourtant nécessaire — sa « belle étrangère ».

    « Par brèves saisies, sans que nous puissions décider qui saisit qui, nous avons l’illusion de la tenir, mais la voici de nouveau fugitive et retrouvant du coup tous ses pouvoirs – d’envol, de dispersion, d’ubiquité, d’enracinement. Air, eau, feu, terre : en elle se conjuguent tous les éléments. »


Braque, Grand Palais 2013

Dialogue avec Colette Fellous sur France Culture au moment de la sortie de L’enfant des limbes : À voix nue — pour le plaisir d’entendre à nouveau sa voix.

Faire écrire des fictions ?

« Vous verrez qu’on peut raconter une histoire d’amour, une enquête criminelle ou une chronique familiale de mille manières différentes et que ce n’est pas la nouveauté de l’histoire qui compte, mais la manière dont on la raconte. »

C’est Martin Winckler, cet amoureux-raconteur-d’histoires dans l’enjeu de la narration.

Martin Winckler fait partie des compagnons auteurs qui m’ont entourée ces dernières semaines tandis que je préparais le programme des ateliers.

Un premier atelier : l’atelier commencer un récit long.
Perec y rejoint Winckler pour l’amour des histoires « qui se dévorent à plat ventre sur son lit. »

Perec, qui a inspiré Winckler, qui vous inspirera à son tour tandis que je vous écouterai écrire.
(Oui, sans doute est-ce cela qui fait ma posture lorsque je vous accompagne dans l’écriture en atelier : je vous écoute écrire.)

Cette écoute, (accompagnement et traversée) — outre un goût profond pour l’art et mon expérience de la psychanalyse –, cette écoute s’est construite depuis mon amour immodéré pour les histoires qui nous disent les hommes et le monde dans le silence des livres.

Enfin. Avant d’accéder aux voix qui parlent dans le silence des livres, il y eut un passeur ; un passeur et une voix — la voix de mon grand-père me lisant les histoires des frère Grimm (ces collecteurs de légendes), le soir dans la maison du Nord où nous passions ensemble l’été.

La journée, il y avait l’espace immense des plages du Nord et l’attente de la voix qui raconterait, le soir, les histoires qui font le monde habitable, intelligible.

C’est encore Winckler. Il dit que les livres le consolent, l’éclairent, le fortifient.

Avec Winckler, avec Perec et bien d’autres — je vous invite à écrire des fictions qui nourriront notre plaisir d’écouter les histoires qui naissent dans le silence des livres.

L’écriture et la vie

Avec Laurence Tardieu

J’ouvre ma fenêtre de lectrice sur un livre tout juste paru, en ce début 2014 : L’écriture et la vie, de Laurence Tardieu. J’ouvre ma fenêtre sur cette voix qui parle d’écriture, des difficultés profondes rencontrées à écrire, de la peur de ne plus parvenir à trouver des mots à soi, du processus qu’on traverse, pourtant,
de cette traversée.

    « J’avais peur de mon propre désordre intérieur
      peur de perdre pieds. »

 « Dans la vie aussi j’avais peur de perdre pied. »

« L’écriture, comme l’amour, n’a de sens que si l’on accepte de perdre pieds. De quitter le rivage.

Quitter la terre ferme, se laisser emporter. »

premiers jours 14

« Bien sûr, il y a un risque à prendre : en amour, comme en écriture, on peut y laisser sa peau. »

    mais
    « rien dans la vie – ni la pensée, ni le rêve, ni le désir, ni la volonté –, rien ne me permet de pénétrer ces espaces si ce n’est l’écriture. »
    « Seule l’écriture me donne un véritable sentiment d’appartenance au monde. »

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      « Sensation aiguë, ces jours-ci, de me battre avec mon texte, de me battre avec moi-même. Mais finalement toute expérience d’écriture ne consiste-t-elle pas en ce combat ? »

« J’avais écrit juste … mais quel risque avais-je pris dans cette histoire ? »

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      « combat entre soi et soi,
      combat contre sa peur, contre sa nuit,
      combat pour repousser ses propres limites, franchir des frontières intérieures, atteindre des contrées jusque là inconnues de soi,
      combat pour chercher, de toutes ses forces,
      comment être plus libre. »

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« avoir osé être libre. »

« Je suis passée de la peur au désir plus grand que la peur. »

Je referme ma fenêtre sur le livre. De Laurence Tardieu, j’avais rapporté d’autres paroles lorsqu’elle racontait l’atelier d’écriture qu’elle avait proposé à des personnes en souffrance psychique.

Dans ce livre, une fenêtre donne sur des arbres et veille sur l’écriture. Oui, il y a ces peurs qui menacent avec écrire, et ce bonheur très grand, lorsqu’on accoste sur l’autre rive après la traversée.

S’adresser

Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles,

écrit Michel Leiris.

C’est après Noël. Je trouve ces mots de Leiris sur une carte postale achetée lors d’un autre Noël, peut-être. Oui. Les mots parlent rarement la même langue que les actes.

Écrire. S’adresser.

Pierre Michon dit qu’écrire est le contraire absolu de la parole.

Quand on a que les mots dans le silence d’écrire, écrire devient l’acte.
Écrire est cet appel adressé à l’autre absent.

Avec Pierre Michon

« J’ai face à l’écriture une tactique contournée, peut-être superstitieuse…

… c’est-à-dire qu’il faut que j’approche l’écriture par des traverses, des biais, les mille ruses de la latéralité ; c’est ce que je fais, m’approcher »

C’est Pierre Michon, énonçant ce qui le constitue écrivain dans Le roi vient quand il veut.

    « Ça marche si mon angle d’attaque latéral est juste. Et ça ne marche pas si j’aborde mon sujet frontalement. Je passe mon temps à déplacer le tabouret. Si je me dis bille en tête, bien assis devant la question : « Qu’est-ce que je pense de Rimbaud, qu’ai-je à dire devant cela ? », rien ne peut en sortir, absolument rien. Mais tout d’un coup, un jour, un matin, j’ai bien déplacé le tabouret, j’ai biaisé la question, et ma première phrase est là. Et quand la première phrase est là, il n’y a plus qu’à tirer le fil, tout continue, tout « marche ». Je peux ajouter que ça marche quand je suis ivre de mon sujet, quand je m’éprends de lui. »

Intense nécessité de dire ; cruelle exigence ; connaissance des abîmes… La création fraie ses chemins entre longues périodes arides et puissantes pulsations de l’écriture.

À la question du miracle que fut pour lui les Vies minuscules, Michon répond :

    « Le miracle c’était simplement, à près de 40 ans, de pouvoir danser enfin sur mes deuils. C’était que mon désastre intime se résolve en prouesse, mon incapacité en compétence, ma mélancolie en exultation, bref, toute chose en son contraire. »


Et, pour accompagner ces fêtes dont je souhaite qu’elles soient celles du passage vers un renouveau, je vous confie ces derniers mots :

    « Écrire, c’est changer le signe des choses, transformer la douleur passée en jouissance présente, faire de l’art avec la mort. Je ne valorise absolument pas la douleur, je ne suis ni doloriste ni saint-sulpicien. Seule l’écriture, cet après-coup inouï, peut la sublimer en joie, c’est-à-dire lui donner un sens. L’écriture n’est jamais là au moment où les choses se passent, elle vient après, bien après parfois. »

Passion et création