Une chambre d’exploration

J’ai toujours aimé les cartes

Les regarder, les rêver ; projeter un trajet en le repérant sur la grande Michelin, la garder dépliée sur le siège passager pour y suivre la route, étape après étape. Passer du tracé à plat des routes à l’expérience en relief des paysages traversés. Me perdre, au volant d’une Deux-chevaux jaune bouton d’or, aux confins entre la Grèce et l’Albanie et me trouver nez à nez avec un garde armé au regard et à la posture très redoutables parce que, malgré le caractère détaillé de la carte, il restait difficile de déchiffrer les noms écrits en caractères grecs, non traduits à l’époque dans ces lieux reculés – le sont-ils aujourd’hui ?
Maintenant que je ne sillonne plus les routes du monde en voiture, reste l’appel à la rêverie qu’éveillent les plans, les cartes.

Je ne suis pas la seule. Parmi les écrivains qui nourrissent leurs projets en s’inspirant de plans et de cartes, Jean Echenoz raconte que, pour écrire un roman, il part de l’idée d’un lieu, d’un paysage, d’une entreprise… Jean Rollin, lui, part aussi de cartes et de plans – de « tout un fourbi de tas de choses accumulées », dit-il – et ne commence à écrire qu’ensuite.

Il y a aussi Patrick Modiano, qui tisse pour ses romans de forts ancrages dans le Paris de ses souvenirs, le Paris arpenté, le Paris de ses fantasmes. (J’ai déjà raconté ici m’être inspirée de son œuvre pour un atelier Écrire avec Modiano dans le jardin haut perché de Belleville.)

Modiano qui fait revivre des quartiers de son passé à travers des personnages qui y ont vécu ; qui pense que les lieux gardent l’emprunte de ceux qui les ont traversés – « Si je passe ici je peux entrer en résonance avec eux » ; qui imagine, dans Fleurs de ruine, que les rues et les boulevards de Paris « sont comme l’étang […] au fond duquel se déposent, par couches successives, les échos des voix de tous les promeneurs qui ont rêvé sur ses bords. L’eau moirée conserve pour toujours ces échos…»

Vous voyez la rue Beccaria, à côté du marché d’Aligre, sur cette carte du 12° arrondissement ? Nous y étions, hier et avant-hier, pour l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture, quatre participants et moi, la passeuse – l’animatrice.

Dans cet atelier, j’aime proposer de véritables expériences avec l’écriture. C’est à dire donner aux imaginations des uns et des autres le temps pour qu’elles se déploient, et leur proposer des formes qui permettront ce déploiement.

J’ai donc proposé à Marie-Noëlle, Sarah, Sylvie et Gilles d’explorer les lieux qui leur étaient familiers – de les écrire sous forme de trajets, puis d’y placer des personnages, et de tisser le récit d’une rencontre en tressant l’histoire avec les noms – de rues, de commerces, de lieux, etc. – qu’ils avaient auparavant collectés.

Nous avons donc joué, avec Modiano, à devenir écrivains enquêteurs. Modiano qui, écrivant Dora Bruder, sort de l’oubli une jeune fille juive déportée pendant la guerre, une jeune fille anonyme, dont le monde aurait sans lui perdu la trace.

Nous n’étions pas dans le Paris de la guerre, mais en mars 2018, rue Beccaria, dans le 12° arrondissement de Paris. Par la vitrine donnant sur rue, je regardais, tandis qu’ils s’aventuraient dans leurs histoires, la neige tomber.

J’écrivais hier soir, revenant de la rue Beccaria, et m’inspirant de L’éloge du risque d’Anne Dufourmantelle, que l’atelier est une chambre de rêves et d’écriture. J’ajoute, en souvenir des textes entendus hier en fin d’atelier, qu’il est aussi une chambre d’exploration.

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Une chambre de rêves et d’écriture…

Quelle belle métaphore pour l’atelier à venir !

« On aime dire : j’ai gagné du temps, comme si ce gain pouvait nous satisfaire […] Ce gain imaginaire, il se distille partout, mais insensiblement, en nous faisant croire que nous disposons d’un surcroît de désir. Projetés dans le faire, dans l’accumulation de biens et l’agitation de vies urbaines soumises à des rythmes et contre-rythmes multiples, nous nous séparons insensiblement de nous-mêmes. A l’opposé de ce mouvement qui nous porte à l’écoute, cette écoute flottante que l’on peut avoir pas seulement dans un cabinet d’analyste mais dans l’existence, et qui, proche de la méditation, serait une manière d’envisager le réel sans violence mais en s’y laissant affecter. Dans ce mouvement, en effet, il y a du temps perdu. Inévitablement, c’est-à-dire de la flânerie, de l’ennui, de l’insomnie, tous ces intervalles qui ne servent à rien et pourtant se traduisent en état d’être, en inquiétude, parfois en errance. […] Loin que le temps nous soit intérieur, c’est nous qui habitons le temps, c’est nous qui nous déplaçons en lui, comme dans un milieu virtuel où coexistent, dans une profondeur obscure, tous les degrés de la durée. Se laisser flâner au hasard, se perdre dans une ville que pourtant on connaît […] oublier un rendez-vous, prolonger l’insomnie jusqu’au matin, se réconcilier pour un temps avec nos fantômes – sont autant qu’on arrache à une économie des liens qu’on voudrait régler autant que notre « emploi du temps » ; et cette incapacité éprouvante de nos heures nous ramènera insensiblement vers la petite enfance, les temps du jeu et de l’éveil, des cabanes et des fous rires, vers l’inquiétude aussi, quand le temps s’étirait aux confins du jour dans une projection insaisissable de durée. Que veut dire demain quand on a quelques mois ? Demain comme hier est un continent où la promesse, « je reviendrai » est le seul point fixe (la voix, l’invocation) qui fait sens pour l’enfant, lui donnant la force d’attendre et de faire de ce temps de l’attente, un refuge, une chambre de rêves et d’écriture d’où il peut explorer le monde. »
Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

Oui, l’atelier est bien un temps où flâner au hasard des mots — un temps dédié à la rêverie et au jeu qui ouvrent les portes insoupçonnées de l’écriture.

 

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Prendre soin des écritures avec Anne

Relire les livres d’Anne irrigue et déplace la préparation de l’atelier

« Prendre soin
Faire les gestes appropriés pour endiguer la maladie, refermer la plaie, apaiser la douleur : le soin est associé depuis le début de l’humanité à la douceur. […] La douceur suffit-elle à guérir ? Elle ne se munit d’aucun pouvoir, d’aucun savoir. L’appréhension de la vulnérabilité d’autrui ne peut se passer pour un sujet de la reconnaissance de sa propre fragilité. Cette acceptation a une force, elle fait de la douceur un degré plus haut, dans la compassion, que le simple soin. Compatir, « souffrir avec », c’est éprouver avec l’autre ce qu’il éprouve, sans y céder. C’est pouvoir se laisser entamer par autrui, son chagrin ou sa douleur, et contenir cette douleur en la portant ailleurs. »
Puissance de la douceur

Histoires de douceur, histoires de secrets, histoires de risques… Quels thèmes viendront irriguer les écritures, approfondir les personnages, dynamiser les récits qui naîtront du travail de l’atelier ?

Le secret d’une personne, « ce peut être une atmosphère, une couleur un lieu, une manière d’être. Sa manière de se tenir, d’aimer, ses lectures, ses lieux de prédilections, ses amis. Ce secret non gardé par lui bien au contraire le garde, c’est-à-dire le protège. Il est une tonalité, une musique particulière. Une signature. »
Défense du secret

Il s’agira, comme dans tous mes ateliers, de prendre soin des écritures, pas à pas, proposition après proposition, en espérant que quelque chose inconnu survienne, dont on ne prendra connaissance, comme l’écrit Anne, qu’après-coup.

« Dans la création, il est tout le temps question de ce dispositif logé en avant de soi et qui nous informe, en quelque sorte à notre insu, et se dépose sur la toile, dans la partition ou sur la page avant même que notre conscience s’y attarde ; elle n’en prendra connaissance qu’à la relecture. »
Éloge du risque

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Préparation de l’atelier Écrire avec Anne

« La vie n’est pas le moi ni même notre existence. Elle est « or » ou « source ».

Obstruée (la source), enterré (l’or), déterminant notre existence, fléchissant nos actes, armant nos intentions, irriguant nos pensées, sans que nous y ayons accès. Et pourtant c’est nous qui menons la danse. Cette vie est la nôtre, et dans la méconnaissance radicale de notre désir, il y a tant de souffrance. Et si peu de liberté. Il est donc urgent de l’entendre, cette vie secrète, de reconnaître sa ligne de chant dans le bruit ambiant, de dégager son rythme, sa puissance, sa tonalité, sa singularité, pour n’être plus – comme le dit souvent la langue française – soi-même « au secret », c’est-à-dire au cachot. »
Défense du secret

« Nous avons été des enfants érotiques et nous ne le savons plus.

Nous avons goûté le monde, nous avons touché et été touchés, nous avons écouté un bruit jusqu’à ce qu’il se confonde avec la nuit et nous enveloppe comme une voie lactée merveilleuse, nous avons bercé une feuille d’herbe, un caillou, un mot, des tas de choses impossibles à bercer, nous l’avons fait, nous avons traqué sous nos paupière à demi-closes un signe de vie à l’envers, nous avons construit des passages, des signes, des alphabets, nous avons essayé de comprendre, dos à l’énigme, et de nous raconter des histoires pour être moins effrayés. Et nous avons oublié cela. Cette énergie folle dépensée pour rien, pour quelques sensations fugitives et brûlantes restées sous la peau comme des augures non déchiffrées. »
Éloge du risque


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Écrire avec Anne ?

Je racontais ici, l’été dernier, ma rencontre avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle

J’écrivais alors dans la stupéfaction d’apprendre sa mort accidentelle, mesurant l’importance de la perte à l’inconcevable idée de la fin de son œuvre — qui compte parmi celles qui m’accompagnent sur les chemins de la vie.

Mais après sa mort la vie poursuit sa course folle — la vie m’a démentie.

L’envers du feu, que je présentais alors comme le dernier livre d’Anne, ne sera pas le livre ultime. Le Monde annonçait ainsi, en janvier 2018, la parution post-mortem de Souviens-toi de ton avenir : « Elle mourut l’été dernier. Un jour de vent, sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, dans le Var, Anne Dufourmantelle, en voulant sauver un enfant qui se noyait, a nagé trop loin, trop vite, au-delà de ses forces. A 53 ans, la philosophe – mais aussi psychanalyste, romancière, éditrice, chroniqueuse à Libération… – a succombé à un arrêt cardiaque. C’était le 21 juillet 2017. Elle venait d’achever son nouveau roman, envoyé à son éditrice quelques heures plus tôt ce jour-là. Il y est question des pouvoirs du vent, de l’illusion du temps, de ce qui survit des héros s’abîmant en mer. »
L’article se termine sur cette phrase : « Mourut-elle l’été dernier, vraiment ? »

Un livre envoyé à son éditrice le jour même de sa mort accidentelle et héroïque ? Je ne sais s’il faut voir en cette phrase la fiction d’un éditeur… ou s’il faut entendre ce qu’elle fait naître de perplexité à l’idée de l’accident survenant aussitôt l’œuvre achevée, envoyée… chemin que je choisis d’emprunter en laissant résonner ces mots écrits par Elizabeth Roudinesco après sa disparition, dans Le Monde : « C’est dans L’Éloge du risque, qu’elle développe ce qui a été son engagement le plus émouvant. Elle y commente en effet la célèbre phrase d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » pour affirmer que ce temps du risque – celui des résistants – serait le contraire miraculeux de la névrose. Prendre le risque d’aimer, de vivre afin de s’extirper de toute dépendance, tel serait pour le sujet l’essentiel de toute forme d’éthique. Anne Dufourmantelle aura eu, jusque dans cette mort tragique, le courage de se saisir du magnifique poème d’Hölderlin. »

Ainsi la voix vive, amicale et nécessaire d’Anne, nous rejoint-elle au-delà de sa mort par ce livre ultime. « Ce roman, devenu posthume, a revêtu l’aspect d’un message venu de l’au-delà, dans lequel les lecteurs qui l’ont aimée chercheront, légitimement, un sens. Ils ne seront pas déçus. L’histoire, comme une immense prémonition, est celle d’un message lancé à travers les siècles. » (Stéphanie Janicot, La Croix)

Ainsi Anne reste-t-elle vivante par ses pensées, par ses livres. Sa voix — l’acuité de son regard sur notre monde et sur notre temps, sa douceur, sa recherche exigeante de vérité — nous invite par delà sa disparition à nous défaire des faux semblants, à ouvrir nos vies à la liberté malgré le poids des conditionnements, des fidélités, des pactes d’obéissance, à retrouver les chemins d’un désir plus vif.

« La pensée est d’abord une hospitalité de l’intelligence du monde et de la vie. Un devenir secret du monde. » (Défense du secret)

Et voilà que la vie dépose à nouveaux sous mes pas un autre signe, avec l’hommage à Anne Durfourmantelle organisé et animé par son amie, Belinda Cannone (dont j’ai parlé ici et ici), le 20 mars 2018 à la Maison de la poésie de Paris.

La douceur et le risque
La vie m’adressant tous ces signes, m’est revenue l’idée qui m’avait traversée à l’annonce de sa mort : proposer un atelier d’écriture en dialogue avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle — comme je vous avais invité.e.s à écrire en dialogue avec l’œuvre romanesque de Laurent Mauvignier l’année dernière.

Regards sur notre monde contemporain, sur notre temps ; éloge du risque, puissance de la douceur, intelligence du rêve… sont autant de thèmes qui ouvriraient la voie des écritures. Car c’est bien en dialogue avec l’œuvre sensible d’Anne Dufourmantelle que je conçois cet atelier : comme une invitation à cheminer, musarder et flâner dans les espaces de réflexion qu’elle nous a ouverts — comme elle nous aurait invité.e.s dans son jardin.

De la lecture, Anne Dufourmantelle disait qu’elle invite à « entrer dans cette zone de ravissement où ce qui est affecté nous échappe absolument. » Or l’écriture, elle aussi, nous échappe toujours. Elle produit de l’inattendu si nous laissons proliférer les intuitions qui ont présidé à notre entrée en écriture — entre désir de dire et inconnu produit par l’usage de la langue.

« Contre l’étrangeté du monde, l’écrivain invente un langage pour traduire l’intraduisible, pour faire entendre l’innommable et tenter d’y inscrire une forme nouvelle. Ainsi naît une langue à soi, pour paraphraser Virginia Woolf, une enceinte particulière où le sujet à l’abri pour un temps a négocié son passage dans la tourmente du réel », écrit Anne Dufourmantelle dans Éloge du risque.

L’atelier est lui aussi un abri où l’on donne temps et soin à ces pensées qui ne naissent qu’en écrivant. Nous retirant pour quelques jours de nos rythmes et contraintes de vie, il dégage l’espace qui permet réflexion, partage, recherche, énonciation. L’atelier prend le temps du cheminement, pas à pas, à tâtons, vers ce qu’on cherche à dire — qu’on ne savait pas savoir avant de se mettre à écrire.

Je vois l’atelier comme une invitation à écrire non pas dans le ciel des idées, mais à hauteur de femme, ou d’homme, de courtes méditations sur notre temps en dialogue avec la lecture d’extraits choisis des livres d’Anne Dufourmantelle.

 

 

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Chantiers d’histoires

Dans l’atelier Chantiers, on commence par dessiner des esquisses

Les projets ont cheminé pendant l’été ; ensemble on avait ébauché les histoires, construit quelques personnages, imaginé ce que ces histoires et personnages pourraient bien signifier, cherché des thèmes, lors de l’atelier Commencer un récit long.

On ouvre donc un nouvel atelier Chantiers, ce mois d’octobre 2017. Je propose, avant de se rencontrer en première séance d’atelier, d’envoyer un aperçu de son projet à ceux qui deviendront les lecteurs du groupe. Comme souvent dans l’atelier, on s’inspire d’une forme explorée par les écrivains pour nourrir l’inspiration. Ici, il s’agit d’une déclaration d’intention, trouvée sur le blog d’un grand amoureux de la narration, Martin Winckler.

[…]
L’histoire se passe et à Paris et en province, à Lille peut-être, c’est à revoir. Dans les années 70/80, avant le numérique. Je veux dire qu’en matière de photo, on est à l’argentique. Car la photo et le théâtre sont ici supports de l’action.
Il y a trois personnages, trois importants. On pourrait dire qu’ils sont tous confrontés au temps. Le temps pourrait être le thème. L’un résiste à la vieillesse, l’autre résiste à la maladie, le troisième résiste à l’héritage d’un avenir tout tracé. Il y aurait comme trois itinéraires qui permettraient aux personnages de se révéler dans l’urgence du temps. […]
Ce que je cherche à dire ? je ne sais pas bien. Une envie de parler de la relation humaine, de la personne dans ses liens sociaux, socioculturels, amicaux, familiaux, je ne cherche pas à parler de politique mais à évoquer le féminisme, une évolution sociale à travers des conflits de génération, parler des blessures intérieures qui font la personne.
Odile
[…]

Le projet peut être encore un peu flou, à cette étape, mais on le sait : c’est en écrivant qu’on découvrira où l’écriture nous entraîne…

[…]
Diane fait un reportage sur la résistance des arbres à la sécheresse dans un pays du Sahel. Elle suit un groupe de chercheurs forestiers en mission pour cinq jours. Nous sommes dans les années 90, dans un pays d’Afrique de l’Ouest indéterminé.
Dans ce livre, je voudrais raconter l’Afrique, bien sûr, ses conditions de vie si particulières, la recherche agronomique tropicale avec les drôles d’énergumènes qui la pratiquent, le métier de journaliste, et plus largement l’écriture.
Mais au-delà de ce décor et à travers le portrait de Diane, je voudrais montrer comment la vie circule et s’insinue partout, se glissant dans le moindre interstice, forçant les portes closes, coulant parfois envers et contre tout, parfois dans de grands débordements, parfois en minces filets. Et je voudrais étudier aussi la vie, quand l’extraordinaire surgit.
C’est à travers l’étude de ces arbres résistants, et grâce aussi à la rencontre d’un certain Robert, que Diane va peu à peu remettre en question les voies qu’elles s’étaient choisies, quitter le sacrifice pour aller à la recherche de ce qu’elle a vraiment envie de faire. Le chemin va être aussi dur sur le terrain que dans sa tête. Et le terrain, en Afrique, c’est quelque chose !
[…]

On a maintenant un monde, des personnages, une ébauche d’histoire… on tente de tricoter tout ça avec ce qu’on cherche à y mettre de désir, de questions sur la vie, sur l’humain.

[…]
« Si vous ne souhaitez pas être un modèle, préparez-vous à devenir un repoussoir. »
V. n’est pas un mari modèle, ni un père modèle, ni un employé modèle. Il serait plutôt quelqu’un qui se tiendrait en marge, plutôt un loup solitaire contrarié… Quelqu’un d’aidant certes, vis-à-vis de son entourage et de ses collègues, mais qui ne souhaite pas se retrouver en situation d’être aidé.
Bien entendu il a essayé de sortir de son personnage, de son isolement, bien entendu il a fait ses introspections et essayé de porter un regard extérieur sur son comportement… toutes tentatives qui n’ont jamais été, de son point de vue, concluantes. Mais ces démarches lui ont appris à questionner, à se questionner, à remettre en cause tout l’édifice sur lequel il avait construit sa vie – sa vie affective, sa vie professionnelle. Il en est arrivé à une sorte de renversement, une sorte de vertige, un changement complet de paradigme.
Et lorsque, dans la grande banque dans laquelle il est employé, V., porté par ce nouvel élan, commence à poser des questions sur des règles de fonctionnement qui n’étaient jamais remises en question par ses collègues, eux-mêmes employés modèles, de vrais loups dans la meute, alors il pose un problème à chacun.
Florence
[…]

Les projets sont nourris des expériences personnelles, mais on ne s’attardera pas sur la dimension autobiographique : ici, c’est la vérité des histoires racontées qui requerra notre soin.

[…]
Écrire l’histoire d’une enfant pas comme les autres à travers les points de vue de différentes personnes de son entourage.
Dans un premier temps, on ne saura ni l’âge ni le prénom de l’enfant, on l’appellera la petite. Elle ne parle pas, elle crie. Tout ce qui l’entoure l’effraie, elle casse les objets, tape et tire les cheveux des autres enfants, se précipite sur les adultes avec violence. Elle court tout le temps, se cache, elle n’a aucune limite, aucune conscience du danger. Elle ne se sépare jamais d’un petit sac en tissu bleu dans lequel elle met « ses trésors ». […] Ses parents, les docteurs, le personnel du centre qu’elle fréquente en journée, tout le monde dit qu’elle est « trop petite pour son âge ».
Solange
[…]

Comment faire parler une enfant qui n’est pas inscrite dans le langage ? On travaillera les point de vue, les voix de la narration. On s’inspirera, comme toujours, des travaux des écrivains.

[…]
Glisser hors du monde. Ce qu’on peut faire d’une vie qu’on ne supporte plus… se suicider… la changer… en changer… partir. 10 000 personnes disparaissent chaque année au Japon, volontairement et quelques milliers en France. […] Ici, il s’agit de personnes qui décident de disparaître, pour refaire leur vie ailleurs, autrement et qui ne voient d’autre solution qu’un arrachage complet… tout quitter, les quitter tous… d’autres parce que leur vie est devenue insupportable, souvent des histoires d’argent…
Le Japon, un jeune homme, un transgenre, des disparus, un neveu en quête, une Japonaise disparue en fin de vie… ou pas, un chien charmant, une belle maison dans les bois en France, des vilains secrets datant de la guerre de 1945 au Japon, des crimes de guerre, des hontes, des hantés, des fantômes…
Ce ne serait pas un essai, ni une étude psy, ce serait un roman avec des personnages qui ont disparus et ceux qui restent et un qui cherche… une quête, des histoires de familles, des secrets, des hontes, la guerre, le Japon, la France, un homo tué par des homophobes un soir dans une ville de province, un homme qui est une femme ou pas ou ni l’un ni l’autre, un chien, important, sans doute un ou plusieurs chats traverseront la scène…
Brigitte
[…]

Quelle formes, originales et singulières, trouveront chacun de ces projets dans le cheminement de l’écriture ? Nul ne le sait encore.

[…]
Mise en fiche, le personnage « possède » :
Un métier de conseillère d’orientation dans un lycée urbain, et une reconnaissance due à une ancienne activité de journaliste. […] Un rêve : offrir beaucoup plus d’aide aux jeunes que l’institution propulse vers des voies non choisies.
Elle a un lieu à créer, et vite, une « chambre à eux », un lieu, un temps, un regard pour tous ces hésitants aux yeux éteints, rebelles sans rébellion ni boussole. Un lieu où ils seraient entendus, confortés, guidés, « réalisés » : (re)mis dans le réel, face à la route, en chemin vers leurs désirs, sans culpabilisation ni menace. Elle doit compter sur elle-même, se confier à son idéalisme moteur, refuser les rails qu’à 50 ans, tout le monde autour d’elle considère comme tracés, renoncer au salaire lycéen qui lui permet de ne pas dépendre complètement de son compagnon.
Refuser le raisonnable et renoncer au confort que la maladie lui fait croire vital depuis une trentaine d’années. Et si c’était l’inverse, si la maladie se révélait soluble dans le risque ?
Anne
[…]

Ces projets seront déplacés et remaniés autant que l’écriture le demandera – c’est elle qui ouvre la voie. Elle invente, surprend, détourne, cherche… Parfois elle peine, et parfois jaillit, forte d’une forme neuve qui se trouve, s’impose.

Découvrir d’autres récits de l’atelier Chantiers, ici, ou .

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Commencer un récit long

Commencer, peut-être : mais quelle histoire choisir ? Avec quels personnages et comment tiendront-ils la route ? Qui racontera l’histoire ?

    « Je découvrais le pouvoir de ma voix et cela me rendait terriblement humble, et reconnaissant. » Patrick Autréaux, La voix écrite
Te convaincre de participer à l’atelier ?

« – te dire que l’objectif de l’atelier est de raconter des fadaises, des balivernes, des salades, des gourmandises, bref des histoires ;
– te dire qu’une fois ces histoires bien engagées, on rentre dans l’aventure qui prend les tripes et le cerveau, si bien qu’à la fin d’une journée, en passant la porte de l’atelier, on se retrouve non pas dans la rue mais sous un ciel dégagé à l’heure de la rosée, dans une grande plaine couverte d’herbe à bison ;
– t’avouer, du coup, qu’il te sera quand même difficile de retrouver le métro, le bus ou le Vélib’ par lequel tu es venu, une fois fini l’atelier. »
Valentine

fictions 2« Promesse de chaufferie d’imagination remplie à 1000 % !

Des exercices divers et variés nous prennent par surprise et font jaillir des textes étonnants. L’atelier pourrait s’appeler « l’écriture est un jeu d’enfant », mais ne vous y trompez pas : l’aspect ludique du travail n’est certainement pas innocent et encore moins inoffensif. Il provoque un volcan d’émotions et d’idées qui se concrétisent par un début de roman pour certaines, de grandes révélations pour d’autres.
Avec Gratitude »
Ludmilla

« Je suis sortie de ces 4 jours d’atelier en ayant donné corps à un projet d’écriture que je portais depuis longtemps.

Aujourd’hui je tiens des personnages de fiction et un début de fil narratif et je tiens à ce fil, ce n’est pas n’importe quel fil, c’est le mien, Claire m’a aidé à le reconnaître au milieu de multiples autres. »
Marion

« Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

Tu arrives, somme toute assez optimiste, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie.
Puis rapidement tu es bousculée. Hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude. Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. Et à nouveau, ta posture change. VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée. »
Carine.

fictions 3

« C’est en cours

Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.
C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours.
Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent. »
Dominique

« L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. Mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Je me sens installée dans mon roman, plus que dans un commencement de roman. »
B.

« Donner un cadre à l’écriture

Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi.  Le premier jour, quel moment de panique ! J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. La difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. »
PHD

« Une parenthèse enchantée

Jour 5. La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée. »
Anne-Sophie

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