Des naissances dans un jardin

Accompagner la naissance de vos personnages, les faire surgir ?

Le personnage ne dit rien, certes, « mais il est si passionnément désireux de passer dans la langue, d’être accueilli dans l’écriture, qu’il fait vibrer le langage en sourdine. (…) Alors le langage se met à remuer étrangement dans la pensée encore indécise de l’écrivain sollicité. Il remue, il remue, comme une eau inquiète, une lave en tourment, balbutiante. » Sylvie Germain, Les personnages.

Où se trouve l’inspiration, entre expériences et réalité et imagination ? Nous commencerons par explorer différentes sources d’écriture. Certains personnages viendront de ces espaces entre rêves et rêverie langagière où naissent les imaginations ; d’autres surgiront de vos expériences, de vos ascendances, de vos rencontres… Le deuxième jour, ils se seront invités dans vos textes, ils seront là.

« Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l’heure (…) Là, à la frontière entre le rêve et la veille, au seuil de la conscience. Et ils brouillent cette mince frontière, la traversent avec l’agilité d’un contrebandier. » Sylvie Germain, Les Personnages.

Dans l’atelier, pendant trois jours, alors qu’autour de nous dans le jardin jailliront les roses les lilas et les fleurs odorantes des orangers du Mexique, il s’agira d’écriture et de littérature ; de donner à ces personnages surgis dans vos textes la vie – le mystère ? la quête ? – qu’ils vous inspireront.

Qu’est-ce qu’un personnage littéraire ? Comment le rendre vivant, le mettre en mouvement, le donner à voir aux lecteurs au point qu’il reste inscrit, vivant dans leur mémoire ?

Ensemble, nous caractériserons vos personnages, leur donnerons du goût, de la chair, de la présence. Nous les verrons naître et grandir ; nous découvrirons leurs obsessions et leurs faiblesses, les lieux qu’ils arpentent, leurs abris, leur nécessité propre, leur façon d’habiter le monde. Nous chercherons leur singularité dans la langue.

« Que les corps se lèvent, marchent et l’espace de trois phrases, dans l’esprit des lecteurs, apparaissent, soient là et vivent. » Pierre Michon, Le roi vient quand il veut.

Nous utiliserons les outils de la dramaturgie pour dynamiser et complexifier vos personnages, les doterons d’un secret, les confronterons à des conflits. Texte après texte, vous les ferez progresser dans une histoire, vous esquisserez une intrigue.

Nous serons, tout le long de cet atelier, en compagnie de personnages nés de la littérature contemporaine. Pierre Michon, Laurent Mauvignier, Elizabeth George, Sylvie Germain, Maylis de Kerangal, Nathalie Léger, Michèle Desbordes, Pierre Bergounioux, Raymond Carver, Richard Brautigan, Pierrette Fleutiaux, Belinda Cannone, Régine Detambel, Jeanne Benameur, François Bon, Anne Dufourmantelle, Sophie Calle, Nicole Malinconi, Bernard-Marie Koltès, Sylvie Gracia…

Nous serons plus nombreux, le dernier jour, que les cinq ou six personnes réunies pour écrire dans l’atelier, et riches de ces autres nés de vos écritures – ces autres dont nous aurons pris soin, les accompagnant de la belle écoute de ce qui se trame et s’invente dans l’atelier.


Découvrir l’atelier Faire surgir un personnage du 27 au 29 avril 2021

Évocations ?

Leur existence nous échappe. Pour la dire, il faut passer par la fiction.

Écrire une fiction née de la contemplation d’un visage, ou de l’empreinte d’une présence… Une évocation irriguée par les traces inscrites dans la mémoire de celui ou celle qui écrit.

Oui, c’est bien à écrire une évocation que je vous invite, ces évocations dont parle Dominique Viart lorsqu’il analyse les formes nouvelles d’imagination biographique nées de la littérature actuelle : « des biographies fictives, qui tentent de restituer des vies singulières, entre biographies imaginaires et évocations biographiques » ; des fictions qui « ne cherchent pas le moins du monde à masquer leur ignorance ».

Chercher à saisir le geste de celui ou celle qu’on évoque… Le geste ? Sa façon singulière d’être aux autres, au monde – ce qu’il ou elle joue, donne, transmet… Interroger ce geste dans ce qu’il a d’unique pour celle ou celui qui écrit.

Nous procéderons par questionnements, par touches successives – sans chercher à relater la continuité d’une vie -, dans un jeu de va-et-vient entre le sujet écrivant et son objet d’écriture… Et peut-être découvrirez-vous, chemin faisant, comment le désir dont vous êtes habité s’est nourri aux figures des autres ?

Je parlais ici de l’esprit de la collection L’un et l’autre, créée chez Gallimard par Jean-Bertrand Pontalis, qui donne, dans Traversée des ombres, le très sensible portrait de son ami, le poète Claude Roy.

« Au-dessus de deux fenêtres ouvertes sur le jardin, une photographie. Lassitude dans le regard, un regard très doux qui se porte ailleurs, au-delà de l’objectif, mais cet « ailleurs » n’a pas de nom, ce n’est pas un autre lieu, un autre monde, juste le signe que les amis, la femme passionnément aimée, les pays où il a voyagé, les écrivains et les peintres qu’il a connus, ses camarades de combat, que tous ceux-là qui lui ont donné le goût de vivre ne seront plus là pour lui, un jour qui ne va pas tarder à venir. […] Cent fois la question a dû lui être posée : « Comment t’y prends-tu pour concilier ton amour des chats et ton amour des oiseaux ? Comment peux-tu supporter qu’Una, qui dort sur tes genoux, se souvenant soudain qu’elle est un félin, se précipite pour s’emparer d’une fauvette ? » J’imagine que Claude devait répondre par un sourire de chat et s’envoler à tire-d’aile. « Tu vois, aurait-il dit, c’est tout simple. Mais je ne suis pas un conciliateur. Pourquoi ne pourrais-je pas aimer les chats et les oiseaux, la Lande de Belle-Île et les rues de Paris, Kyoto et Venise, les morts et les vivants, l’hier et l’aujourd’hui, Pierre et Paul qui pourtant se détestent ? »

De nombreux auteurs contemporains nourriront le travail de l’atelier. Bergounioux, Cannone, Darrieussecq, Dussidour, Gantheret, Germain, Gracia, Lachaux, Léger, Liscano, Michon, Pauly, Pontalis… J’en oublie…

Nathalie Léger, parmi eux, pour ce qu’elle dit de son travail autour de personnages ayant existé. « Cette circularité, entre soi et le personnage, qui fait écrire à partir des questions que ce personnage nous pose. » Le moteur de l’écriture d’un triptyque : L’exposition, puis Supplément à la vie de Barbara Loden, jusqu’à La robe blanche.

« Pourquoi cette fille, à qui tout semble réussir lorsqu’elle fait un film, met en scène un personnage qui est la déchéance même ? C’est cet écart qui m’a intéressée. »
Nathalie Léger, parlant de Supplément à la vie de Barbara Loden.

Voir ici la présentation de cet atelier désormais proposé par e-mail.

Modigliani - MET New York


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La robe blanche

Écrire un livre qu’on ne connaît pas.

J’écoute Nathalie Léger sur France Culture. Après L’exposition, après Supplément à la vie de Barbara Loden, elle vient de publier La robe blanche, toujours chez POL. Elle dit la crainte de ne pas parvenir à quelque chose dont on a l’idée, lorsqu’on écrit.

Nathalie Léger parle du destin tragique de Pippa Bacca, performeuse italienne qui a inspiré son dernier livre. Pippa Bacca, partie en auto stop sur les routes entre Milan et Jérusalem, vêtue d’une robe de mariée. Morte assassinée pendant cette performance, à trente-trois ans.

Nathalie Léger parle de l’écriture. Elle dit : « C’est dans l’écart entre l’intuition de ce à quoi on veut arriver et l’extraordinaire difficulté pour y parvenir que ça se tient, me semble-t-il. »

Et dans le livre, tandis que l’auteure écrit, tandis qu’elle cherche à saisir le mystère de cette femme qui part sur les routes porter une image de la bonté — « ce petit geste vers l’autre qui relève de l’éternité. Et peu importe qu’elle se soit trompée » –, la mère de l’auteure n’arrête pas de lui demander de raconter son histoire à elle, de la venger.

« Les larmes. Pleurer. Tu peux me défendre. Me venger. »

« Un vieux désordre derrière tout ça. Tes efforts pour mener un train de maison. La lecture des magazines. Les fiches cuisine. Les réunions Tupperware. Parfois un congrès. Les cris encore, et la nuit. Tes efforts pour cacher la mélancolie ancienne, dissimulée, non, laisse-moi, c’est ça aussi, décrire, tes efforts pour cacher la mélancolie ravageuse qui te saisissait sous la forme modeste d’une déférence inquiète à l’égard de l’existence, ta souffrance déguisée en gentillesse, ton goût exaspérant pour le renoncement. Tu n’étais pas vraiment là. »

Chaque phrase, dans son élan, et dans sa retombée, à chaque instant du geste d’écriture, vient dire quelque chose que la narration se propose de raconter. Ce réseau d’échos constitue le geste d’écrire.

Écoutez Nathalie Léger, dans Par les temps qui courent, sur France Culture.
Lisez La robe blanche.


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