Partir

C’est à Paris, au théâtre Le local, le 13 mai 2017. Trois femmes donnent la lecture d’un ouvrage de Nicole Caligaris, Les Samothraces (Le nouvel Attila).

Trois femmes, sur scène, donnent les voix de trois autres femmes qui incarnent, dans le texte, le cri d’un cœur anonyme de migrants — un chant de survie, un roman choral, le manifeste d’une horde en mouvement.

« Il faisait chaud. Ceux qui arrivaient les derniers se serraient contre les autres. Poussaient d’un cran. S’immisçaient comme ils pouvaient pour être avec nous tous, dans le rang, pas les derniers. On avançait comme ça régulièrement.
On était venus la veille, prendre la queue dehors. Attendre.
Passé minuit la ruelle était comble. C’était trop tard pour beaucoup.
Trop de monde : ils ne passeraient pas. Evidemment, ils n’abandonnaient pas.

On espère, toujours. On espère. L’impossible. Un retournement de situation. Une faveur quelconque des étoiles.
On espère…
Gagner quelques places.
[…]
Le rendez-vous était la nuit, sur le trottoir d’un boulevard large. On ne savait pas bien où, il fallait suivre le mouvement de toutes silhouettes chargées de sacs et de cartons, on était plus de cent, il en venait encore. »

La salle vibre du récit de ces déplacements, de ces exils — la pièce s’appelle Partir. Puis, quelques uns de ceux qu’on appelle aujourd’hui migrants — qui vivent dans les conditions qu’on connaît à Paris dans le 19° –, viennent sur scène. Ils sont cinq, six. À leur tour ils racontent l’exil, leur traversée — Partir.
Ils racontent dans leur langue et sont, phrase après phrase, traduits en français.

« On passe des jours et des nuits dans l’estomac d’un camion en se nourrissant de papier journal à moins que les kilomètres parcourus soient plus qu’un voyage…

Personne ne rampe sous un grillage /
Personne ne veut être battu jusqu’à ce que ton ombre te quitte /
Perdre ton nom, perdre ta famille, être vendu /
Mourir de faim /
Jeté sur le port comme un animal malade, dépouillé, fouillé /
Mis en prison, partout, si tu survis /
Personne ne choisit le camp de réfugié /
Personne ne vivrait ça /
Personne ne le supporterait /
Personne n’a la peau assez tannée /

— Rentrez chez vous ! Les noirs, les réfugiés, les sales immigrés, les demandeurs d’asile qui sucent le sang de notre pays /
Ils sentent bizarre, sauvage /
Ils ont fait n’importe quoi chez eux et maintenant ils veulent faire pareil ici ! »

Puis, dans le profond silence de la salle, ils quittent la scène. L’un d’eux revient et je mets tout un temps à comprendre que je suis entrain d’écouter un truc inouï — tout un temps à sortir mon téléphone, à enclencher la vidéo [pardon pour la qualité désastreuse] — et filmer l’une des Photos dans ma tête dites, lentement, détachant chaque mot, par Mohamed Abakar.

Écoutez. L’attention portée aux mots, aux détails. Qui nous permettent d’y être, d’éprouver.

Mohamed Abakar, arrivé à Paris, vit dans la rue dans l’attente d’un statut, de papiers. Il a présenté sa candidature dans une école d’art, y a été reçu. Je lui ai demandé dans quelle langue il avait écrit ces Photos dans ma tête. « En français », m’a-t-il répondu. Mais, quand il ne savait plus comment dire, il cherchait l’image en arabe avant de revenir au français.

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Fin de partie

Samuel Beckett, en cette période où il est si difficile de s’entendre

HAMM : Vas chercher la burette
CLOV : Pour quoi faire ?
HAMM : Pour graisser les roulettes
CLOV : Je les ai graissées hier
HAMM : Hier, qu’est-ce que ça veut dire hier !
CLOV (avec violence) : ça veut dire il y a un foutu bout de misère. J’emploie les mots que tu m’as appris. S’ils ne veulent plus rien dire, apprends m’en d’autres. Ou laisse-moi me taire.

Samuel Beckett, Fin de partie

L’éclosion des écritures

L’atelier, un endroit libre, ouvert

— J’ai compris ce que j’ai envie de faire avec l’écriture pendant l’atelier, maintenant je sais que c’est possible, je vois un chemin.

— Pour moi il s’agissait d’un rêve, je suis venue réaliser mon rêve avec l’écriture, elle est devenue accessible…

— Lire tout le temps ce qu’on est entrain d’écrire c’est incroyable la liberté que ça donne ! On s’expose avec ses brouillons et les avis des autres nous aident… J’ai le sentiment d’avoir gagné un temps fou, j’accepte de me tromper, je recommence, j’apprends en avançant…

— … je veux dire… écrire est un outil formidable pour comprendre le monde et ici on peut exprimer ce qu’on comprend !

— Oui, et on découvre différentes manières de faire la littérature contemporaine en se situant dans le paysage littéraire grâce à tous ces textes que tu nous lis.

— Le secret c’est cette contrainte qui fait produire ! et le groupe qui permet d’évoluer ! on est confronté aux regards des autres, d’abord on a peur, heureusement que le cadre permet de supporter ces regards parce qu’ils ne sont pas critiques —

— Oui parce que ça prend les tripes et le cerveau d’écrire, j’ai ramé, galéré, mais l’écriture devient un jeu d’enfant dans l’atelier !

— Trouver d’autres façons de raconter

— Moi j’ai appris à simplifier, à sortir de mes grandes idées sur l’écriture pour entrer dans le concret de l’aventure.

— J’ai beaucoup aimé laisser aller l’imagination moi qui croyais ne pas en avoir ! tout est fait pour qu’on devienne capables

— ce qui est si beau c’est d’entrer dans les univers des uns et des autres en écoutant les textes, ça donne comme une dimension de tous les possibles. Elle est rare, cette qualité d’échange dans un groupe…

— J’ai trouvé la bienveillance dès le premier partage de textes, j’ai su que je ne serais pas mise en danger… On fait chacun son chemin à partir de la proposition, on est en sécurité. On comprend que chaque texte compte sur le chemin de ce qu’on aimerait écrire. Ensuite, à un moment, quelque chose s’impose sans qu’on sache comment.

— …

— Oui, Véronique ?

— Oui, je voudrais dire que j’ai été très touchée, sidérée même par l’éclosion des écritures ; ça a grandi, mûri, c’est un tel changement après 4, 5 petits exercices de rien !

— Moi je dirais que c’est un lieu magique ! On nous donne une panoplie d’outils, on apprend à contracter ou dilater l’écriture, on se penche sur les détails… Et puis il y a cette très grande écoute, toute en profondeur, alors on découvre qu’il reste beaucoup de travail pour se trouver, pour trouver son style… comment dire… on est en même temps dans l’aigu de la présence à soi et dans la retenue de soi… on prend le temps des étapes sans chercher à atteindre l’absolu, la perfection… quel soulagement.

— Pour moi la révélation c’est qu’en écriture il n’y a pas de niveau ! C’est génial dans notre monde ce lieu où il n’y a pas de compétition entre les personnes !

— Et il y a toutes ces découvertes à travers ce que font les autres, tu nous invites à ne pas écouter nos résistances, tu pousses à y aller. Il y a cette élaboration collective… on assiste à la naissance des écritures…

— Oui, c’est grâce à cette approche très progressive, ça fait comme un effet entonnoir – l’atelier me conforte dans l’idée qu’il réside dans l’écriture quelque chose d’essentiel pour ma vie.

— Comment disais-tu hier ? On écrit pour savoir ce qu’on ne savait pas savoir ?

— Oui, j’ai peut-être dit quelque chose comme ça… ça me fait penser à une phrase de Nicole Caligaris, ou… je ne sais plus…

— Écrire sur du très concret, en tout cas c’est une découverte phénoménale pour moi !

— Et vraiment, l’alchimie qui a fonctionné dans le groupe, on a fait de véritables rencontres grâce à l’écriture…

— Oui, la joie et la bienveillance

la joie du faire,

— l’espace de liberté donné par la proposition,

— la conquête de mon propre regard…

— Moi je dirais que l’atelier fait sauter les verrous de l’écriture !

— On apprend à regarder, on trouve l’œil du photographe.

— Ça ouvre des tas de portes !

— Je suis très émue par cette expérience de partage, on s’est enrichis mutuellement.

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Commencer un récit long

Commencer, peut-être : mais quelle histoire choisir ? Avec quels personnages et comment tiendront-ils la route ? Qui racontera l’histoire ?

Voir l’atelier « Commencer un récit long » en juillet

« Je découvrais le pouvoir de ma voix et cela me rendait terriblement humble, et reconnaissant. » Patrick Autréaux, La voix écrite

Te convaincre de participer à l’atelier ?

– te dire que l’objectif de l’atelier est de raconter des fadaises, des balivernes, des salades, des gourmandises, bref des histoires ;
– te dire qu’une fois ces histoires bien engagées, on rentre dans l’aventure qui prend les tripes et le cerveau, si bien qu’à la fin d’une journée, en passant la porte de l’atelier, l’on se retrouve non pas dans la rue mais sous un ciel dégagé à l’heure de la rosée, dans une grande plaine couverte d’herbe à bison ;
– t’avouer, du coup, qu’il te sera quand même difficile de retrouver le métro, le bus ou le Vélib’ par lequel tu es venu, une fois fini l’atelier.
Valentine

fictions 2Promesse de chaufferie d’imagination remplie à 1000 % !

[…] Des exercices divers et variés nous prennent par surprise et font jaillir des textes étonnants. L’atelier pourrait s’appeler « l’écriture est un jeu d’enfant », mais ne vous y trompez pas : l’aspect ludique du travail n’est certainement pas innocent et encore moins inoffensif. Il provoque un volcan d’émotions et d’idées qui se concrétisent par un début de roman pour certaines, de grandes révélations pour d’autres. […] Avec Gratitude,  Ludmilla

Je suis sortie de ces 4 jours d’atelier en ayant donné corps à un projet d’écriture que je portais depuis longtemps.

[…] Aujourd’hui je tiens des personnages de fiction et un début de fil narratif et je tiens à ce fil, ce n’est pas n’importe quel fil, c’est le mien, Claire m’a aidé à le reconnaître au milieu de multiples autres. […]
Marion

Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

[…] Tu arrives, somme toute assez optimiste, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie. […]
Puis rapidement tu es bousculée. Hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude. […] Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. […] Et à nouveau, ta posture change. VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée. […]
Carine.

fictions 3

C’est en cours

[…] Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.
C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours. […]
Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent.
Dominique

L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

[…] N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. […]  Mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Je me sens installée dans mon roman, plus que dans un commencement de roman. […]
B.

Donner un cadre à l’écriture

[…] Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi.  Le premier jour, quel moment de panique ! […] J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! […] Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. La difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. […]  PHD

Une parenthèse enchantée

[…] Jour 5.  La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée. […]
Anne-Sophie

L’intégralité de ces textes est lisible ici

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La voix écrite

Lui, sa voix, c’est à Lagrasse, au Banquet du livre l’été dernier, que je l’ai rencontrée — la voix de Patrick Autréaux.

Une voix profonde, qui racontait une maison prise dans les forces aveugles d’un cyclone, la menace qui pesait sur un vieil orme, ami du narrateur, qui pliait, derrière la fenêtre, sous les assauts de la tempête. Une histoire de mort et de vie, de désir d’écrire – du silence où l’on quête la voix qui pourrait devenir sienne, regardant par la fenêtre l’ami – le vieil orme – menacé dans le texte, menacé comme le narrateur qui lui, en avait réchappé d’une maladie qui l’avait promis à la mort. Un condamné rescapé, donc, nous lisait un livre et la voix dans ce livre touchait un lieu où les mots s’aventurent rarement.

Le livre s’appelait Le grand vivant, Patrick Autréaux nous l’a lu entièrement, jetant feuille après feuille sur le sol ; il y avait du vent, je crois, contre les bâches de la grande tente qui en avait entendu d’autres, des voix, pendant la semaine du Banquet – ou était-ce dans le texte ?

Ce soir-là j’ai parlé avec Patrick Autréaux de la maladie des ormes et de la mort de mon père, qui lui aussi aimait les arbres — j’ai reçu cette écoute que seuls ceux qui reviennent de très loin savent porter aux paroles qu’on leur confie. Depuis, de Patrick Autréaux, j’aurai bientôt tout lu.

    Son dernier livre, La voix écrite, est paru chez Verdier en janvier 2017.

« Une nouvelle vie réclamait de naître. La nouvelle vie, c’était de découvrir la voix qui était en moi. Ce que je devinais ne pouvoir laisser advenir qu’en écrivant. […] Écrire, je le sus très tôt, était un impératif. Il avait suffi de constater que ce qui m’entourait pouvait s’écrouler, ma famille se décomposer sans que je puisse rien faire contre, que l’enfance était bien terminée, qu’il ne restait pas un lieu où revenir et que je devais construire ma maison, et c’était sorti de mon corps : des phrases, des poèmes, des mots. Écrire pour devenir sa propre demeure. »

    Entre désir de soigner et projet d’écrire — ou serait-ce projet de soigner et désir d’écrire ? –, ce nouveau livre fait entendre la naissance de la voix qui m’avait bouleversée à Lagrasse.

« Je savais qu’écrire ne conduisait à aucun paradis mais seulement à mieux me comprendre, à mieux comprendre les autres – leur humanité –, et surtout à jouir encore et encore de cette joie à être plongé dans la matière verbale, à deviner un texte se tramer, se défaire, se recomposer, à sentir sa cohérence poindre, à le voir flotter, fragile et rassurant, humble et provisoire comme un esquif après un naufrage. […] Je découvrais le pouvoir de ma voix et cela me rendait terriblement humble, et reconnaissant. »

    Être humble et reconnaissant, c’est je crois ce que nous transmet la voix dans ce livre — dans ses livres. Cette voix qu’il a cherchée longtemps, jusqu’à comprendre que :

« Pour écrire il faut avoir pulvérisé cette forme du moi qui se prétend conscience, voudrait être aux commandes de toute manœuvre et ne fait que les entraver. »

    Et le livre avance à nous parler des liens entre écrire et lire, de ces livres qui nous parlent comme ceux d’Autréaux le font, de l’exigence qu’on peut avoir pour la nourriture qu’on trouve dans les livres.

« Lorsque je savais ne plus pouvoir trouver de calme en écrivant, c’est vers les autres que je me tournais. Et vraiment certains livres étaient des havres. […] Attendre un tel soutien avait une inévitable conséquence : je supportais de plus en plus mal les chefs-d’œuvre jetables, parasites, les mirages. […] Ceux que je me mis à appeler les profanateurs. On ne répétera jamais assez la nocivité des mauvaises nourritures. Elles affament, rendent boulimiques et ne nous laissent que des graisses tueuses. Un seul de ces livres vous bouffissait tout en vous laissant sur votre faim. Une faim inquiète et très haute. Oui, j’avais faim. Faim de vérité. Faim de présence. Les livres contre lesquels je m’agaçais n’étaient que des sosies. Si j’avais toujours été à l’affût et parfois trompé, le rescapé en moi savait mieux discerner les voix secrètes. Je guettais cette présence, ces intonations qui font d’un livre un être vivant, palpitant – un ami ou un adversaire. Ce vrai que je cherche en tout, livres et hommes, cette amitié, étaient la condition même de la confiance que je pouvais avoir en ma vie même, et aussi une source de gratitude immense. »

    Et de livre en livre passe le désir d’écrire, qui arrive jusqu’à moi et se transforme en cet article : pour le désir de vous passer à mon tour la rencontre avec cette voix pour laquelle j’éprouve une gratitude immense.

« Les vrais livres – tout du moins ceux qui portaient en eux du vrai – me donnaient envie d’écrire, ils levaient les entraves et tristesses du moment, cette grisaille qui bloque l’élan, ils réveillaient le désir ou me rendaient tout simplement à moi-même. »

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Oser les ateliers

Sommes-nous tous doués pour écrire ?

… me demandait Sophie Nouaille dans l’émission En quête de sens, le 3 mars 2017, sur Radio Notre Dame.
A cette question pour le moins abrupte, j’ai répondu d’une façon qui le fut tout autant : « écrire est d’abord une question de désir, c’est aussi un travail« .

Vous qui d’habitude me lisez sur ce site, pendant 20 minutes vous pouvez m’écouter parler des ateliers ici :

Les ateliers : comment ils soutiennent le désir d’écrire, permettent d’oser, de se lancer à creuser son propre sillon dans le grand champ de la littérature actuelle — celle qui s’écrit aujourd’hui.

Écrireles personnes qui viennent dans mes ateliers le savent — c’est d’abord saisir quelque chose qui est en soi et qui n’a pas encore trouvé forme dans les mots ; le saisir et le porter à la page. Ensuite, donner forme de texte à ce qui est arrivé sur la page.

L’atelier est un espace de création, on chemine, on invente pas à pas ; on met des personnages en scène, on se demande quelle histoire on aimerait raconter avec ces personnages — quelle histoire on serait seul à pouvoir raconter –, alors on écrit une première scène, puis une deuxième… chacun crée quelque chose et c’est le grand plaisir des ateliers.

Ce qu’on apprend, dans l’atelier, c’est qu’il y a deux actes dans écrire. Le premier est jubilatoire — on y va, on travaille le langage comme une terre glaise, on invente des mondes… ensuite on se met au travail, on cherche le mot juste, la musique des phrases — on travaille la phrase jusqu’à ce qu’elle ait saisi ce qu’on cherchait à dire, on apprend aussi à ménager l’intérêt du lecteur, à maintenir son intérêt en travaillant le suspens, à faire dialoguer écriture et lecture

Pourquoi j’aime ce métier ? L’écriture est si singulière, si personnelle — dans l’atelier on voit beaucoup la diversité des personnes et des écritures : deux personnes ne raconteront jamais les mêmes histoires et, à partir d’une même proposition, on entendra autant de textes que de personnes — c’est ça qui est passionnant.

Dans l’atelier, on écrit parce que quelqu’un est là, qui demande l’écriture. On écrit pour répondre à cette demande, et pour les lecteurs qui sont autour de soi, à qui on va lire son texte et qui feront des retours. Faire des retours, c’est quelque chose qui s’apprend. On apprend à dire l’émotion qu’on éprouve en entendant un texte, on cherche à enraciner la fierté des premiers jets, c’est par ces retours que les écritures vont évoluer.

S’agit-il de passer des messages ? L’écriture n’est pas une question de volonté, elle vient de façon intuitive. Dans l’atelier, les personnes racontent qu’elles sont traversées par une sorte d’élan qui va passer par le goulet de l’écriture… Le plus heureux qu’on puisse souhaiter c’est de se laisser embarquer.

Inventer quelque chose avec la langue, chercher le souffle d’une phrase, puiser dans ses expériences pour caractériser des personnages… ça fait du bien, d’écrire, il y a la joie de l’invention et de la construction, créer du sens, écouter le monde en soi, donner une lecture du monde tel qu’on le perçoit et l’éprouve.

Enfin, Sophie Nouaille me demande comment l’on s’inscrit dans un atelier. Je parle de l’atelier en week-ends, Trouver sa voie dans l’écriture — on peut commencer par s’inscrire sur 1 week-end (prochain atelier : les 29 et 30 avril). Je parle aussi des ateliers au long cours, qui accompagnent dans l’écriture d’un récit long, sur deux ans — récits, romans, fictions d’inspiration autobiographiques… Les ateliers Chantiers.

Flâneries et écriture au fil des Voix vives à Sète

Venez écrire en vous inspirant des voix des poètes de la Méditerranée pendant le festival des Voix Vives, à Sète, du 24 au 29 juillet.

 

Chaque jour, à Sète, pendant le festival des Voix vives , entre le ciel très bleu et le bleu profond de la mer, chaque jour lectures et rencontres haut portent les voix des poètes dans les ruelles et sur les places, dans les jardins ou sur le port — parfois sur un bateau au fil de canaux.

Chaque jour nous nous retrouverons pour un rendez-vous d’écriture : je vous proposerai thème et trajets pour vous guider dans les ruelles à la recherche des voix qui inspireront vos textes fragments, voix et personnages naîtront de vos écritures qui se feront mémoire de vos flâneries, traces de vos rencontres, écho sensible de vos impressions.

En fin de journée, nous nous retrouverons près de l’eau, un peu en retrait de la foule festivalière, sur la pittoresque Pointe Courte près de l’étang de Thau. Nous nous réjouirons ensemble des récoltes du jour et préparerons la cueillette du lendemain.

Nous terminerons ensemble l’atelier par la soirée de clôture du festival, le 29 juillet.

Modalités pratiques
  • Détails et inscription : c’est ici
  • 6 jours : du 24 au 29 juillet, à Sète. 7 séances de 2h sur 6 jours d’atelier.
  • Tarifs : 300 €, réduit 270 € – Arrhes : 90 € – [Formation professionnelle, après convention : 600 €]
  • Prévoir une chambre ou un logement dans la vieille ville (il faut se dépêcher car la période est très demandée), des chaussures confortables, un carnet de bon format, des lunettes de soleil et une ombrelle si vous devez vous protéger.
  • Vous écoutez les poètes à l’ombre des bâches blanches tendues comme des voiles au-dessus des ruelles — parfois dans des chaises longues ou des hamacs.
  • Le festival fourmille de lieux où se désaltérer et grignoter à prix légers.
  • Le festival commence dès le 21 juillet — ne manquez pas l’ouverture !

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