Toi, tu as cette langue ?

« La langue que je trouve entre les pages de certains livres me maintient en vie »

Dominique Sigaud, dans Dans nos langues (Verdier, 2018), tisse des liens entre les différentes langues qui nous traversent et nous construisent. Elle raconte la recherche de son propre lieu d’énonciation, le besoin de désenclaver la langue des codes journalistiques pour atteindre cette autre langue qui naît dans l’écriture, qu’on trouve dans certains livres, qu’on trouve dans le sien – la littérature consolatrice.

    « ces récits me sauvent, témoignent de l’existant, c’est donc que je n’ai pas tout inventé, le monde ne se résume pas aux formes évidées du bavardage, il existe bien une épaisseur, un axe, quelque chose qui traversant la réalité, en témoigne, quelque chose dont je connais le goût, que je ne retrouve pas dans ma propre existence, ne sais pas produire, ne retrouve intégralement qu’entre les pages des livres »

Oui. La langue qu’on trouve dans les livres, celle qui naît dans le silence d’écrire agit bien comme un baume. Cette langue que Patrick Autréaux nomme La voix écrite.

Dominique Sigaud raconte qu’elle proposait de découvrir leur propre langue à des adolescents qui se déconsidèrent, en ateliers d’écriture. Elle se présente, elle dit : « Pas un sans langue, chacun la sienne. » Et, debout devant eux : « ni celle de la famille, ni celle de l’institution. »

Chacun sa langue est donc l’énoncé qui invite les adolescents à sortir des formes évidées du bavardage pour entrer dans la recherche de leur propre langue. Alors nous découvrons cette adolescente qui se redresse lorsqu’elle lit son texte tout juste écrit :

    « la première fille se lève pour lire son texte. Elle est rougissante. La main est peu sûre, la voix, le corps. Silence autour d’elle. On attend. Ce qu’elle va lire, personne ne l’a encore jamais écrit. Ces phrases, je ne les ai jamais lues.
    Parfois sa voix casse au milieu, pleure. Quand c’est fini, il y a un silence à nouveau. Les regards vers elle. Parfois les applaudissements. Et puis « c’est toi qui as écrit ça ? »
    Cette modification immédiate. La jeune fille ne savait pas qu’elle disposait de cette langue, la capacité d’énonciation, sa possibilité. Un texte suffit. La classe disant c’est toi qui as écrit ça ? ramasse en une phrase ce devant quoi elle est mise, cette chose d’elle-même dont elle ne savait rien, bien qu’ayant quinze ans dont dix sur les bancs de l’Éducation nationale. Toi, tu as cette langue ? Ce regard instantanément relevé. Peut-être est-ce ce qui les fait pleurer, ce qui refait le lien avec cette chose inentamée en chacun, cet accès à soi. »

Toi, tu as cette langue ?

Ces langues qui se cherchent dans l’écriture… « Il ne s’agit pas de conforter son ego […] mais bien plutôt d’accéder à l’universalité à travers son propre secret, sa singularité, les fragilités crues longtemps inavouables », écrivait Hubert Hadad.

Toi, tu as cette langue ?

Ces langues qui se cherchent aussi dans les ateliers. Ces ateliers ouverts aux langues singulières que vous y énoncez.

Je vous ai lu Dans nos langues, à vous qui me rejoigniez en fin d’après-midi dans notre atelier de la Pointe courte, pendant les Voix vives, à Sète. Je vous ai donné à entendre cette langue tandis que vous cherchiez les vôtres, je vous ai lu le récit de la rencontre avec ce lecteur qu’est l’éditeur d’un texte — alors que nous cherchions la juste posture pour accueillir les textes nés dans l’atelier.

    « Texte refusé partout. Sauf un. À Partir de lui, tout change ; on est deux désormais à considérer que cet objet purement fictif existe.
    Cet homme a entre les mains la matière que j’ai mise dans l’enveloppe. La même. À partir de là néanmoins quelque chose diverge, ni lui ni moi n’y pouvons rien ; il est impossible qu’il lise mon récit comme je l’ai écrit. Je peux tenter de trouver les mots pour lui faire entendre, lui montrer, lui faire éprouver ce que je voudrais qu’il voit entende éprouve, je ne peux pas plus. Cet homme lit dans sa langue ce que j’ai écrit dans la mienne. L’écart ne peut être rattrapé. Jusque là j’ai cru que nous lirions le même texte. Tout l’apprentissage va consister à se faire à l’idée que non.
    Ce que je découvre de nos écarts de langue, cet homme le sait déjà, a une capacité à lire les langues qui ne sont pas les siennes, au point d’en saisir ce qu’elles tentent de dire, l’objet de ces textes, leur intention, ce vers quoi ils tendent. Il va voir ce que j’ai écrit davantage parfois que je ne le peux moi-même. Ce que je voulais faire. Il va voir le texte où il m’a échappé, glissé, disparaît parfois, s’effondre ; retrouver le texte sous les rochers effondrés.
    Très vite, il me demande d’en enlever là où je l’ai en quelque sorte surchargé de mots intentions images comme pour le recouvrir, empêcher qu’il apparaisse ; l’avoir écrit et en même temps obstrué. C’est l’apprentissage suivant : comment ce qu’on désire écrire, peut devenir parfois ce qu’on s’empêche d’écrire. De la langue qu’on empêche d’apparaître. Maintenant je le sais, ça ne change pas, écrire lutte entre des formes opposées en soi. Ce que profondément je désire écrire, ce qui y fait barrage.
    Cet homme, éditeur, me donne à voir, auteur, où se tient mon propre texte, où et comment aller le chercher. »

Ce qui empêche la langue d’apparaître, les décombres qui obstruent un texte, le bavardage dont on voudrait le recouvrir… tout cela, j’essaye de vous le montrer, dans l’atelier. Avec ma langue singulière de lectrice, vous dire ce que j’entends de la vôtre, de langue, dans les récits tout juste écrits. Vous le dire, vous le signifier. Vous désigner ce qui, d’une voix, s’inscrit dans la langue écrite.

    « J’entraperçois sans rien en savoir encore ce qu’énonciation et liberté ont d’essentiel en commun. Que c’est l’enjeu même de la langue, de ce qui se dit, de ce qui s’écrit. […] Un plaisir étonnamment profond. L’inverse du bavardage. […] Un livre ne peut contenir le déchet de la langue que nos parlers, eux, peuvent difficilement éviter. Un livre ne souffre pas de l’impréparation des parlers, […] la langue ne lui échappe pas comme de nos bouches. »


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Nous n’avons que les mots

« Il y a seulement ce qui est en chemin. »
Thierry Metz

Nous n’avons que les mots, nous, humains, pour construire des digues durables contre les folies du monde.

« Agis dans ton lieu, pense avec le monde »
Édouard Glissant.

Vies, mondes, voix… ce qui nous traverse et nous anime, ce qui fait de nous des êtres aimants, pensants, donnons-le dans les mots.

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L’écriture et la vie

Avec Laurence Tardieu

J’ouvre ma fenêtre de lectrice sur un livre tout juste paru, en ce début 2014 : L’écriture et la vie, de Laurence Tardieu. J’ouvre ma fenêtre sur cette voix qui parle d’écriture, des difficultés profondes rencontrées à écrire, de la peur de ne plus parvenir à trouver des mots à soi, du processus qu’on traverse, pourtant,
de cette traversée.

    « J’avais peur de mon propre désordre intérieur
      peur de perdre pieds. »

 « Dans la vie aussi j’avais peur de perdre pied. »

« L’écriture, comme l’amour, n’a de sens que si l’on accepte de perdre pieds. De quitter le rivage.

Quitter la terre ferme, se laisser emporter. »

premiers jours 14

« Bien sûr, il y a un risque à prendre : en amour, comme en écriture, on peut y laisser sa peau. »

    mais
    « rien dans la vie – ni la pensée, ni le rêve, ni le désir, ni la volonté –, rien ne me permet de pénétrer ces espaces si ce n’est l’écriture. »
    « Seule l’écriture me donne un véritable sentiment d’appartenance au monde. »

seul janv 14

      « Sensation aiguë, ces jours-ci, de me battre avec mon texte, de me battre avec moi-même. Mais finalement toute expérience d’écriture ne consiste-t-elle pas en ce combat ? »

« J’avais écrit juste … mais quel risque avais-je pris dans cette histoire ? »

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      « combat entre soi et soi,
      combat contre sa peur, contre sa nuit,
      combat pour repousser ses propres limites, franchir des frontières intérieures, atteindre des contrées jusque là inconnues de soi,
      combat pour chercher, de toutes ses forces,
      comment être plus libre. »

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« avoir osé être libre. »

« Je suis passée de la peur au désir plus grand que la peur. »

Je referme ma fenêtre sur le livre. De Laurence Tardieu, j’avais rapporté d’autres paroles lorsqu’elle racontait l’atelier d’écriture qu’elle avait proposé à des personnes en souffrance psychique.

Dans ce livre, une fenêtre donne sur des arbres et veille sur l’écriture. Oui, il y a ces peurs qui menacent avec écrire, et ce bonheur très grand, lorsqu’on accoste sur l’autre rive après la traversée.

Passeurs

Il est un fait que j’observe depuis longtemps : écrire peut restaurer le désir de lire.

J’ai souvent entendu dire, par les personnes venues écrire en atelier, qu’elles avaient perdu contact avec les livres. Elles faisaient le plus souvent remonter ce fait au début de leur vie professionnelle ; parfois la lecture les avait quittées sitôt sorties de l’institution scolaire.

Or, après quelques temps en atelier, après que leur propre écriture soit devenue plus investie, ces personnes s’animaient en parlant des auteurs qu’elles découvraient.

En atelier je lis, pour inviter dans l’écriture, des textes d’auteurs. Ces lectures sont soutenues par le désir de faire passer ma conviction que les livres nous aident à vivre. Je ne demande pas de compte-rendu de lecture, pas d’analyse savante des textes. J’invite à retrouver goût pour les textes qui nous parlent, nous touchent, à puiser le désir d’écrire dans ces textes.

On écrit en souvenir de, ou en dialogue avec les auteurs qui ont compté pour soi. Dans les ateliers — lieux ou chaque écrivant rencontre des lecteurs — la pratique de l’écriture éveille la curiosité pour les livres. Il faudrait donc commencer par restaurer un rapport personnel, vivant avec écrire, retrouver sens à ce faire, avant de se tourner vers les livres ?

lecture

Sur le site du passionné pédagogue Philippe Meirieu, j’ai découvert le texte d’une autre grande et passionnée pédagogue, Maria Montessori. La lecture et l’écriture raconte comment le chemin vers la lecture n’est frayé qu’après l’appropriation de l’écriture. Voyez comme il est joyeux de découvrir ces enfants jouant un rapport physique, sensoriel avec les lettres de l’alphabet sans encore savoir ce qu’elles représentent.

« Je reçus un jour une délégation de deux ou trois mères. Elles venaient me demander d’apprendre à lire et à écrire à leurs enfants. (…) C’est alors que les plus grandes surprises me furent réservées. Je n’enseignai d’abord aux enfants de quatre à cinq ans que quelques lettres de l’alphabet que je fis découper dans du carton par la maîtresse. J’en fis également découper dans du papier émeri, afin de les faire toucher du bout du doigt dans le sens de l’écriture ; je rassemblai ensuite sur une table les lettres dont les formes étaient voisines entre elles, pour rendre uniformes les mouvements de la petite main qui devait les toucher.

La maîtresse aimait ce travail et s’attacha à ce début si important. Nous étions étonnées de l’enthousiasme des enfants. Ils organisaient des processions, brandissant en l’air les petits cartons, ainsi que des étendards, et poussaient des cris de joie. Je surpris un jour un enfant qui se promenait tout seul en disant :

Pour faire Sofia, il faut un S, un O, un F, un I, un A et il se répétait les sons qui composent le mot. Il était donc en train de faire un travail, analysant les mots qu’il avait en tête et cherchant les sons qui les composaient. Il faisait cela avec la passion de l’explorateur sur la voie d’une découverte. »

Plaisir de la découverte, manipulation de la langue, expérimentation de ses effets sur les lecteurs, c’est par cela qu’on commence, en atelier. Ainsi des personnes éloignées de leur propre expression peuvent-elles retrouver goût à ces signes qu’on accumule sur le papier ; aux phrases qui se déroulent et s’étirent ou se suspendent sous la pression des mots qui montent à la page ; au sens qui s’invente progressivement. Si les adultes ne crient plus de joie comme ces enfants qui découvrent qu’ils écrivent dans la classe de Maria Montessori, le plaisir du texte ayant enfin saisi ce qui cherchait à se dire est un plaisir qu’on partage, en formation ou atelier.

plaisir de lire

« Quand, dans la Maison des Enfants, se produisit l’événement le plus important. Un enfant se mit à écrire. Sa surprise fut telle qu’il cria de toutes ses forces : J’ai écrit ! J’ai écrit ! Ses camarades accoururent, intéressés, regardant les mots que l’enfant avait tracés par terre avec un petit morceau de craie blanche.

Moi aussi! moi aussi ! crièrent d’autres enfants, et ils se dispersèrent. Ils allaient chercher des moyens d’écriture ; quelques-uns se groupèrent autour d’une ardoise, d’autres se couchèrent par terre et, ainsi, le langage écrit fit son apparition comme une véritable explosion.

Cette activité inépuisable était comparable à une cataracte. Ces enfants écrivaient partout, sur les portes, sur les murs et même, à la maison, sur les miches de pain. Ils avaient de quatre à cinq ans. L’établissement de l’écriture avait été un fait brutal. La maîtresse disait : Cet enfant a commencé à écrire hier, à 3 heures. »

Explorer la langue. Développer ses propres formes à travers toutes sortes de recherches créatives. S’inspirer de la musique d’un style, d’un thème, d’une histoire transmise par la voix d’un écrivain. Ensuite — parce qu’on a développé un rapport concret avec la langue et les contraintes d’écrire — ensuite s’arrêter, lisant, sur un passage où l’on découvre comment l’auteur s’y est pris, avec ces contraintes qu’on a soi-même découvertes en faisant.

plaisir de lire

Je vous laisse découvrir les différentes péripéties qui séparaient encore les enfants de l’appropriation de la lecture après la joie de se découvrir écrivant, ici : La lecture et l’écriture.

Voir aussi cet hommage à Maria Montessori et sa pédagogie active.

Écrire contre l’exclusion

En juin 1997, à Châtellerault, ils étaient onze habitants ou anciens habitants d’un quartier ghetto à m’accueillir : ils voulaient écrire un livre sur leur quartier – La cité des Renardières.

« Je m’appelle Sylvia

    j’ai 20 ans.

L’atelier d’écriture m’a permis de découvrir l’histoire du quartier, ses histoires d’amour mais aussi la haine du quartier. J’ai toujours des rapports étranges avec ce quartier, j’ai grandi avec lui alors le raconter était une expérience inhabituelle : trouver des gens qui sont la mémoire, écrire le futur. »

« Je m’appelle Djamila

    j’ai 31 ans et deux enfants, Noria 13 ans et Karim 9 ans. Je suis d’origine algérienne, mais je suis d’ici, des Renardières ; j’avais un an quand mon père et ma mère sont venus habiter dans le Bâtiment 1.

Un jour, Bernard lance l’idée d’un livre. Il nous dit que ça s’est déjà fait ailleurs, dans d’autres quartiers, le livre serait un moyen pour dire qu’aux Renardières, on y vit bien. Parce que les gens de la ville, ils disent c’est un quartier mal famé.

Au début, je me dis qu’écrire, c’est pas pour moi ; je ne sais même pas écrire une phrase correcte. Et puis je me dis que ça vaut quand même le coup d’essayer, pour dire qu’ici je me sens sur ma terre.

Écrire pour moi, c’est difficile, mais j’aime le travail en groupe de tous âges ; je me souviens quand on s’écoute, et j’ose écrire. Je me souviens de l’émotion à se lire, de l’émotion d’écouter. Je me souviens du respect de l’âge et du bien être ensemble. »

C’étaient mes débuts dans le métier, une première fois de l’atelier dans un quartier dit « difficile ». Une rencontre qui a fondé mon écoute en atelier, ma posture.

« Je suis une personne toute simple, Pierre

    j’ai 33 ans. J’habite au numéro 12 avec ma mère. Je suis dans le quartier, je ne bouge pas. Je vais à Auchan, au bureau de tabac et c’est tout ; ou je reste chez moi et j’écoute de la musique. J’adore mon quartier, je l’aime comme il est, j’aime son mélange ethnique.

Avec le livre, j’ai voulu raconter ce que j’ai vécu, depuis le temps que je suis sur le quartier. J’ai pris des photos des tours pour montrer comment c’était. Pour vous dire, un article sur le quartier l’avait appelé le Bronx ! J’ai voulu qu’on redevienne un quartier comme les autres et qu’on arrête de nous montrer du doigt. »

Ils voulaient écrire pour enrayer les mécanismes de l’exclusion, cette conviction, ils m’en saisirent. Elle fut notre force, trois années durant ; eux pour s’engager dans l’aventure, moi pour les conduire – montrer le chemin, accompagner chaque fois plus loin l’élan d’écrire.

« Je m’appelle Odette

    jeudi après jeudi, nous avons appris à nous connaître, à travailler ensemble, à chercher les vrais mots pour dire les vraies choses, à apprendre comment se passe la vie d’aujourd’hui, si différente de ce que j’ai vécu aux Renardières à partir de 1950.

Quand on écrit, on revit un peu ce que l’on est entrain d’écrire. L’expérience de l’atelier nous a permis de regarder les choses en face, et les gens autrement. En fait, c’est aux Renardières que je me suis le plus battue pour vivre et faire vivre mes enfants. Ça a été sans doute une chance, même si le quartier est toujours un quartier qu’on méprise, où les gens bien ne vont guère. Mais ce quartier, je l’aime toujours !

Et pourtant, la jeune femme qui arrivait au camp des Renardières en 1950 et qui se disait
« heureusement qu’il n’y a pas les barbelés ! », celle qui pensait : « je n’y arriverais jamais, jamais, je ne pourrai pas » et bien, c’était moi ! et maintenant j’ai 80 ans ! »

L’aventure humaine et les 23 journées d’atelier on aboutit à un récit, publié chez Manuscrit.com en 2001 : Collectif des Renardières, Un quartier pas comme les autres.

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« Moi, je m’appelle Maryvonne

    j’ai 52 ans, je suis aide soignante. Autrefois, j’ai habité aux Renardières… 55 cité des Renardières… ça a été difficile de me décider à venir à l’atelier d’écriture : je n’osais pas raconter que j’ai vécu pendant 19 ans dans les baraques : vous pensez, la cité des Renardières !

Travailler en groupe m’a été difficile. Lors des premières lectures, j’avais l’impression de me mettre à nu devant tout le monde : j’ai appris à m’exprimer en me mettant des coups de pieds au derrière ! Tant bien que mal, nous avons travaillé, fouillé dans nos mémoires pour faire revivre depuis le début ce fameux quartier…

L’atelier, c’est comme un fil qui me relie avec mon passé, une petite clé qui me permet de rentrer chez moi. Aujourd’hui, je dis bien haut et fort que j’ai vécu dans les baraques, et j’en suis fière ; et si c’était à refaire, je recommencerais ! »

Pluralité d’auteurs, pluralité d’époques ; le récit noue les fils d’une histoire collective, il donne à entendre les voix d’un chœur polyphonique.

« Je m’appelle Sandy

    j’ai 22 ans. Toute ma famille, du côté de ma mère, habite ici depuis les baraquements.

Notre groupe de l’atelier d’écriture, nous avons appris à nous comprendre et à nous respecter. Chacun racontait son époque, mais de manière différente. Le groupe est devenu la famille du jeudi, on se retrouvait autour d’une tasse de café. Ici, les histoires sont au quotidien de ce quartier pour dire : c’est cela qui fait de ce quartier une famille. »

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« Je suis François

    je travaille à la MJC des Renardières.

Cette expérience d’un groupe qui raconte, ça m’a permis de comprendre l’impact de l’écriture : que le présent a sa source dans le passé, et que l’identité d’un quartier a sa source dans l’histoire. Identité : repère. On défend son quartier, on prend des risques. »

« Je m’appelle aussi Odette

    croyez-moi c’est très dur d’écrire, mais ça vaut le coup !

Il y a eu quelque passages à vides où l’on se désespérait, on était prêts à tout abandonner.
Je me souviens de la difficulté que j’avais à écrire deux ou trois mots à la suite.
Je me souviens des moments de désespoir à l’idée que jamais je ne pourrais faire un texte correct.
Je me souviens quand Claire nous demandait de lire ce que l’on avait écrit, les réticences de chacun à faire le premier pas.
Je me souviens des recherches aux archives, à Poitiers ; relire les journaux de l’époque où l’on était jeunes.
Je me souviens avoir été prête d’abandonner l’atelier car je ne voyais pas de progrès.
Mais maintenant je me sens responsable de ce que j’écris et j’en suis fière. »

Le dialogue entre passé et présent crée cette épaisseur qui permet de renouer avec ses racines et, ce faisant, de s’inscrire dans le présent.

« Je m’appelle Stéphane

    j’ai 30 ans, je suis le bout-en-train du quartier. J’habite ici depuis ma naissance. Je suis né et vécu dans les baraquements, place Cabanou.

Avant l’atelier d’écriture, j’étais timide : ça m’a permis de parler avec des gens que je ne connaissais pas, ça m’a fait du bien de parler. »

« Mon prénom est David

    j’ai l’âge que j’ai, j’ai 4 enfants, je suis un jeune papa. Je suis marié avec une demi algérienne.

Avoir des souvenirs en commun avec des personnes âgées, des souvenirs oubliés… Dans l’atelier, j’ai pris le temps d’écrire de nouveaux mots, de les assembler, d’en faire des phrases. C’est un grand moment passé ensemble, une autre vision de la lecture et de l’écriture.

Dans le livre, j’ai voulu raconter l’histoire de notre quartier, la vie qu’on a eu, les baraquements, les bâtiments en dur, la destruction des tours peut-être, la fin, quoi. »

De la diversité des expériences et points de vue s’est dessinée une communauté de valeurs, une identité du quartier.

Avec Pierre Bergounioux

Être au monde, l’écrire. Écrire est une élucidation de notre rapport au monde.

« La littérature est conscience du monde. Elle diffère de la philosophie en ce qu’elle ne renvoie ni au ciel des idées ni aux fondations enfouies de la métaphysique, et aussi de l’histoire, parce qu’elle s’écrit à hauteur d’homme, sous la lumière changeante et le vent fugitif du présent. »

Pierre Bergounioux, Agir, écrire, Édition Fata Morgana

Conscience du monde

Conscience du monde



Accompagner dans l’écriture

Comment dire le métier d’accompagnante en écriture ?
Suis-je formatrice ? Passeuse d’écriture ? Jardinière ?

J’appelle votre écriture, ensemble nous la cultivons — en prenons soin.

Je suis à vos côté sur le chemin d’écrire : je connais les obstacles, les techniques, vous montre les passages, vous donne les outils.

Je suis votre lectrice favorable, professionnelle, avertie.

J’écoute les formes et les voix qui se cherchent dans vos textes — je dois ceci à mon amour pour la littérature.

J’écoute aussi ce qui vous pousse à écrire, que vous désirez transmettre, qui parfois ne parvient pas jusqu’au texte — et ceci je le dois à ma pratique de la psychanalyse.

J’adapte mon accompagnement à ce que j’entends de vos projets et de votre désir d’écrire, d’où vous en êtes.

J’écris, j’ai écrit, j’écrirai — c’est avec cette expérience et la nécessité qui me conduit à écrire que j’ai construit la posture qui me permet de vous accompagner, vous.

Ensemble, nous parlons d’écriture.
Votre écriture est le lieu de notre rencontre.

 

Mais que serait le sourire de la Joconde sans les mirabelles du fond de ton jardin ?

Mais que serait le sourire de la Joconde sans les mirabelles du fond de ton jardin ?