Des naissances dans un jardin

Accompagner la naissance de vos personnages, les faire surgir ?

Le personnage ne dit rien, certes, « mais il est si passionnément désireux de passer dans la langue, d’être accueilli dans l’écriture, qu’il fait vibrer le langage en sourdine. (…) Alors le langage se met à remuer étrangement dans la pensée encore indécise de l’écrivain sollicité. Il remue, il remue, comme une eau inquiète, une lave en tourment, balbutiante. » Sylvie Germain, Les personnages.

Où se trouve l’inspiration, entre expériences et réalité et imagination ? Nous commencerons par explorer différentes sources d’écriture. Certains personnages viendront de ces espaces entre rêves et rêverie langagière où naissent les imaginations ; d’autres surgiront de vos expériences, de vos ascendances, de vos rencontres… Le deuxième jour, ils se seront invités dans vos textes, ils seront là.

« Un jour, ils sont là. Un jour, sans aucun souci de l’heure (…) Là, à la frontière entre le rêve et la veille, au seuil de la conscience. Et ils brouillent cette mince frontière, la traversent avec l’agilité d’un contrebandier. » Sylvie Germain, Les Personnages.

Dans l’atelier, pendant trois jours, alors qu’autour de nous dans le jardin jailliront les roses les lilas et les fleurs odorantes des orangers du Mexique, il s’agira d’écriture et de littérature ; de donner à ces personnages surgis dans vos textes la vie – le mystère ? la quête ? – qu’ils vous inspireront.

Qu’est-ce qu’un personnage littéraire ? Comment le rendre vivant, le mettre en mouvement, le donner à voir aux lecteurs au point qu’il reste inscrit, vivant dans leur mémoire ?

Ensemble, nous caractériserons vos personnages, leur donnerons du goût, de la chair, de la présence. Nous les verrons naître et grandir ; nous découvrirons leurs obsessions et leurs faiblesses, les lieux qu’ils arpentent, leurs abris, leur nécessité propre, leur façon d’habiter le monde. Nous chercherons leur singularité dans la langue.

« Que les corps se lèvent, marchent et l’espace de trois phrases, dans l’esprit des lecteurs, apparaissent, soient là et vivent. » Pierre Michon, Le roi vient quand il veut.

Nous utiliserons les outils de la dramaturgie pour dynamiser et complexifier vos personnages, les doterons d’un secret, les confronterons à des conflits. Texte après texte, vous les ferez progresser dans une histoire, vous esquisserez une intrigue.

Nous serons, tout le long de cet atelier, en compagnie de personnages nés de la littérature contemporaine. Pierre Michon, Laurent Mauvignier, Elizabeth George, Sylvie Germain, Maylis de Kerangal, Nathalie Léger, Michèle Desbordes, Pierre Bergounioux, Raymond Carver, Richard Brautigan, Pierrette Fleutiaux, Belinda Cannone, Régine Detambel, Jeanne Benameur, François Bon, Anne Dufourmantelle, Sophie Calle, Nicole Malinconi, Bernard-Marie Koltès, Sylvie Gracia…

Nous serons plus nombreux, le dernier jour, que les cinq ou six personnes réunies pour écrire dans l’atelier, et riches de ces autres nés de vos écritures – ces autres dont nous aurons pris soin, les accompagnant de la belle écoute de ce qui se trame et s’invente dans l’atelier.


Découvrir l’atelier Faire surgir un personnage du 27 au 29 avril 2021

Ce qui sur le chemin permet d’avancer

« Plaisir. Plaisir de découvrir, chaque mois durant huit mois, une proposition d’écriture. »

Merci à Evelyne de nous raconter ici son expérience de l’atelier Écrire une histoire de vie par e-mail.

« Plaisir de découvrir, chaque mois durant huit mois, une proposition d’écriture. Plaisir d’en prendre connaissance, de la relire, la décrypter, s’y lancer, hésiter, y revenir… Écrire et puis attendre les commentaires de Claire. Attendre ce qui, sur le chemin, éclaire ou permet d’avancer. Ce qui permet de réfléchir, de donner un sens à ce qui est produit.

Parlons accompagnement : j’ai aimé qu’il soit gradué, distillé, m’amène en douceur vers ma propre écriture avec exigence, fermeté et générosité. J’ai aimé qu’il soit chaque fois ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, donnant des repères et des appuis, des buts – guidant sans paraître y toucher.

J’ai dit générosité, j’ajouterai rigueur. L’accompagnement ne prend pas par la main mais indique un chemin à suivre. Il n’y a personne par dessus mon épaule, pas de modèle à recopier, mais des balises, des indications, des repères. Je pense à la lagune de Venise : si vaste et cependant pleine de routes tracées pour qui sait les lire – et la confiance en ceux qui les ont tracées.

Un autre élément à mon sens important : le contrat, l’engagement, la mise en jeu des deux parties. D’un côté, une proposition pensée, expérimentée, travaillée, pointue. De l’autre, une écrivaine en devenir, en gestation, en chemin mais aussi en dialogue. Je ne peux pas ne pas répondre à la proposition et en même temps j’apprends à jouer et à construire : un personnage, une histoire, un cadre, un projet d’écriture.

Et, j’insiste en reprenant le premier mot plaisir. Ce plaisir de se fondre totalement dans les mots, les lignes, je ne sais pas comment les appeler, sinon que se renouvelle à chaque fois le miracle d’y plonger sans m’y noyer, d’oublier le temps, mon âge, l’heure qu’il est, la saison, mon banquier, la musique des voisins. Découvrir, lorsque j’en émerge que la nuit est tombée, ou le jour s’est levé, ou qu’il n’est plus l’heure du thé (je ne bois pas de thé).

Reprendre quelque temps le courant de la vie puis revenir au texte, ne pas le reconnaître, recommencer parce qu’au fond de soi autre chose est tapi et qu’il faudra, quoi qu’il en soit, le débusquer. À la fin être satisfaite – je n’irai pas plus loin, pas cette fois. Je suis pleine de ce que j’ai écrit tout en étant légère : j’ai écrit.

Mois après mois, texte après texte, l’écriture s’installe, le projet se construit, je me l’approprie. Comme faire de la bicyclette, se surprendre un jour à pédaler seule et parier que très vite j’avancerai sans tenir le guidon. »

Evelyne Genevois

Ceija Stojka - Maison rouge 2018
Ceija Stojka – Maison rouge 2018


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Que la puissance soit celle de la douceur

Ce satané coronavirus nous aurait-il permis de comprendre la nécessité de prendre soin de l’autre et d’être là, à ses côtés, dans le temps de l’amour, des liens de compagnonnage, de filiation, d’amitié, de travail ?

Être là, aux côtés de l’autre…
« La douceur nous visite. Nous ne la manipulons ni ne la possédons jamais. Il faut accepter d’entrer dans ses marées, de parcourir ses chemins creux, de se perdre pour que quelque chose d’inédit survienne », écrivait Anne Dufourmantelle dans Puissance de la douceur — livre dont le souvenir m’a donné sa lumière au moment où je me demandais ce qu’il serait bien possible de se souhaiter, après cette année éprouvante pour certains, épouvantable pour d’autres.

« J’ai voulu montrer que la douceur était aussi une puissance, une dynamique, une vraie force qui accompagne et porte la vie », disait Anne Dufourmantelle lorsqu’elle parlait de Puissance de la douceur. Anne Dufourmantelle, psychanalyste, philosophe et écrivaine, disait qu’une question traversait ses livres, celle du passage entre la fatalité et la liberté, celle de ces moments de conversion et de retournement, de métamorphose, qui font qu’une vie, à un moment s’ouvre à la liberté.

Puissance de la douceur
Sa pensée bienveillante et audacieuse, Anne nous la transmet dans ce livre où elle raconte que la douceur est une force de résistance à l’oppression, une réserve de combat, mais aussi d’invention ; un autre chemin vers la possibilité d’un dire oui à la vie. Paroles précieuses en ces temps où les confinements nous privent de nos libertés et de la présence de celles et ceux qui comptent, que nous aimons.

    « Prendre soin
    Faire les gestes appropriés pour endiguer la maladie, refermer la plaie, apaiser la douleur : le soin est associé depuis le début de l’humanité à la douceur. Il exprime l’intention du bien, de ce qui est donné par-delà l’acte médical ou la substance analgésique. […] La douceur suffit-elle à guérir ? Elle ne se munit d’aucun pouvoir, d’aucun savoir. L’appréhension de la vulnérabilité d’autrui ne peut se passer pour un sujet de la reconnaissance de sa propre fragilité. Cette acceptation a une force, elle fait de la douceur un degré plus haut, dans la compassion, que le simple soin. Compatir, « souffrir avec », c’est éprouver avec l’autre ce qu’il éprouve, sans y céder. C’est pouvoir se laisser entamer par autrui, son chagrin ou sa douleur, et contenir cette douleur en la portant ailleurs. »

Porter la douleur ailleurs. Apaiser. Transformer. Comment transformerons-nous, en 2021, le désarroi que le coronavirus abattit sur notre humanité en tranchant net le tissu de nos relations par peur des contaminations ?

    « De l’animalité la douceur garde l’instinct, de l’enfance l’énigme, de la prière l’apaisement, de la nature, l’imprévisibilité, de la lumière, la lumière. »

La lumière, je la trouve dans ses livres dont j’ai parlé ici lorsque j’appris la mort accidentelle d’Anne Dufourmantelle. J’ai plus tard désiré transmettre le vivant désir qui me parvenait par la parole dans ses livres, et conçu un atelier qui invitait à écrire en dialogue avec son œuvre. Un si bel atelier.

Faire vivre la parole fragile des êtres humains. Chercher ensemble les chemins d’un dire oui à la vie, malgré les confinements, malgré la peur. Retourner aux livres d’Anne et ouvrir à nouveau un espace où les paroles circulent, entre lectures et écritures, soutenues par cette belle écoute des textes écrits en ateliers – qui est l’une des figures de la puissance de la douceur.

De la douceur, préservons ensemble la force et la lumière, en 2021.

Découvrir ici l’atelier Écrire avec Anne Dufourmantelle

Peut-être l’appellerons-nous plus tard la maison des ateliers ?

Peut-être m’y rejoindrez-vous, après la traversée de ces nuits les plus longues, de l’autre côté des fêtes ?

La maison aime accueillir les écritures, les ateliers.

Dans la maison, près du jardin au repos, nous avons ouvert le cycle Chantiers et, lundi dernier, le cycle Écrire avec les auteurs contemporains.

La prochaine fois ? Ce sera les 30 et 31 janvier, pour cet atelier ouvert à celles et ceux qui désirent arrêter le cours – trop – rapide des choses, le temps d’un week-end, et explorer l’écriture : Trouver sa voie dans l’écriture.

Après ? 3 jours d’atelier du 15 au 17 février, peut-être ? (« Peut-être », je le retirais souvent de mes phrases, avant ce satané covid.)
Non, l’atelier n’est pas encore inventé, l’information viendra par ici.

Mais d’ici là, fermons portes et fenêtres sur les longues nuits, le temps de se demander ce qu’on va bien pouvoir trouver, comme vœux pour la nouvelle année, autres que : meilleure que la précédente !

Que cette période de la bascule de la nuit vers la lumière vous soit aussi douce que possible.
À bientôt !

la maison des ateliers


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L’étonnement du voyageur

« Il va falloir que je m’applique à faire taire ces bruits bruyants qui couvrent le murmure de la vraie source. Retrouver ce silence où le rouge-gorge et l’étonnement d’être osent de nouveau chanter »,

écrit Claude Roy, dans L’étonnement du voyageur.

Ce livre, éveilleur de rêveries, est l’une des sources qui ont irrigué la conception de l’atelier Écrire le voyage, une invitation à interroger ces autres mondes – personnes, visages, paysages, façons d’être – qu’on rencontre en traversant les frontières ; écrire le désir pour ces autres contrées que celles qu’on arpente régulièrement ; creuser les voies de l’étonnement.

« Un papillon Belle-Dame passe dans le chemin, se pose sur un buisson, me donne deux battements de bonheur et s’envole. »
Claude Roy, Permis de séjour.

Traverser les frontières ? Ici, l’étonnement naît de l’observation de la nature, dans ce jardin où la vie m’a offert un abri depuis le premier confinement, dans ce jardin où je vous ai accueilli.e.s cet été pour deux ateliers, dans ce jardin où vous me rejoindrez pour l’atelier Écrire avec les auteurs contemporains, et Trouver sa voie dans l’écriture.

 

 

Dans ce jardin, le voyage est celui des saisons. Au mois de mai, j’ai planté des graines de soucis et, en août, une magnifique agapanthe. Agapanthus umbellatus, Agapanthus africanus ; aussi appelée Lis du Nil ou Tubéreuse bleue, originaire d’Afrique du sud – certains la disent aussi reine de l’été.

Assister à la naissance des fleurs,  cette merveille.

Quel est le signe de la beauté ? L’étonnement renouvelé.

 

Vivace, vigoureuse, l’agapanthe lance ses fleurs vers la lumière entre les arbres qui l’entourent, tandis qu’à ses pieds progresse l’orange des soucis.

 

Puis c’est l’automne, la fin de la courbe de vie, le moment de ramasser les graines – le nouveau confinement.

Ce jardin dans l’automne – l’or éphémère du gingko biloba, le frémissement des feuilles au bout des branches,  leur pluie si légère vers la prairie et, peu à peu, la structure dénudée des arbres et le subtil pâlissement des couleurs – ce lieu où, entourée de livres, je lis vos textes et prépare mes retours vers vous, qui vous êtes engagé.e.s dans l’un des ateliers par e-mail.

« J’aimerais avoir la politesse (ou le savoir) d’appeler tous les papillons par leur nom… Mais je ne sais en nommer qu’une vingtaine, les plus communs (le mot convient mal à leur élégance), de la piéride du chou, ballerine 1820, à la vanesse si bien nommée Belle-Dame, et du très distingué Demi-Deuil, avec ses non-couleurs raffinées, au Citron, dont le jaune est marqué des mêmes signes de caste rouges que le front de certaines Indiennes. J’étais content cet après-midi de rencontrer un Paon-de-jour, de pouvoir le saluer, et le féliciter des rapports de tons de ses « yeux », d’un goût si serré et voulu.
J’ai longtemps écarté l’hypothèse d’une esthétique de la nature, conçue pour séduire quel regard ? Mais la découverte dans les désert d’Arizona de dessins inscrits dans le sol et visibles seulement à très haute altitude m’a fait rêver. Les Indiens qui tracèrent ces signes, « l’évolution » qui a peint le Paon-du-jour proposent-ils leurs œuvres aux yeux d’un Amateur inconnu de nous ? »
Claude Roy, L’étonnement du voyageur.

 

 

 

 

« Écrire, multiplier sa vie et les expériences, pour sentir plus de choses, pour comprendre mieux les gens et les choses, pour tenter de savoir vivre. »
Claude Roy, L’étonnement du voyageur.

 

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Faire naître une histoire dans un jardin

Oui, c’est dans ce jardin, à l’ombre des grands arbres, à Saint Germain-en-Laye, que je vous invite à venir écrire et faire naître une histoire, du 24 au 26 août


Faire naître une histoire ?

Se laisser surprendre par les propositions d’écriture. Cheminer pas à pas – avec l’écriture, avec son goût pour les histoires, avec son désir de raconter, d’inventer.

Avancer dans le concret de la fabrication de l’histoire. Trouver un fil conducteur, imaginer et déployer une intrigue, incarner un ou des personnages — leur donner de la profondeur, les dynamiser avec une quête, les faire avancer dans l’histoire… Esquisser les premières péripéties, se demander comment fonctionne une scène…


Mettre l’histoire en mouvement, prendre goût au pas à pas de l’écriture, au pas à pas de l’imagination. Accepter de ne pas savoir ce qui s’écrira avant d’écrire. Et continuer, malgré le sentiment que ça ne va pas, que ça pourrait être mieux, qu’on n’y arrivera jamais… Aller plus loin, porté.e par le groupe, par l’élan donné dans l’atelier — avec les propositions, avec l’écriture, avec les autres.

Frayer, ce faisant, son propre chemin parmi le foisonnement des univers qui naissent et se déploient dans l’atelier : faire entendre sa singularité, son imagination propre, en donnant forme à l’histoire qu’on est seul.e à pouvoir raconter.


L’atelier vous accueille à l’ombre des grands arbres, tandis que les deux pies et les merles sautillent dans la prairie. Peut-être aurons-nous la chance d’apercevoir les écureuils ? La nature sera l’écrin où se développeront les histoires qui prendront corps dans l’atelier Faire naître une histoire.

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Écrire dans un jardin cet été

Écrire dans un jardin, à Saint Germain-en-Laye, cet été ?

Cet été je vous propose d’écrire dans un jardin, nous y construirons nos cabanes d’écriture dans la prairie, à l’ombre des grands arbres, accompagné.e.s du chant des oiseaux. Un nouveau lieu pour écrire, créer, jouer, inventer et partager les textes dans la belle écoute de l’atelier.

Saint Germain-en-Laye

Le premier atelier, dont j’avais parlé ici, vous invitera à écrire en dialogue avec l’œuvre de Maylis de Kerangal — il aura lieu du 20 au 23 juillet. Avec Kerangal, capter le réel – donner les lieux, les corps, l’atmosphère, le mouvement –, explorer différents états du texte, déployer la langue qui fera vivre le monde que vous choisirez d’écrire.

Le deuxième atelier, Faire naître une histoire, aura lieu du 24 au 26 août. Joyeuse chaufferie des imaginations, il vous vous accompagnera, pas à pas, à déployer votre histoire et lui donner forme — cette histoire que vous serez seul.e à pouvoir raconter.

Saint Germain-en Laye est à 30 kilomètres du centre de Paris, au terminus de la ligne A du RER. Jolie ville avec terrasse et jardins surplombant la Seine, forêt, et château. Des logements sont disponibles sur Airbnb.

Si par hasard il pleuvait, nous trouverions dans la grande pièce de la maison l’espace où écrire tout en gardant les distances requises.

Et voyez, ici, le jardin où nous nous retrouverons.

Frontières sanitaires — covid 19

Aujourd’hui, soixante jours après la dernière fois du sourire de ma mère et nos derniers baisers, trente-neuf jours après qu’elle soit retournée dans son ehpad (après trois semaines d’hospitalisation et d’isolement absolu), aujourd’hui, dix-huit jours après que le gouvernement ait rétabli le droit des visites des familles dans les ehpad, je rends pour la première fois visite à ma mère.

Jeudi 7 mai 2020. Le printemps donne sa très belle lumière sur les routes presque désertes. Première fois au volant depuis le début du confinement. Lenteur étrange. Temps distendu de l’attente, corps ralenti. Sortir de la passivité de l’enfermement ?

Je racontais ici mon désir de suspendre le récit de notre traversée du covid 19, car je pensais que nos échanges, une fois organisés par le biais de skype, relevaient de la sphère intime. Mais les barrières sanitaires bouleversent le partage entre ce que nous considérons comme relevant de l’intime, et ce que nous considérons comme relevant du social. Si je continue à lancer vers ma mère la musique de mes mots à travers l’écran de l’ordinateur, si nous continuons à chercher, comme le racontait ici France Audiffred, comment donner à ces mots la douceur tactile des mains qui ne peuvent plus toucher nos proches, si le désir de vivre de nos petites mères s’étiole sous nos yeux et menace de s’éteindre à force d’isolement, il en sera encore longtemps ainsi, après lundi prochain, 11 mai — date du début du déconfinement. Cette situation terrible ravive le besoin d’alerter, de faire savoir.

À la fenêtre de la chambre de ma mère, depuis la rue, le mimosa qui en décembre était en fleurs est mort. Calciné.

Dans le jardin de l’ehpad, ils ont dressé une tente, ouverte sur deux côtés. Sous la tente, quatre tables de jardin alignées — quatre fois soixante-dix centimètres, soit deux mètres quatre-vingt de distance entre les deux places qu’ils nous octroient, de part et d’autres de cette barrière, à ma mère et à moi. (Les directives sanitaires disent un mètre cinquante minimum.) Sur les côtés des tables, des sièges barrent la possibilité de passer. On m’a fait entrer par la porte secondaire, afin que je ne contamine pas l’intérieur du bâtiment. Je suis un visiteur, le covid 19 est passé par mon corps et par celui de ma mère, mais je viens du dehors, je suis potentiellement dangereuse.

Je signe la « charte des bonnes conduites des visiteurs », qui double les obstacles matériels des tables et de l’obligation de porter un masque à presque trois mètres de distance : je dois m’engager sur l’honneur à ne pas approcher ma mère, sinon les visites me seront interdites. Je m’engage sur l’honneur. N’étais-je pas, signant la demande d’admission de ma mère dans cet ehpad, la personne dite « de confiance » ?

Confiance. Je pense à ma sœur, infirmière dans un hôpital parisien, qui me parle du travail de Laurent Garcia, cadre infirmier à l’ehpad des Quatre saisons à Bagnolet. Florence Aubenas, dans un reportage paru dans Le Monde du 31 mars, a montré combien la dimension humaine du soin est préservée dans cet ehpad, malgré le danger et la peur du virus. Ma sœur connaît Laurent Garcia, il lui raconte qu’il a choisi de faire confiance aux familles lorsqu’elles visitent leur proche. Après les avoir informées des précautions à prendre, il sait qu’elles ne mettront pas en danger la personne qu’elles aiment. Question d’éthique, de confiance qu’on se donne entre personnes de parole. Question d’humanité aussi.

Je regarde le mimosa calciné à la fenêtre de la chambre de ma mère, je l’attends. Je sais qu’on ne l’a pas sortie de sa chambre depuis qu’elle est revenue dans l’ehpad, trente-cinq jours auparavant. Derrière la place qui lui est attribuée de l’autre côté des tables sécuritaires, les feuilles rondes d’un bouleau s’agitent dans la lumière, j’entends les oiseaux. Heureusement, me dis-je, heureusement pour elle qui aimait par-dessus tout être dehors, dans son jardin — heureusement cette visite, car au moins sentira-t-elle la douceur printanière sur sa peau.

Puis la voilà, fauteuil roulant poussé par la professionnelle qui médiatise notre rencontre. Elle est là — aveugle d’un œil et de l’autre une acuité visuelle de 6/10° –, on cale son fauteuil de l’autre côté de la table, elle regarde dans la direction du corps qui l’appelle, ce corps si loin, ce visage masqué, qu’elle ne reconnaît pas. Le contact visuel dure quelques minutes, puis ma mère se détourne, elle ferme les yeux et se met à écouter, comme elle le fait sur skype, ma voix. Elle s’assoupit.

La professionnelle en charge de la visite (masquée elle aussi) vient s’asseoir près de ma mère, lui parle près de l’oreille, lui touche le bras. Ma mère reçoit les signes de ce corps si proche du sien, elle ouvre les yeux, tourne la tête, regarde la professionnelle, reste quelques instants attentive, puis referme les yeux, s’assoupit à nouveau.

Mais elle m’entend. Depuis cet au-delà dans lequel elle s’enfonce, elle prononce un son qui dit oui, plus tard un son qui signifie non — mais elle ne se connectera pas à la présence corporelle qui lui fait signe de l’autre côté de la distance instituée par les directives sanitaires.

Pourquoi suis-je si bouleversée en reprenant ma voiture — si dissociée ? Tout va bien, me signifie l’institution avec force sourires derrière les masques, avec force paroles lénifiantes, les corps et le personnel sont saufs, ils font le maximum — une connexion skype cinq jours sur sept et une visite par semaine –, de quoi vous inquiétez-vous ? Tout va bien.

La frontière sanitaire m’expulse de la relation intime avec ma mère en me faisant basculer de l’autre côté, avec les étrangers dangereux. Suis-je encore une proche de ma mère ? Comment se dit le contraire de proche ? On dit adversaire, on dit éloigné, on dit différent, ou encore lointain. Les frontières sanitaires ont-elles transformé « la personne de confiance » que j’étais en une lointaine de ma mère ? Suis-je encore la fille qui prend soin de sa mère ?

Parfois les mots deviennent des mains

Avec France Audiffred, nous partageons la grande inquiétude de savoir nos « petites mères » enfermées dans des ehpad qui s’arc-boutent sur des consignes sécuritaires de protection contre le covid 19, sans tenir compte des ravages psychiques et affectifs causés par la rupture des liens avec l’entourage des résidents que nous leur avons confiés.
Elle m’a confié ce texte afin que je le publie ici.
Merci pour elle : de votre lecture, et de vos commentaires ; merci aussi, pour nous et nos mères, et toutes les personnes ainsi enfermées, de faire circuler cet article aussi largement que possible.

« Parfois les mots deviennent des mains » ; la voix de Jacques Bonaffé, passeuse d’une poésie si rare à la radio me rejoint à l’instant, dans l’habitacle de la voiture. Ces mots – ou plutôt cette profération – sont de Serge Pey dont me reviennent aussitôt la stature d’ours et le bâton brandi. J’ai eu la chance de l’entendre dans je ne sais quelles rencontres poétiques il y a longtemps, difficile d’oublier l’homme à la voix rocailleuse et l’allure de prophète.
Si la voix peut enchanter, si elle peut mener à la révolte, elle a aussi le don d’apaiser, comme la caresse des mères sur le front des enfants. Les mots peuvent devenir des mains pour bercer nos plus proches, panser leurs plaies, les border dans la douceur d’une présence aux derniers temps de leur vie. Mais, je me le demande si souvent ces jours-ci, nos mots peuvent-ils les réanimer ?

Car j’ai besoin de ces mots-là, besoin de croire en leur vertu d’éveil et de me fier au souffle qui les porte. Il me faut parier que ces mots que je ne peux ni te murmurer ni te chanter (car ton ouïe de nonagénaire requiert qu’à mon tour je profère), ces mots que je lance vers toi depuis la forge de mon ventre et qui s’étranglent parfois dans ma gorge, ces mots aux doigts enlacés seront capables d’abriter ton désir de vie qui s’essouffle, je le sens.

Nous sommes nombreux en ce moment – et cette fraternité inespérée compte – à n’avoir que le lien des mots avec celles et ceux que l’on aime. Et pour échanger de longues heures au téléphone avec tous les proches devenus lointains (je pourrais dire le contraire aussi bien mais c’est une autre histoire), je sais d’expérience que cela est supportable pour autant que ça ne dure pas, dans la plupart des cas.

Dans d’autres situations, celles où la présence « pour de vrai » est interdite alors que se profile la mort ou le lent étiolement qui la précède, c’est insupportable ! Mais comment le faire entendre dans le fracas des statistiques qui, dans les media, succèdent au silence sur ces lieux de confinement avant l’heure – cela me devient difficile d’écrire EHPAD tant cet acronyme est devenu sinistre – où nous sommes nombreux à confier nos parents ?

Bien avant l’épidémie, tu pressentais l’effet « mouroir » de la maison de retraite et me l’avais signifié quand, croyant bien faire, je t’avais proposé d’en visiter plusieurs pour retenir une place dans celle qui te conviendrait le mieux. Je t’avais expliqué la nécessité de t’inscrire sur une liste d’attente comme dans les crèches (avenir en moins, avais-je pensé). Tu vivais alors depuis peu dans un foyer logement pour personnes âgées, choisi parmi d’autres après mûre réflexion. D’emblée tu as opposé à ma suggestion une résistance farouche que je n’ai d’ailleurs pas combattue, seulement tenté d’amadouer. Si le pragmatisme était de mon côté (trouver rapidement un lieu médicalisé qui soit accueillant relèverait ensuite du challenge), le désir chevillé à l’âme de préserver ce qui te restait de liberté, était du tien ! Je suis heureuse a posteriori que tu aies su faire pencher la balance en ce sens pour les quelques années où ta santé, déjà vacillante, l’a néanmoins permis.

Nous n’en sommes plus là depuis bientôt cinq ans ma petite mère… J’ai retracé ailleurs ton road-trip éprouvant dans divers établissements, avant que tu n’arrives dans celui-ci dont tu n’as jamais pu retenir le nom mais que, puisant dans tes talents de conteuse pour pallier des trous de mémoire devenus abyssaux, tu as baptisé « Le Mucem ». Je me demande si, obscurément, tu ne t’es pas identifiée à une quelconque épouse de pharaon dont on pourrait placer la précieuse dépouille dans notre Louvre marseillais, t’assurant d’une immortalité exposée plutôt qu’un éternel repos près de la mer que tu aimes tant !

Quels que soient les stratagèmes que je prête à ton inconscient, ce Mucem est bien la dernière étape de ton parcours, ce que tu découvres par intermittences, bien qu’il t’arrive encore d’espérer « guérir ». Depuis que tu y es installée, il se passe rarement une semaine sans que tu me dises : « J’étais en train de rêver… de penser à des choses… de flotter… » ton amorce est chaque fois différente mais la suite est toujours la même ; « Et puis je me suis dit : quand je vais rentrer à la maison… et là, je me suis traitée d’idiote, je ne rentrerai jamais à la maison, je mourrai ici ! C’est dur tu sais ! »

Chaque fois tu m’as prise à témoin de ton accès brutal à ce savoir, chaque fois j’ai eu le cœur serré par sa cruauté, comme s’il me fallait moi aussi réapprendre la dure leçon encore et encore… Mais jusqu’ici, le récit dense de cette expérience et de toutes celles que l’âge et la vie en Ehpad t’infligent, se faisait dans la proximité immédiate de ton corps et du mien, dans l’échange des regards. Jusqu’ici je pouvais prendre ta main en silence ou chercher les mots qui pourraient, non pas tromper ta lucidité mais te signifier la fidélité de ma présence aussi longtemps qu’il faudra. Jusqu’ici je notais à l’avance mes visites plusieurs fois par semaine sur l’éphéméride qui permet aux aides soignants de trouver réponse à la sempiternelle question : « Elle vient aujourd’hui votre fille ? » qu’ils te posaient dés qu’ils te sentaient languir, c’est-à-dire chaque jour.

Seulement ces temps ci, même cela n’est plus possible.
Même cela. Cette petite passerelle de tendresse dont tu as besoin pour assurer ta marche sur ce chemin qui t’emmène là où tu ne sais pas…

Depuis quelque temps, l’interdiction des visites en Ehpad est « assouplie », j’ai d’ailleurs reçu un carton – pardon ! un « mail d’invitation » – pour venir te voir au jardin ! Que le drame avoisine la farce, je ne l’avais jamais à ce point mesuré que pendant cette étrange garden-party. Confinée depuis le 9 mars au Mucem, tu n’as pu me revoir vraiment que le 27 avril pendant une demi-heure, masquée, à « distance de sécurité » (alors que tu n’attendais qu’une chose : être embrassée) et sous un parasol ! Encore a-t-il fallu que je déploie toutes mes armes de persuasion pour obtenir un des premiers créneaux de visite. Te retrouvant, j’ai mesuré l’étendue du désastre : tu te laissais glisser constamment dans ton fauteuil roulant pour éviter que ton sacrum ne soit trop pressé contre le coussin (une nouvelle dermo-abrasion m’avait on dit un peu plus tôt, mais tu n’avais jamais eu si mal et je n’entendrais le mot « plaie » que plusieurs jours plus tard).

En ce moment les mots justes, les mots vrais ne sont pas prononcés ou alors ils le sont dans une brutalité qui échappe à leurs auteurs. Ainsi cet infirmier bonne pâte, alors que je l’interroge au téléphone sur ce sommeil envahissant qui gagne tes après-midi, me privant d’avoir avec toi ces petits dialogues auxquels tu t’accrochais (et moi aussi !), et qui me répond sans ambages : « Votre mère ne dort pas, quand je m’approche, elle ouvre les yeux, c’est de l’abrutissement ! Qu’est-ce que vous voulez, elle est au lit des heures durant, elle s’abrutit. » Ce mot entendu au téléphone sur le trottoir de ton Mucem où j’étais venue déposer fruits et douceurs faute de t’apercevoir à la fenêtre, ce mot-marteau m’a percutée de plein fouet. Je ne l’aurais pas choisi pour désigner le laconisme de plus en plus fréquent de tes réponses lorsque j’appelle, l’hébétude qui s’installe comme si tout doucement tu t’enfonçais dans la brume. Mais c’est de cela qu’il parle à sa manière crue, et à tout prendre, je le préfère aux formules neutres et dénuées de subjectivité que d’autres utilisent, les cadres en particulier, pour me parler de toi.

Si je savais au moins que ce qui te dérobe à la relation te procure le repos. Si je savais que tel Bilbo dans son vieil âge, tu pars avec les Elfes et tous ceux dont ce n’est plus le temps vers la douceur mélancolique mais salvatrice des Havres Gris (tels que je les imagine), je saurais mieux te laisser aller. Je ne sais pas si mes mots ont encore le pouvoir de toucher en toi ce qui veut bien vivre, cela aussi tu vas me l’apprendre, j’en suis sûre. Mais c’est une leçon douloureuse…

France Audiffred
Marseille, dimanche 3 mai 2020
france.audiffred@orange.fr

Au commencement
Gravure Christine Bouvier-Bernard

Maintenant que la vie – covid 19

Le 19 avril, les représentants du gouvernement ont rétabli le droit de visite des familles dans les établissements pour personnes âgées et dépendantes, à compter du lendemain, lundi 20 avril. Ces visites, interdisant le contact physique, auraient lieu « à la demande des résidents » ; elles se feraient « sous la responsabilité du directeur d’établissement », qui « décidera des conditions ». Cette nouvelle a aussitôt suscité une vague de solidarité joyeuse : « tu vas enfin voir ta petite mère ! »

Oui, il y eut soudain une brise joyeuse dans l’air venteux de ce printemps étrange, et je me demandais déjà où l’équipe organiserait ces rencontres, et comment nous ferions avec cette nouvelles contrainte de devoir rester à distance, après maintenant cinq semaines de cette aride traversée – vous le savez, vous qui m’avez lue : nous avons l’une et l’autre contracté le virus, ma mère et moi, il y a plus de six semaines, et nous sommes maintenant immunisées. Pourtant, je ne peux toujours pas approcher ma mère.

Non. Ralentir la joie. Refréner le soulagement – trouver d’urgence le frein le plus efficace. Savoir que cette phrase : « la responsabilité et les conditions de ces visites seront sous la responsabilité des directeurs d’établissement », aura un coût, qui se payera en délais, en attente – en prolongation d’isolement pour ma mère.

Dès le lundi matin, j’adresse toutefois un mail aux directeurs (administratif et médical) de l’ehpad de ma mère, leur demandant, au nom de ma mère (« qui ne peut, comme vous le savez, en faire elle-même la demande »), de m’accorder ce doit de visite : quand, et dans quelles conditions pourrai-je venir la visiter ? La réponse me parvient de façon indirecte : la haute direction du groupe des ehpad dont dépend celui qui accueille ma mère est en pourparlers avec l’ARS, on me fera savoir. Quand ? Une semaine, deux semaines ? Plus ? Encore combien de temps ?

Chaque jour, je continue de lancer la musique de mes mots vers ma petite mère par voie de skype. Chaque jour, j’invente pour elle des images, je lui raconte les paysages qu’elle aimait – le vent dans les arbres, l’espace immense des plages du nord où elle passait ses étés d’enfance –, je lui invente des prairies très vertes où volettent des coquelicots – oui, c’est le mot qui vient dans la phrase, poussé sans doute par mon désir de lui transmettre un mouvement, les coquelicots volettent dans la prairie très verte. Chaque jour, j’invente pour elle un nouveau mouvement, un nouveau tableau.

Les soignants qui assistent à nos échanges (ils tiennent la tablette) me disent que ma mère réagit à ma voix, qu’elle s’éveille lorsqu’elle l’entend. Mais ce que je vois, moi, sur mon écran, tandis que je lance ma voix vers elle, c’est l’image d’une vieille femme complètement perdue, si vulnérable. Perdue. Qui ne comprend pas d’où vient cette voix qui pourtant lui rappelle quelque chose — si lointain maintenant. Alors, tandis que je lance vers elle plutôt un chant qu’une parole — variant les intonations, insufflant l’énergie dans le rythme des phrases, répétant certains motifs, développant la musicalité des images — tandis que j’invente pour elle cette musique, ma petite mère s’endort.

C’est sur cette image que je vais clore le récit de notre traversée.

J’ai choisi de sortir notre expérience personnelle de la sphère intime en la partageant ici – dans cet espace dédié à mon travail de passeuse –, du fait de l’urgence d’alerter sur l’isolement dramatique vécu par les personnes âgées pendant le confinement, et sur les conditions non moins dramatiques de la gestion des décès pendant cette crise. Nous avons été nombreux à élever nos voix. Quelque chose en a été entendu, repris dans les premières décisions d’ouverture des ehpad aux familles, dans l’est de la France : j’ai lu dans les journaux que la décision était prise « pour éviter que les vieilles personnes ne meurent de solitude ».

Ce partage a provoqué de belles rencontres – avec celles et ceux qui, à la différence de ma mère, peuvent s’appuyer sur le langage pour transmettre leurs sentiments — ma reconnaissance envers vous est profonde. Ces récits ont aussi éveillé, chez certaines des personnes que j’accompagne dans le cheminement avec leur écriture, le désir d’écrire autrement. Mais je parviens, maintenant que la vie va reprendre son cours, à la limite de ce que je peux raconter ici — ce chant que je déploie dans la sphère intime où je tente, malgré les obstacles de distance et les lenteurs décisonnaires, de maintenir éveillée ma petite mère, de la garder en vie — tant que la mort n’aura pas sonné son heure.

Le bouleau qui, à ma fenêtre il y a quarante jours, était encore entièrement nu, a désormais déployé ses feuilles vert tendre. Elles bruissent dans la lumière de cet étrange printemps.

Prenez soin de vous.