Écrire le voyage en Voix vives

Venez écrire le voyage pendant le festival des Voix Vives à Sète

Du 23 au 28 juillet.

Chaque jour, à Sète, pendant le festival des Voix vives , entre le ciel très bleu et le bleu profond de la mer, chaque jour lectures et rencontres portent haut les voix des poètes dans les ruelles et sur les places, dans les jardins ou sur le port — parfois sur un bateau au fil de canaux.

Cette année, nous écrirons le voyage. Votre voyage en Voix vives tressé des voix des poètes ? D’autres voyages dont les souvenirs s’éveilleront au contact de la Méditerranée ? D’autres voyages encore, plus intimes — intérieurs ? L’atelier vous invite à chercher comment le voyage résonne en vous, à écrire à partir de ces traces et expériences sensibles.

L’atelier offre un espace de création littéraire à l’écriture du voyage. Explorant ce que le voyage permet d’écrire, vous chercherez quelles formes de narration appelle votre propre voyage : entre fragments, récit ou carnet de voyage.

Le matin, vous flânez dans le festival et trouvez votre endroit pour écrire en dialogue avec la proposition que je vous ai donnée la veille.

L’après-midi nous nous retrouvons près de l’eau, un peu en retrait de la foule festivalière, sur la pittoresque Pointe Courte filmée par Agnès Varda, près de l’étang de Thau. Nous nous réjouissons ensemble des horizons et es mondes que nous rencontrerons dans vos textes, et préparons la cueillette du lendemain.

Le soir, si le désir nous y pousse, nous prolongeons la journée par un repas dans l’un des lieux du festival, près des canaux, à la Pointe courte, dans un jardin, ou en hauteur, d’où l’on voit la mer, le port, et même l’étang de Thau.

Nous terminerons ensemble l’atelier par la soirée de clôture du festival, le samedi 28 juillet, dans le parc Simone Veil où, l’année dernière, avait eu lieu cette rencontre.

Modalités pratiques
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  • 6 jours : du 23 au 28 juillet, à Sète (6 séances de 3h sur 6 jours d’atelier).
  • Tarifs : 300 €, réduit 270 € – Arrhes : 90 € – [Formation professionnelle, après convention : 600 €]
  • Prévoir une chambre ou un logement dans la vieille ville (attention pour les réservations : la période est très demandée), des chaussures confortables, un carnet de bon format, des lunettes de soleil et une ombrelle si vous devez vous protéger.
  • Vous écoutez les poètes à l’ombre des bâches blanches tendues comme des voiles au-dessus des ruelles — parfois dans des chaises longues ou des hamacs.
  • Le festival fourmille de lieux où se désaltérer et grignoter à prix légers.
  • Le festival commence dès le vendredi soir 20 juillet — ne manquez pas l’ouverture !

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Une chambre d’exploration

J’ai toujours aimé les cartes

Les regarder, les rêver ; projeter un trajet en le repérant sur la grande Michelin, la garder dépliée sur le siège passager pour y suivre la route, étape après étape. Passer du tracé à plat des routes à l’expérience en relief des paysages traversés. Me perdre, au volant d’une Deux-chevaux jaune bouton d’or, aux confins entre la Grèce et l’Albanie et me trouver nez à nez avec un garde armé au regard et à la posture très redoutables parce que, malgré le caractère détaillé de la carte, il restait difficile de déchiffrer les noms écrits en caractères grecs, non traduits à l’époque dans ces lieux reculés – le sont-ils aujourd’hui ?
Maintenant que je ne sillonne plus les routes du monde en voiture, reste l’appel à la rêverie qu’éveillent les plans, les cartes.

Je ne suis pas la seule. Parmi les écrivains qui nourrissent leurs projets en s’inspirant de plans et de cartes, Jean Echenoz raconte que, pour écrire un roman, il part de l’idée d’un lieu, d’un paysage, d’une entreprise… Jean Rollin, lui, part aussi de cartes et de plans – de « tout un fourbi de tas de choses accumulées », dit-il – et ne commence à écrire qu’ensuite.

Il y a aussi Patrick Modiano, qui tisse pour ses romans de forts ancrages dans le Paris de ses souvenirs, le Paris arpenté, le Paris de ses fantasmes. (J’ai déjà raconté ici m’être inspirée de son œuvre pour un atelier Écrire avec Modiano dans le jardin haut perché de Belleville.)

Modiano qui fait revivre des quartiers de son passé à travers des personnages qui y ont vécu ; qui pense que les lieux gardent l’emprunte de ceux qui les ont traversés – « Si je passe ici je peux entrer en résonance avec eux » ; qui imagine, dans Fleurs de ruine, que les rues et les boulevards de Paris « sont comme l’étang […] au fond duquel se déposent, par couches successives, les échos des voix de tous les promeneurs qui ont rêvé sur ses bords. L’eau moirée conserve pour toujours ces échos…»


Vous voyez la rue Beccaria, à côté du marché d’Aligre, sur cette carte du 12° arrondissement ? Nous y étions, hier et avant-hier, pour l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture, quatre participants et moi, la passeuse – l’animatrice.

Dans cet atelier, j’aime proposer de véritables expériences avec l’écriture. C’est à dire donner aux imaginations des uns et des autres le temps pour qu’elles se déploient, et leur proposer des formes qui permettront ce déploiement.

J’ai donc proposé à Marie-Noëlle, Sarah, Sylvie et Gilles d’explorer les lieux qui leur étaient familiers – de les écrire sous forme de trajets, puis d’y placer des personnages, et de tisser le récit d’une rencontre en tressant l’histoire avec les noms – de rues, de commerces, de lieux, etc. – qu’ils avaient auparavant collectés.

Nous avons donc joué, avec Modiano, à devenir écrivains enquêteurs. Modiano qui, écrivant Dora Bruder, sort de l’oubli une jeune fille juive déportée pendant la guerre, une jeune fille anonyme, dont le monde aurait sans lui perdu la trace.

Nous n’étions pas dans le Paris de la guerre, mais en mars 2018, rue Beccaria, dans le 12° arrondissement de Paris. Par la vitrine donnant sur rue, je regardais, tandis qu’ils s’aventuraient dans leurs histoires, la neige tomber.

J’écrivais hier soir, revenant de la rue Beccaria, et m’inspirant de L’éloge du risque d’Anne Dufourmantelle, que l’atelier est une chambre de rêves et d’écriture. J’ajoute, en souvenir des textes entendus hier en fin d’atelier, qu’il est aussi une chambre d’exploration.

Le prochain week-end de l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture, cet atelier ouvert, aura lieu les 14 et 15 avril, toujours rue Beccaria. Je m’inspirerai de l’expérience de l’atelier Écrire en dialogue avec l’œuvre romanesque de Mauvignier pour proposer l’expérience d’explorer, pas à pas, les histoires d’hommes et de femmes dont chacun est porteur en leur donnant la chance de se déployer à travers les différentes formes narratives dont Mauvignier nous montre le chemin.

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Une chambre de rêves et d’écriture…

Quelle belle métaphore pour l’atelier à venir !

« On aime dire : j’ai gagné du temps, comme si ce gain pouvait nous satisfaire […] Ce gain imaginaire, il se distille partout, mais insensiblement, en nous faisant croire que nous disposons d’un surcroît de désir. Projetés dans le faire, dans l’accumulation de biens et l’agitation de vies urbaines soumises à des rythmes et contre-rythmes multiples, nous nous séparons insensiblement de nous-mêmes. A l’opposé de ce mouvement qui nous porte à l’écoute, cette écoute flottante que l’on peut avoir pas seulement dans un cabinet d’analyste mais dans l’existence, et qui, proche de la méditation, serait une manière d’envisager le réel sans violence mais en s’y laissant affecter. Dans ce mouvement, en effet, il y a du temps perdu. Inévitablement, c’est-à-dire de la flânerie, de l’ennui, de l’insomnie, tous ces intervalles qui ne servent à rien et pourtant se traduisent en état d’être, en inquiétude, parfois en errance. […] Loin que le temps nous soit intérieur, c’est nous qui habitons le temps, c’est nous qui nous déplaçons en lui, comme dans un milieu virtuel où coexistent, dans une profondeur obscure, tous les degrés de la durée. Se laisser flâner au hasard, se perdre dans une ville que pourtant on connaît […] oublier un rendez-vous, prolonger l’insomnie jusqu’au matin, se réconcilier pour un temps avec nos fantômes – sont autant qu’on arrache à une économie des liens qu’on voudrait régler autant que notre « emploi du temps » ; et cette incapacité éprouvante de nos heures nous ramènera insensiblement vers la petite enfance, les temps du jeu et de l’éveil, des cabanes et des fous rires, vers l’inquiétude aussi, quand le temps s’étirait aux confins du jour dans une projection insaisissable de durée. Que veut dire demain quand on a quelques mois ? Demain comme hier est un continent où la promesse, « je reviendrai » est le seul point fixe (la voix, l’invocation) qui fait sens pour l’enfant, lui donnant la force d’attendre et de faire de ce temps de l’attente, un refuge, une chambre de rêves et d’écriture d’où il peut explorer le monde. »
Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

Oui, l’atelier est bien un temps où flâner au hasard des mots — un temps dédié à la rêverie et au jeu qui ouvrent les portes insoupçonnées de l’écriture.

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Prendre soin des écritures avec Anne

Relire les livres d’Anne irrigue et déplace la préparation de l’atelier

« Prendre soin
Faire les gestes appropriés pour endiguer la maladie, refermer la plaie, apaiser la douleur : le soin est associé depuis le début de l’humanité à la douceur. […] La douceur suffit-elle à guérir ? Elle ne se munit d’aucun pouvoir, d’aucun savoir. L’appréhension de la vulnérabilité d’autrui ne peut se passer pour un sujet de la reconnaissance de sa propre fragilité. Cette acceptation a une force, elle fait de la douceur un degré plus haut, dans la compassion, que le simple soin. Compatir, « souffrir avec », c’est éprouver avec l’autre ce qu’il éprouve, sans y céder. C’est pouvoir se laisser entamer par autrui, son chagrin ou sa douleur, et contenir cette douleur en la portant ailleurs. »
Puissance de la douceur

Histoires de douceur, histoires de secrets, histoires de risques… Quels thèmes viendront irriguer les écritures, approfondir les personnages, dynamiser les récits qui naîtront du travail de l’atelier ?

Le secret d’une personne, « ce peut être une atmosphère, une couleur un lieu, une manière d’être. Sa manière de se tenir, d’aimer, ses lectures, ses lieux de prédilections, ses amis. Ce secret non gardé par lui bien au contraire le garde, c’est-à-dire le protège. Il est une tonalité, une musique particulière. Une signature. »
Défense du secret

Il s’agira, comme dans tous mes ateliers, de prendre soin des écritures, pas à pas, proposition après proposition, en espérant que quelque chose inconnu survienne, dont on ne prendra connaissance, comme l’écrit Anne, qu’après-coup.

« Dans la création, il est tout le temps question de ce dispositif logé en avant de soi et qui nous informe, en quelque sorte à notre insu, et se dépose sur la toile, dans la partition ou sur la page avant même que notre conscience s’y attarde ; elle n’en prendra connaissance qu’à la relecture. »
Éloge du risque

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Préparation de l’atelier Écrire avec Anne

« La vie n’est pas le moi ni même notre existence. Elle est « or » ou « source ».

Obstruée (la source), enterré (l’or), déterminant notre existence, fléchissant nos actes, armant nos intentions, irriguant nos pensées, sans que nous y ayons accès. Et pourtant c’est nous qui menons la danse. Cette vie est la nôtre, et dans la méconnaissance radicale de notre désir, il y a tant de souffrance. Et si peu de liberté. Il est donc urgent de l’entendre, cette vie secrète, de reconnaître sa ligne de chant dans le bruit ambiant, de dégager son rythme, sa puissance, sa tonalité, sa singularité, pour n’être plus – comme le dit souvent la langue française – soi-même « au secret », c’est-à-dire au cachot. »
Défense du secret

« Nous avons été des enfants érotiques et nous ne le savons plus.

Nous avons goûté le monde, nous avons touché et été touchés, nous avons écouté un bruit jusqu’à ce qu’il se confonde avec la nuit et nous enveloppe comme une voie lactée merveilleuse, nous avons bercé une feuille d’herbe, un caillou, un mot, des tas de choses impossibles à bercer, nous l’avons fait, nous avons traqué sous nos paupière à demi-closes un signe de vie à l’envers, nous avons construit des passages, des signes, des alphabets, nous avons essayé de comprendre, dos à l’énigme, et de nous raconter des histoires pour être moins effrayés. Et nous avons oublié cela. Cette énergie folle dépensée pour rien, pour quelques sensations fugitives et brûlantes restées sous la peau comme des augures non déchiffrées. »
Éloge du risque


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Écrire avec Anne ?

Je racontais ici, l’été dernier, ma rencontre avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle

J’écrivais alors dans la stupéfaction d’apprendre sa mort accidentelle, mesurant l’importance de la perte à l’inconcevable idée de la fin de son œuvre — qui compte parmi celles qui m’accompagnent sur les chemins de la vie.

Mais après sa mort la vie poursuit sa course folle — la vie m’a démentie.

L’envers du feu, que je présentais alors comme le dernier livre d’Anne, ne sera pas le livre ultime. Le Monde annonçait ainsi, en janvier 2018, la parution post-mortem de Souviens-toi de ton avenir : « Elle mourut l’été dernier. Un jour de vent, sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, dans le Var, Anne Dufourmantelle, en voulant sauver un enfant qui se noyait, a nagé trop loin, trop vite, au-delà de ses forces. A 53 ans, la philosophe – mais aussi psychanalyste, romancière, éditrice, chroniqueuse à Libération… – a succombé à un arrêt cardiaque. C’était le 21 juillet 2017. Elle venait d’achever son nouveau roman, envoyé à son éditrice quelques heures plus tôt ce jour-là. Il y est question des pouvoirs du vent, de l’illusion du temps, de ce qui survit des héros s’abîmant en mer. »
L’article se termine sur cette phrase : « Mourut-elle l’été dernier, vraiment ? »

Un livre envoyé à son éditrice le jour même de sa mort accidentelle et héroïque ? Je ne sais s’il faut voir en cette phrase la fiction d’un éditeur… ou s’il faut entendre ce qu’elle fait naître de perplexité à l’idée de l’accident survenant aussitôt l’œuvre achevée, envoyée… chemin que je choisis d’emprunter en laissant résonner ces mots écrits par Elizabeth Roudinesco après sa disparition, dans Le Monde : « C’est dans L’Éloge du risque, qu’elle développe ce qui a été son engagement le plus émouvant. Elle y commente en effet la célèbre phrase d’Hölderlin : « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » pour affirmer que ce temps du risque – celui des résistants – serait le contraire miraculeux de la névrose. Prendre le risque d’aimer, de vivre afin de s’extirper de toute dépendance, tel serait pour le sujet l’essentiel de toute forme d’éthique. Anne Dufourmantelle aura eu, jusque dans cette mort tragique, le courage de se saisir du magnifique poème d’Hölderlin. »

Ainsi la voix vive, amicale et nécessaire d’Anne, nous rejoint-elle au-delà de sa mort par ce livre ultime. « Ce roman, devenu posthume, a revêtu l’aspect d’un message venu de l’au-delà, dans lequel les lecteurs qui l’ont aimée chercheront, légitimement, un sens. Ils ne seront pas déçus. L’histoire, comme une immense prémonition, est celle d’un message lancé à travers les siècles. » (Stéphanie Janicot, La Croix)

Ainsi Anne reste-t-elle vivante par ses pensées, par ses livres. Sa voix — l’acuité de son regard sur notre monde et sur notre temps, sa douceur, sa recherche exigeante de vérité — nous invite par delà sa disparition à nous défaire des faux semblants, à ouvrir nos vies à la liberté malgré le poids des conditionnements, des fidélités, des pactes d’obéissance, à retrouver les chemins d’un désir plus vif.

« La pensée est d’abord une hospitalité de l’intelligence du monde et de la vie. Un devenir secret du monde. » (Défense du secret)

Et voilà que la vie dépose à nouveaux sous mes pas un autre signe, avec l’hommage à Anne Durfourmantelle organisé et animé par son amie, Belinda Cannone (dont j’ai parlé ici et ici), le 20 mars 2018 à la Maison de la poésie de Paris.

La douceur et le risque
La vie m’adressant tous ces signes, m’est revenue l’idée qui m’avait traversée à l’annonce de sa mort : proposer un atelier d’écriture en dialogue avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle — comme je vous avais invité.e.s à écrire en dialogue avec l’œuvre romanesque de Laurent Mauvignier l’année dernière.

Regards sur notre monde contemporain, sur notre temps ; éloge du risque, puissance de la douceur, intelligence du rêve… sont autant de thèmes qui ouvriraient la voie des écritures. Car c’est bien en dialogue avec l’œuvre sensible d’Anne Dufourmantelle que je conçois cet atelier : comme une invitation à cheminer, musarder et flâner dans les espaces de réflexion qu’elle nous a ouverts — comme elle nous aurait invité.e.s dans son jardin.

De la lecture, Anne Dufourmantelle disait qu’elle invite à « entrer dans cette zone de ravissement où ce qui est affecté nous échappe absolument. » Or l’écriture, elle aussi, nous échappe toujours. Elle produit de l’inattendu si nous laissons proliférer les intuitions qui ont présidé à notre entrée en écriture — entre désir de dire et inconnu produit par l’usage de la langue.

« Contre l’étrangeté du monde, l’écrivain invente un langage pour traduire l’intraduisible, pour faire entendre l’innommable et tenter d’y inscrire une forme nouvelle. Ainsi naît une langue à soi, pour paraphraser Virginia Woolf, une enceinte particulière où le sujet à l’abri pour un temps a négocié son passage dans la tourmente du réel », écrit Anne Dufourmantelle dans Éloge du risque.

L’atelier est lui aussi un abri où l’on donne temps et soin à ces pensées qui ne naissent qu’en écrivant. Nous retirant pour quelques jours de nos rythmes et contraintes de vie, il dégage l’espace qui permet réflexion, partage, recherche, énonciation. L’atelier prend le temps du cheminement, pas à pas, à tâtons, vers ce qu’on cherche à dire — qu’on ne savait pas savoir avant de se mettre à écrire.

Je vois l’atelier comme une invitation à écrire non pas dans le ciel des idées, mais à hauteur de femme, ou d’homme, de courtes méditations sur notre temps en dialogue avec la lecture d’extraits choisis des livres d’Anne Dufourmantelle.

L’atelier Écrire avec Anne Dufourmantelle
  • Samedi 7, dimanche 8 et lundi 9 avril de 10h à 17h, à Paris, dans le 12°.
  • Tarif : 260 €
  • Pré-inscription : Merci de m’écrire à l’adresse suivante si vous êtes intéressé.e : cl@ateliers-clairelecoeur.com.
  • Présentation de la formation et inscription : voir ici

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S’émerveiller

S’émerveiller de ce qui se trouve là, à portée du regard

« Parfois le silence règne, nous sommes paisibles et concentrés, la lumière est belle et notre regard vigilant : alors l’émerveillement nous saisit. D’où vient ce sentiment fugitif ? […] Soudain on vit pleinement, ici et maintenant, dans le pur présent. »

Belinda Cannonne écrit, dans S’émerveiller : « Je m’intéresse à cet état parce qu’il relève d’une sagesse — d’un savoir-vivre à conquérir contre l’agitation de nos jours. »

Un appel à la vigilance, à cet état de réceptivité qui demande de prendre le temps, de s’arrêter, de laisser venir le monde à soi — de cultiver une présence à l’instant.

Tout à coup on voit autrement. « S’émerveiller résulte d’un mouvement intime, d’une disposition intérieure par lesquels le paysage à ma fenêtre ou l’homme devant moi deviennent des événements. »

On peut trouver l’idée ridicule, naïve… Pourtant le livre a été écrit pour résister à l’enténèbrement du monde. « Je n’ai jamais cessé de croire que le monde reposait sur un équilibre, fragile, menacé, de forces néfastes et de forces bénéfiques, qu’il nous appartenait de maintenir, et que viser le bonheur, un bonheur conscient de l’ombre, était possible et sage. »

S’émerveiller des jeux de la lumière entre les feuilles d’un jeune frêne ? Du chant d’un rossignol ? De la bascule qui entraîne les ténèbres vers le retour progressif de la lumière au cœur de l’hiver ? Des riverains amoureux des fleurs qui, à Paris dans le 19°, entourent les pieds des arbres de leur quartier d’un fouillis de plantes et affichent fièrement le mot « jardin » sur des pancartes qui prient les passants de ne pas y jeter leurs mégots ? S’émerveiller du saut dans l’inconnu de ce jeune homme qui, aide soignant dans une institution sociale du Nord, après s’être présenté d’un sonore « l’écriture et moi ça fait trois ! », le premier matin d’une formation aux écritures de l’accompagnement, finit par s’y jeter, dans l’écriture, porté par la bienveillance du groupe et malgré l’agitation qui le traversait, incessante, électrisant jusqu’à ses jambes sous la table — ces jambes qui le portent tous les jours vers tant de corps malades qu’il faut déplacer, soigner, laver ?

Ce qui contrarie l’émerveillement, dit Belinda Cannone, c’est la familiarité — on a trop vu les choses, tant vu de choses… elles ne nous émerveillent plus. « Nous échangeons peu à peu notre capacité d’émerveillement contre la capacité de comprendre, d’affronter, d’essayer de maîtriser le monde dans lequel nous avançons. En perdant de vue sa beauté, son mystère, sa magie. »

« Rien n’est plus simple que de mesurer l’incroyable capacité d’émerveillement des humains. Il suffit d’observer un bébé âgé de quelques mois : tout le fascine, tout le captive. Tout l’enthousiasme. Son corps entier le dit, s’agite, il crie de joie ou de surprise à chaque découverte ou redécouverte. Il veut toucher, sentir, saisir, goûter l’insecte et la fleur, la barbe de son père et le jouet de sa sœur, le tissu des vêtements… Une trentaine d’années plus tard, le changement est saisissant : revêtu d’un costume-cravate ou d’un tailleur de circonstance, l’ex-bébé prend l’avion Strasbourg-Paris, tôt le matin, pour participer à une réunion importante. L’hôtesse de l’air lui sourit elle a d’extraordinaires yeux vert d’eau qu’il ne remarque pas. L’avion passe au-dessus des Vosges pendant que le jour se lève. Depuis le hublot, l’aube sur les montagnes est d’une beauté à couper le souffle. Personne ne la regarde. À part la femme du siège 4A, pourtant habituée au trajet, mais que le spectacle du lever du jour vu d’en haut bouleverse, chaque fois : fascinée, captivée. Émerveillée… »

S’émerveiller ? « Il s’agirait de laisser les choses s’éclairer plutôt que vouloir les expliquer […] ; du choix délibéré, conscient, libre, de refuser l’aigreur, la dureté et la peur pour aborder le monde avec ouverture », dit Belinda Cannone lorsqu’elle dialogue avec la revue Psychologies, dans le cadre du dossier Ils savent encore s’émerveiller.

Belinda Cannone nous convie à nous émerveiller devant les choses simples, les choses humbles, devant le monde modeste. « La plupart du temps on est pris dans le désir, et le désir c’est le désir de faire, d’agir. Sans lenteur, il n’y a pas d’émerveillement. »

« L’amoureuse concentration
Je regarde la haie, la haie que je connais si bien et qui n’a rien de remarquable […], mais le soleil couchant l’éclaire, et soudain je m’émerveille car je la vois. Mon sentiment n’est pas lié à sa nature remarquable ou surprenante mais à ma capacité de la voir vraiment. C’est-à-dire à la voir pour elle-même, dans la force de son existence, dans sa présence. S’émerveiller, c’est d’abord saisir la présence des choses et des êtres. »

« Se tenir dans un état de présence extrême au monde qui le fait advenir dans son éclat. »

Belinda Cannone était l’amie d’Anne Dufourmantelle. Lisant ses ouvrages, Le don du passeur et L’écriture du désir notamment, je retrouve l’acuité profonde et joyeuse qu’Anne Dufourmantelle portait sur le désir des femmes et des hommes, et sur notre monde.

Avec ces auteures, je vous souhaite de trouver et cultiver, en 2018, vos propres sources d’émerveillement.

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