Un truc important s’est mis en marche,

j’habite l’histoire que je veux raconter.

Deux ans maintenant que nous travaillions ensemble, avec Carine et Dominique, à prendre soin de leurs romans en cours, tous deux nés en juillet 2016 à l’occasion d’un atelier sur cinq jours, Commencer un récit long.

L’une vivant loin de France, l’autre ne parvenant pas à se dégager pour participer régulièrement à un atelier — l’une et l’autre sachant faire des retours bienveillants et constructifs sur un texte en cours –, je leur ai proposé une formule par e-mail de l’atelier Chantiers.

Proposition après proposition, texte après texte, retour après retour, nous voilà parvenues au terme d’une aventure portée par la belle énergie de partage qui a irrigué la progression des deux romans pendant deux ans. J’étais heureuse, et fière, d’accompagner ces avancées et de recevoir chaque mois des textes plus mûrs, plus aboutis dans leur propos.

« Plus on avance, plus on a de points d’appui dans notre histoire, plus on se projette loin… mais plus on avance et plus la matière à charrier devient dense, foisonnante, risque de s’éparpiller ; on perçoit mieux combien il est compliqué de la raconter. »

On se donnait de temps à autre des nouvelles, comment l’une et l’autre ressentaient l’avancée de leur travail, on faisait le point. L’une parlait de « la richesse, la profondeur et, aussi, l’aspect vertigineux du chantier ». L’autre soulignait l’importance des retours – « des retours fondateurs, qui débloquent des situations, ouvrent de nouvelles portes, pistes, voies… qui permettent de prendre du recul par rapport aux difficultés rencontrées. »

« Écrire est un boulot solitaire. Avoir quelqu’un qui croit en vous fait une sacrée différence », dit Stephen King dans Écriture, mémoires d’un métier.

Deux imaginations fécondes, des personnages vivants et complexes, des intrigues en progression rapide, deux façons différentes de creuser et développer l’histoire en cours… J’avais la chance que les romans de Carine et de Dominique me plaisent, vraiment. Oui, j’y croyais en leur histoire, comme dit Stephen King. Je le leur ai dit, et redit, et j’ai vu les intrigues se déployer. Or, voir avancer les textes est l’essence du bonheur qui naît au cœur de mon métier.

***

Entre le versant artisanal et le bouillonnement intérieur

« Spontanément, s’il fallait ne garder qu’une idée principale de cet atelier, je retiendrais, comme il y a deux ans, l’accès à son espace d’écriture singulier : agrandir l’espace d’écriture, abattre les murs, repousser les frontières — l’atelier comme amplificateur géant du bouillonnement intérieur.

Mais l’atelier Chantiers est bien plus que ces cloisons qui tombent comme des dominos en chaines en dévoilant des paysages fantastiques, des plaines sans fin d’imaginaires, de personnages ou de situations. L’atelier c’est un travail artisanal, avec des techniques et des méthodes : on y apprend à tendre l’histoire, à la rythmer, à lui trouver une voix et un ton, à caractériser les personnages, voire à les rendre attachants. La technique n’est jamais creuse, elle s’appuie sur un grand nombre de textes, mais aussi sur le bouillonnement de la marmite intérieure et sur la trame de son chantier personnel qui se dévoile concurremment.

L’atelier c’est donc ce travail d’itérations permanentes entre le versant artisanal et le bouillonnement intérieur. L’artisanat empoigne ce bouillonnement, le travaille pour le façonner peu à peu en une charpente organisée, structurée, cohérente. L’atelier permet ainsi de nourrir et de laisser croître son travail, de le cerner progressivement et méthodiquement comme les cernes de l’arbre qui se dilatent du cœur à sa périphérie.

Mais l’atelier ne se résume pas à la rencontre d’un bouillonnement intérieur et d’un centre de ressources techniques. Sa valeur réside dans la pertinence de l’accompagnement : proposer le bon outil au bon moment, donner aux éléments de la marmite intérieure la possibilité de croître grâce à une progression distillée de façon organisée, respecter la singularité de chacune dans les retours. L’accompagnement est pensé graduellement et réalisé avec bienveillance.

La plongée dans la construction du travail de l’autre est également constitutive de cet accompagnement : l’admiration devant les avancées constatées sur les textes de Dominique à chaque nouvelle proposition, la perception d’un chantier qui prend corps sous mes yeux, tout cela favorise un travail réflexif et créé une dynamique fructueuse.

Pour un bilan final je ne peux pas dire autrement que ce que j’en avais dit à mi-parcours de cette deuxième année : « … C’est ça la grande force de ton accompagnement : nous faire éprouver ce vertige face à l’infinie complexité d’écrire une histoire, nous outiller techniquement, nous accompagner grâce à ces pitons dont on sait qu’on les trouvera sur n’importe laquelle des voies que l’on choisira, en bref nous donner les moyens de donner une vraie place à l’écriture dans notre vie. »

Voilà. Beaucoup a été fait et il reste beaucoup encore à faire pour terminer, mais maintenant j’en sais beaucoup plus. »
Carine

***

Conscience du matériau, modelage, taille et retaille

« La métaphore première du stage d’origine, là où l’idée est née, était celle d’icebergs qui évoluaient lentement dans des eaux communes à d’autres participants, quelque chose comme un ballet des glaces en transformation continue.

Dans cette deuxième année de projet partagé, pour reprendre la métaphore des glaces, les icebergs ont gagné en taille, forci à l’extérieur tout en ne perdant rien de leur puissance immergée. Chacune est partie davantage dans son projet personnel, avec les propositions pour balises.

Pour ma part, je dirais que, selon les propositions, je les ai parfois prises à bras le corps et, à d’autres occasions, je leur ai tourné autour, tout en gardant un œil sur leur nord depuis mon GPS intuitif. Régulièrement, quelque chose s’est écrit, dans une catégorie brute ou déjà transformée, avec conscience du matériau, modelage, taille et retaille.

À l’ombre de l’arc transformationnel du personnage et du climax de l’histoire, intrigue et sous-intrigues sont nées, se sont développées. La vitesse narrative n’étant pas la vitesse d’écriture, il a fallu la prendre en compte tout en incluant la place du silence dans cette écriture, la compression de certaines perceptions, sans oublier les soubassements de la voix et toutes sortes de propositions techniques et littéraires qui entraînent l’acte d’écrire et l’envie d’approfondir, de continuer.

À l’arrivée, il y a un matériau à retravailler de cent soixante pages, moi qui pensais n’en avoir écrit qu’une bonne cinquantaine. Il y a une ossature qui permet au projet de tenir debout même si manque de la chair par-ci par-là, et un travail de musculation, d’entraînement, requis à certains endroits pour que le corps soit solide, élancé et que sa vitalité liquide en partie les doutes de l’auteur. Il y a des personnages qui s’expriment parfois sans mon accord, désireux de vivre leur vie puisqu’on leur a donné naissance et qui n’ont pas envie de trop s’attarder dans la salle d’attente de la fiction, trépignant comme des enfants qui partent en vacances : À quelle heure on arrive ? Sacrée responsabilité pour l’auteur…

À l’arrivée, prime la sensation d’avoir profité d’un réel accompagnement. Merci, Claire, pour cette présence soutenue même si à la distance du mail, pour ce regard constant. Je dois ajouter un grand merci à toi, Carine, pour tes retours et tes textes. »
Dominique

Philippe Decouflé, Paris, 2012

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Écrire

Travail accompli

En huit étapes

Quelle aventure étonnante, accompagner l’écriture de quelqu’un qu’on ne rencontrera pas, qu’on ne connaîtra que par son écriture et les textes qu’il vous envoie !

Il s’agissait de l’atelier Écrire une histoire de vie par e-mail, sur huit séances. Un jour en novembre, je reçois la demande de JM, qui habite en Normandie et veut écrire son enfance et son adolescence « à seules fins, d’une part de poser certaines choses et d’autre part de donner à mes filles un éclairage sur mes origines et en conséquence sur leurs origines. […] Ce désir d’écrire est chez moi à la fois neuf et très ancien. Le projet de raconter ma jeunesse est un outil pour grandir. » Ainsi son désir d’écrire est ce que JM me confie en s’inscrivant à l’atelier.

Je connais bien cet atelier pour l’avoir conçu il y a une quinzaine d’années et maintes fois proposé depuis, tant dans les groupes qu’en individuel, par e-mail (j’en avais parlé ici). La progression est bonne. Les premières propositions sont assez déroutantes pour certains, car je ne propose pas d’entrer directement dans le vif du sujet (l’histoire de vie), j’invite d’abord à prendre le temps de l’écriture — jouer avec les formes, instituer la dimension littéraire, caractériser la personne qui deviendra le personnage principal de l’histoire, poser les premiers repères… Ensuite, on y va et ça avance : l’histoire avance, le personnage prend vie, on dégage un thème, un enjeu, on écrit des scènes, on structure, on construit, on aboutit.

Trois semaines pour écrire, une semaine pour lire et faire des retours, ainsi avance l’atelier. Rien que ses mots et les miens, tissés dans l’échange autour de la progression de son écriture. Les paris que je fais — souligner ceci, ne pas dire cela, inviter à se demander si… L’intuition de la personne, de sa relation avec l’écriture, de ce qu’elle cherche à dire, naît de la lecture de ses textes. Si la présence n’est pas physique — je ne vois pas celui qui m’écrit, je ne connais ni sa voix, ni la qualité de ses silences –, la présence est… textuelle. Je découvre la forme spécifique de son intelligence, son sens de l’humour, son ton, sa façon de doser la distance, celle de s’approprier mes observations et propositions — leurs effets sur le texte suivant.

Et l’écriture opère. « Chemin faisant toutes sortes de détails, d’épisodes que j’avais enfouis, me sont revenus en mémoire. » Cela, je ne le sais pas pendant l’atelier car les souvenirs ne me parviennent qu’une fois écrits. Mais oui, l’écriture opère ; elle porte à la page ce qu’on ne savait pas savoir, donne forme à ce qui a été vécu, révèle un point de vue, construit une intelligibilité de l’expérience en la transformant en récit.

Témoignage

« J’ai longtemps dansé d’un pied sur l’autre avant de m’autoriser à écrire, et plus encore à écrire mon autobiographie. Bien sûr, je prenais des notes de temps en temps pour me préparer ou soit-disant m’encourager. Mais le tout restait informe. Aujourd’hui je suis content du travail accompli lors de cet atelier.

Quand je me suis décidé, j’étais à la fois enthousiaste et fébrile. Je fus surpris par les premières propositions, plus par les formes demandées que par les thèmes. Néanmoins je mettais beaucoup d’ardeur à les traiter. Je me dépêchais comme un cheval qui sent déjà l’écurie (si vous me permettez la comparaison !). À la pure ardeur du début a bientôt succédé la simple conviction de travailler dans la bonne direction. L’accompagnement personnalisé y est pour beaucoup. Ce fut un précieux soutien. Tant par l’attention portée aux détails (français littéraire, usages, maladresses, etc…) que par les encouragements, que je percevais respectueux et sincères.

C’est à mi-parcours que j’ai réalisé que mon texte prenait forme, que je m’approchais de mon objectif. Sur le papier et dans la tête. Dans cet ordre. C’est la progression pédagogique autant que mon travail qui permettaient cette avancée. En m’investissant dans ce travail de longue haleine, j’ai pris conscience de la dynamique de construction d’un texte et des nécessités d’organisation. Pas à pas, une méthode vous est proposée pour trouver les mots, pour structurer le texte, pour composer votre récit. Écrire, laisser reposer, y revenir, en s’inspirant d’une part de textes exemplaires d’écrivains reconnus qui vous sont soumis, et d’autre part, des annotations faites par l’animatrice sur vos propositions précédentes.

Ce projet m’a apporté beaucoup plus que ce que j’en attendais. Chemin faisant toutes sortes de détails, d’épisodes que j’avais enfouis, me sont revenus en mémoire. Par ailleurs, le seul fait de relater par écrit ces épisodes de ma vie et d’en soumettre la lecture à une professionnelle bienveillante, m’a permis de trouver la bonne distance par rapport à ces événements.

Évidemment, il y a des choses que l’on n’apprend pas. Mais écrire, vous met au défi de l’honnêteté et de l’humilité.

En huit étapes, j’ai pu mettre de l’ordre dans mes idées, j’ai su adopter une méthode, trouver un rythme de travail, et affirmer un ton qui est le mien. Maintenant, j’ai un texte structuré qui a du sens. Il peut être amendé, certes. Mais j’ai fait là un énorme bond, grâce à l’accompagnement de Claire Lecœur. »
J.M.B.L


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Chantiers en cours

J’avais raconté, en octobre, les esquisses d’histoires qu’on avait récoltées, alors qu’on ouvrait l’atelier Chantiers.

Neuf mois et neuf séances d’ateliers plus tard, les esquisses sont devenues des chantiers, ils sont en cours.

Chaque auteur a fait avancer l’écriture, étape après étape, en dialogue avec les lecteurs du groupe qui ont pris soin des histoires qu’ils voyaient avancer, chaque mois. Avec tact et bienveillance, les lecteurs témoignaient de leur intérêt pour ce qui avait progressé, et de leur curiosité pour ce qui viendrait ensuite, que ni l’auteur ni les lecteurs ne connaissaient encore — ce nouveau fragment, ou ce nouveau point de vue, ou ce nouveau rebondissement, ou ce nouveau trait de caractère, ou cette nouvelle énigme… qui naîtraient d’ici la séance suivante.

J’écoutais Marie Darrieussecq, le 12 juin 2018 à la BNF, interviewée dans le cadre des Masterclasses de France Culture. Elle y parlait de quatre romans qu’elle avait écrits avant le très grand succès de Truismes, quatre romans qui n’avaient pas trouvé d’éditeur. Elle disait que, si écrire ces premiers romans avait été important pour elle à l’époque, elle savait, aujourd’hui – une vingtaine de romans publiés plus tard –, que ces livres n’étaient pas suffisamment adressés. Certes, ils étaient adressés à elle même – écrits pour comprendre une expérience ou régler des comptes… –, mais pas adressés à un public.

Dans l’atelier Chantiers, l’écriture est adressée aux lecteurs du groupe. Ces lecteurs lisent les textes écrits entre deux séances, puis ils témoignent de leur lecture lorsque le groupe se retrouve. C’est si précieux, d’être lu lorsqu’on écrit. De l’être par des lecteurs qui sauront dire autre chose que j’aime ou je n’aime pas ; des lecteurs qui ont appris à parler de textes en cours, à désigner ce qui est en germe dans un texte, à dire leur appétit pour un personnage, pour une histoire, à montrer les zones d’ombre, les endroits où le lecteur se trouve perdu.

Ainsi l’écriture est-elle dynamisée, dans l’atelier Chantiers, par l’adresse aux lecteurs du groupe. Il y a aussi les propositions d’écriture, bien sûr. Construire une histoire, faire vivre et progresser des personnages, chercher comment raconter l’histoire… tel a été le travail, pas à pas, de cette année. Tel sera celui de la deuxième année, qui verra se renforcer la dynamique interne d’évolution de personnages aussi différents, croyez-moi, les uns des autres que nous le sommes, vous et moi.

Mais écoutez-les plutôt parler, eux, les auteurs du groupe, de leur expérience.

« Revenir vers ce qu’on a planté en juillet 2017 lors de l’atelier Commencer un récit long
Regarder pousser, encourager, tailler, former, un peu à la manière des bonsaïs… couper une branche disgracieuse ici, attacher une nouvelle pousse pour lui donner une autre forme, l’obliger à aller un peu plus par là, ou plutôt par ici… arroser, surveiller, écouter grandir, donner son attention et ses rêves pour aller plus loin, et encore plus loin.
On aurait pu faire plus… c’est vrai, mais ce qui est fait est bien présent, les personnages sont vivants en moi, je pense souvent à eux, à leurs histoires, je regrette aussi de ne pas leur donner assez de place dans ma vie, de temps, ils réclament du temps et des efforts que j’ai parfois du mal à leur offrir, ingrate que je suis.
L’atelier, son rythme mensuel, l’attente des lecteurs de mes textes, ces commandes-là, me motivent chaque mois à revenir au texte, à l’avancer un peu, en espérant ce moment où je le laisserai envahir toute ma vie !
Je suis assez fière de ma petite plantation, elle n’est pas encore remarquable, mais elle est bien vivante et cette sensation de fierté est agréable et nouvelle. Retrouver mes amis-lecteurs-écrivains, leurs textes, leurs aventures, leurs personnages est en soi une joie… et une petite angoisse vient de savoir s’ils seront tous là à la rentrée 2018 pour notre deuxième année.
Ce voyage en bonne compagnie de plusieurs mois, années, est un encouragement magnifique à vivre son écriture, l’interroger, l’enrichir… »
Brigitte

« L’atelier : une table, sept personnes, du papier, des lignes, des écritures, des personnages qui s’invitent aussi, et qui s’installent dans d’autres lieux, que l’écriture et notre imaginaire font naître, poussés par leurs désirs, leurs difficultés, leurs rencontres… Les nôtres, mensuelles, redoutées à l’approche de la deadline, savourées lors des partages, les nourrissent de nouveaux potentiels, les recadrent, les bousculent et interrogent. Cette invitation à entrer dans des écritures autres et des voix qui sont maintenant bien présentes et qu’on ne veut pas perdre, c’est tout cela, l’atelier. »
Odile

« Le chantier ? Une année aux potentiomètres à régler cadrages, bascules et petits amers pour embarquer le lecteur dans une calanque au lever du jour ou dans le bureau à porte capitonnée d’un proviseur amateur de thé… Une année qu’on ne voit pas passer. Il faut dire que, face à douze yeux et douze oreilles braqués sur eux, les personnages filent doux et bon train.
Une année qu’on ne voit pas passer, mais qu’on entend passer. Car ça y est, maintenant on entend les voix des personnages et aussi les moments où elles se perdent.
Le chantier ? Une polyphonie qui porte. »
Anne

« C’est l’histoire d’un personnage qui au début se morfond, s’interroge, se demande où aller. Et lorsqu’il choisit une direction, il se demande en permanence s’il a fait le bon choix. Il marche en se questionnant, mais il marche. Et c’est en marchant qu’il fait des rencontres. Car régulièrement apparaissent de nouveaux personnages. Ceux-ci n’existaient pas quelques minutes avant dans la pensée de l’auteur, mais une fois créés, une fois posés sur le chemin, ils prennent vie et interagissent avec le personnage principal. De virages en croisements, le héros suit son chemin, en se posant de moins en moins de questions. Il n’a pour autant acquis aucune certitude. Ce qu’il a gagné, c’est de la confiance, la confiance dans l’échange, dans l’issue de la rencontre.
Et lorsqu’il se retourne, il se rend compte qu’il a laissé une trace, qu’il a bâti quelque chose, une démarche, une histoire, une construction démarrée avec, comme matériau, les fétus de paille de son introspection, puis poursuivie à l’aide du ciment des rencontres.
C’est l’histoire de mon personnage et c’est la mienne depuis que je participe à ces ateliers. »
Philippe

« Je savais que raconter la mission d’une semaine, dans un pays du Sahel en pleine sécheresse, soumis à des tensions politiques, avec dix chercheurs agronomes et une journaliste déjantée, n’allait pas être un voyage de tout repos. Imaginez ce microcosme où tout est en survie, personnages, environnement et pays !
Je craignais d’avoir à ramener à l’aéroport certains de mes lecteurs de cet atelier Chantiers, suppliant de rentrer chez eux et de quitter l’Afrique, les chercheurs bougons qui ne parlent qu’aux arbres, les cafards sous le lit, la soif, les arbres et leurs défenses face à la sécheresse, la lutte contre le désert, les menaces de coup d’état… et les deux personnages principaux qui n’arrêtent pas de se chamailler !
Neuf mois plus tard : mes gentils lecteurs de l’atelier ont tenu le coup et m’ont éclairée par leurs demandes de précisions, d’éclaircissements. Merci à eux et à Claire qui a permis cette tournée en brousse à six.
J’en suis au chapitre huit : c’est Diane et Robert qui s’y retrouvent à l’aéroport, fuyant un coup d’état — il est désert. Les kalachnikovs claquent au loin. Plus personne ne peut partir. La proximité avec la violence, et peut-être la mort, va-t-elle leur permettre de se mettre au-dessus de la mêlée et d’entrouvrir une clôture ? »
Florence

« Il était une fois…
Nous avons continué l’histoire chacun à notre façon, chacun à notre rythme, forts de nos personnages, lieux, situations, nés de nos rêves, de nos expériences.
Une belle aventure à six, sous le regard et avec l’écoute de Claire, un chemin ouvert qui nous a permis d’avancer dans l’écriture et de dégager d’autres perspectives.
Une belle aventure à continuer pour que ma petite, « trop petite pour son âge », trouve elle aussi son chemin et affirme sa voix. »
Solange


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L’atelier d’Anne

Comment transmettre la belle audace qui circula pendant ces trois jours d’écriture en dialogue avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle ?

J’avais proposé d’écrire avec cette œuvre psychanalytique, philosophique et littéraire… Mais comment accompagner l’écriture de textes littéraires à partir d’une voix qui, tantôt pense le monde avec les philosophes, tantôt s’adresse directement, en psychanalyste, à nos désirs si vite cadenassés par les forces de répétition de nos névroses ?

Commencer par chercher la source, le chant de la source, le vivant chant qui viendra irriguer les écritures.

Quelle est cette source ? Elle est amour profond de la vie — la vie libre, les chemins qui s’écartent des ornières creusées par le poids d’héritages trop lourds, les détours qui évitent les impasses où nous conduisent des secrets auxquels nous restons fidèle sans même, parfois, en connaître l’existence — toutes ces servitudes dont Anne Dufourmantelle a montré qu’elles deviennent, dans notre monde actuel, de plus en plus volontaires.

Frédéric Worms, philosophe ami d’Anne Dufourmantelle, lors de la soirée d’hommage qui eut lieu à la Maison de la poésie de Paris, en mars 2018, parlait ainsi de l’œuvre d’Anne : une écriture tissée entre deux paroles. L’une, clinique — née dans la parole et dans l’écoute, nourrie des paroles entendues dans la cure, ces paroles enfouies, fragiles, de l’être humain — et l’autre, parole philosophique de l’écriture — qui protège la première parole de tout ce qui lui fait violence dans le monde.

Comment la vie peut-elle se dire ? Comment peut-elle s’écrire ? Ces deux paroles, leurs échos et leurs différences, « tressent une philosophie de la vie et de la mort, de l’écoute et de la joie, dans un monde contemporain qu’Anne Dufourmantelle a analysé en nommant les problèmes fondamentaux de notre contemporanéité », disait encore Frédéric Worms.

« C’est la liberté qu’il nous est douloureux de choisir, car elle implique un chemin de vérité (et jusqu’à quel point supporte-t-on la vérité ?) et la perte de repères assurés, elle nous demande de commencer par faire le vide, parfois, pour retrouver ce qui anime notre désir au plus profond. Tel est le risque, peut-être en son essence, être intensément vivant, c’est-à-dire s’exposer à des vraies émotions, des vraies pensées, un vrai amour, et cela ne se fait pas sans traverser fragilités et épreuve d’une certaine solitude, mais pour une amplitude plus grande, plus vive, dans son rapport à la vie et à l’amour », écrit Anne Dufourmantelle dans Éloge du risque.

La source que je cherchais dans les livres d’Anne Dufourmantelle est aussi littéraire car, outre les deux romans qui figuraient avec les livres qui accompagnèrent notre traversée, on trouve, dans ses essais, une écriture incarnée qui ne s’évade jamais dans le ciel des idées sans revenir aux anecdotes sensibles.

Amour de la vie, protection des fragiles paroles humaines par la pensée philosophique, goût pour les formes littéraires… Ainsi avais-je trouvé, cherchant la source qui inspirerait les écritures, l’abri protecteur de la pensée d’Anne Dufourmantelle. Alors j’ai proposé d’écrire la puissance et la douceur, le risque et le rêve, le secret, sans jamais renoncer devant la difficile tâche de délivrer une parole singulière qui ne ploie pas sous les vacarmes du monde. Vos histories de douceur, vos personnages, sont nés du dialogue avec la pensée bienveillante d’Anne, ils étaient vitalisés par ses thèmes.

« Il ne peut y avoir de valeur donnée à l’universel sans un devoir d’attention et de mémoire constant envers le singulier, c’est-à-dire envers ce qui fait trébucher le concept, l’idéal, le juste et le beau, du côté de la fragilité, de l’« humain trop humain », de ce qui n’est ni pensable, ni parfois même représentable. »
Éloge du risque

Écrire avec Anne Dufourmantelle ?
« Avec, autour, entourée, bercée de sa lecture par Claire, envahie par ses mots, les émotions, les passés qui reviennent avec d’autres lumières, d’autres couleurs…
Je lui dois cette immersion dans trois jours d’écriture intenses, la chaleur de nous tous, la beauté des textes, les surprises, la joie d’écrire, d’aller plus loin, de libérer nos élans.
Je lui dois toutes les lectures de ses textes encore à venir et l’irrigation de mon écriture qu’ils permettent, qu’elle offre… Je lui dois de revenir vers cette attention différente au monde, ce pas de côté de la psy, et l’alliance avec la littérature.
Une sensation d’ouverture intérieure à sa lecture, des rêves…
J’aime son humanité, sa bonté, sa tendresse, son grand amour des autres…
Et merci à Claire, passeuse de mots, porteuse et accoucheuse d’écritures. »
Brigitte Ourlin

« La porte était entrebâillée
Par elle, par d’autres

Elle se tient sur le seuil, nous invite à entrer
Il fait doux, clair, universel

Elle nous invite à venir près du feu
Près des feux de nos lignées et des feux en cataracte du monde

Elle nous invite à gommer les marges des pages
À voir toujours plus large et plus fin
À dessiner l’infime de nos oscillations
Et franchir le portillon du jardin de l’autre
À écouter, agir et écrire d’une même curiosité tisserande
À risquer l’avant de soi et oser tout ce qui doit l’être

La porte était entrebâillée
Elle l’a ouverte en grand, s’est replacée sur le seuil
Toute la lumière au tracé de nos chemins neufs. »
Anne Demerlé-Got


« Ce que je lui dois, c’est de comprendre la nécessité du décalage et de la mise en alerte permanente. Ce qui implique de toujours interroger le réel, regarder au-delà et en-dessous, ne pas se laisser abuser par l’évident, le permanent, chercher la faille, le gain de sable, le jamais vu. En un mot, l’individuel. »
Gérard Bertrand

« Trois jours d’écriture avec Anne Dufourmantelle, j’ai été saisie par la douceur dont parle cette femme, philosophe, psychanalyste, romancière, chroniqueuse, artiste… La douceur, cette « passivité active qui peut devenir une force de résistance symbolique prodigieuse…». J’ai aussi été touchée par sa manière convaincante de nous rappeler notre humanité et ce qui la constitue. Son œuvre et sa vie exhortent à une exigence sans faille du côté de la dignité de l’humain, de sa liberté.
La lecture des livres d’Anne Dufourmantelle ne m’avait pas été aisée en dehors des cas cliniques de sa pratique de psychanalyste. Mais les extraits de tous les livres approchés, passés au filtre de la voix de Claire Lecoeur, ont ouvert une compréhension jusque-là restée voilée. Eloge du risque, Puissance de la douceur, Défense du secret, Intelligence du rêve, La sauvagerie maternelle, Se trouver, L’envers du feu, Souviens-toi de ton avenir et d’autres livres encore s’offrent à présent à de nouvelles promenades de lecture au gré de mes questions sur la vie et la mort. Je sais maintenant pouvoir y trouver des échos.
Trois jours durant, la douceur a imprégné nos échanges, a permis que se tisse une enveloppe chaleureusement accueillante à nos mots trébuchants et fragiles… une enveloppe bienfaisante pour panser quelques douleurs… et quelques trous dans le tissu pour respirer ! »
Carmen Strauss

« Lire Anne Dufourmantelle est déjà un vertige. Ecrire en étudiant sa pensée, ses explorations dans le monde de la douceur, du secret, du risque, c’est un grand saut dans la profondeur de l’humain.
Ces jours d’écriture m’ont rappelé les courbes géomorphologiques que nous faisaient dessiner nos professeurs de géographie.

J’ai dressé des coupes de terrain humain. Par quoi sont agis nos personnages de fiction  ? quelles forces les animent ? de quoi sont-ils constitués ? pourquoi l’érosion n’a pas emporté telle couche ? pourquoi tels sédiments donnent toujours les mêmes formes ? Et quelles forces vont venir pousser, affronter, au risque parfois d’effondrer ? Pour redessiner un autre paysage…
Écrire la vie, la vraie, c’est ce que l’on a tenté de faire pendant trois jours… un sacré risque qu’Anne Dufourmantelle et Claire Lecoeur nous ont fait prendre ! Elles ont bien fait.
Merci à Claire et hommage à l’auteur.
FL

« Anne,
Vous ne vieillirez pas.
À peine plus d’un demi-siècle d’une vie bonne.
Vivante, vous l’étiez parmi nous, pendant ces trois jours d’atelier. Nous avons dialogué avec vous et exploré des chemins dans votre œuvre : la douceur, le risque et aussi le secret… et les effets en ce qui me concerne s’en feront sentir encore longtemps.
Jusqu’à quel âge peut-on oser ? Jusqu’à quel âge peut-on risquer ? Jusqu’au dernier souffle. C’est le message que vous nous laissez, Anne Dufourmantelle, le message que je reçois. Merci !
Merci Claire, remarquable médiatrice.
Merci aux membres de cette communauté de lecture et d’écriture de trois jours. »
Mylène Gougou

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Chantiers d’histoires

Dans l’atelier Chantiers, on commence par dessiner des esquisses

Les projets ont cheminé pendant l’été ; ensemble on avait ébauché les histoires, construit quelques personnages, imaginé ce que ces histoires et personnages pourraient bien signifier, cherché des thèmes, lors de l’atelier Commencer un récit long.

On ouvre donc un nouvel atelier Chantiers, ce mois d’octobre 2017. Je propose, avant de se rencontrer en première séance d’atelier, d’envoyer un aperçu de son projet à ceux qui deviendront les lecteurs du groupe. Comme souvent dans l’atelier, on s’inspire d’une forme explorée par les écrivains pour nourrir l’inspiration. Ici, il s’agit d’une déclaration d’intention, trouvée sur le blog d’un grand amoureux de la narration, Martin Winckler.

[…]
L’histoire se passe et à Paris et en province, à Lille peut-être, c’est à revoir. Dans les années 70/80, avant le numérique. Je veux dire qu’en matière de photo, on est à l’argentique. Car la photo et le théâtre sont ici supports de l’action.
Il y a trois personnages, trois importants. On pourrait dire qu’ils sont tous confrontés au temps. Le temps pourrait être le thème. L’un résiste à la vieillesse, l’autre résiste à la maladie, le troisième résiste à l’héritage d’un avenir tout tracé. Il y aurait comme trois itinéraires qui permettraient aux personnages de se révéler dans l’urgence du temps. […]
Ce que je cherche à dire ? je ne sais pas bien. Une envie de parler de la relation humaine, de la personne dans ses liens sociaux, socioculturels, amicaux, familiaux, je ne cherche pas à parler de politique mais à évoquer le féminisme, une évolution sociale à travers des conflits de génération, parler des blessures intérieures qui font la personne.
Odile
[…]

Le projet peut être encore un peu flou, à cette étape, mais on le sait : c’est en écrivant qu’on découvrira où l’écriture nous entraîne…

[…]
Diane fait un reportage sur la résistance des arbres à la sécheresse dans un pays du Sahel. Elle suit un groupe de chercheurs forestiers en mission pour cinq jours. Nous sommes dans les années 90, dans un pays d’Afrique de l’Ouest indéterminé.
Dans ce livre, je voudrais raconter l’Afrique, bien sûr, ses conditions de vie si particulières, la recherche agronomique tropicale avec les drôles d’énergumènes qui la pratiquent, le métier de journaliste, et plus largement l’écriture.
Mais au-delà de ce décor et à travers le portrait de Diane, je voudrais montrer comment la vie circule et s’insinue partout, se glissant dans le moindre interstice, forçant les portes closes, coulant parfois envers et contre tout, parfois dans de grands débordements, parfois en minces filets. Et je voudrais étudier aussi la vie, quand l’extraordinaire surgit.
C’est à travers l’étude de ces arbres résistants, et grâce aussi à la rencontre d’un certain Robert, que Diane va peu à peu remettre en question les voies qu’elles s’étaient choisies, quitter le sacrifice pour aller à la recherche de ce qu’elle a vraiment envie de faire. Le chemin va être aussi dur sur le terrain que dans sa tête. Et le terrain, en Afrique, c’est quelque chose !
[…]

On a maintenant un monde, des personnages, une ébauche d’histoire… on tente de tricoter tout ça avec ce qu’on cherche à y mettre de désir, de questions sur la vie, sur l’humain.

[…]
« Si vous ne souhaitez pas être un modèle, préparez-vous à devenir un repoussoir. »
V. n’est pas un mari modèle, ni un père modèle, ni un employé modèle. Il serait plutôt quelqu’un qui se tiendrait en marge, plutôt un loup solitaire contrarié… Quelqu’un d’aidant certes, vis-à-vis de son entourage et de ses collègues, mais qui ne souhaite pas se retrouver en situation d’être aidé.
Bien entendu il a essayé de sortir de son personnage, de son isolement, bien entendu il a fait ses introspections et essayé de porter un regard extérieur sur son comportement… toutes tentatives qui n’ont jamais été, de son point de vue, concluantes. Mais ces démarches lui ont appris à questionner, à se questionner, à remettre en cause tout l’édifice sur lequel il avait construit sa vie – sa vie affective, sa vie professionnelle. Il en est arrivé à une sorte de renversement, une sorte de vertige, un changement complet de paradigme.
Et lorsque, dans la grande banque dans laquelle il est employé, V., porté par ce nouvel élan, commence à poser des questions sur des règles de fonctionnement qui n’étaient jamais remises en question par ses collègues, eux-mêmes employés modèles, de vrais loups dans la meute, alors il pose un problème à chacun.
Florence
[…]

Les projets sont nourris des expériences personnelles, mais on ne s’attardera pas sur la dimension autobiographique : ici, c’est la vérité des histoires racontées qui requerra notre soin.

[…]
Écrire l’histoire d’une enfant pas comme les autres à travers les points de vue de différentes personnes de son entourage.
Dans un premier temps, on ne saura ni l’âge ni le prénom de l’enfant, on l’appellera la petite. Elle ne parle pas, elle crie. Tout ce qui l’entoure l’effraie, elle casse les objets, tape et tire les cheveux des autres enfants, se précipite sur les adultes avec violence. Elle court tout le temps, se cache, elle n’a aucune limite, aucune conscience du danger. Elle ne se sépare jamais d’un petit sac en tissu bleu dans lequel elle met « ses trésors ». […] Ses parents, les docteurs, le personnel du centre qu’elle fréquente en journée, tout le monde dit qu’elle est « trop petite pour son âge ».
Solange
[…]

Comment faire parler une enfant qui n’est pas inscrite dans le langage ? On travaillera les point de vue, les voix de la narration. On s’inspirera, comme toujours, des travaux des écrivains.

[…]
Glisser hors du monde. Ce qu’on peut faire d’une vie qu’on ne supporte plus… se suicider… la changer… en changer… partir. 10 000 personnes disparaissent chaque année au Japon, volontairement et quelques milliers en France. […] Ici, il s’agit de personnes qui décident de disparaître, pour refaire leur vie ailleurs, autrement et qui ne voient d’autre solution qu’un arrachage complet… tout quitter, les quitter tous… d’autres parce que leur vie est devenue insupportable, souvent des histoires d’argent…
Le Japon, un jeune homme, un transgenre, des disparus, un neveu en quête, une Japonaise disparue en fin de vie… ou pas, un chien charmant, une belle maison dans les bois en France, des vilains secrets datant de la guerre de 1945 au Japon, des crimes de guerre, des hontes, des hantés, des fantômes…
Ce ne serait pas un essai, ni une étude psy, ce serait un roman avec des personnages qui ont disparus et ceux qui restent et un qui cherche… une quête, des histoires de familles, des secrets, des hontes, la guerre, le Japon, la France, un homo tué par des homophobes un soir dans une ville de province, un homme qui est une femme ou pas ou ni l’un ni l’autre, un chien, important, sans doute un ou plusieurs chats traverseront la scène…
Brigitte
[…]

Quelle formes, originales et singulières, trouveront chacun de ces projets dans le cheminement de l’écriture ? Nul ne le sait encore.

[…]
Mise en fiche, le personnage « possède » :
Un métier de conseillère d’orientation dans un lycée urbain, et une reconnaissance due à une ancienne activité de journaliste. […] Un rêve : offrir beaucoup plus d’aide aux jeunes que l’institution propulse vers des voies non choisies.
Elle a un lieu à créer, et vite, une « chambre à eux », un lieu, un temps, un regard pour tous ces hésitants aux yeux éteints, rebelles sans rébellion ni boussole. Un lieu où ils seraient entendus, confortés, guidés, « réalisés » : (re)mis dans le réel, face à la route, en chemin vers leurs désirs, sans culpabilisation ni menace. Elle doit compter sur elle-même, se confier à son idéalisme moteur, refuser les rails qu’à 50 ans, tout le monde autour d’elle considère comme tracés, renoncer au salaire lycéen qui lui permet de ne pas dépendre complètement de son compagnon.
Refuser le raisonnable et renoncer au confort que la maladie lui fait croire vital depuis une trentaine d’années. Et si c’était l’inverse, si la maladie se révélait soluble dans le risque ?
Anne
[…]

Ces projets seront déplacés et remaniés autant que l’écriture le demandera – c’est elle qui ouvre la voie. Elle invente, surprend, détourne, cherche… Parfois elle peine, et parfois jaillit, forte d’une forme neuve qui se trouve, s’impose.

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Voix d’atelier

Maintenant que Sète et les Voix vives s’éloignent dans le grand fleuve de l’été, maintenant est venu le temps de déposer ici les textes qui garderont mémoire de la rencontre entre les voix des poètes et celles de notre atelier.

Chaque jour, je vous invitais à cueillir, dans le bouillonnement des mots des poètes, ceux qui viendraient éveiller vos désirs d’écrire… Parfois je vous invitais à porter votre regard sur les lieux — la ville et ceux qui l’habitent…

Rue Rapide
« À Sète, il y a la rue rapide. Elle est étroite, pentue et se jette dans le port.
Quand on est tout en haut de la rue rapide, on voit tout en bas la mer, promesse de bonheur.
Je m’offre donc l’audace de découper cette rue rapide dans des mots.
C’est une façon de l’emporter avec moi, une manière de l’avoir toujours à mes côtés.
Savoir que, dans la vie, je pourrai désormais emprunter à ma guise la rue rapide est un trésor inestimable pour moi qui suis si lente. »
V.

Nous nous retrouvions en fin de journée, en dehors de la ville, à La Pointe courte — à l’heure où les pont levants ouvrent un passage aux voiliers entre l’étang de Thau et les canaux de la ville vers la mer.

Parfois je vous invitais à pousuivre le sillon creusé par un poète, comme après la lecture des frères migrants de Patrick Chamoiseau.

Rencontre avec un poète algérien
« – Je vois bien que depuis quatre jours vous me tournez autour sans jamais m’aborder. Si vous faites partie de la police, il vaudrait mieux le dire tout de suite – quoique dans ce cas vous auriez été plus discrète.

Vous les connaissez ces deux là, à la fenêtre ? Parce eux aussi vous les observez depuis un moment… Moi, c’est sûr, ils feront l’entrée d’un poème. Mais vous ? Pourquoi vous les regardez ? Vous êtes poète ?

Au fait, je suis perdu, perdu dans la ville, pourriez vous m’aider ? J’ai rendez vous avec une dame que je ne connais pas. A-t-on idée d’habiter au milieu du milieu d’un labyrinthe ?
Oui, on voit la mer… je sais…
Chez moi aussi, on voit la mer, elle est partout, mais c’est un trompe l’œil…
Vous êtes d’ici ??
Elle m’a dit carrefour d’Endoume, autant dire qu’elle n’a pas envie de me voir… vous en pensez quoi ?

Vous m’écoutez ?
Non, vous regardez encore ce couple à la fenêtre, ils vous font rêver ?
On dirait un trompe l’œil, eux aussi. On en voit parfois dans les villes, à Paris sur la place Beaubourg, des fausses fenêtres avec des personnages, moi je trouve ça triste… Dans mon pays ça ne viendrait à l’idée de personne… il y a tellement de monde partout… des enfants au bord de l’autoroute, des couples qui font l’amour dans les ruines romaines sur des matelas de fortune et d’absinthe, des poètes qui se souviennent des absents…

Ah voilà, j’ai retrouvé l’adresse : Traverse de la Roseraie… vous connaissez ?
C’est une dame qui a connu ma mère…

– Vous avez raison, non, je ne suis pas de la police et oui, je vous tourne autour depuis quatre jours sans vous aborder ou presque…
Vous avez dit trompe l’œil à propos de la mer à Alger, moi aussi, j’avais pensé trompe l’œil à propos de ce couple à la fenêtre et vous l’avez dit…
On pourrait dire que nous nous rencontrons sous le signe du trompe l’œil, de la séduction, de la confusion… Acceptons-en l’augure…

Ce couple à la fenêtre ? Vous voulez savoir ? Ils m’ont saisie par leur beauté.
Tous deux vêtus de noir, dans cet encadrement blanc, sur ce mur terre de Sienne
C’est la fin de la journée

Officiellement je ne suis pas poète, je me raconte des histoires
Ils viennent d’arriver à Marseille, donc ça y est, ils sont d’ici ; c’est comme ça, ici, pour le meilleur et pour le pire.
Ils ont passé la journée à peindre ou à tapisser leurs nouveaux murs de « papier bleu d’azur », vous connaissez la chanson ?
Ils ont fait l’amour à même le sol
Une fois, deux fois
Il lui a murmuré : « c’est l’été pour toujours »

Ils sont fatigués, comme un soir de noces
Au fait, puisque vous êtes algérien vous pourriez me dire ce que Camus appelle gloire ?
« C’est ici que j’ai connu la gloire d’aimer sans limite »
Ils vont sortir, aller se baigner, manger, ce qu’on pourrait appeler refaire le monde…

Il faut toujours refaire le monde, et vous le savez bien. Dans votre pays, 70/100 de la population a moins de 30 ans – mécanique poétique des chiffres

Je ne comprends pas pourquoi vous vous êtes perdu.
Moi, je ne me perds plus à Alger. Ou, quand je me perds, il y a toujours quelqu’un pour me dire « vous êtes chez vous. »
Une femme toujours me guide
Une femme solide et sensible
De cette sorte d’êtres dont on se dit qu’ils ont tout compris
Le sourire, le regard profond et malicieux, les mains, la retenue, l’ouverture…

Je la revois au cimetière de Sidi Abderaman, pleurant tant de morts, tant de fils, ne priant pas vraiment — trop de larmes, trop de colère

Les mains si douces, brodées de henné essuient les yeux et plongent dans le couscous qu’on va manger là, au cimetière, entre vivants, survivants, face à la mer.
Douceur cruelle
Le thé est sucré et amer

Il est terrible le moment où l’on se quitte à Alger
On s’embrasse bien sur, on se touche , on se tient les mains longtemps
On se dit « à bientôt »
Et toujours quelqu’un ajoute « Si Dieu le veut… »
Parce que chacun sait, chacun pense, chacun ne dit pas autrement que par cette formule, cette prière, cette supplique… la peur, la violence, le feu, la mort
Jamais éteints, jamais épuisés, jamais vraiment guéris

À Djamilla, le vent…
2000 ans de vent, pas une larme n’a séché, il y a du sang dans les mosaïques
et du sang sur le sang
À Bab El Oued, la nuit, personne dans les rues

Ô douceur des maisons amies
Ô douceurs des gâteaux verts et roses et parfumés
Fleur d’oranger, citron
Le jasmin, qu’on appelle ici « galant de nuit », viendra-t-il à bout du malheur ?
Plus de couvre-feu… le feu couve encore
Il y a des grilles aux fenêtres jusqu’au troisième étage, il y a des grilles dans les escaliers des immeubles, il y a des souvenirs d’une violence inouïe

Il y a Nalia, qui travaille à l’hôpital et qui dit : « j’en peux plus, plus entendre, plus voir, partir… »
Nalia défaite mais toujours élégante, maquillée, debout… Algérienne.

Je vais vous aider.
Trompe l’œil pour trompe l’œil,
Cette femme qui a connu votre mère,
C’est moi
Ça pourrait être moi… »
Monique

Parfois vos voix jaillissaient de la rencontre avec un lieu et, dans ce lieu, de la découverte de l’œuvre d’un poète…

Le trou de Poupou
« Dans le trou de Poupou*, des voix vives caressent les morts. Tout doucement. Du bout des branches. Parfois une rafale. Et puis plus rien. La brûlure des orties. Épiphanie. Épi fané. Attendre la tortue qui peut-être viendra. Ou bien ne viendra pas. Et c’est sans importance. Attendre. Et puis c’est tout.
Dans le trou de Poupou, il est des ombres errantes. Des chemins sans issue. Des murs et des menaces. Plein de fantômes aussi. Une mère ortie qui passe et qui ne s’arrête pas. La brûlure, elle, reste. Une brûlure à vif.
Dans le trou de Poupou, des oiseaux. Des branchages. Des feuilles par milliers. Des éclats de soleil. La prière du vent. Des aubes crépusculaires. Des rêves minuscules. Des chants. Encore des chants.
Dans le trou de Poupou, la voix d’une femme syrienne ou d’une femme libanaise et c’est la même voix. La voix des colères et des deuils. Il manque toujours une lettre. Peu importe la lettre. L’alphabet dégringole un escalier sans marches.
Dans le trou de Poupou, des moments de silence où respirer enfin. Apaiser la brûlure. Toucher le tronc des arbres. Avaler la lumière et la sève goulûment. S’enrouler dans l’écorce. Crier. Crier encore.
Écoute le trou de Poupou. Il t’appelle, il m’appelle, il nous appelle tous.
Nous refusons d’entendre. Le trou de Poupou nous fait peur. Il est la lettre absente de tous les alphabets.
Celle qui tangue et chavire.
Celle qui murmure en nous la brûlure de l’ortie.
Celle qui nous fait crier dans l’étreinte amoureuse.
La lettre de Perec. La lettre de Kafka.
Celle de Philippe Forest dans Sarinagara.
Une lettre perdue, envolée, disparue.
Dans le jardin de la tortue**.
Au fond de nos mémoires.
De nos voix vives, écorchées vives.
De nos écorces de vivants.
Écoute le trou de Poupou.
Écoutez le trou de Poupou. »
Francine

*Le trou de Poupou est un lieu de lecture de textes dans l’impasse Canilhac à Sète, où se trouve le jardin de la tortue** (un jardin privé qui ouvre ses portes à la poésie)

Parfois, les mots entendus pendant la journée irriguaient l’imagination d’autres rencontres ; vous veniez nous les raconter le soir, à La Pointe Courte…

Appel
« Dans la coulée verte nichée au cœur de la dense île singulière – Sète –, un jardin arborisé, un vieil homme. Le vieil homme a la moustache broussaille blanche, ses rides se fondent dans les écorces des arbres centenaires,
le vieil homme est assis sur le banc vert défraîchi,
délavé par les intempéries de la vie.

Le vieil homme parle tout seul. Il parle d’Amour, de trahisons, de paix, de drames, de guerres incessantes, d’immigration, de désolation et de biodiversité. À côté de lui, sur le banc vert défraîchi, une mappemonde en lambeaux, qu’il tourne de manière très précise, pointant de son index les endroits de sa désolation.

Le vieil homme sort un mouchoir en coton mercerisé blanc, le déplie méticuleusement – deux initiales rouge sang finement brodées s’entremêlent. Il essuie les quelques larmes s’échappant du bas de ses lunettes de corne embuées.

Le vieil homme pleure discrètement, en silence, à l’insu de tous. Seul son corps vieilli et amaigri tressaute au rythme du sanglot. Le vieil homme aux yeux devenus brillants fait signe de la main où le mouchoir chiffonné s’est laissé emprisonner.

Le vieil homme fait signe à la femme, à une femme, la femme inconnue….

Elle, la femme, la femme qui s’est retrouvée après des années de quêtes impossibles, de solitudes brisantes, d’essoufflements de la maternité.
La fragilité fût son ancrage pour traverser les torrents de la souffrance intérieure.
La sensibilité fût son GPS pour garder le chemin de la douceur dans un monde souvent endurci par des certitudes figées, ayant oublié l’espérance.
La solitude fût sa fidèle amie pour converser lorsque l’âme se perdait sur les multiples voies du labyrinthe.
Elle traversa le rejet, l’abandon, le grand silence, l’ignorance et le mépris.
Elle traversa les pertes, les deuils des êtres tant aimés qui n’ont pas choisi de partir rejoindre les murmures du ciel.
Elle traversa, traversa, traversa… l’ombre, la mi-ombre, la pénombre, le miroir !
Elle traversa la nuit sombre de l’âme !
Elle traversa les chemins de morts pour retrouver les chemins de vie, de la vie…
Elle traversa la mort…

Et là, dans le silence de la nuit, dans les ténèbres de sa nuit, l’Amour à l’état pur lui tend la main, main que la femme saisit, laissant tomber le mouchoir chiffonné de la vie. L’Amour enlace la femme et danse, danse, danse toute la nuit… »
Sophie

Parfois, enfin, les rêves qui conduisent au poème jaillirent du festival lui-même alors que tombait, sur la rue Villaret-Joyeuse, une pluie de poèmes.

Une pluie de poèmes, un soir d’été
« Une pluie de poèmes sur une ville en poésie
Des poèmes jouent avec le vent, s’accrochent dans les arbres, glissent sur les cheveux des enfants, courent le long des trottoirs, s’envolent au premier frisson du vent
Assise sur un tapis de poèmes, je cueille des petits bouts de papier
Ils sont de partout, d’ici et d’ailleurs, d’ailleurs et de l’autre côté de la mer
Dans le bleu du ciel, une pluie de poèmes sur la ville
Un poème se glisse dans le creux de ma main
« Parfois, je déambule dans une ville dont les habitants ne voyagent pas
Une ville sans limite
Sans désir
Sans rêve »

Une ville, posée sur le bord de la mer, sur la rive opposée
Y-a-t-il… une ville en réponse ?
Y a-t-il, de l’autre côté de la mer, une femme assise sur le sable, regarde-t-elle le même horizon ?
Y a-t-il, de l’autre côté de la mer, un goéland au ras des flots ?
Y a-t-il, sur l’autre rive, un enfant, des coquillages plein les poches ?
Le soleil dessine-t-il les mêmes reflets d’argent à la surface de l’eau de l’autre côté ?
Et ce ciel aux étoiles multiples, s’étend-il jusque l’autre rive ?
La lune, oui, la lune, la voient-ils sur son autre versant les habitants de l’autre bord ?

Ici, les gens ne voyagent pas, ici ce sont les bateaux qui partent
Ils ramènent des senteurs au goût d’Orient, des contes de mille et une nuits, une langue qui chante, qui chante la douceur de vivre, la sensualité des femmes, la mémoire du vent, la poésie des mots

Une ville posée sur le bord de la mer
Une ville sans limite pour une mer infinie
Une ville sans frontière
Les poètes mélangent les langues et les mots
Les mots pour un chemin de paix

Dans le bleu du ciel, une pluie de poèmes, un poème s’invite dans l’échancrure de ma robe
« La beauté s’érige en absolu »

Une fille danse sur le bord du trottoir, sa robe rouge dans le vent
Dans le ciel, un cerf volant, un enfant court sur la plage
Un poème sur la branche de l’arbre
Des mots se rencontrent pour la première fois
Des mots se rencontrent et un poème apparaît
Des transats vides sur la place des livres
Un vieil homme marmonne, un livre à la main
Un vieil homme lève les yeux… et sourit au ciel
Un volet déchiré claque dans le vent, des marches usées crient à chaque pas, l’eau coule d’une fontaine cassée, des enfants rient dans la cour de l’école
La beauté…
Un regard qui sourit, des mains qui se rencontrent
Un oiseau
Un petit nuage blanc
Une fourmi sur la page de mon livre
La beauté…

Dans le bleu du ciel, une pluie de poèmes
Une paperolle à l’entrée de mon sac
Un poème en forme de sentence
« Gare au vœu que tu formules, il pourrait se réaliser »

Alors, je me suis assise sur le bord de la mer et j’ai regardé l’horizon
J’ai laissé le vent déplier les pages de mon cahier, j’ai laissé mon vœu s’envoler, je le confie à l’oiseau
Il le déposera dans ton jardin, tu le cueilleras au petit matin, tu lèveras les yeux sur les dernières étoiles
Sur la peau de ton ventre un frisson, ton cœur ouvre la porte
Entre les mots du message de l’oiseau, assise sur le bord de la mer, une larme glisse sur ma joue
De ma bouche s’échappent mes doutes
Une brume d’eau dans le ciel, tu marches dans le soleil, je rentre chez moi
Un festin.

Dans le bleu du ciel une pluie de poèmes
Un poème s’accroche à ma sandalette
« Quand tu dors, je me réveille avec ton souvenir »

Quand tu dors, je regarde ton visage, compte chacune de tes respirations
Sous tes paupières closes, ton regard se tourne vers le dedans, tes yeux voyagent
Quels paysages traversent-ils ? Vers quel lieu marches-tu quand tu dors ? Tu m’échappes quand tu dors ?
Tu appartiens à la nuit
Aux rêves de ta nuit.
Suis-je au bout de ton regard quand tu dors ?
Je pose ma main sur ton ventre quand tu dors et je pars te rejoindre
Quand je me réveille
Je porte ton souvenir dans le creux de mes mains.

Dans le bleu du ciel une pluie de poèmes
Un poème se pose dans ma chevelure
« Dans le néant, tu es une graine »

Tu es poussière d’étoiles, dit le physicien, tu es graine dans le néant, dit le poète
Le néant est immensément grand, le néant pour tout l’espace ?
Combien de graines voyagent dans le néant ? Combien de graines en perdition ?
Une graine surgit du néant de l’univers , et c’est l’ouverture de tous les possibles
Une graine de radis germe en 18 jours sur la planète Terre
Une graine de baobab a besoin de mille ans sur la même planète
Combien de temps dans le néant ?
Comment se compte le temps dans le néant ?
Je m’assois sur le bord du début
Je regarde la trace d’une ombre venue des confins des mondes
Une trace, une ombre, une étoile
Peut-être toi. »
Guylaine
Le 29 juillet, Sète, Festival des Voix Vives

Ensuite c’était le soir sur La Pointe Courte et nous rejoignions le festival pour entendre d’autres Voix vives, là-haut, sur les flancs du Mont Saint Clair, dans le jardin Simone Veil.

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Pluie de poèmes sur Sète

Le soir, après avoir lu la cueillette du jour à l’atelier, nous quittons la Pointe courte pour rejoindre le festival des Voix vives.

« Le poème est lui-même un chemin »
Horia Badescu, Grèce

 

« J’écoute d’une oreille tendu vers la nuit marchant écartant la brume de mon propre cœur »
Enan Burgos, Colombie

 

                                

« Greffer la vie avec espoir au vent fou du jour suivant »
Estève Salendres, France

 

« La poésie se définirait-elle comme un cadran solaire, cadran des solitudes, zone libre, chant bleu, appel de la forêt et de la nuit ? »
Luc Vidal, France


 

« Si nous plantons des balles, que poussera-t-il dans la terre ? »
Nasser Rabah, Palestine

 

« Aujourd’hui encore, parfois, tu peux avec la clé d’un simple trèfle ouvrir le monde »
Yannis Rítsos, Grèce

 

« Ne refuse pas l’infini, son goût d’ailleurs, sa démesure »
Colette Gibelin, France

 

« Et tu m’avais dit qu’il faisait doux à l’intérieur des mots »
Marianne Catzaras, France

 

« Dans chaque silence mûrit un mot, dans chaque parole, un silence »
Horia Badescu, Roumanie

 

 

              

« Je n’avais aucune arme, seuls mes rêves m’accompagnaient »
Salah Faïk, Irak



« Le temps erre, et tu ne peux pas le voir »
Roland Pécout, France

 

 

« Il ne reste que des espoirs à faire voler avec nous »
Charles Flores, Malte

 

« Tout n’était que fanfare, le noir aussi était de l’or »
Rino Cortiana, Italie

 

« La lumière invente encore notre regard, l’arbre invente un autre nuage »
Luiz Mizon, France/Chili

 

 

Oui, il pleuvait hier soir des poèmes sur Sète et la lumière était dans tous les yeux.