Écrire, transformer

« Au début, le chaos.

Une matière informe, très émotionnelle, des événements vécus sur lesquels je veux écrire. Des mots à crier. Des listes. Listes de souvenirs. Listes de lieux. Listes de phrases, elles surgissent, je les note dans des carnets. J’écris, j’écris sur le quotidien, les jours traversés, les événements dramatiques et le chagrin. C’est une matière sensible, douloureuse qui me brûle les doigts. Je souhaite la transformer en fiction pour me détacher, prendre de la distance tout en gardant une trace fidèle. »

Nous nous connaissons depuis longtemps, avec Francine. Cette année, elle a désiré suivre l’atelier Commencer un récit long par e-mail. Nous ne savions, ni elle, ni moi, où l’aventure nous conduirait.

« Au fil des propositions de Claire, la matière se transforme, se structure. Ses questions sur mes textes et ses retours me désarçonnent parfois. Je m’interroge. Me délester de cette matière vivante et douloureuse, est-ce suffisant ? Est-ce digne d’intérêt pour un.e autre que moi ? Au fil du temps, j’apprends à différencier ce qui sert la narration et ce qui est de l’ordre du commentaire, de « l’inutile ». J’essaie, je tâtonne, j’expérimente. Je reviens sur l’ouvrage, j’élague, je cisèle. Le chaos du début s’organise, une architecture du récit se dessine. Un chemin à suivre. Un but. »
Francine

J’ai souri lorsque, en fin de parcours, Francine m’a écrit que ce qu’elle avait le moins apprécié pendant l’atelier, c’était : « Quand j’ai compris qu’on ne peut pas écrire uniquement pour soi mais que l’on écrit pour l’autre : le lecteur. » Alors je me suis dit que oui, nous avions bien travaillé.

Écrire, « c’est la misère devenant fortune », écrivait Michel Butor lorsqu’il cherchait comment répondre à la question Écrire, d’où ça vous vient ? (Ce très beau texte est lisible dans Répertoire 5, Les éditions de Minuit, 1982.)

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