Flâneries et écriture au fil des Voix vives à Sète

Chaque jour, à Sète, pendant le festival des Voix vives, entre le ciel très bleu et le bleu profond de la mer, chaque jour lectures et rencontres haut portent les voix des poètes dans les ruelles et sur les places, dans les jardins ou sur le port — parfois sur un bateau au fil de canaux.

Chaque jour nous nous retrouverons pour un rendez-vous d’écriture : je vous proposerai thème et trajets pour vous guider dans les ruelles à la recherche des voix qui inspireront vos textes – fragments, voix et personnages naîtront de vos écritures qui se feront mémoire de vos flâneries, traces de vos rencontres, écho sensible de vos impressions.

En fin de journée, nous nous retrouverons près de l’eau, un peu en retrait de la foule festivalière, sur la pittoresque Pointe Courte près de l’étang de Thau. Nous nous réjouirons ensemble des récoltes du jour et préparerons la cueillette du lendemain.

Nous terminerons ensemble l’atelier par la soirée de clôture du festival, le 29 juillet.

 

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Je vous écoute inventer

On l’oublie souvent, mais vivre c’est lire le monde et s’y situer, c’est inventer les histoires qui nous permettent d’exister.

« Il nous a fallu du temps, et beaucoup d’aide, pour devenir quelqu’un. Il nous a fallu des couches et des couches et des couches d’impressions reliées en histoires. Chansons. Contes. Exclamations. Gestes. Règles. Socialisation. Propre. Sale. Dis pas ceci. Fais pas cela. Bing, bang, bong. » C’est Nancy Huston, dans L’espèce fabulatrice.

Notre mémoire est une fiction. « Cela ne veut pas dire qu’elle est fausse, mais que, sans qu’on lui demande rien, elle passe son temps à ordonner, à associer, à articuler, à sélectionner, à exclure, à oublier, c’est à dire à construire, c’est à dire à fabuler. »

J’aime ce livre de Nancy Huston. J’aime quand elle construit de toutes pièces la vie d’un John Smith, (« voici un homme qui n’est ni ce que l’on appelle réel (il n’a pas historiquement existé), ni ce que l’on appeler fictif (ce n’est le personnage d’aucun roman) ; mettons qu’il est plausible ») à seule fin de nous montrer que notre identité nous vient des histoires, récits, fictions diverses « qui nous sont inculqués au cours de notre prime jeunesse. On y croit, on y tient, on s’y cramponne – alors que, bien sûr, adopté tout bébé à l’autre bout du monde, ayant appris qu’on était australien et non canadien, protestant et non juif, de droite et non de gauche, etc., on serait devenu quelqu’un de différent. »

Or, je ne peux lire ce livre sans penser au travail que je propose dans mes ateliers. Et notamment l’atelier Commencer un récit long, ou dans l’atelier Chantiers.

Dans ces ateliers qui accompagnent à la narration, vous inventez des personnages comme le fait Nancy Huston avec John Smith. Inventer ? Vous les dotez de caractères, de goûts, passions et secrets, histoires, trajectoires… et vous les rendez vivants — aimant ou haïssant, fiers ou soumis ou rebelles, heureux ou malheureux, etc… — en les faisant exister dans des scènes.

    « C’est parce que nous concevons, pensons, rêvons, inventons, racontons inlassablement amour et haine que nous sommes humains. (…) Ainsi l’amour existe-t-il aussi réellement que la haine : parce que l’imagination existe réellement. »

Votre imagination ira peut-être puiser dans les assemblées qu’on abrite… vous écrirez sans vous attarder aux différences de nature entre tous ces êtres fictifs qui nous habitent : « ancêtres, (mes arrière-arrière-grands-parents, Louis IX, Alexandre de Macédoine…), personnages de récits religieux (Jésus, Mahomet, Bouddha…), héros de romans (Robinson Crusoé, Mme Bovary). »

Et moi, texte après texte, je vous écoute inventer.

    « Pensez aux être humains qui vous sont plus ou moins proches, plus ou moins connus : vos parents, voisins et amis, les politiciens de votre pays, les commerçants de votre quartier, les acteurs de cinéma, les foules vues à la télévision… A ceux-là, ajoutez ceux que vous n’avez jamais vus, mais dont vous savez qu’ils existent ou ont existé : les fermiers du Zimbabwe, les ouvriers des centrales nucléaires russes, vos ancêtres, le frère de votre copine, (celui qui vit à Buenos Aires), Alexandre le Grand, les foules d’Italiens mortes de la peste en 1348… De tous ces humains, vous portez en vous une image plus ou moins détaillée, image que vous révisez, retouchez, réadaptez spontanément, automatiquement, chaque fois que vous retrouvez ces personnes ou repensez à elles. »

Dans les ateliers, il ne s’agit pas seulement d’écrire pour écrire, d’inventer pour le plaisir ou la fierté (même si). Il s’agit aussi d’apprendre à vivre en élargissant nos perceptions du monde et des hommes, dans le sens où le roman « nous apprend à réimaginer le monde, à voir la possibilité de changement, et à accueillir cette possibilité dans notre vie. (… ) Il est intrinsèquement civilisateur. »

Civilisateur, oui, le roman l’est ; la fabrique de fictions qu’est l’atelier d’écriture l’est aussi, dans cette recherche de la vérité de l’humain dont parle aussi Nancy Huston lorsqu’elle écrit que la fiction littéraire ne nous dit pas où est le bien ou le mal. « Sa mission éthique est autre : nous montrer la vérité des humains, une vérité toujours mixte et impure, tissée de paradoxes, de questionnements et d’abîmes. »

à sa fenêtre

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Travailler les personnages en atelier

L’atelier d’écriture est le lieu où peut se déployer votre créativité.

Par créativité, j’entends donner naissance — oui, comme à un enfant. Avec la vie qui va son cours et nous invite à faire du neuf, à créer.

Jouer à créer un personnage ?

    • « Le principal trait de son caractère ? Sa vertu préférée ? »

Les propositions éveillent votre imagination qui se nourrit de mises en situations variées, de textes d’auteurs, de trucs d’écrivains.

    • « Ce qu’en aucun cas il ne peut accepter ? L’odeur qui le fait rêver ? »

Dans l’atelier, nous travaillons les questions d’écriture : comment faire vivre un personnage ? Comment lui donner corps, le mettre en mouvement ?

    • « Ce qu’il déteste par dessus tout ? Le don de la nature qu’il aimerait avoir ? »

Question après question, texte après texte, nous avançons dans le travail que vous découvrirez ici.

    • « Ce qui hante sa mémoire ? Le pays où il aimerait vivre ? »*

Je vous l’assure : après l’atelier nous connaissons de façon intime les personnages créés par chacun — ils sont vivants, avec nous, autour de la table.

* Cette invitation à l’imagination d’un personnage est tirée du Questionnaire de Marcel Proust. Je l’utilise dans l’atelier Commencer un récit long, lorsque nous posons les fondations d’un récit au long cours.

Personnages

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Petites formes

La petite forme, c’est le plaisir de la saisie.

Art de la cueillette et de l’esquisse, la petite forme s’approche du travail du peintre, elle aiguise tant le regard (la perception, le souvenir) que l’écriture elle-même.

On appelle aussi la petite forme fragment.

Après la première récolte, la petite forme demande de travailler la matière saisie — la reprendre comme on pétrit une terre, ou plutôt comme on taille une pierre, avec patience, précision… jusqu’à atteindre la condensation et la musicalité qui rendront une atmosphère, une respiration, un rythme – et feront vibrer les silences (les blancs) entre les fragments.

La petite forme, c’est aussi le plaisir de ciseler, tailler, renforcer ou atténuer, choisir l’angle… un plaisir d’artisan, d’orfèvre.

Dans mes ateliers, on travaille souvent les petites formes.

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