Présences dans l’atelier

Qu’elles étaient belles ces trois journées à écrire en dialogue avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle !

J’avais proposé d’écrire dans les sillons de l’œuvre d’Anne, pour l’accent de vérité de sa recherche, toujours sensible et singulière, habitée ; pour les ponts entre psychanalyse, philosophie, et littérature, qui l’aidaient à déchiffrer notre monde, à dire nos fragiles libertés. Dans ses livres, Anne cherche à faire naître cette « autre parole » qu’est la parole humaine, qu’elle voulait protéger du risque d’être recouverte par la violence et la négligence du monde.

Comment la vie peut-elle se dire ? Comment peut-elle s’écrire ? Par ses livres, Anne était présente avec nous dans l’atelier. Nous avons commencé avec Puissance de la douceur. Douceur reçue, perçue, douceur donnée… Puis nous avons cheminé vers la création de personnages en laissant miroiter ces mots qui donnent leur titre à ses essais : secret, rêve, risque, douceur…

« Une histoire de douceur
Les doigts effleurent le visage émacié, anguleux. La pulpe en contact cherche le toucher le plus léger possible, sans pression, sans appui prolongé.
Elle fait aller doucement ses mains, elle les voudrait ailes, que chaque doigt devienne plume. Elle aimerait qu’il perçoive son désir de lui parler sans les mots, de laisser couler vers lui encore un peu de présence avant le grand voyage. Et quelque chose passe de ses mains, de ses doigts à elle, bien vivante et comme en apnée à ce moment précis.
Elle laisse faire, elle laisse couler vers lui le ruisseau de vie qui cherche son chemin.
Elle accompagne ses gestes de la voix, d’une voix lente et calme, en lui souhaitant bon voyage, bonne remontée vers la mer, à lui l’ancien marin.
Et, sur son visage à lui qui va partir, les yeux toujours fermés, un sourire apparait doucement et s’installe.
Le temps est suspendu. Elle voit là le nourrisson qu’il a été 80 ans plus tôt, dans le ravissement et la confiance de l’accueil.
Elle réajuste le drap sous son menton pour qu’il n’ait pas froid. »
Brigitte Brigot

    « Parfois celui qui écrit avance dans la pénombre sans savoir exactement ce qui s’écrit mais comprenant confusément que ce qui s’écrit là le précède. Quelles sont les raisons qui lui font s’y rendre ? […] c’est le plus mystérieux sans doute, par quel procédé confie-t-on à cette main prolongée d’un stylo ou d’un ordinateur de tracer, presque à notre insu, ce qui s’écrit ? »
    Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

« L’essai de lassitude
Il s’assied dans le fauteuil de biais en s’enfonçant comme s’il voulait repousser le dossier avec son dos. Ses yeux sont bleus, perçant, sa tête légèrement penchée et inclinée. Il regarde sa sœur par en dessous, curieux, interrogateur, inquiet. Yeux, visage, tête, crâne veulent savoir alors que le corps se retire loin derrière lui. Une lame, c’est une lame.
Il a voulu la voir pour lui parler. C’est lui qui a demandé mais son corps tout entier crie : qu’est-ce qu’elle me veut ? Il raconte par bribes pauvres son quotidien dévasté par l’ennui, l’impuissance, le ratage. De son brouillard désolé et désolant percent des éclairs d’intelligence vive qu’il lance sur elle, comme des pics, pas de pics pour faire mal, plutôt des accroches fixées sur une falaise pour l’escalader.
Ce jour-là, ça ne marche pas parce qu’elle a décidé, trop longtemps piquée, d’être lisse. Parce qu’elle est lasse. Elle est là mais lisse. Elle ne veut plus rien pour lui car ça ne sert à rien. Progressivement, alors qu’ils échangent tous deux le plus légèrement possible se dit-elle – garder la légèreté, il faut garder le gazouillis triste -, son corps glisse doucement et lui fait face. Il se fait hésitant, il n’y a plus de flèches vives, son visage se couvre discrètement de plaques rouges. Le contour de ses yeux devient rouge aussi, non pas qu’il soit au bord des larmes mais comme s’il avait trop regardé intensément quelque chose à l’intérieur de lui.
Les bords des yeux de son frère la ramènent à un flash du passé. Non pas le passé qui réapparait en flash mais un moment du passé qui a été vécu comme un flash, comme une hallucination éclair. Grand rassemblement de famille pour les quatre-vingts ans de leur grand-mère maternelle. Juste avant que la photo ne soit prise, elle regarde son frère parmi les autres. Ses yeux sont cernés de noirs comme si son corps, son visage devaient indiquer, pour l’image qui restera, sa différence, son état d’être au bord, au bord de la famille, au bord de la vie. Quelques secondes après la photo prise, il n’y avait plus les cernes noirs sur le visage du frère. Devant lui, qui est maintenant un tantinet détendu, elle pense que ces cernes rouges sont peut-être quand même le signe de larmes retenues.
« Et si tu allais parler de tout ça à quelqu’un ? »
Elle pense qu’elle n’est pas quelqu’un avec lui, juste une montagne pelée et légèrement écorchée. À cette proposition, il se redresse et retrouve son biais, sa lame. « Parler à quelqu’un, à quoi ça sert ! » Plus lasse encore, elle lui répond : « Je ne sais pas… ça serre… ça desserre… les nœuds. »
Silence. Il se cale alors bien au fond du giron du fauteuil, les bras ballants et cynique : « tes putains de croyances ! » Et il pleure à chaudes larmes délicieuses.
Ça lave un peu sa chair, juste un temps. »
Céline F.

    « Quitter sa famille, son origine, sa ville natale, le déjà-vu et l’assurance d’une familiarité sans fracture – quelle vie singulière n’est-elle pas à ce prix ? D’être infidèle à ce qui vous a été non pas transmis par amour mais ordonné, psychiquement, généalogiquement, sous peine de destitution. L’épreuve initiatique d’une seconde naissance sera toujours et plus que jamais nécessaire. Il nous faut partir, nous défaire de nos codes, nos appartenances, notre lignée. Toute œuvre est à ce prix. Et tout amour je crois. »
    Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

« Ottavio
La Provence vient d’arriver au Havre après une semaine de traversée au départ de New York. Les passagers de première et seconde classe sont déjà descendus. Sur le pont inférieur, les voyageurs de troisième classe attendent leur tour en silence, leurs baluchons élimés entassés à leurs pieds. Parmi eux, le visage tourné vers la ville qu’il découvre cette fois de la mer, un homme se tient debout au bord de la balustrade. Il est grand. La rampe de bois lui arrive à peine en haut des cuisses. Sa casquette grise enfoncée sur le crâne, il observe l’effervescence du quai de débarquement. Des mèches de cheveux, un peu moins brunes qu’au moment où il a laissé sa femme au village, éclaircies par quelques cheveux blancs, battent sur ses tempes avec le vent.
Suivant le maigre flot des voyageurs, il s’engage sur la passerelle en cordage. Les premières classes ont eu droit à celle en bois – plus large, plus stable – les deuxièmes également, une fois les premiers à terre. Les pans de son manteau de laine claquent contre le garde-corps. Un jour surement, il fut très chaud, mais il est maintenant mité par les tressauts du long voyage en calèches et trains puis la vermine de l’entrepont sordide dans lequel s’entassent les migrants refoulés. L’autre manteau, le solide, celui que lui avait offert l’oncle Maurizio au départ du village, pour résister aux frimas du Michigan, il l’a vendu pour payer son retour. Il n’en a pas tiré grand-chose, il avait déjà beaucoup vécu. Juste de quoi payer un billet de troisième classe, celle des steam passengers comme on dit aussi.
Ses yeux brun clair – sous certaines lumières on les voit jaunes – scrutent la ville qui fume de ses cheminées allumées en ce début septembre brumeux. Côté gauche, il porte sa petite valise anguleuse, en carton. A voir son bras qui balance et sa démarche hésitante mais aisée, il est évident qu’elle est n’est pas lourde. Contrairement à sa tête. Il a les traits fermés, le nez aquilin, des moustaches fines et les lèvres serrées. Seuls les yeux sont en mouvement.
Tenant la rambarde de cordage, son poignet et sa main droite sont protégées du froid matinal par des mitaines grises. La grosse laine rugueuse masque les trois doigts manquants de ce côté, c’est presque cicatrisé maintenant, les marques sont moins rouges. Son regard est fatigué. La route est encore longue jusqu’au village, jusqu’à Teresa et les petits. Une bourrasque plus forte que les autres dégage son manteau en arrière, laissant transparaitre, sous le vieux pantalon et chandail rouge foncé, un corps délié, presque maigre mais qu’on devine musclé. Arrivé à quai, il pose sa valise et le referme rapidement, à l’exception des deux espaces ou les boutons ont sauté.
Dans le fond il connaît la route, c’est la même chose qu’à l’aller mais dans l’autre sens. La même chose mais tellement différent. Il va devoir faire le voyage inverse alors qu’il n’aurait pas dû y avoir de retour. Il a encore devant lui quelques jours de trajet pour trouver une raison positive à ce changement de plan. »
Agnès Fin

    « Contre l’étrangeté du monde, l’écrivain invente un langage pour traduire l’intraduisible, pour faire entendre l’innommable et tenter d’y inscrire une forme nouvelle. Ainsi naît une langue à soi, pour paraphraser Virginia Woolf, une enceinte particulière où le sujet à l’abri pour un temps a négocié son passage dans la tourmente du réel. »
    Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

« La petite robe d’été
C’était une enfance de ténèbres, dont il ne resterait que des souvenirs de manque, de froid, d’absence, d’échec, de départs qu’on a pas pris le soin d’anticiper, d’absences qui n’ont pas pu être adoucies. Une enfance de malentendus. L’enfant ne savait pas demander. On s’enlisait dans ce qu’on appellerait aujourd’hui des symptômes, on disait des comédies. Et les nœuds s’accumulaient de plus en plus serrés, de plus en plus violents. Jusqu’au désamour.

L’enfant avait choisi l’amnésie pour solde de tout compte.
Rien ?
non rien avant huit ans ?
tu es sûre ?
Non rien.

L’enfant avait grandi ou plutôt l’enfant avait poussé,
tout pousse
même ce qui ne trouve pas où s’accrocher pour atteindre la lumière, les autres.

Aucun souvenir pour pas de mauvais souvenirs
Sauf un
un seul
un unique
d’une douceur unique.

C’est l’été, le bel été
c’est midi ou presque
c’est un jardin, un verger,
c’est un peu loin de la maison, des autres
L’enfant est seule
à distance suffisante peut-être
l’herbe est sèche, piquante
il y a des grillons
des papillons
peut-être des oiseaux
des fourmis qui vont partout
partout

La douceur c’est
le soleil sur la peau déjà dorée
c’est le vent d’été
le vent tiède sur la peau
la douceur c’est la petite robe de rien du tout
la bretelle qui tombe sur le bras et qu’il faut toujours remonter
C’est le corps qui a gardé le souvenir.
Il n’a pas éprouvé le besoin de se faire une place dans la mémoire, de déranger l’amnésie.

Le corps a changé mais l’enfance dans le corps n’est pas perdue.
Jamais.
Le souvenir est là
disponible
joyeux.
Il n’en fallait pas plus pour ne pas devenir fou. Une infime douceur inoubliable. »
Monique Romieu-Prat

    « La vie n’est pas le moi ni même notre existence. Elle est « or » ou « source ». Obstruée (la source), enterré (l’or), déterminant notre existence, fléchissant nos actes, armant nos intentions, irriguant nos pensées, sans que nous y ayons accès. Et pourtant c’est nous qui menons la danse. Cette vie est la nôtre, et dans la méconnaissance radicale de notre désir, il y a tant de souffrance. Et si peu de liberté. Il est donc urgent de l’entendre, cette vie secrète, de reconnaître sa ligne de chant dans le bruit ambiant, de dégager son rythme, sa puissance, sa tonalité, sa singularité, pour n’être plus – comme le dit souvent la langue française – soi-même « au secret », c’est-à-dire au cachot. »
    Anne Dufourmantelle, Défense du secret

Découvrir ici le récit d’un autre atelier autour d’Anne Dufourmantelle

2024

Que cette nouvelle année soit belle, que nos lumières vives fassent, ensemble, barrage contre les noirceurs de notre temps !

Je choisis un détail des couleurs de Rothko pour éclairer ce passage vers 2024.

J’y joins cette phrase de Nicolas de Staël :

    « Toute ma vie j’ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m’aider à vivre, me libérer de toutes les impressions, toutes les sensations, toutes les inquiétudes auxquelles je n’ai jamais trouvé d’autres issues que la peinture ».

Et, invitant une nouvelle fois l’œuvre d’Anne Dufourmantelle dans mes ateliers en vous proposant d’écrire en dialogue avec des extraits de ses livres, je vous confie aussi cette citation d’elle, extraite de Puissance de la douceur :

    « Le raffinement coexiste avec la douceur dans l’artisanat. C’est la manière dont le bois est sculpté, travaillé, la subtilité d’une couleur, le déroulé d’une courbe dans le baroque tardif. La douceur semble incrustée dans le geste, déposée avec lui dans la matière. Il fallait cinq mille couches de laque pour faire un meuble à la cour impériale de Pékin. Il est dit, dans les textes, que le toucher devait avoir la douceur de la pluie et la finesse d’un cheveu d’enfant. Douceur de la soie, du verre poli, de l’argent filé, de la panne de velours, de la peau qui s’en revêt, de l’œil qui les contemple. »

À ma mesure, là où je me trouve désormais, prendre soin des belles forces de vie qui nous animent lorsque nous créons. Transmettre les lumières qui me parviennent lorsque je lis certains livres, ou regarde certaines peintures ; ces lumières reçues à travers les œuvres des autres, reçues aussi lorsque j’écoute les textes nés dans mes ateliers.

Voir l’atelier Écrire avec Anne Dufourmantelle
Vois les 2 week-ends d’écriture ouverts à tou.te.s, en mars et mai

L’atelier d’Anne

Comment transmettre la belle audace qui circula pendant ces trois jours d’écriture en dialogue avec l’œuvre d’Anne Dufourmantelle ?

J’avais proposé d’écrire avec cette œuvre psychanalytique, philosophique et littéraire… Mais comment accompagner l’écriture de textes littéraires à partir d’une voix qui, tantôt pense le monde avec les philosophes, tantôt s’adresse directement, en psychanalyste, à nos désirs si vite cadenassés par les forces de répétition de nos névroses ?

Commencer par chercher la source, le chant de la source, le vivant chant qui viendra irriguer les écritures.

Quelle est cette source ? Elle est amour profond de la vie — la vie libre, les chemins qui s’écartent des ornières creusées par le poids d’héritages trop lourds, les détours qui évitent les impasses où nous conduisent des secrets auxquels nous restons fidèle sans même, parfois, en connaître l’existence — toutes ces servitudes dont Anne Dufourmantelle a montré qu’elles deviennent, dans notre monde actuel, de plus en plus volontaires.

Frédéric Worms, philosophe ami d’Anne Dufourmantelle, lors de la soirée d’hommage qui eut lieu à la Maison de la poésie de Paris, en mars 2018, parlait ainsi de l’œuvre d’Anne : une écriture tissée entre deux paroles. L’une, clinique — née dans la parole et dans l’écoute, nourrie des paroles entendues dans la cure, ces paroles enfouies, fragiles, de l’être humain — et l’autre, parole philosophique de l’écriture — qui protège la première parole de tout ce qui lui fait violence dans le monde.

Comment la vie peut-elle se dire ? Comment peut-elle s’écrire ? Ces deux paroles, leurs échos et leurs différences, « tressent une philosophie de la vie et de la mort, de l’écoute et de la joie, dans un monde contemporain qu’Anne Dufourmantelle a analysé en nommant les problèmes fondamentaux de notre contemporanéité », disait encore Frédéric Worms.

« C’est la liberté qu’il nous est douloureux de choisir, car elle implique un chemin de vérité (et jusqu’à quel point supporte-t-on la vérité ?) et la perte de repères assurés, elle nous demande de commencer par faire le vide, parfois, pour retrouver ce qui anime notre désir au plus profond. Tel est le risque, peut-être en son essence, être intensément vivant, c’est-à-dire s’exposer à des vraies émotions, des vraies pensées, un vrai amour, et cela ne se fait pas sans traverser fragilités et épreuve d’une certaine solitude, mais pour une amplitude plus grande, plus vive, dans son rapport à la vie et à l’amour », écrit Anne Dufourmantelle dans Éloge du risque.

La source que je cherchais dans les livres d’Anne Dufourmantelle est aussi littéraire car, outre les deux romans qui figuraient avec les livres qui accompagnèrent notre traversée, on trouve, dans ses essais, une écriture incarnée qui ne s’évade jamais dans le ciel des idées sans revenir aux anecdotes sensibles.

Amour de la vie, protection des fragiles paroles humaines par la pensée philosophique, goût pour les formes littéraires… Ainsi avais-je trouvé, cherchant la source qui inspirerait les écritures, l’abri protecteur de la pensée d’Anne Dufourmantelle. Alors j’ai proposé d’écrire la puissance et la douceur, le risque et le rêve, le secret, sans jamais renoncer devant la difficile tâche de délivrer une parole singulière qui ne ploie pas sous les vacarmes du monde. Vos histories de douceur, vos personnages, sont nés du dialogue avec la pensée bienveillante d’Anne, ils étaient vitalisés par ses thèmes.

« Il ne peut y avoir de valeur donnée à l’universel sans un devoir d’attention et de mémoire constant envers le singulier, c’est-à-dire envers ce qui fait trébucher le concept, l’idéal, le juste et le beau, du côté de la fragilité, de l’« humain trop humain », de ce qui n’est ni pensable, ni parfois même représentable. »
Éloge du risque

Écrire avec Anne Dufourmantelle ?
« Avec, autour, entourée, bercée de sa lecture par Claire, envahie par ses mots, les émotions, les passés qui reviennent avec d’autres lumières, d’autres couleurs…
Je lui dois cette immersion dans trois jours d’écriture intenses, la chaleur de nous tous, la beauté des textes, les surprises, la joie d’écrire, d’aller plus loin, de libérer nos élans.
Je lui dois toutes les lectures de ses textes encore à venir et l’irrigation de mon écriture qu’ils permettent, qu’elle offre… Je lui dois de revenir vers cette attention différente au monde, ce pas de côté de la psy, et l’alliance avec la littérature.
Une sensation d’ouverture intérieure à sa lecture, des rêves…
J’aime son humanité, sa bonté, sa tendresse, son grand amour des autres…
Et merci à Claire, passeuse de mots, porteuse et accoucheuse d’écritures. »
Brigitte Ourlin

« La porte était entrebâillée
Par elle, par d’autres

Elle se tient sur le seuil, nous invite à entrer
Il fait doux, clair, universel

Elle nous invite à venir près du feu
Près des feux de nos lignées et des feux en cataracte du monde

Elle nous invite à gommer les marges des pages
À voir toujours plus large et plus fin
À dessiner l’infime de nos oscillations
Et franchir le portillon du jardin de l’autre
À écouter, agir et écrire d’une même curiosité tisserande
À risquer l’avant de soi et oser tout ce qui doit l’être

La porte était entrebâillée
Elle l’a ouverte en grand, s’est replacée sur le seuil
Toute la lumière au tracé de nos chemins neufs. »
Anne Demerlé-Got


« Ce que je lui dois, c’est de comprendre la nécessité du décalage et de la mise en alerte permanente. Ce qui implique de toujours interroger le réel, regarder au-delà et en-dessous, ne pas se laisser abuser par l’évident, le permanent, chercher la faille, le gain de sable, le jamais vu. En un mot, l’individuel. »
Gérard Bertrand

« Trois jours d’écriture avec Anne Dufourmantelle, j’ai été saisie par la douceur dont parle cette femme, philosophe, psychanalyste, romancière, chroniqueuse, artiste… La douceur, cette « passivité active qui peut devenir une force de résistance symbolique prodigieuse…». J’ai aussi été touchée par sa manière convaincante de nous rappeler notre humanité et ce qui la constitue. Son œuvre et sa vie exhortent à une exigence sans faille du côté de la dignité de l’humain, de sa liberté.
La lecture des livres d’Anne Dufourmantelle ne m’avait pas été aisée en dehors des cas cliniques de sa pratique de psychanalyste. Mais les extraits de tous les livres approchés, passés au filtre de la voix de Claire Lecoeur, ont ouvert une compréhension jusque-là restée voilée. Eloge du risque, Puissance de la douceur, Défense du secret, Intelligence du rêve, La sauvagerie maternelle, Se trouver, L’envers du feu, Souviens-toi de ton avenir et d’autres livres encore s’offrent à présent à de nouvelles promenades de lecture au gré de mes questions sur la vie et la mort. Je sais maintenant pouvoir y trouver des échos.
Trois jours durant, la douceur a imprégné nos échanges, a permis que se tisse une enveloppe chaleureusement accueillante à nos mots trébuchants et fragiles… une enveloppe bienfaisante pour panser quelques douleurs… et quelques trous dans le tissu pour respirer ! »
Carmen Strauss

« Lire Anne Dufourmantelle est déjà un vertige. Ecrire en étudiant sa pensée, ses explorations dans le monde de la douceur, du secret, du risque, c’est un grand saut dans la profondeur de l’humain.
Ces jours d’écriture m’ont rappelé les courbes géomorphologiques que nous faisaient dessiner nos professeurs de géographie.

J’ai dressé des coupes de terrain humain. Par quoi sont agis nos personnages de fiction  ? quelles forces les animent ? de quoi sont-ils constitués ? pourquoi l’érosion n’a pas emporté telle couche ? pourquoi tels sédiments donnent toujours les mêmes formes ? Et quelles forces vont venir pousser, affronter, au risque parfois d’effondrer ? Pour redessiner un autre paysage…
Écrire la vie, la vraie, c’est ce que l’on a tenté de faire pendant trois jours… un sacré risque qu’Anne Dufourmantelle et Claire Lecoeur nous ont fait prendre ! Elles ont bien fait.
Merci à Claire et hommage à l’auteur.
FL

« Anne,
Vous ne vieillirez pas.
À peine plus d’un demi-siècle d’une vie bonne.
Vivante, vous l’étiez parmi nous, pendant ces trois jours d’atelier. Nous avons dialogué avec vous et exploré des chemins dans votre œuvre : la douceur, le risque et aussi le secret… et les effets en ce qui me concerne s’en feront sentir encore longtemps.
Jusqu’à quel âge peut-on oser ? Jusqu’à quel âge peut-on risquer ? Jusqu’au dernier souffle. C’est le message que vous nous laissez, Anne Dufourmantelle, le message que je reçois. Merci !
Merci Claire, remarquable médiatrice.
Merci aux membres de cette communauté de lecture et d’écriture de trois jours. »
Mylène Gougou

 

Une chambre de rêves et d’écriture…

Quelle belle métaphore pour l’atelier à venir !

« On aime dire : j’ai gagné du temps, comme si ce gain pouvait nous satisfaire […] Ce gain imaginaire, il se distille partout, mais insensiblement, en nous faisant croire que nous disposons d’un surcroît de désir. Projetés dans le faire, dans l’accumulation de biens et l’agitation de vies urbaines soumises à des rythmes et contre-rythmes multiples, nous nous séparons insensiblement de nous-mêmes. A l’opposé de ce mouvement qui nous porte à l’écoute, cette écoute flottante que l’on peut avoir pas seulement dans un cabinet d’analyste mais dans l’existence, et qui, proche de la méditation, serait une manière d’envisager le réel sans violence mais en s’y laissant affecter. Dans ce mouvement, en effet, il y a du temps perdu. Inévitablement, c’est-à-dire de la flânerie, de l’ennui, de l’insomnie, tous ces intervalles qui ne servent à rien et pourtant se traduisent en état d’être, en inquiétude, parfois en errance. […] Loin que le temps nous soit intérieur, c’est nous qui habitons le temps, c’est nous qui nous déplaçons en lui, comme dans un milieu virtuel où coexistent, dans une profondeur obscure, tous les degrés de la durée. Se laisser flâner au hasard, se perdre dans une ville que pourtant on connaît […] oublier un rendez-vous, prolonger l’insomnie jusqu’au matin, se réconcilier pour un temps avec nos fantômes – sont autant qu’on arrache à une économie des liens qu’on voudrait régler autant que notre « emploi du temps » ; et cette incapacité éprouvante de nos heures nous ramènera insensiblement vers la petite enfance, les temps du jeu et de l’éveil, des cabanes et des fous rires, vers l’inquiétude aussi, quand le temps s’étirait aux confins du jour dans une projection insaisissable de durée. Que veut dire demain quand on a quelques mois ? Demain comme hier est un continent où la promesse, « je reviendrai » est le seul point fixe (la voix, l’invocation) qui fait sens pour l’enfant, lui donnant la force d’attendre et de faire de ce temps de l’attente, un refuge, une chambre de rêves et d’écriture d’où il peut explorer le monde. »
Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

Oui, l’atelier est bien un temps où flâner au hasard des mots — un temps dédié à la rêverie et au jeu qui ouvrent les portes insoupçonnées de l’écriture.

Voir Prendre soin des écritures avec Anne

Prendre soin des écritures avec Anne

Relire les livres d’Anne irrigue et déplace la préparation de l’atelier

« Prendre soin
Faire les gestes appropriés pour endiguer la maladie, refermer la plaie, apaiser la douleur : le soin est associé depuis le début de l’humanité à la douceur. […] La douceur suffit-elle à guérir ? Elle ne se munit d’aucun pouvoir, d’aucun savoir. L’appréhension de la vulnérabilité d’autrui ne peut se passer pour un sujet de la reconnaissance de sa propre fragilité. Cette acceptation a une force, elle fait de la douceur un degré plus haut, dans la compassion, que le simple soin. Compatir, « souffrir avec », c’est éprouver avec l’autre ce qu’il éprouve, sans y céder. C’est pouvoir se laisser entamer par autrui, son chagrin ou sa douleur, et contenir cette douleur en la portant ailleurs. »
Puissance de la douceur

Histoires de douceur, histoires de secrets, histoires de risques… Quels thèmes viendront irriguer les écritures, approfondir les personnages, dynamiser les récits qui naîtront du travail de l’atelier ?

Le secret d’une personne, « ce peut être une atmosphère, une couleur un lieu, une manière d’être. Sa manière de se tenir, d’aimer, ses lectures, ses lieux de prédilections, ses amis. Ce secret non gardé par lui bien au contraire le garde, c’est-à-dire le protège. Il est une tonalité, une musique particulière. Une signature. »
Défense du secret

Il s’agira, comme dans tous mes ateliers, de prendre soin des écritures, pas à pas, proposition après proposition, en espérant que quelque chose inconnu survienne, dont on ne prendra connaissance, comme l’écrit Anne, qu’après-coup.

« Dans la création, il est tout le temps question de ce dispositif logé en avant de soi et qui nous informe, en quelque sorte à notre insu, et se dépose sur la toile, dans la partition ou sur la page avant même que notre conscience s’y attarde ; elle n’en prendra connaissance qu’à la relecture. »
Éloge du risque

Voir l’invitation à écrire avec Anne

Préparation de l’atelier Écrire avec Anne

« La vie n’est pas le moi ni même notre existence. Elle est « or » ou « source ».

Obstruée (la source), enterré (l’or), déterminant notre existence, fléchissant nos actes, armant nos intentions, irriguant nos pensées, sans que nous y ayons accès. Et pourtant c’est nous qui menons la danse. Cette vie est la nôtre, et dans la méconnaissance radicale de notre désir, il y a tant de souffrance. Et si peu de liberté. Il est donc urgent de l’entendre, cette vie secrète, de reconnaître sa ligne de chant dans le bruit ambiant, de dégager son rythme, sa puissance, sa tonalité, sa singularité, pour n’être plus – comme le dit souvent la langue française – soi-même « au secret », c’est-à-dire au cachot. »
Défense du secret

« Nous avons été des enfants érotiques et nous ne le savons plus.

Nous avons goûté le monde, nous avons touché et été touchés, nous avons écouté un bruit jusqu’à ce qu’il se confonde avec la nuit et nous enveloppe comme une voie lactée merveilleuse, nous avons bercé une feuille d’herbe, un caillou, un mot, des tas de choses impossibles à bercer, nous l’avons fait, nous avons traqué sous nos paupière à demi-closes un signe de vie à l’envers, nous avons construit des passages, des signes, des alphabets, nous avons essayé de comprendre, dos à l’énigme, et de nous raconter des histoires pour être moins effrayés. Et nous avons oublié cela. Cette énergie folle dépensée pour rien, pour quelques sensations fugitives et brûlantes restées sous la peau comme des augures non déchiffrées. »
Éloge du risque