Cheminer avec l’écriture

« Je ne connais pour ma part d’autres sentiers de la création que ceux ouverts pas à pas, c’est à dire mot après mot, par le cheminement même de l’écriture… »

Claude Simon, dans la préface à Orion Aveugle, raconte : « C’est seulement en écrivant que quelque chose se produit, dans tous les sens du terme. Ce qu’il y a pour moi de fascinant, c’est que ce quelque chose est toujours infiniment plus riche que ce que je me proposais de faire. » Il se décrit « comme un voyageur égaré dans une forêt (…) découvrant à tâtons le monde dans et par l’écriture. »

Découvrir ce que l’on porte du monde en écrivant, c’est le cheminement que je propose, dans mes ateliers. Car on y va de soi, dans l’écriture, à la rencontre des histoires auxquelles on n’envisageait pas de donner naissance avant de se mettre à écrire. On y va de soi et de ses émotions, de ses expériences et souvenirs, de ses rencontres, de ses convictions… et de son imagination (alors même qu’on pense ne pas en avoir, d’imagination, parfois).

L’imagination naît du désir pour les histoires — celles que nous avons lues, celles que nous avons entendues, ou vues. Ces histoires qui nous ont ouvert l’esprit et le cœur à d’autres mondes, au différent, à l’autrement. Ces histoires qui font de nous ces êtres de paroles qui entrent en dialogue avec les mondes que nous découvrons dans les livres.

Ils étaient nombreux à le dire, dans un livre dont j’ai parlé ici : Lire, c’est vivre plus.
J’ajoute ceci : Écrire, comme lire, c’est vivre plus.

Madeleine Chapsal le dit autrement : « Écrire, c’est aventurer sa propre vérité.  »
Jean-Bertrand Pontalis, lui, l’écrivait ainsi, dans Traversée des ombres : « Écrire, c’est s’inspirer du rêve qui donne une forme précaire au désordre insensé de nos désirs, à notre sauvagerie et notre infirmité natives. »

Ces phrases de femmes et d’hommes qui ont consacré leur vie à l’écriture, si elles sont une invitation à entrer dans l’aventure à notre tour par le désir qu’elles transmettent, peuvent aussi nous intimider. On pense qu’écrire n’est pas pour soi. On se dit que, pour écrire, il faudrait d’abord avoir un sujet, d’abord connaître l’histoire et son déroulement, d’abord connaître la fin… Certains, certes, ont cette forme d’esprit, mais ils sont beaucoup moins nombreux que ceux qui découvriront ce qu’il avaient à écrire… une fois qu’ils auront écrit. (Et, si ceux que j’appelle les « structuralistes » ont besoin de se rassurer avec une structure avant de se mettre à écrire, eh bien nous en passerons par là, dans l’atelier.)

Deux choses. La première est ce que dit Claude Simon : le cheminement pas à pas de l’écriture. L’atelier fabrique le pas à pas dont parle Claude Simon, il prépare le chemin, donne des repères. On ouvre une première porte. On entre dans l’écriture étape après étape. À chaque étape, on découvre ce que l’écriture a fait venir à la page, en partie à son insu, en lisant son texte. Alors on ouvre une deuxième porte et, si on lui lâche la bride, l’écriture nous surprendra encore.

La deuxième : « On n’est pas génial tout seul. Même si écrire est l’acte le plus personnel qui soit, encore faut-il, pour approcher de ses limites, que l’époque vous porte, qu’un milieu vous stimule. Si l’un et l’autre font défaut, reste à chercher ce référent manquant dans la confrontation avec ses semblables de tous bords. Alors, on sent la force », écrit Annie Mignard.

L’atelier est un puissant stimulant pour l’écriture. Dans l’atelier, on travaille ensemble, avec ceux qu’on rencontre par les textes qu’ils écrivent, qui deviennent les lecteurs de ce qu’on écrit soi-même. C’est autour de l’écriture que les liens se tissent, que les singularités s’énoncent, se dévoilent. Oui, ce qui se cherche dans l’atelier, c’est bien la singularité de chaque écriture, de chaque point de vue, de chaque histoire. Chaque singularité prend sa place dans la polyphonie des voix. C’est ça, qui fait la force — soutenant ceux qui n’oseraient s’aventurer sans appui.

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Découvrir l’atelier Histoires de vies, fin juillet à Montpellier


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