Ce qui cherche à se dire

Lorsque j’invite les personnes qui rejoignent mes ateliers d’écriture à m’accompagner sur les chemins de la création, je parle souvent de l’écriture comme d’une rivière. Je dis, une rivière souterraine ; une rivière dont on entend le chant seulement si on lui prête l’oreille dans le silence de l’écriture.

Je dis aussi le temps et la confiance qu’il faut à l’écriture pour que ce qui cherchait à se dire trouve forme dans un texte. Je dis qu’on empruntera des chemins de traverse, qu’on donnera sa chance à l’écriture en la dégageant de ce qu’on voulait dire, ou de ce qu’on pensait devoir écrire, car un sens inattendu naît du travail avec les mots – j’ajoute que c’est cela qui est heureux avec l’écriture, cet inattendu qui émerge de l’acte d’écrire.

Je dis encore qu’on cherchera, parmi les questions qui nous mobilisent (des questions sur le monde, sur notre humanité, sur nos histoires, sur la vie, sur quoi d’autre encore…), on cherchera la question qui nous intrigue vraiment, qui viendra dynamiser l’écriture en lui donnant l’énergie de la quête. […] Alors on essayera ; on écrira puis on lira les textes en s’interdisant de prêter l’oreille aux jugements négatifs si prompts à assécher les sources ; puis on essayera encore, autrement, en changeant d’angle, en explorant d’autres formes, tout en écoutant les chants des rivières, en les laissant nous guider.

[…]

Le lieu où les questions se tiennent

Je prépare une journée pour l’atelier Écrire avec les auteurs contemporains – un cycle de six journées conçu comme une invitation à ouvrir de nouveaux territoires en s’inspirant des thèmes et des formes qu’on découvre dans la littérature qui s’écrit aujourd’hui. Chaque journée est consacrée à un.e auteur.e que j’ai choisi.e pour la vitalité et la singularité de son travail. Aujourd’hui nous travaillerons en dialogue avec l’œuvre de Nathalie Léger, auteure d’une trilogie qui m’intéresse à plusieurs titres.

J’ai rencontré Nathalie Léger aux Nuits de la correspondance, à Manosque, en 2012. Elle y parlait du livre qu’elle venait d’écrire : Supplément à la vie de Barbara Loden. Elle racontait qu’elle écrit des livres au sujet de femmes artistes ayant réellement existé et cherche, en écrivant, à répondre aux questions que l’œuvre qu’elle a choisie – qui l’a choisie ? – lui pose. Par exemple, pour Supplément à la vie de Barbara Loden (actrice et cinéaste américaine), elle se demandait : « Pourquoi cette fille, à qui tout semble réussir lorsqu’elle fait un film, met en scène un personnage qui est la déchéance même ? C’est cet écart qui m’a intéressée. » […]

Nathalie Léger est l’auteure d’une trilogie composée de L’Exposition (son premier roman, publié en 2008), puis de Supplément à la vie de Barbara Loden (2012), puis de La Robe blanche (2018) ; trois petits livres à la couverture blanche côtelée, signe de la maison d’édition de Paul Otchakovsky-Laurens (P.O.L.).

Dans ces trois récits, l’auteure écrit sans savoir (dit-elle) pourquoi elle a choisi celle qui deviendra l’aimant de son écriture. Nous verrons que ces trois femmes, et ces trois livres écrits en dix ans, ponctuent un chemin ardu qui mènera l’auteure aux larmes de sa mère et à la demande qu’elle adresse à sa fille – lui faire justice en écrivant.

    « Une fois de plus, ma mère a ressorti le dossier. […] Il est posé sur la table comme un vieux foie, une matière luisante et vaguement sanguinolente dans laquelle on peut lire le passé. »

Chacun des trois récits est éclaté en textes brefs où se succèdent images, événements de la vie de la femme devenue sujet de l’écriture, remémorations, réflexions sur l’œuvre de l’artiste, souvenirs d’autres œuvres, méditations sur l’art, citations, notations…

L’écriture emprunte maints détours sur le chemin de la quête et expose, fragment après fragment, le processus de l’enquête tout en doutant de ses propres capacités à atteindre l’objet de la quête. Quelque chose, derrière ou en dessous de l’objet exposé de l’enquête – quelque chose qui fait énigme et mobilise l’écriture – se cherche, dans et entre les fragments.

    « Pendant des années, j’avais pensé que la moindre des choses, pour écrire, c’était de tenir son sujet. […] Je ne savais pas que le sujet, c’est justement lui qui vous tient. Je ne savais pas non plus qu’il peut ne tenir à rien. »

Chacun des trois récits de Nathalie Léger devient donc l’espace où se déploient les questions éveillées par une figure féminine, instituée dans le récit comme un mystère. La forme fragmentaire favorise le processus associatif de l’écriture, tissant des liens souterrains à l’intérieur de chaque livre (et entre les trois ouvrages). Entre les fragments, les blancs rompent la linéarité narrative et introduisent des espaces de rêverie ; ils permettent le passage d’une intuition à une autre, le coq à l’âne. Ainsi l’écriture avance-t-elle pas à pas, et de livre en livre, vers ce qui échappait à l’auteure et se tramait entre les lignes.

Après la sortie du dernier livre de la trilogie, La Robe blanche, Nathalie Léger disait sur France Culture (Par les temps qui courent) : « Sans doute on n’écrit qu’en s’illusionnant sur le sujet qu’on croit traiter, qu’on découvrira beaucoup plus tard. […] Une vérité apparaît longtemps après que le livre ait été achevé. » Ce troisième livre, dix ans après le premier, accueillera enfin le récit de l’expérience traumatique vécue par la mère de l’auteure – cette mère qui demande à sa fille d’écrire pour la venger.

Il aura donc fallu dix ans, et trois livres. Il aura fallu tisser tout un réseau serré d’échos, dépeindre et questionner toute une série d’images de la femme, des femmes, du féminin, et commencer, dès le premier livre, par faire apparaître l’autre femme, sûre de son pouvoir de séduction – « (l’autre – c’était ainsi que nous avions nommé la femme pour qui mon père avait quitté ma mère. […] Lautre, quoi qu’elle fasse, on la hait on la désire). »

Il aura aussi fallu faire apparaître la mère dès le premier livre, puis intensifier progressivement sa présence en instaurant un dispositif narratif qui lui donne directement la parole dans le deuxième et le troisième récit.

[…]

Explorer, bâtir, mettre à distance l’émotion, éviter l’enfermement dans l’autobiographique et inventer, dans le troisième récit, une narratrice qui commencera par s’opposer activement à la demande maternelle, puis finira par lui concéder le récit demandé. La trilogie de Nathalie Léger témoigne du temps qu’il faut, à l’écriture, et à une œuvre, pour […] s’approcher du cœur palpitant qui aimante l’écriture.

Quelque chose prend forme peu à peu

Première femme
Sûre de sa beauté et de sa puissance, arrogante, hautaine, adulée autant qu’haïe, la comtesse de Castiglione se met elle-même en scène en posant, durant près de quarante ans, pour un photographe. Nathalie Léger la rencontre par hasard, dans une librairie, sur la couverture d’un catalogue : La Comtesse de Castiglione par elle-même. « J’ai été glacée par la méchanceté d’un regard, médusée par la violence de cette femme qui surgissait dans l’image », écrit-elle alors.

    « Elle, Virginia Oldoïni de Castiglione, très droite, rayonnante, sans autre imagination que celle que lui inspire l’assurance de sa beauté. »

Quel est le secret de la beauté ? Les photos de la comtesse font venir d’autres images et, d’anecdotes en remémorations, de réflexions sur l’écriture en méditations sur la photographie, l’autre femme s’insinue dans la quête qui se déplace (qu’a-t-elle donc de plus que les autres, cette femme qui a pris le père ?) et fait apparaître, en contraste avec les images de la beauté souveraine de la comtesse, la figure triste et douloureuse de la mère.

    « Je regarde les photos de ma mère : cette fragilité, cette délicatesse maladroite, cette bonne petite gentillesse […], la nuque toujours une peu fléchie lorsqu’elle se trouve dans les parages du corps souverain et idéalement conformé de sa mère. […] Ma mère enfant se tient toujours fléchissante aux côtés de la sienne. Ce fléchissement […] c’est bien la honte, le mot est comme une tombe. »

D’un côté, les corps souverains – la comtesse, la grand-mère maternelle, l’autre femme… De l’autre, le corps impossible à exposer de la mère, ce corps auquel elle ne peut consentir. « De quoi voulais-je parler ? », se demande soudain l’auteure quelques fragments plus loin, tandis que l’écriture tisse souterrainement des liens inattendus.

Le doute est énoncé, dès ce premier livre, sur la possibilité de saisir l’objet de la quête en écrivant. C’est pourtant bien l’écriture, et la forme fragmentaire, qui vont permettre au récit de s’approcher de ce qui se tenait caché derrière le choix de l’enquête : l’ombre portée de l’autre femme sur la vie de la mère – L’autre, celle qui a pris le père ; mais aussi celle qui, dès l’enfance, rayonnait d’assurance et d’indifférence au-dessus d’une enfant ployant sous le poids de sa propre mère.

Deuxième femme
Quatre ans après L’Exposition, paraît le deuxième livre de la trilogie, Supplément à la vie de Barbara Loden. Autres visages de femmes, entre Barbara Loden, actrice et cinéaste américaine, et la femme qu’elle incarne dans le seul film qu’elle réalise, en 1970 : Wanda ; un film inspiré d’un fait divers – l’histoire d’une femme perdue, incapable de s’affirmer, asservie au désir de l’autre. Une perdante, comme Nathalie Léger l’écrira plus tard au sujet de sa mère ; une femme qui, condamnée à vingt ans de prison pour l’attaque d’une banque où l’avait entraînée l’homme qui l’avait assujettie, avait remercié le juge.

[…]

Dans ce deuxième livre, les modalités de l’enquête s’énoncent clairement : « Une femme raconte sa propre histoire à travers celle d’une autre. » Ainsi l’auteure met-elle en abîme sa propre démarche dans cette deuxième quête fragmentaire. Ainsi l’écriture continue-t-elle de tisser souterrainement des liens, s’avançant sur les chemins de ce que l’auteure nomme la désolation.

    « Barbara dit qu’elle n’a rien à écrire de grand. […] La violence, oui, mais la violence légale, l’ordinaire brutalité des familles. […] Barbara ne fait des films que pour ça. Apaiser. Réparer les douleurs, traiter l’humiliation, traiter la peur. »

Désolation, réparation. L’auteure prolongera ce thème dans le livre suivant, six ans plus tard, lorsqu’elle croisera l’histoire de sa mère avec celle d’une jeune artiste italienne, Pippa Bacca, qui voulait réparer les horreurs de la guerre par une performance qui la mena à la mort. Mais, pour l’instant, l’écriture continue à tisser des liens, à transposer, à déplacer, à passer par d’autres figures féminines pour s’approcher de son énigmatique sujet.

[…]
Troisième femme
Nouvelle figure féminine, nouveau livre, troisième de la trilogie, La robe blanche paraît en 2018. Cette fois-ci, Nathalie Léger interroge le destin tragique de Pippa Bacca, jeune performeuse italienne partie en auto stop sur les routes entre Milan et Jérusalem, vêtue d’une robe de mariée, morte assassinée pendant cette performance, à trente-trois ans. Artiste ou martyre ? Candeur ou sacrifice ? se demande Nathalie Léger. Ces questions déterminent l’espace d’une nouvelle quête pour l’auteure qui se laisse toucher par un sujet qui lui est à priori extérieur, mais rejoint l’histoire de sa mère qu’elle n’aurait, confiera-t-elle plus tard, pas pu écrire autrement qu’en la liant avec celle de cette jeune artiste martyre.

Dans un entretien avec Frédéric Maria (L’art est ma langue étrangère, switchonpaper.com, 2021), à la question « comment elle a rencontré Pippa Bacca », Nathalie Léger répond qu’elle a vu le film d’un jeune cinéaste, Joël Curtz, qui a mené une enquête minutieuse sur cette performeuse qui s’élance sur les routes en robe de mariée. « Je me suis aussitôt dit que cette histoire était pour moi — et je me suis aussitôt empêchée de l’écrire. […] Deux ans se sont passés à refuser d’écrire cette histoire. »

Pourtant, l’idée que cette histoire était pour elle ne quitte pas l’auteure.

    « Ma mère à la fin de sa vie a voulu en avoir le cœur net. Avait-elle été victime d’une injustice, ou était-elle responsable de son malheur ? […] Elle n’a pas besoin de me faire le récit de ce qui s’est passé, j’y étais, et j’ai fini par dire : un malheur banal, on est d’accord ? Elle était d’accord – mais un malheur quand même. »

Tandis que la narratrice enquête sur ce qui a conduit Pippa Bacca au geste fou qui finira par lui coûter la vie, tandis qu’elle se penche sur l’art de la performance en se remémorant d’autres gestes de création – d’autres corps de femmes exposés lors d’autres performances (et l’on repense au corps exposé de la comtesse de Castiglione dans L’Exposition) –, le livre met à nouveau en scène la mère de l’auteure selon le dispositif institué dans le deuxième récit. Cette mère demande avec insistance à sa fille de réparer son histoire (le procès qui l’a détruite) en exposant l’injustice de son divorce (son ex-mari, après l’avoir quittée pour l’autre femme, a réussi à faire prononcer leur divorce à ses torts exclusifs, à elle, l’épouse abandonnée). Cette mère dit à sa fille : « Tu peux agir pour moi, tu peux parler pour moi, tu peux, elle déglutit, me défendre et même me venger. »

Bonté, sacrifice, innocence… Malgré les efforts de sa mère pour la détourner de son projet, l’auteure/narratrice poursuit sa quête. « Elle l’a bien cherché votre artiste », commentent les amies de la mère que l’écriture met en scène comme les voix d’un chœur de tragédie. Mais l’artiste voulait porter un message de paix, elle monterait dans toutes les voitures qui s’arrêteraient, elle miserait sur la confiance… Et, tandis que la mère n’arrête pas d’essayer de détourner sa fille de Pippa Bacca : « Ce n’est pas son intention qui m’intéresse […] c’est qu’elle ait voulu par son voyage réparer quelque chose de démesuré et qu’elle n’y soit pas parvenue. »

Transformer
    « J’observe ma mère, je la vois venir avec son petit visage suppliant et son navrant dessein, je nous vois, elle et moi, rusant, tapies dans les hautes herbes de la circonspection, elle dans la demande et moi dans l’esquive ».

Dans La robe blanche, Nathalie Léger introduit une narratrice qui lui permet de se décrire aux prises avec la demande de sa mère. Elle trouve toutes sortes d’arguments pour refuser de répondre à la demande maternelle et donner à voir l’envahissement de son espace psychique. « Il faut continuer », insiste la mère, « le plus difficile reste à faire […]. Alors je crie que je ne veux pas, que j’ai déjà écrit, que je n’ai cessé dans mes livres de parler d’elle, que ça suffit […], je crie qu’il faut qu’elle se rhabille, qu’on ne va pas comme ça dans la cuisine avec sa robe de mariée. »

Car la mère, pour détourner sa fille de Pippa Bacca, a extirpé sa propre robe de mariée du fond de sa garde-robe et s’en est revêtue, annonçant qu’elle veut être enterrée avec.

Où est-ce qu’on se place pour regarder, qu’est-ce qu’on raconte, comment le raconter ? C’est l’une des questions dont débattent la mère et la narratrice dans ces dialogues qui font monter les voix des deux femmes et entendre leurs affrontements. La voix de la narratrice permet à l’auteure de se déplacer, de jouer avec la demande, de trouver le malheur de la mère cocasse, la cruauté du père banale… Ainsi la narratrice introduit-elle un écart, entre l’auteure et sa mère, qui permettra cet aveu : « Je n’ai pas toujours aimé ma mère. Elle était du côté des perdants et j’étais écœurée de son petit mouchoir toujours humide […]. Cette femme trop gentille, incapable de se protéger de la plus banale cruauté, incapable de se dresser, incapable d’autre chose que pleurer, cette femme, je ne l’ai jamais aidée, je ne l’ai pas défendue. »

Après cet aveu, l’enjeu de l’écriture se déplace. Il s’agira moins de venger la mère (les filles peuvent-elles venger leur mère ?), moins de tenter un geste démesuré de réparation comme celui de la généreuse et fantaisiste Pippa Bacca, que de transformer la demande en œuvre. Non pas raconter l’histoire comme le demande la mère, mais observer ce qui a été vécu et le décrire depuis le point de vue décalé de la narratrice.

    « Il est dans la salle à manger, il crie encore, il claque la porte, il démarre en trombe. Tu pleures. Tu pars plusieurs jours à l’hôpital. Tu reviens. Tu pleures. Il rentre à la maison, dès la porte il appelle, ohoh, c’est un cri de ralliement, on dirait qu’il a changé, on dirait qu’il nous aime, on dirait qu’il revient pour toujours. Il casse des objets, il casse des meubles, il part. Il revient, triomphant. Tu es là. C’est une définition de la conjugalité. À la même place, il le savait. »

Décrire. La robe blanche s’ouvre sur la description somptueuse de la tapisserie qui trônait au-dessus de la table de la salle à manger familiale, L’assassinat de la dame, inspirée d’un tableau de Boticelli réalisé pour répondre à la commande… d’un cadeau nuptial ! Je vous laisse découvrir, si je suis parvenue à vous donner le désir de découvrir l’œuvre de Nathalie Léger (ce que je souhaite ardemment) la façon dont sont ainsi tissés, dès le deuxième fragment, le mariage (le cadeau nuptial) et le meurtre de la femme. Dès cette première image, surgit un pauvre lambeau de la robe de la dame qu’on assassine sur la tapisserie qui trône au-dessus des repas familiaux ; lambeau qu’on retrouvera plus tard, d’une autre robe (« usée, salie, bousillée par le voyage, abreuvée d’expériences »), la robe de Pippa Bacca, qu’on découvre après son assassinat au commissariat d’Istanbul, « posée au sol sur des feuilles de papier journal, démantibulée comme un insecte mort. »

Décrire. Écouter comment le chant de la rivière fait vivre les images – les photos de la comtesse de Castiglione, les scènes du film Wanda, les corps exposés de jeunes artistes dans leur geste de performance, les photos de la mère, enfant, ployant sous le poids du corps souverain de sa mère… Garder à l’oreille le chant de la rivière et, dans l’humble et persistant effort de la description, dans le patient assemblage des fragments, assister à l’émergence de la figure redoutée du malheur maternel… Mais rester dans l’attention au chant, aux mots, aux phrases ; dans la précision de l’image, dans la tonalité de la voix de la narratrice, dans le vivant de chaque fragment.

Décrire le malheur ordinaire, l’ordinaire brutalité des familles et de la conjugalité. On retrouve les thèmes qui traversaient le livre précédent, on retrouve l’esprit de la démarche artistique de Barbara Loden : Réparer les douleurs, traiter l’humiliation, traiter la peur. On reconnaît aussi la démarche de Pippa Bacca et sa tentative éperdue de réparer les drames de la guerre en portant sur les routes un message de paix.

Décrire, déplacer, transformer. Il aura fallu beaucoup de recherches, de questions, de déplacements pour approcher ce qui demandait à émerger dans ces textes. Nathalie Léger savait-elle, lorsqu’elle fit apparaître les larmes de sa mère dans le premier livre, où la mènerait le chant de la rivière ?

    « Tu as écrit pour moi », dit à la fin du livre la voix de la mère, [tu as redonné] « par les mots qui manquaient, par les mots interdits, ma voix vivante, tu as posé des phrases comme une poignée de cailloux sur l’autre plateau de la balance, tu as gravé, dans la pauvreté de la chose dite, un petit mémorial de mots, tu l’as fait, à ta manière, tu l’as fait. »

Claire Lecœur
Passeuse et formatrice
Janvier 2021

Cet article est paru dans un recueil collectif autour des processus de la création : L’acte de création, paru chez L’Harmattan, collection Psychanalyse et lien social, 2021.
Cette collection est dirigée par Joseph Rouzel.

Voir :
L’Exposition
Supplément à la vie de Barbara Loden
La Robe blanche