Faire naître une histoire

Vous aimez lire, écrire, jouer ?

Vous aimez les histoires et l’imagination, vous écrivez des textes brefs, vous aimeriez entrer dans l’aventure d’un récit long ?

— J’ai des tas de débuts d’histoires dans mes tiroirs… mais comment aller plus loin ?
— J’ai envie d’écrire, mais quoi ? Autobio ? Fiction ? Et surtout : comment accrocher les lecteurs ?
— Je n’ai pas d’imagination ! J’ai bien un vague projet, mais comment le mettre en œuvre ? Il doit bien y avoir des astuces, des trucs à savoir, une méthode ?
— J’aime écrire, c’est un rêve de jeunesse, mais je ne suis pas assez assidu.
— Des tas de personnages se bousculent dans ma tête, mais dans quelle histoire puis-je les faire évoluer ?
— Écrire, c’est toujours très cahotique pour moi… Dès qu’il s’agit d’écrire long, je rencontre des tas de dilemmes, je m’y perds…
— J’ai des tas d’idées, mais je ne sais pas comment les mettre en œuvre. J’ai besoin d’être aidé.
— J’ai bien une idée d’histoire, et quelques péripéties en tête, mais comment organiser tout ça ?
— Comment mon personnage arrivera-t-il où j’ai envie de le conduire ? J’ai besoin d’être orientée et stimulée.
— J’ai déjà publié des écrits universitaires, j’ai envie d’écrire autrement.
— Chaque fois que j’ai commencé un roman, je me suis arrêté aux deux-tiers… Je me lasse. J’aimerais arriver au bout cette fois.
— Seule, je n’y arrive pas, j’ai besoin qu’on m’aide à avancer.

Cheminer dans la fiction. Entrer pas à pas dans son histoire, dans le concret de la fabrication de l’histoire qu’on va raconter. Trouver un fil conducteur, imaginer et déployer une intrigue, incarner un personnage — lui donner de la profondeur, le dynamiser avec une quête, le faire avancer dans l’histoire… Esquisser les premières péripéties, se demander comment fonctionne une scène…

Frayer, ce faisant, son propre chemin parmi le foisonnement des univers qui naissent et se développent dans l’atelier. Faire entendre sa singularité, son imagination propre, en donnant forme à l’histoire qu’on est seul.e à pouvoir raconter.

Accepter de ne pas savoir ce qui s’écrira avant d’écrire. Accompagner la mise en mouvement de l’histoire, prendre goût au pas à pas de l’écriture, au pas à pas de l’imagination.

Continuer, malgré le sentiment que ça ne va pas. Aller plus loin : avec les propositions, avec l’écriture, avec les autres. Être porté.e par un groupe, par l’élan donné dans l’atelier.

L’atelier peut être suivi par e-mail. Il vous invite à transformer une idée de départ en projet concret ; à donner forme à l’intrigue qui soutiendra votre récit ; à créer des personnages en lien avec le thème que vous aurez choisi ; à choisir la forme de narration qui servira votre projet ; à trouver, enfin, comment donner force et conviction à votre histoire.

Ensuite, si vous avez pris goût à l’aventure de l’atelier, si vous désirez avancer dans votre récit, si vous avez mesuré l’importance d’être soutenu.e pour construire votre histoire, il sera possible de la poursuivre dans l’Atelier Chantiers.

Et peut-être, plus tard, direz-vous, comme d’autres avant vous, qu’un truc important s’est mis en marche. « Plus on avance, plus on a de points d’appui dans notre histoire, plus on se projette loin… mais plus on avance et plus la matière à charrier devient dense, foisonnante, risque de s’éparpiller ; on perçoit mieux combien il est compliqué de la raconter. »

Imaginer, raconter, construire. C’est l’aventure, et le travail, auxquels vous invite cet atelier.


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Un truc important s’est mis en marche,

j’habite l’histoire que je veux raconter.

Deux ans maintenant que nous travaillions ensemble, avec Carine et Dominique, à prendre soin de leurs romans en cours, tous deux nés en juillet 2016 à l’occasion d’un atelier sur cinq jours, Commencer un récit long.

L’une vivant loin de France, l’autre ne parvenant pas à se dégager pour participer régulièrement à un atelier — l’une et l’autre sachant faire des retours bienveillants et constructifs sur un texte en cours –, je leur ai proposé une formule par e-mail de l’atelier Chantiers.

Proposition après proposition, texte après texte, retour après retour, nous voilà parvenues au terme d’une aventure portée par la belle énergie de partage qui a irrigué la progression des deux romans pendant deux ans. J’étais heureuse, et fière, d’accompagner ces avancées et de recevoir chaque mois des textes plus mûrs, plus aboutis dans leur propos.

« Plus on avance, plus on a de points d’appui dans notre histoire, plus on se projette loin… mais plus on avance et plus la matière à charrier devient dense, foisonnante, risque de s’éparpiller ; on perçoit mieux combien il est compliqué de la raconter. »

On se donnait de temps à autre des nouvelles, comment l’une et l’autre ressentaient l’avancée de leur travail, on faisait le point. L’une parlait de « la richesse, la profondeur et, aussi, l’aspect vertigineux du chantier ». L’autre soulignait l’importance des retours – « des retours fondateurs, qui débloquent des situations, ouvrent de nouvelles portes, pistes, voies… qui permettent de prendre du recul par rapport aux difficultés rencontrées. »

« Écrire est un boulot solitaire. Avoir quelqu’un qui croit en vous fait une sacrée différence », dit Stephen King dans Écriture, mémoires d’un métier.

Deux imaginations fécondes, des personnages vivants et complexes, des intrigues en progression rapide, deux façons différentes de creuser et développer l’histoire en cours… J’avais la chance que les romans de Carine et de Dominique me plaisent, vraiment. Oui, j’y croyais en leur histoire, comme dit Stephen King. Je le leur ai dit, et redit, et j’ai vu les intrigues se déployer. Or, voir avancer les textes est l’essence du bonheur qui naît au cœur de mon métier.

***

Entre le versant artisanal et le bouillonnement intérieur

« Spontanément, s’il fallait ne garder qu’une idée principale de cet atelier, je retiendrais, comme il y a deux ans, l’accès à son espace d’écriture singulier : agrandir l’espace d’écriture, abattre les murs, repousser les frontières — l’atelier comme amplificateur géant du bouillonnement intérieur.

Mais l’atelier Chantiers est bien plus que ces cloisons qui tombent comme des dominos en chaines en dévoilant des paysages fantastiques, des plaines sans fin d’imaginaires, de personnages ou de situations. L’atelier c’est un travail artisanal, avec des techniques et des méthodes : on y apprend à tendre l’histoire, à la rythmer, à lui trouver une voix et un ton, à caractériser les personnages, voire à les rendre attachants. La technique n’est jamais creuse, elle s’appuie sur un grand nombre de textes, mais aussi sur le bouillonnement de la marmite intérieure et sur la trame de son chantier personnel qui se dévoile concurremment.

L’atelier c’est donc ce travail d’itérations permanentes entre le versant artisanal et le bouillonnement intérieur. L’artisanat empoigne ce bouillonnement, le travaille pour le façonner peu à peu en une charpente organisée, structurée, cohérente. L’atelier permet ainsi de nourrir et de laisser croître son travail, de le cerner progressivement et méthodiquement comme les cernes de l’arbre qui se dilatent du cœur à sa périphérie.

Mais l’atelier ne se résume pas à la rencontre d’un bouillonnement intérieur et d’un centre de ressources techniques. Sa valeur réside dans la pertinence de l’accompagnement : proposer le bon outil au bon moment, donner aux éléments de la marmite intérieure la possibilité de croître grâce à une progression distillée de façon organisée, respecter la singularité de chacune dans les retours. L’accompagnement est pensé graduellement et réalisé avec bienveillance.

La plongée dans la construction du travail de l’autre est également constitutive de cet accompagnement : l’admiration devant les avancées constatées sur les textes de Dominique à chaque nouvelle proposition, la perception d’un chantier qui prend corps sous mes yeux, tout cela favorise un travail réflexif et créé une dynamique fructueuse.

Pour un bilan final je ne peux pas dire autrement que ce que j’en avais dit à mi-parcours de cette deuxième année : « … C’est ça la grande force de ton accompagnement : nous faire éprouver ce vertige face à l’infinie complexité d’écrire une histoire, nous outiller techniquement, nous accompagner grâce à ces pitons dont on sait qu’on les trouvera sur n’importe laquelle des voies que l’on choisira, en bref nous donner les moyens de donner une vraie place à l’écriture dans notre vie. »

Voilà. Beaucoup a été fait et il reste beaucoup encore à faire pour terminer, mais maintenant j’en sais beaucoup plus. »
Carine

***

Conscience du matériau, modelage, taille et retaille

« La métaphore première du stage d’origine, là où l’idée est née, était celle d’icebergs qui évoluaient lentement dans des eaux communes à d’autres participants, quelque chose comme un ballet des glaces en transformation continue.

Dans cette deuxième année de projet partagé, pour reprendre la métaphore des glaces, les icebergs ont gagné en taille, forci à l’extérieur tout en ne perdant rien de leur puissance immergée. Chacune est partie davantage dans son projet personnel, avec les propositions pour balises.

Pour ma part, je dirais que, selon les propositions, je les ai parfois prises à bras le corps et, à d’autres occasions, je leur ai tourné autour, tout en gardant un œil sur leur nord depuis mon GPS intuitif. Régulièrement, quelque chose s’est écrit, dans une catégorie brute ou déjà transformée, avec conscience du matériau, modelage, taille et retaille.

À l’ombre de l’arc transformationnel du personnage et du climax de l’histoire, intrigue et sous-intrigues sont nées, se sont développées. La vitesse narrative n’étant pas la vitesse d’écriture, il a fallu la prendre en compte tout en incluant la place du silence dans cette écriture, la compression de certaines perceptions, sans oublier les soubassements de la voix et toutes sortes de propositions techniques et littéraires qui entraînent l’acte d’écrire et l’envie d’approfondir, de continuer.

À l’arrivée, il y a un matériau à retravailler de cent soixante pages, moi qui pensais n’en avoir écrit qu’une bonne cinquantaine. Il y a une ossature qui permet au projet de tenir debout même si manque de la chair par-ci par-là, et un travail de musculation, d’entraînement, requis à certains endroits pour que le corps soit solide, élancé et que sa vitalité liquide en partie les doutes de l’auteur. Il y a des personnages qui s’expriment parfois sans mon accord, désireux de vivre leur vie puisqu’on leur a donné naissance et qui n’ont pas envie de trop s’attarder dans la salle d’attente de la fiction, trépignant comme des enfants qui partent en vacances : À quelle heure on arrive ? Sacrée responsabilité pour l’auteur…

À l’arrivée, prime la sensation d’avoir profité d’un réel accompagnement. Merci, Claire, pour cette présence soutenue même si à la distance du mail, pour ce regard constant. Je dois ajouter un grand merci à toi, Carine, pour tes retours et tes textes. »
Dominique

Philippe Decouflé, Paris, 2012

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Commencer un récit long

Commencer, peut-être : mais quelle histoire choisir ? Avec quels personnages et comment tiendront-ils la route ? Qui racontera l’histoire ?

    « Je découvrais le pouvoir de ma voix et cela me rendait terriblement humble, et reconnaissant. » Patrick Autréaux, La voix écrite
Te convaincre de participer à l’atelier ?

« – te dire que l’objectif de l’atelier est de raconter des fadaises, des balivernes, des salades, des gourmandises, bref des histoires ;
– te dire qu’une fois ces histoires bien engagées, on rentre dans l’aventure qui prend les tripes et le cerveau, si bien qu’à la fin d’une journée, en passant la porte de l’atelier, on se retrouve non pas dans la rue mais sous un ciel dégagé à l’heure de la rosée, dans une grande plaine couverte d’herbe à bison ;
– t’avouer, du coup, qu’il te sera quand même difficile de retrouver le métro, le bus ou le Vélib’ par lequel tu es venu, une fois fini l’atelier. »
Valentine

fictions 2« Promesse de chaufferie d’imagination remplie à 1000 % !

Des exercices divers et variés nous prennent par surprise et font jaillir des textes étonnants. L’atelier pourrait s’appeler « l’écriture est un jeu d’enfant », mais ne vous y trompez pas : l’aspect ludique du travail n’est certainement pas innocent et encore moins inoffensif. Il provoque un volcan d’émotions et d’idées qui se concrétisent par un début de roman pour certaines, de grandes révélations pour d’autres.
Avec Gratitude »
Ludmilla

« Je suis sortie de ces 4 jours d’atelier en ayant donné corps à un projet d’écriture que je portais depuis longtemps.

Aujourd’hui je tiens des personnages de fiction et un début de fil narratif et je tiens à ce fil, ce n’est pas n’importe quel fil, c’est le mien, Claire m’a aidé à le reconnaître au milieu de multiples autres. »
Marion

« Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

Tu arrives, somme toute assez optimiste, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie.
Puis rapidement tu es bousculée. Hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude. Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. Et à nouveau, ta posture change. VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée. »
Carine.

fictions 3

« C’est en cours

Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.
C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours.
Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent. »
Dominique

« L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. Mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Je me sens installée dans mon roman, plus que dans un commencement de roman. »
B.

« Donner un cadre à l’écriture

Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi.  Le premier jour, quel moment de panique ! J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. La difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. »
PHD

« Une parenthèse enchantée

Jour 5. La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée. »
Anne-Sophie

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Chacune, entrée dans un roman…

Oui, après cinq jours d’atelier, chacune était entrée dans l’écriture d’un roman.

6 personnes rassemblées autour du titre « Fictions / Commencer un roman » et, comme dans chaque atelier : des attentes, des expériences et relations avec l’écriture si différentes… Il faudrait plonger, chacune à sa façon, dans la littérature et l’imagination ; ouvrir la porte sur l’espace où l’on trouve comment donner forme à ses propres fictions.

J’ai beaucoup inventé, pendant cette semaine, les chemins qui permettraient que chacune s’approprie le cadre d’écriture et de recherche que je proposais. J’ai été émue de voir chacune traverser, à son rythme, ses craintes et difficultés pour construire. L’émotion m’a menée au bord des larmes ce dernier jour, 15 juillet 2016, quand nous venions d’apprendre l’atroce tuerie de Nice, quand j’ai assisté au regain d’invention qui répondit à ma dernière invitation à écrire — à lancer les personnages des romans en cours contre les obstacles dressés sur le chemin de leur quête.

J’ai énoncé cette invitation, ce matin-là, contre les histoires horribles produites par des hommes assujettis au besoin de détruire, avec la conviction que nous n’avons que les mots, nous, humains, pour construire des digues contre les folies du monde — qu’écrire contribue à cette lutte.

Après cette traversée-là, après que les histoires qu’on invente aient dressé leurs digues de papier contre la folie agissante, après, j’ai demandé aux six femmes qui composaient le groupe de raconter leur traversée de l’atelier.
Voici.

Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

Tu t’inscris à l’atelier Commencer un roman avec Claire. Tu amènes les quelques personnages auxquels tu as déjà pensé, ou que tu as déjà ébauchés, mais là, ils sont vraiment en pièces détachées. Tu as bien sûr des idées sur leur trajectoire, leurs marottes, leurs contours. Mais en kaléidoscope. C’est très confus tout ça. Tu as aussi des questions qui te portent, et des contextes que tu connais, alors tu sais que par facilité, tu vas t’y accrocher. Donc, tu arrives, somme toute assez optimiste, avec tout ça dans tes bagages, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie.

Puis rapidement tu es bousculée. Nouvelle consigne, quelques points de technique, une certaine façon d’interroger le monde, d’articuler tes questions, et hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile que ça. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude, stylo au chômage, panique, tu penses qu’il faudra bien le lire, ce texte, alors il faut que ça vienne, il faut que tu débloques. Tu écris bien quelque chose, mais tu n’y crois pas. Si tu te décourages facilement, alors là c’est le moment, vas-y ! Puis en lisant ton texte, finalement tu te rends compte que tu as écrit, c’est quelque chose de réel, concret, puisque tu peux le lire. Ça existe déjà. Avec les retours, c’est une grande bouffée d’horizon. Les éléments commencent à se répondre les uns les autres, toi aussi tu vois des cohérences, des correspondances. C’est marrant, tout ça tu ne le savais pas. Tu te demandes même qui a bien pu écrire ce texte.

Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM, c’est l’inattendu ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Première étape. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. Et à nouveau, ta posture change. Grâce aux cinq autres voix qui tracent des univers et des destins singuliers, grâce aux points de techniques, grâces aux comment ils ont fait les autres, et aussi qu’est qu’ils en disent ceux qui ont l’habitude régulièrement injectés par Claire, et à ses fameux retours, VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée.

C’est ainsi qu’après ces 5 jours, tu as avancé par bonds saccadés, tu es heureuse d’avoir écrit quelque chose, d’avoir dépassé certaines difficultés, perçu de nombreuses autres difficultés, trouvé un fil directeur, mis un peu de chair sur tes personnages…
Carine.

fictions 3
C’est en cours

Voir un monde de glace avec des icebergs qui flottent, qui dérivent. Oublions que la glace est froide. Oublions qu’elle est glace. Seuls les icebergs intéressent.

Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.

C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours.

Et il y a tous les icebergs d’autres couleurs qui proviennent d’autres masses incommensurables de glace et dont la fonction est aussi de flotter et de dériver. À la fin, ça fait beaucoup de monde. Mais les eaux sont vastes et il n’y a pas de collision. Sans doute que se détacher, puis s’assembler, dans un ordre que personne ne connaît, ça donne un air de vertige et des traces de fatigue. Mais l’eau est là pour laver la fatigue.

Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent.
Dominique M.

fiction 5
L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

Je suis venue à l’atelier « Commencer un roman » sans sujet de roman et je me demandais bien si j’en trouverais un. Toutes les propositions d’écriture faites par Claire m’ont convenu. Je les accueillais comme un nouvel appui pouvant relancer mes idées et les intégrais au fur et à mesure de leur surgissement dans mon texte. Elles semblaient faites pour toutes les compagnes de l’atelier. Bien sûr, la bonne inspiration n’était pas forcément la première venue, mais nous avions suffisamment de temps. J’essayais de capter le maximum de données, ce qui demande une attention soutenue étant donnée la richesse des interventions et des commentaires de Claire, les textes d’auteurs et les écrits de théorie fournis par elle, et les retours des écrivantes. Elles enrobaient d’un halo bienveillant mon texte jeté sur le papier, livré brut et non relu : elles lui ont offert le cocon.

L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique. N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. Je me suis sentie très stimulée par la dynamique à l’œuvre dans l’atelier.

Ce que je craignais d’un débordement possible par toutes sortes de personnages n’est pas arrivé : mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, en nombre limité, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Pas de débordement mais un épais mur à la fin de la troisième journée, et je me suis dit que je ne parviendrais pas à aller plus loin. J’ai tout de même répondu à la proposition de Claire. Il s’agissait de récapituler le personnage et de penser au suspens que je souhaitais créer. Me demander quelle scène pourrait être intéressante m’a fait aller au-delà de mon mur, en partant dans une narration que j’ai qualifiée de déraisonnable et de rocambolesque, comme si j’avais vécu une effraction de mon mental frisant la folie. Sans savoir ce que j’avais écrit, Claire, toujours rassurante, a lancé : « c’est cela, l’imagination ! » Je retombais, en quelque sorte, sur mes pieds. J’ai compris, à ce moment-là, que l’impasse peut être dépassée en se donnant le temps, en n’abandonnant pas la partie.

Comment chercher est la grande affaire, et j’ai compris une deuxième chose lorsqu’il s’est agi d’intégrer ce qui est venu nous percuter de l’extérieur : quelques reproductions de peintures ou des photos que nous avons choisies parmi une grande quantité de cartes postales et une autre, dénommée « l’inattendu », censée se dresser contre le besoin central du personnage. Chaque carte nous a permis d’écrire un texte adapté à notre projet de roman en lui donnant une orientation surprenante. Faire confiance au hasard des rencontres pour s’en servir dans l’écriture est aussi ce que j’ai appris. Nous nous sommes approprié au mieux les cartes de Claire, et ce fut plus un jeu qu’une contrainte.

Les deux jours suivants, mon mental s’est un peu relâché. Ce que j’entendais me semblait constituer un soubassement de mots porteurs pour la création des textes – bien que ma capacité d’absorption ne tienne pas avec la même intensité au fil du temps. A tel point que, lors des deux dernières soirées passées chez moi, je n’avais nulle envie de faire quoi que soit ni de penser. Seulement rester seule et vivre l’état de quiétude où je me trouvais. La sensation d’avoir beaucoup reçu…

Je me sens installée dans mon roman, plus que dans un commencement de roman, et je suis consciente de tout le travail nécessaire pour l’élagage de certains passages, l’invention de nouveaux textes pour lier les différentes scènes, la mise en ordre générale et la réécriture.

L’atmosphère de cette semaine au contenu si riche a beaucoup compté. Je m’y suis sentie bien grâce à la passion, l’attention et la compétence de Claire et l’esprit amical de mes compagnes qui ont produit des textes très intéressants, sur des thèmes leur tenant à cœur. Je suis contente d’avoir assisté à la progression de leur roman. Quelle somme de travail en cinq jours ! Et quel plaisir…

B.

fiction
Donner un cadre à l’écriture

Depuis longtemps, je désirais écrire dans un autre style que celui que j’avais adopté pour des articles ou des publications ayant trait à l’Histoire, mais je ne me décidais jamais. Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi. Mais qui ne tente rien, n’obtient que peu de choses !

Le premier jour, je fus en grande difficulté, quel moment de panique ! C’est là que le groupe est important et je me suis sentie soutenue tant par les commentaires positifs de Claire que par l’écoute et les prises de paroles des six participantes, ce tout au long des cinq jours que durait l’atelier. Puis, les jours suivants, Claire nous a lu des textes d’auteurs sur l’art d’écrire. Certains m’ont semblé un peu difficiles à comprendre, d’autres m’ont beaucoup éclairée. J’ai aussi découvert des technique d’écriture : le personnage central et sa caractérisation, le contexte, ses objectifs et les obstacles à ses objectifs… Cette structuration d’un roman m’a quelque peu rassurée. C’était donner un cadre à l’écriture.

Au fil des jours, j’ai travaillé sur un possible roman sur la jeunesse de Catherine de Médicis dans le but de donner d’elle une vision plus humaine. Malheureusement, je ne voyais pas comment j’allais faire preuve d’imagination. L’histoire avec un grand H était écrite et je ne pouvais rien y changer. J’enviais mes compagnes d’avoir opté pour un sujet qui laissait une grande place à leur imagination. Mais, par étapes, j’ai pu me rendre compte qu’un roman ne nécessite pas de « coller à la réalité », qu’elle soit historique ou scientifique. Ce me fut très difficile de rentrer dans ce jeu mais en même temps, je ressentais qu’il était essentiel.

J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! Et pourtant, quand Claire disait : « Vous avez une heure et demi », j’étais dans une panique indicible ! Mais, les jours passant, la crainte disparaissait – peut-être ai-je fait confiance à la main qui court sur le papier ? Une idée s’enchaînait avec une autre et souvent j’aurais finalement voulu plus de temps pour aller plus loin dans l’histoire…

Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. Une chose est certaine : tout cela n’est possible que grâce au travail exceptionnel de Claire et à son professionnalisme, avec une bienveillance toujours présente. Avec ses commentaires, ses questions, les portes s’ouvrent ; la difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. Claire transmet au groupe sa passion pour l’écriture et enrichit les participants par sa compétence.

En résumé, ce furent cinq jours un peu en-dehors du temps, avec beaucoup d’émotion, de découvertes, d’enrichissement ! Ce fut un vrai plaisir !
PHD

fictions 7Une parenthèse enchantée

Jour 1
Qu’il est difficile de se départir d’habitudes acquises ! Pour moi, une consigne était une consigne : il fallait la suivre à la lettre. J’ai ainsi scrupuleusement vérifié que mon premier texte répondait à la sacro-sainte consigne donnée par Claire. Las, quelle ne fut pas ma gêne de découvrir la grande liberté qu’avaient prise mes petites camarades d’atelier ! Leurs textes virevoltaient dans les airs, tandis que le mien restait assis sagement, bêtement, à côté de mon stylo. Ce fut une révélation et le premier enseignement de cet atelier : « ceci n’est pas une consigne », comme aurait pu dire Magritte, mais une proposition, un coup de pouce pour l’imaginaire s’il s’avérait défaillant.

Jour 2
Grisée par ce vent nouveau que j’autorisais à souffler sous ma plume, mon deuxième texte fut plus inspiré. Et surtout, il m’a permis de renouer avec le plaisir de l’écriture, une écriture différente de celle que je pratique au quotidien, plus légère, moins formatée, échappant à toute consigne et calibrage de caractères. La liberté, la vraie, quelle jouissance ! Mon premier personnage naissait sous mes yeux, il avait un corps, une âme, un environnement temporel et géographique, je jouais le rôle extraordinaire d’une sage-femme.

Jour 3
Mise en confiance par Claire et mes sympathiques compagnes d’écriture, j’abordais mon troisième texte avec une assurance nouvelle. Je fus un peu moins satisfaite du résultat, même si j’étais heureuse d’avoir donné vie à mon deuxième personnage. J’appréhendais la façon d’enchaîner sur ce qui devenait une histoire d’amour : comment ne pas tomber dans la mièvrerie ? Je butais devant mon premier obstacle d’apprentie romancière.

Jour 4
Ce fut une journée un peu difficile, sans doute parce j’étais fatiguée, plus paresseuse. Partie pour un roman, l’un de mes deux héros mourait brutalement, voilà, l’affaire était réglée : emballé, c’est pesé ! Mais Claire, toujours sagace, n’a pas vu les choses de cet œil-là ; je ne l’ai pas sentie très convaincue par mon intrigue éclair et ma conclusion choc. J’ai réalisé que c’était en effet un peu court, un peu léger, et somme toute un peu décevant. Sans doute la peur de me lancer dans un roman, un vrai, « une résistance » comme me l’a suggéré Carine…

Jour 5
La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée.

Après cette semaine intense, la question pour chacune est : « Et après ? Saurai-je trouver l’inspiration et me donner le temps pour faire grandir ce projet ? Saurai-je accoucher un jour d’un manuscrit complet ? » La suite au prochain numéro… En attendant, merci à toutes et à chacune pour la grande bienveillance rencontrée au cours de cet atelier. Ce fut, comme a dit Dominique, une « parenthèse enchantée » !
Anne-Sophie

fictions 2

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Un atelier roman sur l’année

Il s’agissait de s’engager dans l’écriture d’un récit, ou d’un roman, sur l’année.

L’atelier, centré sur le travail de la narration, s’inspirait du creative writing workshop américain. Le dispositif était sensiblement différent de celui des autres ateliers : chacun écrivait entre les séances à partir des propositions données en fin d’atelier, et lisait les textes envoyés par les autres. Nous parlions des textes pendant les séances. Ce dispositif donne toute sa place à l’accompagnement des chantiers de chacun par leur lecture approfondie dans l’atelier.

Comme dans chaque atelier, nous avons pris soin des textes avec bienveillance et respect — avec l’exigence qui permet d’entrer dans le travail littéraire, aussi. Notre travail est ici décrit par celles qui l’ont investi sur la durée. Quelle belle diversité !

« Septembre, mardi 22. Neuf autour d’une table.

Je déballe ma salade. Un gamin étrange traîne sa peau dans un bled perdu au milieu de nulle part. L’arrivée d’une fête foraine et d’un gars louche, va redistribuer les cartes du jeu.

J’ai choisi cette histoire en me disant qu’elle ne m’embarquerait pas dans un récit impossible ou en tout cas trop difficile à traiter pour moi pour l’instant. Ce sujet a l’avantage aussi de ne pas nécessiter un gros travail de recherche demandant du temps. Enfin, raison plus mystérieuse, le gamin s’est battu férocement avec d’autres personnages et d’autres histoires pour avoir la première place. Il a insisté et me dit sans cesse : « Je suis là. »

Les mois filent et l’atelier se déplie : nous voilà caractérisant des personnages, des lieux, des époques, des langues, des narrations. Qui parle ? Qui fait quoi ? Où ? Comment et pourquoi ? Réponses et nouvelles questions se mêlent : Ne peut-on pas dire… J’aimerais que… Je voudrais… Tu crois que… Tu pourrais… « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. » J’aime ça.

Nous tenons aussi un journal de la création. Dans le mien, tout se mélange assez rapidement : des idées sur mon histoire, des choses sur ma vie personnelle, des recherches, des phrases entendues ici et là et, bien sûr, de grandes citations : « En essayant continuellement, on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche. » Les Shadoks.

Entre l’écriture de mon histoire, le journal de la création et les travaux de recherche, tout commence à se relancer et à se nourrir naturellement, ce qui met en veilleuse la petite voix intérieure qui dit : « À quoi bon…, pour quoi faire…, tu vois bien que ça marche pas…, ton récit il avance pas…, tu n’y arriveras jamais… Ha, ha, ha ! »

Avec l’atelier, je ressens de plus en plus que l’écriture se travaille comme une matière physique, palpable, une sorte de terre glaise. Les mots sont heureux, changeants, fuyants, mats, huileux, brillants, glissants, rêches, triomphants, déconfits, mais surtout vivants. Il devient donc plus facile d’avancer dans le travail, car ce qui se construit peut aussi se déconstruire, se reconstruire.

Mai, mardi 31. Quatre autour d’une table.
Certains ont quitté l’aventure. Pas grave, à quatre, on a bien avancé. Le navire est arrivé à bon port. Mon chantier a pris forme et un certain nombre d’éléments piliers ont été posés grâce à l’atelier, ce sont comme des balises pour cheminer dans le travail : le narrateur et personnage principal a sa propre langue ; l’histoire est découpée en chapitres ; le premier jet des trois premiers chapitres a été écrit ; l’envie de continuer est forte et bien installée. Je suis contente d’avoir choisi cette histoire et je sais maintenant que je peux écrire plus.

Enfin, il va sûrement se passer des choses dans l’après-coup : les récits, les doutes, les avancées, les phrases et les mots des uns et des autres reviendront certainement dans des moments d’élaboration d’une histoire et d’écriture.

Le gamin continue à me dire : « Je suis là ! »
Merci l’atelier ! »
V.R.-P.

« Mon expérience à l’atelier Roman

Venant du scénario (art mineur de l’écriture car comme chacun sait, un scénario n’est que la trame d’un film et à la fin du tournage il finit à la poubelle), je suis arrivée à l’atelier avec une réelle envie d’écrire un roman et un fort sentiment d’imposture.  J’ai choisi de développer une histoire que j’avais d’abord pensée en scénario, il fallait donc l’aborder autrement mais je ne savais pas comment.

Les premières séances étaient une épreuve pour moi quand il fallait lire à haute voix ses textes, mais ça s’est avéré positif. On travaille mieux ses phrases, on a un retour direct, on prend mieux la mesure de l’impact de ce qu’on a écrit.
Les différents exercices comme les fiches de personnages, les scènes précises à écrire (scènes mettant en situation les personnages, description d’un décor important dans le récit, etc…) que j’ai fait dans un premier temps comme des devoirs obligés, m’ont en fait permis de me poser les bonnes questions sur mon récit, d’approfondir des aspects que je n’avais fait qu’effleurer.

Petit à petit, le roman s’est précisé.
Et surtout m’est apparu la différence entre le roman et le scénario, l’atelier me donnant des clefs pour aborder le travail différemment. Beaucoup de détails du récit ne sont pas du fait du scénariste, ils dépendent du travail des comédiens, des techniciens, du réalisateur, mais dans le roman l’auteur est le seul maître d’œuvre.
Ma crainte de départ était, voyant tous les détails qu’il fallait intégrer dans le récit, de me noyer dans des descriptions et des explications. C’est là que le travail en groupe, les retours au fur et à mesure sont très utiles. On se rend compte de ce que les gens comprennent ou pas, de ce qui leur manque.

Petit à petit, j’ai gagné de la confiance, dans mon histoire, dans mon écriture romanesque. L’ambiance de cet atelier a été plusieurs fois perturbée mais je m’y suis toujours sentie en confiance, ce qui m’a permis de livrer des textes sans m’auto-censurer et de définir peu à peu le ton du récit, en le corrigeant grâce aux différents retours.

A la fin des 15 séances, j’ai suffisamment de matière pour écrire mon roman. La structure, les personnages et le ton sont en place.
Le fait d’avoir des rendez-vous réguliers et une discipline imposée par le respect du travail de groupe, permet d’avancer quoi qu’il arrive, de se concentrer régulièrement sur son roman et ainsi de lui donner forme. »
Sylvie Chauvet

La saga d’un trou noir

Cette fois, j’allais y aller. Des années que j’écrivais, autour de mon grand trou noir (si vous voulez savoir ce que c’est, patience, je n’ai pas fini), des années que j’amoncelais des morceaux, des années que j’écumais les ateliers d’écriture en tout genre, dont à peu près toutes les formations avec Claire Lecœur, tout — histoires de vie, fragments, personnages, fictions… Cette fois, on allait voir. La grande confrontation : écrire avec des auteurs publiés, eux. Donc, forcément, qui savaient écrire, forcément qui savaient comment faire, forcément qui allaient trouver mes petits bouts épars nuls. Et qui surtout savaient comment on faisait tenir ensemble tous ces morceaux d’écriture, eux.

Moi j’étais avec une multitude de feuillets, je savais que je tournais autour de ce grand trou noir, mais qui parlait ? pour dire quoi ? et qu’est-ce qui m’autorisait à en parler ? à qui il appartenait ce personnage ? en quoi cela avait-il de l’intérêt ?

Premier atelier, premières lectures de textes. La honte totale malgré le retour positif de tout le monde. J’avais affaire à des pros, j’étais démasquée. Les textes des autres se tenaient, ils savaient écrire, eux. La première fois qu’ils ont utilisé le mot « pitch », je ne savais même pas ce que cela voulait dire. Et quand j’ai appris sa signification, je me suis aperçue que je ne pouvais pas le faire, moi…

Première esquive : ressortir de mon grand bazar les textes qui me semblaient le moins nuls, histoire de quand même garder la face. Et là, fin du monde : l’animatrice a une mémoire scandaleuse. Elle se souvenait de ce que j’avais déjà écrit, donc fin de non-recevoir : on est en atelier pour produire de nouveaux textes, pas pour ressortir d’anciens textes, aussi beaux soit-il.

Et là, il a fallu y retourner. Sauf que je me suis aperçue, au fil des consignes, que là où j’allais, je ne voulais pas aller. J’écris sur du vécu. Il y a des censeurs, vivants ou morts, qui me surveillent. On lit derrière mon épaule. Il y en a même qui trichent ! Rêves troublants, paralysie soudaine à l’écriture, réveils nocturnes très désagréables. Et si tu laissais donc tout cela, me disais-je, à quoi bon, et j’ai bien envie de faire de la danse africaine, c’est quand même beaucoup plus rigolo et plus ludique. Si je laissais donc là tous ces auteurs qui savaient si bien publier ? A chacun son affaire après tout. Ca n’a aucun sens ton truc !

Sauf que moi, j’aime bien relever le gant. Orgueil, défi, problème d’égo ? Désir très fort d’y arriver, comme un appel ? Manque profond que seule l’écriture comblera ? Peu importe. J’allais leur montrer et surtout, j’allais me montrer. Puisque d’autres y arrivaient, j’allais y arriver aussi. « En écrivant, je conduis à contre-sens sur une autoroute, de nuit et tous feux éteints. Il y aura des morts », j’avais lu cette phrase d’Eric Fottorino, et elle m’allait bien (ceux qui liront mon truc comprendront).

Ce grand trou noir, il fallait que j’en fasse une histoire sinon j’allais crever. Une phrase de l’animatrice m’a autorisé à continuer : « on n’écrit pas le vrai, on écrit vrai ». J’ai tout à coup eu la liberté de m’alléger des contraintes de la vérité de ce qui s’est passé pour construire mon propre récit. En fait, pour la première fois, j’ai pris la parole. Et j’ai pu la prendre car j’ai ressenti qu’il y avait un pacte entre nous tous de l’atelier. On était ici dans un espace où le respect, l’accueil des mots, la bienveillance régnaient. On avait le droit de pleurer, le droit de partir quand on n’était pas content, et même le droit de piquer des colères ! Pourvu qu’on laisse les autres écrire.

Le grand déclencheur de la mise en ordre de tout ce grand bazar (car j’ai aujourd’hui 8 chapitres rédigés et qui se tiennent, hé oui, pas mal pour un trou noir !), a été les deux consignes qui demandaient d’imaginer la première page et d’élaborer un séquencier avec les morceaux élaborés et à venir. La première page s’est imposée d’elle-même, elle est venue là, toute seule… Phénomène extrêmement troublant où l’on se dit que l’on n’est pas totalement aux commandes du véhicule de l’écriture. Déjà, il est sur l’autoroute, à contre sens, et tous feux éteints et en plus, on n’est pas aux commandes ! Pour moi qui aime avoir l’illusion que je contrôle tout, l’entreprise se révélait périlleuse. J’ai laissé faire.

Extrême confiance envers l’animatrice, bien sûr, je sentais que là, je pouvais lâcher, quelqu’un tenait derrière. Et extrême confiance aussi envers les autres écrivants dont j’avais peu à peu perçu aussi les failles, les faiblesses, les tâtonnements. L’une des participantes m’a avoué avoir pleuré en lisant mon texte… merci. Désolée, mais merci. L’équipe de bras cassés fonctionnait.

Et là, j’ai assisté à une drôle de dérive des continents où mes morceaux sont venus se coller les uns aux autres, au fil de l’écriture, des idées de morceaux déjà écrits surgissaient (y compris ceux que j’avais sauvagement supprimés de mon ordinateur), et j’ai trouvé qui parlait et d’où il parlait. Je tenais enfin le fil de ma pelote toute emmêlée, il me fallait maintenant tranquillement dévider tout cela.

Enfin, tranquillement, pas vraiment car je me suis tout à coup fait absorber par l’écriture. Je suis partie sur une autre planète. La planète des mots, celle où l’on découvre que supprimer un seul mot peut changer tout un texte, celle où l’on est à la recherche de « ce qui passe dans la langue », comme dit l’animatrice. C’est un vrai jeu de la vérité. Et je vous assure que tout ne passe pas. J’y pensais tout le temps, je faisais toutes mes activités quotidiennes avec mon ordinateur ou mon carnet en permanence sous la main, j’observais tout avec un œil tourné vers mes écrits, je dévorais littéralement tous les livres qui me tombaient sous la main pour voir comment les auteurs s’y prenaient. Je suis formatrice et pendant quelques mois, mes élèves ont été surpris d’avoir une enseignante en face d’eux avec de grands cernes, déconnectée du réel, en retard, s’arrêtant brusquement pour gribouiller quelque chose, arrivant avec des dossiers vides, des copies non corrigées, mélangeant les programmes, les noms, les niveaux…

Parallèlement à mes slaloms sur l’autoroute, je suivais le cheminement de l’écriture des autres écrivants, je découvrais comment eux aussi faisaient naître un personnage, qui prenait forme (il y avait même un fantôme, formidable épopée que de donner vie à un fantôme !). J’ai vu naître aussi un adorable petit gars, à la langue si particulière, à qui la terre parle ! C’était comme si on avait été des peintres et qu’on voyait peu à peu l’esquisse prendre forme, se dessiner, le trait s’épaissir, le dessin surgir. Magnifique.

Enfin, le travail sur la psychologie du personnage m’a, bien sûr, particulièrement intéressée (dernier appel à la lecture de mon truc). Chercher ce qui est menacé chez quelqu’un, chercher le vide sur lequel il marche, montrer tout ce qui se joue entre lui et les autres, travailler l’énigme autour de laquelle on tourne, faire voir comment il réagit quand on le pousse à bout… Tout ce qui allait enfin peut être permettre de donner du sens à mon truc… Ou pas.

Mais à l’atelier, on a même le droit de raconter des choses qui n’ont pas de sens, du moment qu’elles font vrai et qu’elles passent dans la langue !
Je vous remercie.
F.L.

brouillons de Michel Leiris, Beaubourg Metz

brouillons de Michel Leiris, Beaubourg Metz

 

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