Chacune, entrée dans un roman

Oui, après cinq jours d’atelier, chacune était entrée dans l’écriture d’un roman.

Six personnes rassemblées dans l’atelier « Commencer un récit long ». Il faudrait plonger, chacune à sa façon, dans la littérature et l’imagination ; ouvrir la porte sur l’espace où l’on trouve comment donner forme à ses propres fictions.

J’ai beaucoup inventé, pendant cette semaine, les chemins qui permettraient que chacune s’approprie le cadre d’écriture et de recherche que je proposais. L’émotion m’a menée au bord des larmes ce dernier jour, 15 juillet 2016, quand nous venions d’apprendre l’atroce tuerie de Nice, quand j’ai assisté au regain d’invention qui répondit à ma dernière invitation à écrire — à lancer les personnages contre les obstacles dressés sur le chemin de leur quête. J’ai énoncé cette invitation, ce matin-là, contre les histoires horribles produites par des hommes assujettis au besoin de détruire, avec la conviction que nous n’avons que les mots, nous, humains, pour construire des digues contre les folies du monde — qu’écrire contribue à cette lutte.

Après cette traversée-là, après que les histoires qu’on invente aient dressé leurs digues de papier contre la folie agissante, après, j’ai demandé aux six femmes qui composaient le groupe de raconter leur traversée de l’atelier.
Voici.

Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

Tu t’inscris à l’atelier Commencer un roman avec Claire. Tu amènes les quelques personnages auxquels tu as déjà pensé, ou que tu as déjà ébauchés, mais là, ils sont vraiment en pièces détachées. Tu as bien sûr des idées sur leur trajectoire, leurs marottes, leurs contours. C’est très confus tout ça. Donc, tu arrives, somme toute assez optimiste, avec tout ça dans tes bagages, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie.

Puis rapidement tu es bousculée. Nouvelle consigne, quelques points de technique, une certaine façon d’interroger le monde, d’articuler tes questions, et hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile que ça. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude, stylo au chômage, panique, tu penses qu’il faudra bien le lire, ce texte, alors il faut que ça vienne, il faut que tu débloques. Tu écris bien quelque chose, mais tu n’y crois pas. Puis en lisant ton texte, finalement tu te rends compte que tu as écrit, c’est quelque chose de réel, concret, puisque tu peux le lire. Ça existe déjà. Avec les retours, c’est une grande bouffée d’horizon. Les éléments commencent à se répondre les uns les autres, toi aussi tu vois des cohérences, des correspondances. C’est marrant, tout ça tu ne le savais pas. Tu te demandes même qui a bien pu écrire ce texte.

Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM, c’est l’inattendu ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Première étape. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. Et à nouveau, ta posture change. Grâce aux cinq autres voix qui tracent des univers et des destins singuliers, grâce aux points de techniques, grâces aux comment ils ont fait les autres, et aussi qu’est qu’ils en disent ceux qui ont l’habitude régulièrement injectés par Claire, et à ses fameux retours, VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée.

Carine.

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C’est en cours

Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.

C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours.

Et il y a tous les icebergs d’autres couleurs qui proviennent d’autres masses incommensurables de glace et dont la fonction est aussi de flotter et de dériver. À la fin, ça fait beaucoup de monde. Mais les eaux sont vastes et il n’y a pas de collision. Sans doute que se détacher, puis s’assembler, dans un ordre que personne ne connaît, ça donne un air de vertige et des traces de fatigue. Mais l’eau est là pour laver la fatigue.

Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent.
Dominique M.

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L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. Je me suis sentie très stimulée par la dynamique à l’œuvre dans l’atelier.

Ce que je craignais d’un débordement possible par toutes sortes de personnages n’est pas arrivé : mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, en nombre limité, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Pas de débordement mais un épais mur à la fin de la troisième journée, et je me suis dit que je ne parviendrais pas à aller plus loin. J’ai tout de même répondu à la proposition de Claire. Il s’agissait de récapituler le personnage et de penser au suspens que je souhaitais créer. Me demander quelle scène pourrait être intéressante m’a fait aller au-delà de mon mur, en partant dans une narration que j’ai qualifiée de déraisonnable et de rocambolesque, comme si j’avais vécu une effraction de mon mental frisant la folie. Sans savoir ce que j’avais écrit, Claire, toujours rassurante, a lancé : « c’est cela, l’imagination ! » Je retombais, en quelque sorte, sur mes pieds. J’ai compris, à ce moment-là, que l’impasse peut être dépassée en se donnant le temps, en n’abandonnant pas la partie.

Je me sens installée dans mon roman. L’atmosphère de cette semaine au contenu si riche a beaucoup compté. Je m’y suis sentie bien grâce à la passion, l’attention et la compétence de Claire et l’esprit amical de mes compagnes qui ont produit des textes très intéressants, sur des thèmes leur tenant à cœur. Je suis contente d’avoir assisté à la progression de leur roman. Quelle somme de travail en cinq jours ! Et quel plaisir…

B.

fiction
Donner un cadre à l’écriture

Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi. Mais qui ne tente rien, n’obtient que peu de choses !

Le premier jour, je fus en grande difficulté, quel moment de panique ! C’est là que le groupe est important et je me suis sentie soutenue tant par les commentaires positifs de Claire que par l’écoute et les prises de paroles des six participantes, ce tout au long des cinq jours que durait l’atelier. Puis, les jours suivants, Claire nous a lu des textes d’auteurs sur l’art d’écrire. Certains m’ont semblé un peu difficiles à comprendre, d’autres m’ont beaucoup éclairée. J’ai aussi découvert des technique d’écriture : le personnage central et sa caractérisation, le contexte, ses objectifs et les obstacles à ses objectifs… Cette structuration d’un roman m’a quelque peu rassurée. C’était donner un cadre à l’écriture.

J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! Et pourtant, quand Claire disait : « Vous avez une heure et demi », j’étais dans une panique indicible ! Mais, les jours passant, la crainte disparaissait – peut-être ai-je fait confiance à la main qui court sur le papier ? Une idée s’enchaînait avec une autre et souvent j’aurais finalement voulu plus de temps pour aller plus loin dans l’histoire…

Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. Une chose est certaine : tout cela n’est possible que grâce au travail exceptionnel de Claire et à son professionnalisme, avec une bienveillance toujours présente. Avec ses commentaires, ses questions, les portes s’ouvrent ; la difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. Claire transmet au groupe sa passion pour l’écriture et enrichit les participants par sa compétence.

En résumé, ce furent cinq jours un peu en-dehors du temps, avec beaucoup d’émotion, de découvertes, d’enrichissement ! Ce fut un vrai plaisir !
PHD

fictions 7Une parenthèse enchantée

Jour 1
Qu’il est difficile de se départir d’habitudes acquises ! Pour moi, une consigne était une consigne : il fallait la suivre à la lettre. J’ai ainsi scrupuleusement vérifié que mon premier texte répondait à la sacro-sainte consigne donnée par Claire. Las, quelle ne fut pas ma gêne de découvrir la grande liberté qu’avaient prise mes petites camarades d’atelier ! Leurs textes virevoltaient dans les airs, tandis que le mien restait assis sagement, bêtement, à côté de mon stylo. Ce fut une révélation et le premier enseignement de cet atelier : « ceci n’est pas une consigne », comme aurait pu dire Magritte, mais une proposition, un coup de pouce pour l’imaginaire s’il s’avérait défaillant.

Jour 2
Grisée par ce vent nouveau que j’autorisais à souffler sous ma plume, mon deuxième texte fut plus inspiré. Et surtout, il m’a permis de renouer avec le plaisir de l’écriture, une écriture différente de celle que je pratique au quotidien, plus légère, moins formatée, échappant à toute consigne et calibrage de caractères. La liberté, la vraie, quelle jouissance ! Mon premier personnage naissait sous mes yeux, je jouais le rôle extraordinaire d’une sage-femme.

Jour 3
Mise en confiance par Claire et mes sympathiques compagnes d’écriture, j’abordais mon troisième texte avec une assurance nouvelle. Je fus un peu moins satisfaite du résultat, même si j’étais heureuse d’avoir donné vie à mon deuxième personnage. J’appréhendais la façon d’enchaîner sur ce qui devenait une histoire d’amour : comment ne pas tomber dans la mièvrerie ? Je butais devant mon premier obstacle d’apprentie romancière.

Jour 4
Ce fut une journée un peu difficile, sans doute parce j’étais fatiguée, plus paresseuse. Partie pour un roman, l’un de mes deux héros mourait brutalement, voilà, l’affaire était réglée : emballé, c’est pesé ! Mais Claire, toujours sagace, n’a pas vu les choses de cet œil-là.

Jour 5
La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée.

Merci à toutes et à chacune pour la grande bienveillance rencontrée au cours de cet atelier. Ce fut, comme a dit Dominique, une « parenthèse enchantée » !
Anne-Sophie

fictions 2

Voir ici l’atelier Commencer un récit long par e-mail

4 réflexions au sujet de « Chacune, entrée dans un roman »

  1. A défaut d’avoir pu participer à cet atelier dont on sent toute la richesse, l’émotion et la joie de la création, je laisse la parole à Philippe Forest, dans « Une fatalité de bonheur », page 20 : « Si l’on lit, si l’on continue à lire, c’est avec l’espoir que ce livre que l’on lit recèle la clé cachée qui donnera accès au sens que tous les autres, imparfaitement, expriment et où se réfléchit enfin la vérité majuscule du monde. Si l’on écrit, aussi. Se disant, avec autant de naïveté que d’arrogance, et tout en sachant pourtant qu’il s’y trouve déjà, que ce livre manque peut être à la bibliothèque, qu’il ne dépend que de soi qu’il y prenne enfin sa place, qu’il y remplisse l’espace laissé vide par tous les autres. Il ne reste qu’à l’écrire. »
    Dont acte. Bonnes vacances à tous.

  2. Et les voilà réunis
    Nos cinq jours en six écrits
    Dans cette bonne terre :
    Le chouette blog de Claire !

    Vont vivre leur enfance
    Et devenir semence
    En d’autres têtes vont germer
    Assurément déclencher
    Le souhait de commencer…
    Un gros roman rue Desprez !
    B

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