Chacune, entrée dans un roman

Oui, après cinq jours d’atelier, chacune était entrée dans l’écriture d’un roman.

Six personnes rassemblées dans l’atelier « Commencer un récit long ». Il faudrait plonger, chacune à sa façon, dans la littérature et l’imagination ; ouvrir la porte sur l’espace où l’on trouve comment donner forme à ses propres fictions.

J’ai beaucoup inventé, pendant cette semaine, les chemins qui permettraient que chacune s’approprie le cadre d’écriture et de recherche que je proposais. L’émotion m’a menée au bord des larmes ce dernier jour, 15 juillet 2016, quand nous venions d’apprendre l’atroce tuerie de Nice, quand j’ai assisté au regain d’invention qui répondit à ma dernière invitation à écrire — à lancer les personnages contre les obstacles dressés sur le chemin de leur quête. J’ai énoncé cette invitation, ce matin-là, contre les histoires horribles produites par des hommes assujettis au besoin de détruire, avec la conviction que nous n’avons que les mots, nous, humains, pour construire des digues contre les folies du monde — qu’écrire contribue à cette lutte.

Après cette traversée-là, après que les histoires qu’on invente aient dressé leurs digues de papier contre la folie agissante, après, j’ai demandé aux six femmes qui composaient le groupe de raconter leur traversée de l’atelier.
Voici.

Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

Tu t’inscris à l’atelier Commencer un roman avec Claire. Tu amènes les quelques personnages auxquels tu as déjà pensé, ou que tu as déjà ébauchés, mais là, ils sont vraiment en pièces détachées. Tu as bien sûr des idées sur leur trajectoire, leurs marottes, leurs contours. C’est très confus tout ça. Donc, tu arrives, somme toute assez optimiste, avec tout ça dans tes bagages, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie.

Puis rapidement tu es bousculée. Nouvelle consigne, quelques points de technique, une certaine façon d’interroger le monde, d’articuler tes questions, et hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile que ça. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude, stylo au chômage, panique, tu penses qu’il faudra bien le lire, ce texte, alors il faut que ça vienne, il faut que tu débloques. Tu écris bien quelque chose, mais tu n’y crois pas. Puis en lisant ton texte, finalement tu te rends compte que tu as écrit, c’est quelque chose de réel, concret, puisque tu peux le lire. Ça existe déjà. Avec les retours, c’est une grande bouffée d’horizon. Les éléments commencent à se répondre les uns les autres, toi aussi tu vois des cohérences, des correspondances. C’est marrant, tout ça tu ne le savais pas. Tu te demandes même qui a bien pu écrire ce texte.

Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM, c’est l’inattendu ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Première étape. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. Et à nouveau, ta posture change. Grâce aux cinq autres voix qui tracent des univers et des destins singuliers, grâce aux points de techniques, grâces aux comment ils ont fait les autres, et aussi qu’est qu’ils en disent ceux qui ont l’habitude régulièrement injectés par Claire, et à ses fameux retours, VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée.

Carine.

fictions 3
C’est en cours

Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.

C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours.

Et il y a tous les icebergs d’autres couleurs qui proviennent d’autres masses incommensurables de glace et dont la fonction est aussi de flotter et de dériver. À la fin, ça fait beaucoup de monde. Mais les eaux sont vastes et il n’y a pas de collision. Sans doute que se détacher, puis s’assembler, dans un ordre que personne ne connaît, ça donne un air de vertige et des traces de fatigue. Mais l’eau est là pour laver la fatigue.

Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent.
Dominique M.

fiction 5
L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. Je me suis sentie très stimulée par la dynamique à l’œuvre dans l’atelier.

Ce que je craignais d’un débordement possible par toutes sortes de personnages n’est pas arrivé : mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, en nombre limité, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Pas de débordement mais un épais mur à la fin de la troisième journée, et je me suis dit que je ne parviendrais pas à aller plus loin. J’ai tout de même répondu à la proposition de Claire. Il s’agissait de récapituler le personnage et de penser au suspens que je souhaitais créer. Me demander quelle scène pourrait être intéressante m’a fait aller au-delà de mon mur, en partant dans une narration que j’ai qualifiée de déraisonnable et de rocambolesque, comme si j’avais vécu une effraction de mon mental frisant la folie. Sans savoir ce que j’avais écrit, Claire, toujours rassurante, a lancé : « c’est cela, l’imagination ! » Je retombais, en quelque sorte, sur mes pieds. J’ai compris, à ce moment-là, que l’impasse peut être dépassée en se donnant le temps, en n’abandonnant pas la partie.

Je me sens installée dans mon roman. L’atmosphère de cette semaine au contenu si riche a beaucoup compté. Je m’y suis sentie bien grâce à la passion, l’attention et la compétence de Claire et l’esprit amical de mes compagnes qui ont produit des textes très intéressants, sur des thèmes leur tenant à cœur. Je suis contente d’avoir assisté à la progression de leur roman. Quelle somme de travail en cinq jours ! Et quel plaisir…

B.

fiction
Donner un cadre à l’écriture

Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi. Mais qui ne tente rien, n’obtient que peu de choses !

Le premier jour, je fus en grande difficulté, quel moment de panique ! C’est là que le groupe est important et je me suis sentie soutenue tant par les commentaires positifs de Claire que par l’écoute et les prises de paroles des six participantes, ce tout au long des cinq jours que durait l’atelier. Puis, les jours suivants, Claire nous a lu des textes d’auteurs sur l’art d’écrire. Certains m’ont semblé un peu difficiles à comprendre, d’autres m’ont beaucoup éclairée. J’ai aussi découvert des technique d’écriture : le personnage central et sa caractérisation, le contexte, ses objectifs et les obstacles à ses objectifs… Cette structuration d’un roman m’a quelque peu rassurée. C’était donner un cadre à l’écriture.

J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! Et pourtant, quand Claire disait : « Vous avez une heure et demi », j’étais dans une panique indicible ! Mais, les jours passant, la crainte disparaissait – peut-être ai-je fait confiance à la main qui court sur le papier ? Une idée s’enchaînait avec une autre et souvent j’aurais finalement voulu plus de temps pour aller plus loin dans l’histoire…

Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. Une chose est certaine : tout cela n’est possible que grâce au travail exceptionnel de Claire et à son professionnalisme, avec une bienveillance toujours présente. Avec ses commentaires, ses questions, les portes s’ouvrent ; la difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. Claire transmet au groupe sa passion pour l’écriture et enrichit les participants par sa compétence.

En résumé, ce furent cinq jours un peu en-dehors du temps, avec beaucoup d’émotion, de découvertes, d’enrichissement ! Ce fut un vrai plaisir !
PHD

fictions 7Une parenthèse enchantée

Jour 1
Qu’il est difficile de se départir d’habitudes acquises ! Pour moi, une consigne était une consigne : il fallait la suivre à la lettre. J’ai ainsi scrupuleusement vérifié que mon premier texte répondait à la sacro-sainte consigne donnée par Claire. Las, quelle ne fut pas ma gêne de découvrir la grande liberté qu’avaient prise mes petites camarades d’atelier ! Leurs textes virevoltaient dans les airs, tandis que le mien restait assis sagement, bêtement, à côté de mon stylo. Ce fut une révélation et le premier enseignement de cet atelier : « ceci n’est pas une consigne », comme aurait pu dire Magritte, mais une proposition, un coup de pouce pour l’imaginaire s’il s’avérait défaillant.

Jour 2
Grisée par ce vent nouveau que j’autorisais à souffler sous ma plume, mon deuxième texte fut plus inspiré. Et surtout, il m’a permis de renouer avec le plaisir de l’écriture, une écriture différente de celle que je pratique au quotidien, plus légère, moins formatée, échappant à toute consigne et calibrage de caractères. La liberté, la vraie, quelle jouissance ! Mon premier personnage naissait sous mes yeux, je jouais le rôle extraordinaire d’une sage-femme.

Jour 3
Mise en confiance par Claire et mes sympathiques compagnes d’écriture, j’abordais mon troisième texte avec une assurance nouvelle. Je fus un peu moins satisfaite du résultat, même si j’étais heureuse d’avoir donné vie à mon deuxième personnage. J’appréhendais la façon d’enchaîner sur ce qui devenait une histoire d’amour : comment ne pas tomber dans la mièvrerie ? Je butais devant mon premier obstacle d’apprentie romancière.

Jour 4
Ce fut une journée un peu difficile, sans doute parce j’étais fatiguée, plus paresseuse. Partie pour un roman, l’un de mes deux héros mourait brutalement, voilà, l’affaire était réglée : emballé, c’est pesé ! Mais Claire, toujours sagace, n’a pas vu les choses de cet œil-là.

Jour 5
La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée.

Merci à toutes et à chacune pour la grande bienveillance rencontrée au cours de cet atelier. Ce fut, comme a dit Dominique, une « parenthèse enchantée » !
Anne-Sophie

fictions 2

Voir ici l’atelier Commencer un récit long par e-mail

Trajets dans l’atelier

Chemin faisant, dans l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture

On explore la foisonnante diversité des formes, on joue avec les points de vues, on donne voix à des narrateurs, on invente des personnages et des vies, on apprend comment les rendre vivants, on voyage dans ses expériences pour dire le monde et ce qui nous tient à cœur… On s’approche, autant qu’il est possible, et pas à pas, de ses propres territoires dans l’écriture.

Explorer

L’écoute favorable, le cadre soutenant, permettent que chacun fraye sa voie en confiance. L’exploration se fait en dialogue avec la littérature qui s’écrit aujourd’hui.
« J’ai l’impression d’avoir ouvert un immense coffre aux trésors. »
« L’atelier est un chaudron enthousiasmant et fructueux. »
« La bienveillance permet la créativité. »
« L’atelier est un lieu très dynamisant pour son écriture et pour soi-même. »
« Pendant le week-end ça ébulitionne, ça passe très vite, toujours la même émotion – partager, écouter. »
« Un lieu accueillant. Une invitation à rêver et écrire et écouter les autres. Un espace surprenant. »
« Le cadre est ferme, il permet le foisonnement. Quelle diversité !  »
« Les textes des autres me montrent que je peux faire autrement. »
« C’est joyeux, écrire ; on jongle avec les mots. »
« Claire sait attraper chez chacun le petit truc qui est une clé pour soutenir le désir d’aller plus loin. »

Trouver ses territoires

Les écritures deviennent plus personnelles, plus investies. Chacun avance en recherche des thèmes qui nourriront sa singularité et son style.
« Il y a quelque chose qui existe dans notre écriture que les autres voient. »
« L’aspect technique m’a beaucoup apporté aussi : ma difficulté à écrire vient du fait que je me retrouve souvent sans outils. »
« J’aime être surprise, et la progression qui permet d’écrire étape après étape ouvre des portes, je vais où je n’irais pas seule, je commence à faire des projets. »
« Immersion dans l’inconnu, cadre bienveillant, découverte et portes ouvertes. On apprend plein de choses sur l’écriture. »
« J’aime découvrir l’écart entre ce que je cherchais à dire et ce que les autres lisent. »
« Un beau voyage entre soi et les autres. »

Faire des projets

L’atelier devient le lieu où l’on envisage la place de l’écriture dans sa vie. On fait des projets.
« L’écriture est à côté de moi maintenant. »
« Je découvre que j’aime m’inspirer du vrai pour en faire autre chose. »
« La sécurité du cadre est importante, elle renvoie à soi-même. C’est un processus d’humilité et de surprise, une découverte qui ouvre les possibles pour traiter mes propres sujets. »
« On construit un texte en posant des briques l’une après l’autre, on devient capable. »
« J’adore ce bain de littérature, les digues s’ouvrent, quel plaisir, quelle qualité. »
« On écrit avec la littérature qui s’écrit aujourd’hui, c’est passionnant. Je lis autrement depuis que je viens dans l’atelier. »
« L’atelier me fait advenir dans l’écriture. C’est un engagement rare. »

GE Deborg pentes psychogéographiques de la rérive et localisation d'unités d'ambriance

Voir ici l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture

Notre atelier Chantiers

Il s’agissait de s’engager dans un chantier d’écriture narrative, sur l’année…

J’ai proposé, en fin d’année, que chacun raconte son expérience de l’atelier. Les textes que vous découvrirez ici donnent la diversité qui fut l’une des richesses de notre atelier : diversité des chantiers — romans ou récits d’inspiration autobiographique, chroniques –, diversité des relations avec l’écriture, des cheminements, des formes d’inquiétude qu’écrire au long cours suscitait… Ensemble, nous avons en pris soin des écritures avec bienveillance et respect — avec l’exigence qui permet d’entrer dans le travail littéraire, aussi.

« – Bon, alors moi, d’accord, je veux bien commencer…

… je vais essayer de vous lire mon texte, comme ça ce sera fait… Mais enfin… c’est pas vraiment abouti… en fait, c’est loin d’être fini… pas aussi bien que ma voisine… Mais tant pis, allez, je me lance !

Si vous avez déjà participé à des ateliers d’écriture, pas besoin de vous faire un dessin, vous voyez de quoi je veux parler. Ce qu’il faut bien observer dans ce cas, c’est la réaction de votre animateur. Je me régale de voir celle de Claire, fronçant les sourcils, avec un sourire bienveillant qui en dit long. Elle l’accompagne d’une petite phrase, comme un encouragement à se jeter à l’eau, à oser : « Tssss, allez, vas-y Inès, on t’écoute… Et pas de commentaires avant ta lecture, tu le sais bien. » Et tous les participants de sourire aussi, un peu concernés également…

Mais c’est plus fort que nous, il est tellement difficile de s’empêcher de porter un jugement sur sa production, de se comparer… Les ateliers d’écriture permettent de dépasser cette peur, car livrer ses textes n’est pas une évidence, cela parle de nous. Tout au long de cette année, « L’Atelier Chantiers » m’a aidé à cheminer, à oser.

J’ai appris à me laisser guider par mon instinct et, comme le dit Claire : « vous verrez bien où cela vous mène ». Une attitude qui me fait avancer plus sereinement, sans me poser trop de questions existentielles — se laisser porter par son histoire au fur et à mesure qu’elle se construit et se faire surprendre par ce qu’elle donne.

Écouter les autres participants, se familiariser avec leurs univers si différents est très moteur, sans oublier le plaisir d’une atmosphère bienveillante et positive où chacun s’enrichit mutuellement. Claire nous connaît tous très bien maintenant, elle sait où aller chercher, stimuler pour tirer le meilleur de nous même.
Et, finalement, être capable de se lire spontanément devant les autres, sans commentaires préalables. »
Inès Jourde

« La saison 1

Alors c’est arrivé comme ça, par amitié, par curiosité, embarquée dans un atelier qui proposait un chemin qui n’était pas le mien : un projet d’écriture au long cours, structuré, suivi.

Je contourne l’obstacle en proposant un voyage dans la mémoire de ma famille, autour de la maison qui fut le tableau de tant d’aventures individuelles et familiale, un ancrage puissant, mon jardin secrètement cultivé. Je vois dans « Saisons de famille » l’opportunité de divaguer au gré des épisodes qui s’imposent à moi, et retrouver ainsi le confort de textes courts, ciselés dans des styles et tons qui varient selon l’émotion conjuguée du souvenir et de l’instant de l’écriture.

Ce qui me sauve, c’est mon coté scolaire, et obéissant : lorsque Claire avance une proposition d’écriture, je l’accueille comme l’énoncé d’une règle à suivre, pour un exercice de style qui me contraint et m’épanouit. Car curieusement, le fait de réfléchir en termes de contrainte me libère, et très vite un sujet d’écriture s’impose à moi. Alors je peux me laisser guider et je vis dans cette maison qui nous a façonnés, et je mêle souvenirs, réminiscences des récits familiaux, photos de famille, et je réalise qu’il n’est aucunement nécessaire de chercher une vérité objective, ma vérité seule s’écrit.

Mais pourquoi m’imposer ce devoir d’écriture, ces rédacs, comme disent mes enfants ? Parce que je grandis en écrivant. Je communie avec sept inconnus qui deviennent plus intimes que mes amis sur une face très secrète de mon identité. J’écris sans but de publier, sans objectif de thérapie ni de libération. Je jouis d’un temps et d’un espace de liberté absolus et c’est si rare. »
Béatrice

« Au départ un bouquet de motivations :

L’envie de pratiquer une activité artistique en plus du dessin et de la peinture, le plaisir d’inventer et de raconter des histoires, l’envie de rencontres et de partage.

Fidèle à une certaine tendance à la dispersion, je suis venu avec quatre pistes possibles. Et, prudent, j’ai commencé par développer ce qui m’a paru le plus aisé : les recettes de vengeance, petits textes qui, accumulés, finiraient bien par constituer un petit recueil. Mais, dès la deuxième séance, j’ai du me rendre à l’évidence : dans un livre de recettes, il n’y a ni héros, ni dialogues, ni montrer plutôt que dire, ni climax, ni lieux, ni élément déclencheur.

Bon, j’essaye quand même.
Et donc, je pars dans une sorte de roman dans lequel il y aura des recettes (faut pas gâcher), des nouvelles (essayer de finir quelque chose, et puis j’avais un projet de nouvelle à recycler), et une intrigue (faut bien). Je suis encore loin de l’arrivée, mais je devrais y arriver. Espérons.

J’ai eu beaucoup de plaisir à écouter et lire le travail des autres, suivre l’évolution des projets et des motivations autour de la table, découvrir la diversité des histoires et des approches, et j’ai énormément apprécié l’ambiance studieuse et amicale de l’atelier. Et soumettre mes textes à l’œil attentif, compétent et bienveillant de Claire, qui, c’est manifeste, je l’ai compris maintenant, s’intéresse de très près à mon travail. »
Frédéric Rollin

« 15 feuillets autour de mon projet ? Mais je n’ai pas de projet !

J’ai dû me tromper d’atelier… Comment vais-je faire ?
Tant pis, je verrai bien. Je pars sur une idée et si ça ne tient pas la route, je changerai de projet.

Les mots se cherchent, se posent, s’ajustent. Soudain, une vie se crée sous mes doigts. C’est comme d’être peintre ou sculpteur. Sculpteur de mots. Un univers surgit, dont j’ignorais l’existence. Je tiens le premier mot, la première idée mais je ne sais pas quel sera le mot suivant. Tout est en suspens et se dépose geste après geste. Il y a de la magie dans l’air.

Parfois, le vide. Immense, saisissant. Rien, il n’y a rien. Je m’inquiète, m’angoisse. Les jours passent, je perds le contact. L’écriture est là dans ma tête, comme une obsession mais jamais je ne m’y mets. Rien, il ne se passe rien. Alors, je lis. Des romans. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je redécouvre le plaisir de la littérature moi qui ne lisais plus que des essais. Interroger le mystère de la création à travers l’écriture d’un autre. Les jours passent.

De bout en bout, ça n’a jamais été facile. J’ai tourné en rond avec des personnages que j’avais créés et qui semblaient parfois ne plus vouloir avancer. J’ai été tentée de les abandonner au milieu du gué, mais ce n’était plus possible, ils existaient ! La preuve : Claire, Ines, Marion, Constance, Sophia, Jando, Fred et Béatrice m’en parlaient à chaque séance, ils avaient l’air de les connaître aussi. C’était trop tard pour s’en débarrasser. »
Brigitte

« Quelle histoire !

Au commencement est l’excitation enivrante d’être prêt à ouvrir la porte à un grand rêve. Écrire. Écrire… Oui mais quoi ? Question qui me taraude une bonne partie de l’été. Après quelques essais infructueux, l’écriture se déclenche enfin sur la mise en relation entre une histoire qu’on m’a racontée et un rêve avec mon frère disparu. C’est la fin du mois d’août, Claire nous a demandé quinze feuillets standard (mille cinq cents signes chacun).

Le fait de lire mon texte à haute voix me permet de me reconnecter immédiatement, au plus profond, avec l’espace d’où surgissent les mots et ma voix intérieure, où résident les scènes encore inconnues. Les retours de chacun, puis celui de Claire, me font prendre conscience de l’importance du lecteur et installent la confiance entre nous. Tout au long de ce premier trimestre j’écris avec ivresse, impatient de me retrouver en face à face avec la page blanche.

Sur le chemin, écrire, écrire encore et découvrir, explorer, creuser. En cette fin d’année chacun, chacune est dans sa voix, son regard, son écoute. La confiance entre nous est pleine et entière. C’est bon en ces temps troublés.
Merci Claire. »
Jando Graziani

« Pourquoi l’atelier ?

L’envie d’être prise en main, d’avoir des mains pour me tenir, presque physiquement dans l’écriture de mon roman.

Mardi 29 décembre
Une exigence plus forte quand je sais que je vais être lue — le regard de l’autre. Également repenser aux fondamentaux pour chacun des textes écrits ou à écrire : comment s’expriment les lieux, comment s’expriment les personnages, qui sont mes personnages, réfléchir davantage à leur psychologie mais de façon flottante… Cela m’oblige à aller moins vite, à jouer avec les règles du jeu qui ne m’entravent pas, qui au contraires nourrissent aussi ma créativité en m’obligeant à y regarder de plus près.

Lundi 25 janvier 2016
Ma « poubelle » se remplit des textes qui ne fonctionnent pas, qui expliquent, qui ne sont pas essentiels. Cela fait longtemps que je suis sur ce chantier, deux ans cet été. Ce n’est que maintenant que je peux commencer à envisager une structure – à structurer quelque chose à dire, qui émerge.

Jeudi 12 mai
Plus Marie, mon personnage, travaille sur son inconscient, plus elle recherche la présence de son père, plus elle ressent le besoin de le réhabiliter, de le connaître pour restaurer une part d’elle-même. Elle comprend à la toute fin qu’il l’a aidée à se propulser dans la vie. Par le biais de l’écriture, il vit en elle. Elle comprend ce qu’elle a reçu de lui. »
Marion Rollin

« De tous temps, les mots ont été présents

Je ne me suis pas lancée dans l’écriture au détour d’un chemin. Elle a été une compagne, comme la lecture. Je n’ai pas le souci de la page blanche. L’imagination est là, ainsi que le désir d’écrire. Elle déferle, abondante, excessive. Les mots s’inscrivent et remplissent la page sans relâche. Je peux lever le crayon de la feuille ou le doigt du clavier, ils poursuivent leur route dans mon esprit. Ils sont parfois plus rapides que ma pensée, un peu comme un cheval fou à la bride abattue.

Ce groupe m’oblige à canaliser, à policer. Je vais à l’essentiel. Je découvre surtout que j’ai envie de lui raconter l’histoire. Car il la respecte, à ma grande surprise, il l’attend même, dans une bienveillance qui dépasse l’entendement. Je suis reconnaissante. Il m’abreuve de cette confiance qui me fait si souvent défaut.

À son contact, j’ai le devoir de polir mon texte pour le rendre intelligible à d’autres que moi-même. Quand je fais face au groupe, et peut-être au lecteur, je deviens plus succincte, compacte. J’ai compris qu’en choisissant les mots, je gagnais en cohérence, en transparence, en maturité. Mon histoire n’agresse plus personne. D’arme, elle devient conte. De cri, elle se meut en parole, en texte. En se défaisant de son émotivité, elle peut se transmettre. Je modèle une histoire au lieu de crier au monde ce qui n’a de sens que pour moi, et donc aucun pour les autres. Et ce faisant, surtout, je communique par l’écrit la parole qui m’a toujours fait défaut.

Surtout, ce groupe impose le respect, et me stimule. Aucun style n’est semblable, tous sont excellents, chacun imprime sa marque. Les histoires sont fortes, les textes prennent à la gorge. Chacun a son message. Tout y est personnel, propre à chacun, profond. Rien n’est factice, rabâché ou remâché. Quelle leçon d’écriture et de modestie. C’est dire s’ils sont bons.

Claire, metteur en scène et maître d’œuvre, orchestre, tout en bienveillance, expérience et fermeté, et veille inlassablement. Elle sait extraire le meilleur des auteurs, la substantifique moelle, parfois à notre corps défendant. Impressionnant.
Cela fait de l’écriture la plus profonde des expressions et la plus belle des rencontres. »
Sophia

« Un chemin d’écriture,

Une étape pour se mettre en route,
Pour se lancer dans l’aventure,
Une mise en goût, une mise en bouche,
Un partage en amical en bienveillante compagnie.
Des outils efficaces et pertinents.
Une écoute stimulante, un soutien quand ça bute, quand ça coince…
Le projet prend matière.
J’ai produit quelques fragments qui m’encouragent à continuer. »
Constance Lanxade

carnet de Michel Leiris, Beaubourg Metz

carnet de Michel Leiris, Beaubourg Metz

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Cheminer avec l’écriture

« Je ne connais pour ma part d’autres sentiers de la création que ceux ouverts pas à pas, c’est à dire mot après mot, par le cheminement même de l’écriture… »

Claude Simon, dans la préface à Orion Aveugle, raconte : « C’est seulement en écrivant que quelque chose se produit, dans tous les sens du terme. Ce qu’il y a pour moi de fascinant, c’est que ce quelque chose est toujours infiniment plus riche que ce que je me proposais de faire. » Il se décrit « comme un voyageur égaré dans une forêt (…) découvrant à tâtons le monde dans et par l’écriture. »

Découvrir ce que l’on porte, en soi, du monde en écrivant, c’est le cheminement que je propose dans mes ateliers. Car on y va de soi, dans l’écriture, à la rencontre des langues qui nous habitent et des histoires auxquelles on n’envisageait pas de donner naissance avant de se mettre à écrire. On y va de soi et de ses émotions, de ses mots et de sa langue, de ses expériences et souvenirs, de ses rencontres, de ses convictions… et de son imagination (alors même qu’on pense ne pas en avoir, d’imagination, parfois).

L’imagination naît du désir pour les histoires — celles que nous avons lues, celles que nous avons entendues, ou vues. Ces histoires qui nous ont ouvert l’esprit et le cœur à d’autres mondes, au différent, à l’autrement. Ces histoires qui font de nous ces êtres de paroles qui entrent en dialogue avec les mondes que nous découvrons dans les livres.

Ils étaient nombreux à le dire, dans un livre dont j’ai parlé ici : Lire, c’est vivre plus.
J’ajoute ceci : Écrire, comme lire, c’est vivre plus.

Madeleine Chapsal le dit autrement : « Écrire, c’est aventurer sa propre vérité.  »

Jean-Bertrand Pontalis, lui, l’écrivait ainsi, dans Traversée des ombres : « Écrire, c’est s’inspirer du rêve qui donne une forme précaire au désordre insensé de nos désirs, à notre sauvagerie et notre infirmité natives. »

Ces phrases de femmes et d’hommes qui ont consacré leur vie à l’écriture, si elles sont une invitation à entrer dans l’aventure à notre tour par le désir qu’elles transmettent, peuvent aussi nous intimider. On pense qu’écrire n’est pas pour soi. On se dit que, pour écrire, il faudrait d’abord avoir un sujet, d’abord connaître l’histoire et son déroulement, d’abord connaître la fin… Certains, certes, ont cette forme d’esprit, mais ils sont beaucoup moins nombreux que ceux qui découvriront ce qu’il avaient à écrire… une fois qu’ils auront écrit. (Et, si ceux que j’appelle les « structuralistes » ont besoin de se rassurer avec une structure avant de se mettre à écrire, eh bien nous en passerons par là, dans l’atelier.)

Deux choses. La première est ce que dit Claude Simon : le cheminement pas à pas de l’écriture. L’atelier fabrique le pas à pas dont parle Claude Simon, il prépare le chemin, donne des repères. On ouvre une première porte. On entre dans la langue écrite étape après étape. À chaque étape, on découvre ce que l’écriture a fait venir à la page, en partie à son insu, en lisant son texte. Alors on ouvre une deuxième porte et, si on lui lâche la bride, l’écriture nous surprendra encore.

La deuxième : « On n’est pas génial tout seul. Même si écrire est l’acte le plus personnel qui soit, encore faut-il, pour approcher de ses limites, que l’époque vous porte, qu’un milieu vous stimule. Si l’un et l’autre font défaut, reste à chercher ce référent manquant dans la confrontation avec ses semblables de tous bords. Alors, on sent la force », écrit Annie Mignard.

L’atelier est un puissant stimulant pour l’écriture. Dans l’atelier, on travaille ensemble, avec ceux qu’on rencontre par les textes qu’ils écrivent, qui deviennent les lecteurs de ce qu’on écrit soi-même. C’est autour de l’écriture que les liens se tissent, que les singularités s’énoncent, se dévoilent. Oui, ce qui se cherche dans l’atelier, c’est bien la singularité de chaque écriture, de chaque point de vue, de chaque histoire. Chaque singularité prend sa place dans la polyphonie des voix. C’est ça, qui fait la force — soutenant ceux qui n’oseraient s’aventurer sans appui.

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Écrire pour se trouver ?

Écrire… pendant un an nous avons écrit ensemble, avec les professionnels du Service d’Accompagnement à le Vie Sociale d’Etrepigny.

Ils sont maintenant les auteurs de Le temps qu’il faut, aujourd’hui publié chez L’Harmattan.
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Le dernier jour de notre atelier, j’ai proposé que l’écriture se saisisse du chemin que nous avions parcouru ensemble, depuis le projet du livre jusqu’à son aboutissement. Il s’agirait de l’écriture et de ce qu’elle représente pour soi, de l’expérience de l’avoir partagée dans l’atelier, de son évolution — les textes seraient publiés ici, pour les lecteurs intéressés par l’écriture et son évolution dans les ateliers.

Je ponctue ces textes d’images glanées, le lendemain, au musée et dans la maison de Rimbaud, à Charleville Mézières.

***

« Écrire pour se trouver, pour se retrouver, pour se lâcher. L’écriture dompte plus facilement les mots que ma voix, je contrôle moins le stylo que ma parole. Comme si la spontanéité devait passer par l’outil scripteur. Paradoxe, l’écrit filtre l’émotion, permet l’expression vraie. Mais la relecture corrige et corrige, encore parfois rétablit la censure innée.

Pour l’ouvrage que nous avons écrit ensemble, je n’ai jamais douté. J’ai confiance en nous et la confiance en Claire a été évidente dès la première rencontre. Travailler dans le respect et la bienveillance, savoir faire émerger la capacité de chacun à écrire, cela a fonctionné. L’écrit nous a réunis dans un partage d’émotions, de rires et de larmes, de beaux textes.

Pour moi cela a été du plaisir. Voir se composer au fil des rencontres ce livre qui nous rassemble et nous ressemble et qui donne à voir le travail invisible avec des personnes handicapées. Un ouvrage fondateur.

Écrire pour dire, écrire pour se dire. J’écris donc je suis. »
Sylvie Blanchemanche

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« Je me souviens très bien des premiers temps d’écriture. Pas que je n’écrive jamais, au contraire. C’est une façon bien à moi de mettre en mots ce qui reste coincé, là, quelque part, au fond du gosier ! L’écriture allège, adoucit, elle peut être brute aussi mais elle est avant tout personnelle ou dédiée à un proche.  Ici, j’ai très vite ressenti chez Claire l’envie de nous faire « lâcher prise ». Nous allions devoir nous dévoiler un peu. A cet instant l’écrit, que j’utilise pour tout, ou rien, avec réflexion, ou sans, d’un coup m’a fait peur. Il allait falloir s’exprimer autrement.

J’ai touché du bout des doigts la peur d’une page blanche. Ce moment où nous avons tant de choses à dire mais où rien ne vient. La crainte d’être à coté, de ne pas trouver les bons mots, de ne pas avoir l’inspiration suffisante mais aussi celle de trop en dire et de se mettre, sans le décider vraiment, à nu.  Puis, au fil des séances l’écriture est apparue moins grave. La bienveillance de chacun permettait un certain soulagement, un certain apaisement, je voyais la possibilité d’une ouverture vers l’autre.

Nous avons tous joué le jeu, plus ou moins facilement, mais qu’il était agréable d’écrire, d’entendre notre quotidien avec toute l’élégance et la poésie que l’on met dans l’écriture. Aujourd’hui, cet atelier, je le vois comme une opportunité qui m’a été donnée d’exprimer les émotions traversant notre quotidien professionnel ; d’avoir cette chance que l’écrit nous offre d’être sans doute plus vrais, plus sensible et plus juste ; d’être au plus près des personnes que nous accompagnons en allant chercher au plus profond de notre esprit, le détail, le bon mot, celui qui fait la différence. L’écriture du cœur, puisque c’est, me semble-t-il de celle-ci dont il a été question pour donner naissance à notre livre me parait plus accessible, moins fermée aux autres, désacralisée. Il en ressort même un certain plaisir. La satisfaction du travail accompli.

Je m’autorise à être fière par ce que je n’imaginais pas pouvoir faire. Je prends conscience que l’écriture est un indispensable compagnon de route si l’on prend le temps de l’apprivoiser. Un entre deux libératoire qui ouvre au monde, aux autres. Telle la lecture, mais ça, je le savais déjà. »
Françoise Pougeas

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« Quand on a abordé cette formation aux écrits professionnels, j’étais très réticente, je ne voulais pas la faire. Déjà ces mots ne me plaisent pas. Écrire : je ne sais pas ! Écrits professionnels : ça me gave ! Pour moi, c’était mettre des mots stéréotypés pour caser des gens dans des grilles et avoir un semblant de style pour des lecteurs qui ne lisent pas, mais qui calculent.

Puis j’ai découvert des écritures qui m’ont parlé, émue, emmenée. Je me suis aperçue que tous, nous étions capables de faire transpirer les mots dans les textes. Ils nous apportaient le plaisir d’écouter, de voyager chez les uns, chez les autres, pour mieux comprendre les situations, et notre vécu aussi. Nous mettions du nous avant de mettre du eux.

Pour les autres auteurs du groupe, très sincèrement, leurs récits m’ont permis de penser qu’on pouvait travailler ensemble, car ces mots employés, si différents les uns des autres, sonnent tous une même musique – la sincérité, la difficulté, le respect.

Alors, même si je n’ai toujours pas les compétences requises pour devenir écrivain, j’ai su tenir un stylo, c’est déjà bien ! »
Marie-Noëlle Lamotte.

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« Je suis issue d’un milieu modeste, ma famille paternelle est nordiste et nous avons tous entretenu cet accent qui à l’oreille n’est pas aussi joli qu’un accent du soleil, mais il fait partie de nos racines, c’est notre patrimoine. Ma grand-mère maternelle a plusieurs accents qui ne se distinguent pas vraiment. Elle a vécu dans différentes régions et sa façon d’écorcher les mots nous fait grincer les dents, à ma mère et à moi, nous la reprenons souvent – la conjugaison notamment. Mon frère, lui, est un génie ; au lycée il corrigeait même ses propres professeurs de français. J’ai souvent été complexée, par le passé, de l’aisance de mon frère et de ma mère à parler, à écrire. J’aime écrire mais malheureusement j’écris comme je parle, sans poésie, au contraire ! Je n’ai absolument pas confiance en moi quand j’écris, je me dévalorise dès les premières lignes, j’ai pas le niveau qu’il faut, j’aimerais être plus cultivée.

Cependant, mes écrits me ressemblent, ils sont simples, accessibles. C’est assez paradoxal, mais j’aime les mots. Je les trouve beaux, leur sonorité est presque mélodieuse. Lorsque j’écris dans ma vie personnelle, c’est parce que le langage oral ne me permet pas d’exprimer tout ce que je veux. De nature émotive, l’écrit me permet la mise à distance et de ne pas affronter directement le regard et l’expression de l’autre. J’ai beaucoup de pudeur à exprimer ce que je ressens à l’oral. Les écrits restent, peuvent être lu et relus… contrairement à la parole, qui s’envole. »
Audrey

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Rimbaud

« Écrire pour moi, est, comme pour beaucoup d’autres choses, aussi attirant qu’effrayant, aussi motivant que figeant… Les premiers moments de cet atelier ont été un bras de fer avec moi-même : oser montrer, me dévoiler devant ces Autres, mes collègues, que je n’avais pas encore apprivoisés.

Mes écrits professionnels, en tant que psychologue, font appel à un vocabulaire technique, distancié, où il n’y a pas vraiment besoin de se mouiller. En revanche, pour cet atelier, j’ai dû y mettre du mien, mais aussi de moi…

Quoiqu’il en soit, dans toutes formes d’écrits, mes forces d’empêchement sont là : trouver le mot le plus juste, faire des phrases les plus parfaites possibles… Bref, l’idéal de perfection au détriment de bien d’autres choses.

Pourtant, lorsque je relis mes écrits, parfois anciens, j’éprouve souvent de la satisfaction, étonnée d’en être à l’origine.

Il m’arrive souvent de relire les textes que j’ai écrits pendant l’atelier d’écriture, dans des moments de doutes ou de houle. Je les fais également lire, de plus en plus, à mon entourage car je me sens fière de moi et convaincue que le vieux diesel que je suis peut, à son rythme, et en déposant les armes, écrire, tout simplement. »
Sarah

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« Quand nous avons commencé à parler d’un ouvrage sur notre travail, qui plus est rédigé par l’équipe, je ne parvenais pas à me projeter. À chaque séance, je me disais : « Est-ce que je vais être capable de transmettre quelque chose ? »

Au fil du temps et des mots, j’ai apprécié écrire. En fin de compte, je me rends compte que ça n’est pas si difficile (même si quelques barrières persistent encore), et ça fait du bien ! Chaque lecture de texte a permis de partager entre nous, d’amener une approche et une réflexion différentes sur le travail effectué avec les personnes que nous accompagnons. Nous avons laissé libre cours à nos émotions. Maintenant, je me surprends parfois à me sentir fière de mes écrits et cela relève du miracle.

C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai eu des difficultés à supporter les propositions de retouches sur mes textes, alors que ce n’est pas le cas d’habitude. Même si je comprends la nécessité de ces corrections, des sentiments contradictoires font alors surface. Je suis déçue car j’ai la sensation de perdre une partie de mon texte, de ne plus en être tout à fait l’auteure et de ne plus partager totalement mon ressenti. Mais je reconnais que le changement améliore la compréhension de mon écrit et facilite sa lecture. »
Brigitte

musée Rimbaud, Charleville Mézières

Les formations pour écrire un ouvrage sur les pratiques se trouvent ici

Le truc finira bien par tenir en l’air

« Vous voulez tout dire…

… mais il ne faut rien faire sortir. Les choses à dire ne surgissent pas de l’intérieur comme ça, elles sont autour et déjà dehors. Si tu es un arbre, on ne te demande pas de penser ta sève, mais à l’agitation des branches qui augmentent ta taille. Tu rayonnes ; ton image flotte dans les cerveaux de tes proches. Tu as ton caractère, tes lubies, tes odeurs, ton volume sonore ; tu es une petite machine à vapeur, ça s’agite, comme une enfant flou sur une photographie. C’est exactement ce qu’il faut savoir pour réussir immanquablement son livre. »

Olivier Cadiot, j’attendais sans doute un déclic pour l’amener dans mes ateliers, le voici : ça s’appelle Histoire de la littérature récente, Tome I, c’est chez POL.

Olivier Cadiot ? Voici un extrait d’interview dans Libération : Je fais un livre d’abord et j’écrits dedans ensuite : « Il m’est arrivé quelque chose d’étrange, un jour je me suis rendu compte que j’avais perdu mon narrateur. Le « personnage » que j’envoyais en mission depuis plusieurs livres avait disparu. Il est vrai que dans le dernier, Un mage en été, le héros se retrouve explosé dans la nature. Pour tromper l’angoisse, j’ai imaginé au début de ce livre qu’il pouvait s’adresser à moi et me régler mon compte. »

Olivier Cadiot joue / écrit. Sa fantaisie est délicieuse, joyeuse, il travaille avec des fragments d’imaginaire et de langage qui jonchent notre quotidien, les cueille, assemble, explore différents registres de langue… Un plaisir.

Ici, dans cette Histoire de la littérature récente qui n’en n’est pas une, mais plutôt un jeu autour de l’acte d’écrire : une méthode révolutionnaire pour apprendre à écrire en lisant, dit la quatrième de couverture.

« Le truc finira par tenir en l’air comme par miracle — mais ça ne se fait pas en écrivant. Mais en faisant quoi ? En accumulant calmement des erreurs et des remords. Ah on verra demain. Cette agitation, ça fabrique. Mais n’en tirez pas une conclusion générale, ah la littérature, cette négativité — c’est par l’erreur qu’on progresse, etc. Quel ennui. Non, non, on reste optimiste. »

Voilà, c’est dit, je viens avec les livres de Cadiot au prochain atelier en week-end.

On écrira, on jouera, et on verra si bien si « le truc finit par tenir en l’air » !

Cadiot

Écriture et désir

« C’est pour survivre à la violence du monde que j’écris. Pour la réfléchir, dans les deux sens du terme », écrit Belinda Cannone dans Le don du passeur…

… un livre bouleversant. Une fille y dit son amour pour son père. Écrivant, elle restaure la dignité de l’homme qui n’a pas su vivre comme le social l’attend. « J’ai l’impression d’avoir tressé deux brins, lui et moi, soudés par l’amour et par ma reconnaissance. Car je mesure à quel point il a été ma chance. » Sa chance, ce père dont elle ne masque ni la fragilité, ni l’inaptitude à vivre heureux ? « … on est héritier, toujours, des désirs et des peurs, du meilleur et du pire, et puis l’on passe sa vie à faire le tri – garder la force et conjurer les freins, déjouer les loyautés paralysantes – pour atteindre ce qui nous permet de ne pas démériter de l’aventure humaine : la capacité de réinvention permanente. »

Écrire, donc, pour survivre à la violence du monde.

Aujourd’hui, c’est d’un autre ouvrage de Belinda Cannone que je viens vous parler, espérant — après avoir reçu tant de vif désir de cette lecture –, vous en passer un peu.
L’écriture du désir est un récit d’amour — de l’écriture, de la lecture, de la littérature : « le désir de connaître que les romans manifestent, et qui nourrit la lecture. Ce qui compose l’étrange et sinueux tracé de la littérature et de notre existence. »

Je suis faite des livres que j’ai lus. Je tiens debout grâce aux textes que j’ai écrits. Tout ça palpite et s’accroît lorsque j’ouvre un livre qui me fait signe — l’insatiable curiosité pour la monde, la vie, être femme / homme désirant dans le monde aujourd’hui.

« L’expérience de la lecture, comme celle de l’écriture, est celle d’une rencontre vive. Écrivant, je m’abouche au monde, je l’étreins, je me laisse étreindre, je chante. Lisant, je rencontre une pensée, une vision (…), j’ai l’illusion fructueuse de présences – les personnages. De cette rencontre naissent connaissance, plaisir et émotion. »

Belinda Cannone a souvent écrit autour du désir. Du désir et de ce qui l’empêche — les freins, ce qui nous confine dans la recherche du même et nous retient d’inventer, d’être vivants. Le désir…

« Nous émerveiller de notre présence au monde, du désir qui nous meut et nous change et nous fait chanter… »

« Aujourd’hui, toujours, le roman nous enseigne à vivre.
Ainsi je découvre le monde, le roman me le fait connaître car il m’enseigne ce qu’est y être sujet et aucune expérience réelle, fût-elle riche et pleine et comblée, ou aventureuse et surprenante, aucune expérience, parce qu’elle est nécessairement limitée, ne peut donner à éprouver et à comprendre le millième de ce que la lecture nous apprend. »

« Le roman est « une région du monde à part entière ». La visiter (lire) nous fait vivre une expérience. Par ce mot qui désigne l’implication de l’être dans un endroit de l’univers à un moment donné, implication telle qu’il en éprouve des émotions et qu’il en sort enrichi, agrandi d’un savoir, d’une aptitude, d’une connaissance, je distingue la littérature de la philosophie. (…) En lisant Proust, j’apprends cent figures de l’amour, du désir ou de la jalousie que je ne vivrai jamais. Proust ne m’indique pas comment je devrais agir. Il décrit des situations. La connaissance que m’apportent ces situations me permet de traverser ma propre existence avec les yeux mieux ouverts. »

Les yeux mieux ouverts… il s’agit bien là de renaissance et de désir. De cette soif de connaître et de comprendre que je vois croître dans les ateliers que je conduis, une fois qu’écrire a montré combien l’usage régulier de la langue peut aider à questionner, chercher, construire… Alors se trouve, dans l’écriture, ce qui fait ma joie dans la rencontre des livres : un auteur s’en remet au langage pour répondre à une question essentielle, trouver une clé.

« seule l’intuition préexiste à l’acte d’écrire. Les mots sont l’idée. Sans mots, pas d’idée. »

J’ai ouvert deux ateliers depuis l’été. L’un avec des auteurs confirmés, l’autre avec des personnes qui se sont engagées dans un chantier au long cours. Chaque fois, la sensation du désir comme d’un souffle dans les voiles de l’atelier — grâce au soutien du groupe, à la présence des lecteurs bienveillants et avertis.

« Allons travailler. Car face au doute se dresse le grand désir qui entraîne la coque légère dans son flux puissant et qui dit : Va ! Tu passes entre les astres, et même si ton passage ne laisse pas de trace, ou à peine un souffle léger, une brume, une note impondérable, que ta danse soit joyeuse, flamboyante, et belle. »

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Utagava Kunisada II, Dit du Genji, ch 9
Fondation Van Gogh, Arles

Avec Pierrette Fleutiaux

« Cette vivacité, cette impétuosité que peut avoir ma mère ! L’insatiable curiosité de la petite villageoise pour le vaste monde. Et la tendresse pour les embarras des exilés. »

    « Enfant, elle parlait le patois de son village, qui n’était pas le même exactement que celui du village voisin, une langue des frontières occitanes où les mots latins étaient encore très reconnaissables mais dont les déclinaisons s’étaient écrasées au fil des siècles sous le long meulage des travaux et des jours de la vie paysanne. »

C’est la voix de Pierrette Fleutiaux dans Des phrases courtes, ma chérie. L’auteure accompagne sa mère jusqu’à la fin de sa vie, elle écrit cette traversée.

    « Avec les gosses des autres villages, elle faisait chaque jour plusieurs kilomètres à pieds pour se rendre à l’école du bourg. Dans cette école, comme sur tout le territoire de la république, on parlait français. Toute rechute dans le patois était interdite. Elle n’a pas ouvert la bouche jusqu’à ce qu’elle sache former des phrases absolument correctes. L’institutrice s’était inquiétée de ce mutisme, ses parents aussi. Interrogée, sollicitée, ma petite mère ne livra jamais son secret. Peut-être ne savait-elle pas elle-même ce qui lui clouait ainsi la langue. Apprendre le français, avant toute chose. C’était la première porte de toutes celles qu’elle a dû forcer. Mais, contrairement à ses petits camarades du village, elle a su que c’était une porte essentielle, celle qui conditionnait l’ouverture de toutes les autres. »

J’aime lire ce texte lorsque je mets la focale sur la question de la langue, en atelier. Disparition des langues maternelles qui ont historiquement permis l’usage de la seule langue française sur le territoire… L’idée de cet épuisement, dont parle Pierrette Fleutiaux au sujet de sa mère, accompagne ceux qui peinent à affermir leur propre langue dans l’écriture — à trouver une musique et des mots qu’ils reconnaissent comme leurs.

    « Je pense que c’est là, dans la petite classe de l’école primaire du bourg, que ma mère a commencé son harassante entreprise de conquête. Rien n’irait de soi, il faudrait gagner de haute lutte, toujours. En elle, une toute petite enfant ne cessait de se hisser hors de la langue maternelle. On ne devine pas ce que c’est ce hissement perpétuel, chez ceux qui portent au cœur de leur chair une langue d’enfance qui est une langue méprisée. Chez certains, il a pour effet secondaire la violence. Chez ma mère, c’était l’épuisement. »

Écrire… il me semble connaître la nécessité de ce hissement, et vous ?

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Écrire contre le chaos

« Aujourd’hui encore j’ai le sentiment qu’écrire remet de l’ordre dans le chaos de mes pensées…

… Et dans le chaos du monde par la même occasion. »

Ainsi répondit Philippe Djian à la question Écrire, pourquoi ? posée par Catherine Flohic alors créant les Éditions Argol. Ouvrage déjà cité ici avec la réponse de Colette Fellous.

Écrire contre le chaos, dit Djian, lui qui nous tient constamment en haleine — sans concession au bord du vertige.

Sur l’écriture, dans Lent dehors :

    « Bien sûr qu’ils vont compter tes adverbes, tes malgré que, et mesurer la taille de tes ellipses… c’est leur métier… Mais toi, tu n’es pas en train de te couper une robe de soirée, tu écris un livre ! Ne t’occupe pas de ce qu’on écrit sur toi, que ce soit bon ou mauvais. Évite les endroits où l’on parle des livres. N’écoute personne. Si quelqu’un se penche sur ton épaule, bondis et frappe le au visage. Ne tiens pas de discours sur ton travail il n’y a rien à en dire. Ne te demande pas pourquoi tu écris mais pense que chacune de tes phrases pourrait être la dernière. Laisse le gratter à la porte, il va se fatiguer, ou veux tu que j’aille lui parler cinq minutes ? »

Le goût des mots

Dans « Le goût des mots », Françoise Héritier explore les origines sensuelles du langage.

Elle nous invite à retrouver l’étonnement de l’enfance qui découvre les mots à travers leur sonorité, leur matière… Une exploration toute intime de ce qui fait le goût de l’existence.

« Je distingue trois catégories de mots. Dans la première, courante, ingénue, sans surprise, sont rangés tous les mots dont la sonorité colle à la chose. Cela va de « vache », « éléphant », « bassine »… « sarcasme », « rugir », « atermoiement », « criard », « épouvante », « efficacité », « écrabouiller », « rabrouer », « absolu », « limpide », « cavalcade », « miracle », « savoureux », « s’esclaffer », « s’ébaudir »… Le réel est bien là. Les mots sont là pour le décrire tout entier. Dans la deuxième catégorie, celle de la sidération, viennent les mots qui ne ressemblent pas à la chose, qui ne lui vont pas, qui basculent dans l’étrangeté. Pour quelle raison ?

J’ai ainsi avec le mot « armoire », aux résonances profondes, sombres et soyeuses, semblables à celles de la massive chose bourguignonne doublée de faille jaune safran de mon enfance, un rapport de doute, d’inquiétude et d’émerveillement. Par quel miracle ce mot peut-il désigner ce simple meuble de bois à ranger le linge, alors que sa sonorité et son écriture évoquent tout autre chose ? Le « ar » dur et grave ouvre sur des profondeurs pleines de danger qui terrorisent et excitent l’enfant en même temps que grincent les gonds de l’armoire, cet enfant qui sait que, s’il plongeait dans l’inconnu du précipice ouvert devant ses yeux, il se retrouverait dans un monde opaque où tout, même l’horreur, se devine à tâtons. Heureusement, il y a ce « moire » qui ouvre sur la possibilité d’une divine lumière, et, dans les reflets de l’eau qu’il projette, gîtent toutes les douceurs de l’été des temps bénis où on ouvrait en frémissant l’armoire bourguignonne de grand-mère.

Ainsi, « armoire » ne peut pas seulement dire ce qu’il dit.

Et la troisième catégorie ? C’est celle, qui m’est propre, de tous les mots qui ont d’emblée pour moi un autre sens que celui qu’ils ont ordinairement. Ils sont nombreux. (…) »

La lecture de ce goût des mots a éveillé mon désir de proposer à chacun, dans mes ateliers, de chercher à son tour les richesses de l’univers intime qu’il porte.

Manosque, septembre 2012