Oser les ateliers

Sommes-nous tous doués pour écrire ?

… me demandait Sophie Nouaille dans l’émission En quête de sens, le 3 mars 2017, sur Radio Notre Dame.
A cette question pour le moins abrupte, j’ai répondu d’une façon qui le fut tout autant : « écrire est d’abord une question de désir, c’est aussi un travail ».

Vous qui d’habitude me lisez sur ce site, pendant 20 minutes vous pouvez m’écouter parler des ateliers ici :

Les ateliers : comment ils soutiennent le désir d’écrire, permettent d’oser, de se lancer à creuser son propre sillon dans le grand champ de la littérature actuelle — celle qui s’écrit aujourd’hui.

Écrire — les personnes qui viennent dans mes ateliers le savent — c’est d’abord saisir quelque chose qui est en soi et qui n’a pas encore trouvé forme dans les mots ; le saisir et le porter à la page. Ensuite, on donne forme de texte à ce que l’écriture a saisi.

L’atelier est un espace de création, on y chemine, on y invente des histoires pas à pas ; on met des personnages en scène, on se demande quelle histoire on aimerait raconter avec ces personnages — quelle histoire on serait seul à pouvoir raconter –, alors on écrit une première scène, puis une deuxième… chacun crée quelque chose et c’est le grand plaisir des ateliers.

Ce qu’on apprend, dans l’atelier, c’est qu’il y a deux actes dans écrire. Le premier est jubilatoire — on y va, on travaille le langage comme une terre glaise, on invente des mondes… ensuite on se met au travail, on cherche le mot juste, la musique des phrases — on travaille la phrase jusqu’à ce qu’elle ait saisi ce qu’on cherchait à dire, on apprend aussi à ménager l’intérêt du lecteur, à maintenir son intérêt en travaillant le suspens, à faire dialoguer écriture et lecture

Pourquoi j’aime ce métier ? L’écriture est si singulière, si personnelle — dans l’atelier, deux personnes ne raconteront jamais les mêmes histoires à partir d’une même proposition — c’est ça qui est passionnant.

Dans l’atelier, on écrit parce que quelqu’un est là, qui demande l’écriture. On écrit pour répondre à cette demande, et pour les lecteurs qui sont autour de soi, à qui on va lire son texte et qui feront des retours. Faire des retours, ça s’apprend. On apprend à dire l’émotion qu’on éprouve en entendant un texte, on donne la fierté des premiers jets, les retours soutiennent, ils aident à faire évoluer les écritures.

L’écriture n’est pas une question de volonté, elle vient de façon intuitive. Les participants racontent qu’ils sont traversés par une sorte d’élan et découvrent le bonheur de se laisser embarquer.

Inventer quelque chose avec la langue, chercher le souffle d’une phrase, puiser dans ses expériences pour caractériser des personnages… ça fait du bien, d’écrire, il y a la joie de l’invention et de la construction, créer du sens, écouter le monde en soi, donner une lecture du monde tel qu’on le perçoit et l’éprouve.

Enfin, Sophie Nouaille me demande comment l’on s’inscrit dans un atelier. Je parle de l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture. Je parle aussi des ateliers au long cours, qui accompagnent dans l’écriture d’un récit long, sur deux ans — récits, romans, fictions d’inspiration autobiographiques… Les ateliers Chantiers.

Faire écrire des fictions ?

« Vous verrez qu’on peut raconter une histoire d’amour, une enquête criminelle ou une chronique familiale de mille manières différentes et que ce n’est pas la nouveauté de l’histoire qui compte, mais la manière dont on la raconte. »

C’est Martin Winckler, cet amoureux-raconteur-d’histoires dans l’enjeu de la narration.

Martin Winckler fait partie des compagnons auteurs qui m’ont entourée ces dernières semaines tandis que je préparais le programme des ateliers.

Un premier atelier : l’atelier commencer un récit long.
Perec y rejoint Winckler pour l’amour des histoires « qui se dévorent à plat ventre sur son lit. »

Perec, qui a inspiré Winckler, qui vous inspirera à son tour tandis que je vous écouterai écrire.
(Oui, sans doute est-ce cela qui fait ma posture lorsque je vous accompagne dans l’écriture en atelier : je vous écoute écrire.)

Cette écoute, (accompagnement et traversée) — outre un goût profond pour l’art et mon expérience de la psychanalyse –, cette écoute s’est construite depuis mon amour immodéré pour les histoires qui nous disent les hommes et le monde dans le silence des livres.

Enfin. Avant d’accéder aux voix qui parlent dans le silence des livres, il y eut un passeur ; un passeur et une voix — la voix de mon grand-père me lisant les histoires des frère Grimm (ces collecteurs de légendes), le soir dans la maison du Nord où nous passions ensemble l’été.

La journée, il y avait l’espace immense des plages du Nord et l’attente de la voix qui raconterait, le soir, les histoires qui font le monde habitable, intelligible.

C’est encore Winckler. Il dit que les livres le consolent, l’éclairent, le fortifient.

Avec Winckler, avec Perec et bien d’autres — je vous invite à écrire des fictions qui nourriront notre plaisir d’écouter les histoires qui naissent dans le silence des livres.

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