Écrire le voyage en Voix vives

Chaque jour, à Sète, pendant le festival des Voix vives…

… chaque jour, entre le ciel très bleu et le bleu profond de la mer, lectures et rencontres portent haut les voix des poètes dans les ruelles et sur les places, dans les jardins ou sur le port — parfois sur un bateau au fil de canaux.

Cette année, nous écrirons le voyage. Votre voyage en Voix vives tressé des voix des poètes ? D’autres voyages dont les souvenirs s’éveilleront au contact de la Méditerranée ? D’autres voyages encore, plus intimes — intérieurs ? L’atelier vous invite à chercher comment le voyage résonne en vous, à écrire à partir de ces traces et expériences sensibles.

L’atelier offre un espace de création littéraire à l’écriture du voyage. Explorant ce que le voyage permet d’écrire, vous chercherez quelles formes de narration appelle votre propre voyage : entre fragments, récit ou carnet de voyage.

Le matin, vous flânez dans le festival et trouvez votre endroit pour écrire en dialogue avec la proposition que je vous ai donnée la veille.

L’après-midi nous nous retrouvons près de l’eau, un peu en retrait de la foule festivalière, sur la pittoresque Pointe Courte filmée par Agnès Varda, près de l’étang de Thau. Nous nous réjouissons ensemble des horizons et es mondes que nous rencontrerons dans vos textes, et préparons la cueillette du lendemain.

Le soir, si le désir nous y pousse, nous prolongeons la journée par un repas dans l’un des lieux du festival, près des canaux, à la Pointe courte, dans un jardin, ou en hauteur, d’où l’on voit la mer, le port, et même l’étang de Thau.

Nous terminerons ensemble l’atelier par la soirée de clôture du festival, le samedi 28 juillet, dans le parc Simone Veil où, l’année dernière, avait eu lieu cette rencontre.

Une chambre d’exploration

J’ai toujours aimé les cartes

Les regarder, les rêver ; projeter un trajet en le repérant sur la grande Michelin, la garder dépliée sur le siège passager pour y suivre la route, étape après étape. Passer du tracé à plat des routes à l’expérience en relief des paysages traversés. Me perdre, au volant d’une Deux-chevaux jaune bouton d’or, aux confins entre la Grèce et l’Albanie et me trouver nez à nez avec un garde armé au regard et à la posture très redoutables parce que, malgré le caractère détaillé de la carte, il restait difficile de déchiffrer les noms écrits en caractères grecs, non traduits à l’époque dans ces lieux reculés – le sont-ils aujourd’hui ?
Maintenant que je ne sillonne plus les routes du monde en voiture, reste l’appel à la rêverie qu’éveillent les plans, les cartes.

Je ne suis pas la seule. Parmi les écrivains qui nourrissent leurs projets en s’inspirant de plans et de cartes, Jean Echenoz raconte que, pour écrire un roman, il part de l’idée d’un lieu, d’un paysage, d’une entreprise… Jean Rollin, lui, part aussi de cartes et de plans – de « tout un fourbi de tas de choses accumulées », dit-il – et ne commence à écrire qu’ensuite.

Il y a aussi Patrick Modiano, qui tisse pour ses romans de forts ancrages dans le Paris de ses souvenirs, le Paris arpenté, le Paris de ses fantasmes. (J’ai déjà raconté ici m’être inspirée de son œuvre pour un atelier Écrire avec Modiano dans le jardin haut perché de Belleville.)

Modiano qui fait revivre des quartiers de son passé à travers des personnages qui y ont vécu ; qui pense que les lieux gardent l’emprunte de ceux qui les ont traversés – « Si je passe ici je peux entrer en résonance avec eux » ; qui imagine, dans Fleurs de ruine, que les rues et les boulevards de Paris « sont comme l’étang […] au fond duquel se déposent, par couches successives, les échos des voix de tous les promeneurs qui ont rêvé sur ses bords. L’eau moirée conserve pour toujours ces échos…»

Vous voyez la rue Beccaria, à côté du marché d’Aligre, sur cette carte du 12° arrondissement ? Nous y étions, hier et avant-hier, pour l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture, quatre participants et moi, la passeuse – l’animatrice.

Dans cet atelier, j’aime proposer de véritables expériences avec l’écriture. C’est à dire donner aux imaginations des uns et des autres le temps pour qu’elles se déploient, et leur proposer des formes qui permettront ce déploiement.

J’ai donc proposé à Marie-Noëlle, Sarah, Sylvie et Gilles d’explorer les lieux qui leur étaient familiers – de les écrire sous forme de trajets, puis d’y placer des personnages, et de tisser le récit d’une rencontre en tressant l’histoire avec les noms – de rues, de commerces, de lieux, etc. – qu’ils avaient auparavant collectés.

Nous avons donc joué, avec Modiano, à devenir écrivains enquêteurs. Modiano qui, écrivant Dora Bruder, sort de l’oubli une jeune fille juive déportée pendant la guerre, une jeune fille anonyme, dont le monde aurait sans lui perdu la trace.

Nous n’étions pas dans le Paris de la guerre, mais en mars 2018, rue Beccaria, dans le 12° arrondissement de Paris. Par la vitrine donnant sur rue, je regardais, tandis qu’ils s’aventuraient dans leurs histoires, la neige tomber.

J’écrivais hier soir, revenant de la rue Beccaria, et m’inspirant de L’éloge du risque d’Anne Dufourmantelle, que l’atelier est une chambre de rêves et d’écriture. J’ajoute, en souvenir des textes entendus hier en fin d’atelier, qu’il est aussi une chambre d’exploration.

Aller à la page de l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture

Une chambre de rêves et d’écriture…

Quelle belle métaphore pour l’atelier à venir !

« On aime dire : j’ai gagné du temps, comme si ce gain pouvait nous satisfaire […] Ce gain imaginaire, il se distille partout, mais insensiblement, en nous faisant croire que nous disposons d’un surcroît de désir. Projetés dans le faire, dans l’accumulation de biens et l’agitation de vies urbaines soumises à des rythmes et contre-rythmes multiples, nous nous séparons insensiblement de nous-mêmes. A l’opposé de ce mouvement qui nous porte à l’écoute, cette écoute flottante que l’on peut avoir pas seulement dans un cabinet d’analyste mais dans l’existence, et qui, proche de la méditation, serait une manière d’envisager le réel sans violence mais en s’y laissant affecter. Dans ce mouvement, en effet, il y a du temps perdu. Inévitablement, c’est-à-dire de la flânerie, de l’ennui, de l’insomnie, tous ces intervalles qui ne servent à rien et pourtant se traduisent en état d’être, en inquiétude, parfois en errance. […] Loin que le temps nous soit intérieur, c’est nous qui habitons le temps, c’est nous qui nous déplaçons en lui, comme dans un milieu virtuel où coexistent, dans une profondeur obscure, tous les degrés de la durée. Se laisser flâner au hasard, se perdre dans une ville que pourtant on connaît […] oublier un rendez-vous, prolonger l’insomnie jusqu’au matin, se réconcilier pour un temps avec nos fantômes – sont autant qu’on arrache à une économie des liens qu’on voudrait régler autant que notre « emploi du temps » ; et cette incapacité éprouvante de nos heures nous ramènera insensiblement vers la petite enfance, les temps du jeu et de l’éveil, des cabanes et des fous rires, vers l’inquiétude aussi, quand le temps s’étirait aux confins du jour dans une projection insaisissable de durée. Que veut dire demain quand on a quelques mois ? Demain comme hier est un continent où la promesse, « je reviendrai » est le seul point fixe (la voix, l’invocation) qui fait sens pour l’enfant, lui donnant la force d’attendre et de faire de ce temps de l’attente, un refuge, une chambre de rêves et d’écriture d’où il peut explorer le monde. »
Anne Dufourmantelle, Éloge du risque

Oui, l’atelier est bien un temps où flâner au hasard des mots — un temps dédié à la rêverie et au jeu qui ouvrent les portes insoupçonnées de l’écriture.

Voir Prendre soin des écritures avec Anne

Prendre soin des écritures avec Anne

Relire les livres d’Anne irrigue et déplace la préparation de l’atelier

« Prendre soin
Faire les gestes appropriés pour endiguer la maladie, refermer la plaie, apaiser la douleur : le soin est associé depuis le début de l’humanité à la douceur. […] La douceur suffit-elle à guérir ? Elle ne se munit d’aucun pouvoir, d’aucun savoir. L’appréhension de la vulnérabilité d’autrui ne peut se passer pour un sujet de la reconnaissance de sa propre fragilité. Cette acceptation a une force, elle fait de la douceur un degré plus haut, dans la compassion, que le simple soin. Compatir, « souffrir avec », c’est éprouver avec l’autre ce qu’il éprouve, sans y céder. C’est pouvoir se laisser entamer par autrui, son chagrin ou sa douleur, et contenir cette douleur en la portant ailleurs. »
Puissance de la douceur

Histoires de douceur, histoires de secrets, histoires de risques… Quels thèmes viendront irriguer les écritures, approfondir les personnages, dynamiser les récits qui naîtront du travail de l’atelier ?

Le secret d’une personne, « ce peut être une atmosphère, une couleur un lieu, une manière d’être. Sa manière de se tenir, d’aimer, ses lectures, ses lieux de prédilections, ses amis. Ce secret non gardé par lui bien au contraire le garde, c’est-à-dire le protège. Il est une tonalité, une musique particulière. Une signature. »
Défense du secret

Il s’agira, comme dans tous mes ateliers, de prendre soin des écritures, pas à pas, proposition après proposition, en espérant que quelque chose inconnu survienne, dont on ne prendra connaissance, comme l’écrit Anne, qu’après-coup.

« Dans la création, il est tout le temps question de ce dispositif logé en avant de soi et qui nous informe, en quelque sorte à notre insu, et se dépose sur la toile, dans la partition ou sur la page avant même que notre conscience s’y attarde ; elle n’en prendra connaissance qu’à la relecture. »
Éloge du risque

Voir l’invitation à écrire avec Anne

Préparation de l’atelier Écrire avec Anne

« La vie n’est pas le moi ni même notre existence. Elle est « or » ou « source ».

Obstruée (la source), enterré (l’or), déterminant notre existence, fléchissant nos actes, armant nos intentions, irriguant nos pensées, sans que nous y ayons accès. Et pourtant c’est nous qui menons la danse. Cette vie est la nôtre, et dans la méconnaissance radicale de notre désir, il y a tant de souffrance. Et si peu de liberté. Il est donc urgent de l’entendre, cette vie secrète, de reconnaître sa ligne de chant dans le bruit ambiant, de dégager son rythme, sa puissance, sa tonalité, sa singularité, pour n’être plus – comme le dit souvent la langue française – soi-même « au secret », c’est-à-dire au cachot. »
Défense du secret

« Nous avons été des enfants érotiques et nous ne le savons plus.

Nous avons goûté le monde, nous avons touché et été touchés, nous avons écouté un bruit jusqu’à ce qu’il se confonde avec la nuit et nous enveloppe comme une voie lactée merveilleuse, nous avons bercé une feuille d’herbe, un caillou, un mot, des tas de choses impossibles à bercer, nous l’avons fait, nous avons traqué sous nos paupière à demi-closes un signe de vie à l’envers, nous avons construit des passages, des signes, des alphabets, nous avons essayé de comprendre, dos à l’énigme, et de nous raconter des histoires pour être moins effrayés. Et nous avons oublié cela. Cette énergie folle dépensée pour rien, pour quelques sensations fugitives et brûlantes restées sous la peau comme des augures non déchiffrées. »
Éloge du risque

Un atelier ouvert

Cet atelier, j’en ai souvent parlé ici : l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture 

Il est si difficile de ne pas porter un jugement négatif sur ses productions lorsqu’on écrit ! L’atelier est le lieu où l’on cherche sa langue dans la confiance instituée par l’écoute bienveillante et le respect qui fondent les relations entre les participants.

« L’atelier m’abreuve de cette confiance qui me fait si souvent défaut », disait une participante ce jour où j’ai recueilli des paroles d’ateliers.

Oui, dans l’atelier les mots se cherchent, se posent, s’ajustent jusqu’à ce que, soudain, ou petit à petit, une scène, ou un personnage, ou un événement, ou une pensée, prenne corps dans une langue, ou surgisse dans un texte alors qu’on en ignorait l’existence le matin même.

Très vite, l’atelier devient ce lieu de l’improvisation où l’on se laisse surprendre par l’envie de dire, de raconter aux lecteurs du groupe — car, très vite, on sait que les lecteurs respecteront le texte qu’on leur lira, qu’ils l’attendent, même, car on est là pour ça.

Toi, tu as cette langue ?

L’accompagnement aide à cheminer, à oser. Il est ouvert au monde, aux histoires, à la littérature qui s’écrit aujourd’hui, aux langues qui se cherchent dans le geste d’écrire.

Jouir d’un espace de liberté et d’invention, ne serait-ce qu’un week-end, est si rare, n’est-ce pas ; alors pourquoi pas essayer ?

Peut-être raconterons-nous des histoires de trucs qui finiront bien par tenir en l’air, en s’inspirant d’Olivier Cadiot ; peut-être s’agira-t-il d’écrire des histoires à travers le monde, en dialogue avec l’oeuvre de Laurent Mauvignier ; peut-être encore vous proposerai-je d’inventer des histoires de Tumulte, avec François Bon et les livres que vous aimez ? Peut-être aussi écrirons-nous à partir de cartes, en dialogue avec l’oeuvre de Modiano ?

Nous assisterons sûrement, quoi qu’il en soit, à l’éclosion des écritures, et nous nous aventurerons en exploration des ouvertures infinies de ce qui peut s’écrire en dialogue avec la littérature.

Aller à la page de l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture

Chantiers d’histoires

Dans l’atelier Chantiers, on commence par dessiner des esquisses

Les projets ont cheminé pendant l’été ; ensemble on avait ébauché les histoires, construit quelques personnages, imaginé ce que ces histoires et personnages pourraient bien signifier, cherché des thèmes, lors de l’atelier Commencer un récit long.

On ouvre donc un nouvel atelier Chantiers, ce mois d’octobre 2017. Je propose, avant de se rencontrer en première séance d’atelier, d’envoyer un aperçu de son projet à ceux qui deviendront les lecteurs du groupe. Comme souvent dans l’atelier, on s’inspire d’une forme explorée par les écrivains pour nourrir l’inspiration. Ici, il s’agit d’une déclaration d’intention, trouvée sur le blog d’un grand amoureux de la narration, Martin Winckler.

« L’histoire se passe et à Paris et en province, à Lille peut-être, c’est à revoir. Dans les années 70/80, avant le numérique. Je veux dire qu’en matière de photo, on est à l’argentique. Car la photo et le théâtre sont ici supports de l’action.
Ce que je cherche à dire ? je ne sais pas bien. Une envie de parler de la relation humaine, de la personne dans ses liens sociaux, socioculturels, amicaux, familiaux, je ne cherche pas à parler de politique mais à évoquer le féminisme, une évolution sociale à travers des conflits de génération, parler des blessures intérieures qui font la personne. »
Odile

Le projet peut être encore un peu flou, à cette étape, mais on le sait : c’est en écrivant qu’on découvrira où l’écriture nous entraîne…

« Diane fait un reportage sur la résistance des arbres à la sécheresse dans un pays du Sahel. Elle suit un groupe de chercheurs forestiers en mission pour cinq jours. Nous sommes dans les années 90, dans un pays d’Afrique de l’Ouest indéterminé.
Dans ce livre, je voudrais raconter l’Afrique, bien sûr, ses conditions de vie si particulières, la recherche agronomique tropicale avec les drôles d’énergumènes qui la pratiquent, le métier de journaliste, et plus largement l’écriture.
C’est à travers l’étude de ces arbres résistants, et grâce aussi à la rencontre d’un certain Robert, que Diane va peu à peu remettre en question les voies qu’elles s’étaient choisies, quitter le sacrifice pour aller à la recherche de ce qu’elle a vraiment envie de faire. Le chemin va être aussi dur sur le terrain que dans sa tête. Et le terrain, en Afrique, c’est quelque chose ! »
Florence

On a maintenant un monde, des personnages, une ébauche d’histoire… on tente de tricoter tout ça avec ce qu’on cherche à y mettre de désir, de questions sur la vie, sur l’humain.

« V. n’est pas un mari modèle, ni un père modèle, ni un employé modèle. Il serait plutôt quelqu’un qui se tiendrait en marge, plutôt un loup solitaire contrarié… Quelqu’un d’aidant certes, vis-à-vis de son entourage et de ses collègues, mais qui ne souhaite pas se retrouver en situation d’être aidé.
Et lorsque, dans la grande banque dans laquelle il est employé, V. commence à poser des questions sur des règles de fonctionnement qui n’étaient jamais remises en question par ses collègues, eux-mêmes employés modèles, de vrais loups dans la meute, alors il pose un problème à chacun. »
Philippe

Les projets sont nourris des expériences personnelles, mais on ne s’attardera pas sur la dimension autobiographique : ici, c’est la vérité des histoires racontées qui requerra notre soin.

« Écrire l’histoire d’une enfant pas comme les autres à travers les points de vue de différentes personnes de son entourage.
Dans un premier temps, on ne saura ni l’âge ni le prénom de l’enfant, on l’appellera « la petite ». Elle ne parle pas, elle crie. Tout ce qui l’entoure l’effraie, elle casse les objets, tape et tire les cheveux des autres enfants, se précipite sur les adultes avec violence. Elle court tout le temps, se cache, elle n’a aucune limite, aucune conscience du danger. […] Ses parents, les docteurs, le personnel du centre qu’elle fréquente en journée, tout le monde dit qu’elle est « trop petite pour son âge » ».
Solange

Comment faire parler une enfant qui n’est pas inscrite dans le langage ? On travaillera les point de vue, les voix de la narration. On s’inspirera, comme toujours, des travaux des écrivains.

« Glisser hors du monde. Ce qu’on peut faire d’une vie qu’on ne supporte plus… se suicider… la changer… en changer… partir. 10 000 personnes disparaissent chaque année au Japon, volontairement et quelques milliers en France. […]
Le Japon, un jeune homme, un transgenre, des disparus, un neveu en quête, une Japonaise disparue en fin de vie… un chien charmant, une belle maison dans les bois en France, des vilains secrets datant de la guerre de 1945 au Japon, des crimes de guerre, des hontes, des hantés, des fantômes…
Ce serait un roman avec des personnages qui ont disparus et ceux qui restent et un qui cherche… une quête, des histoires de familles, des secrets, des hontes, la guerre, le Japon, la France, un homo tué par des homophobes un soir dans une ville de province, un homme qui est une femme ou pas ou ni l’un ni l’autre, un chien, important, sans doute un ou plusieurs chats traverseront la scène… »
Brigitte

Quelle formes, originales et singulières, trouveront chacun de ces projets dans le cheminement de l’écriture ? Nul ne le sait encore.

« Mise en fiche, le personnage « possède » : Un métier de conseillère d’orientation dans un lycée urbain, et une reconnaissance due à une ancienne activité de journaliste. […] Un rêve : offrir beaucoup plus d’aide aux jeunes que l’institution propulse vers des voies non choisies.
Elle a un lieu à créer, et vite, une « chambre à eux », un lieu, un temps, un regard pour tous ces hésitants aux yeux éteints, rebelles sans rébellion ni boussole. Un lieu où ils seraient entendus, confortés, guidés, « réalisés » : (re)mis dans le réel, face à la route, en chemin vers leurs désirs, sans culpabilisation ni menace.
Refuser le raisonnable et renoncer au confort que la maladie lui fait croire vital depuis une trentaine d’années. Et si c’était l’inverse, si la maladie se révélait soluble dans le risque ? »
Anne

Ces projets seront déplacés et remaniés autant que l’écriture le demandera – c’est elle qui ouvre la voie. Elle invente, surprend, détourne, cherche… Parfois elle peine, et parfois jaillit, forte d’une forme neuve qui se trouve, s’impose.

Découvrir d’autres récits de l’atelier Chantiers, ici.

Pluie de poèmes sur Sète

Le soir, après avoir lu la cueillette du jour à l’atelier, nous quittons la Pointe courte pour rejoindre le festival des Voix vives.

« Le poème est lui-même un chemin »
Horia Badescu, Grèce

« J’écoute d’une oreille tendue vers la nuit marchant écartant la brume de mon propre cœur »
Enan Burgos, Colombie

                                 

« Greffer la vie avec espoir au vent fou du jour suivant »
Estève Salendres, France

 

« La poésie se définirait-elle comme un cadran solaire, cadran des solitudes, zone libre, chant bleu, appel de la forêt et de la nuit ? »
Luc Vidal, France


« Si nous plantons des balles, que poussera-t-il dans la terre ? »
Nasser Rabah, Palestine

 

« Aujourd’hui encore, parfois, tu peux avec la clé d’un simple trèfle ouvrir le monde »
Yannis Rítsos, Grèce

 

« Ne refuse pas l’infini, son goût d’ailleurs, sa démesure »
Colette Gibelin, France

 

 

« Et tu m’avais dit qu’il faisait doux à l’intérieur des mots »
Marianne Catzaras, France

« Dans chaque silence mûrit un mot, dans chaque parole, un silence »
Horia Badescu, Roumanie

« Je n’avais aucune arme, seuls mes rêves m’accompagnaient »
Salah Faïk, Irak



« Le temps erre, et tu ne peux pas le voir »
Roland Pécout, France

 

 

« Il ne reste que des espoirs à faire voler avec nous »
Charles Flores, Malte

 

« Tout n’était que fanfare, le noir aussi était de l’or »
Rino Cortiana, Italie

 

« La lumière invente encore notre regard, l’arbre invente un autre nuage »
Luiz Mizon, France/Chili

 

 

Oui, il pleuvait hier soir des poèmes sur Sète et la lumière était dans tous les yeux.

L’élan donné

Oui, sans doute s’agit-il de cela, donner l’élan d’écrire — sans doute est-ce à ce jeu que j’invite celles et ceux qui rejoignent mes ateliers.

Donner l’élan, donner un cadre aussi — qui permet de tracer progressivement les limites d’une histoire en inventant comment on va la raconter.

Dans l’atelier, on ne sait pas à l’avance où écrire nous entraînera mais on y va, texte après texte : on cherche et la pratique de l’écriture donne progressivement une forme concrète aux différents projets…

Quelle est l’histoire ? Qui sont les personnages ? Qui est le narrateur ? On commence, ensuite on précise ; on invente les personnages qui feront vivre l’histoire, on cherche comment le narrateur raconte l’histoire, on se demande aussi pourquoi il la raconte…

— Oui, il peut y avoir plusieurs narrateurs, mais alors qu’on les entende, que chaque voix vienne éclairer l’histoire selon son propre point de vue.

Toute histoire devient possible dans l’atelier et c’est heureux, on est dans le grand champ de la littérature, on découvre les espaces, les édifices construits par ceux qui nous précèdent, on s’approprie les outils — il arrive qu’on se donne un coup de marteau sur les doigts mais c’est le métier qui rentre, disait mon grand-père. Le vôtre aussi ?

Trois jours vivifiants, direz-vous en fin d’atelier. De bonnes ondes dans le groupe, un mélange harmonieux, paisible, l’ambiance propice, la bienveillante écoute. Oui, forts de ces relations soutenantes vous avez exploré, travaillé, essayé, construit, écouté, parlé des textes, trouvé de nouvelles pistes. Vous avez aussi défriché, nettoyé, fait le tri, trouvé des bords aux histoires que vous désiriez raconter. Vous avez résolu des dilemmes, rassemblé des bribes qui attendaient depuis plusieurs années, dessiné des chemins balisés pour la suite et trouvé la détermination de poursuivre. Tout ça, en trois jours — arpentant avec vitalité le grand champ de la littérature.

« Au fil des séances, les contours flous de mon histoire initiale ont trouvé une expression plus précise sous le projecteur puissant des méthodes de travail progressivement amenées avec beaucoup de talent.
Il suffisait d’oser.
Et, cerise sur le gâteau, les retours du groupe m’ont permis d’aller encore plus loin que je ne l’imaginais. »
Henri

« Six femmes, trois hommes, assis autour d’une table. Un peu d’inquiétude, une légère tension. Au bout de la table, Claire donne le la.
Des mots fusent, des phrases surgissent, des personnages s’invitent à la table, des chemins se croisent, des histoires s’écrivent. Et au bout de trois jours, on se prend à y croire à son histoire, on sourit.
Merci Claire ; merci à vous, mes compagnons de voyage. »
Solange

« C’est étrange de voir un personnage que l’on attendait pas émerger d’une proposition d’écriture, étrange et excitant de s’installer dans l’écriture d’une scène qui ne constituait qu’un micro-détail dans notre imagination mais qui décide avec aplomb de s’étirer dans l’histoire… Merci à vous, compagnons d’écriture, et merci à toi, Claire, pour l’intelligence et la bienveillance de ton écoute qui m’ont permis de redémarrer avec quelques calages en côte. »
Frédérique

« Une ébauche d’histoire, un lien familial, communication en panne, échecs, conflits.
Entamer un dialogue, ne pas lâcher, persévérer, se cabrer, se révolter.
A la rencontre de soi-même.
Dépasser le stade de l’ébauche, se fixer des objectifs, poser une trame, structurer le récit. »
Marc

« Plus de trois pages. Pour la première fois, ça fera plus de trois pages. Ça c’est lui. Le narrateur. Ce narrateur qui ressort toujours au fil des ateliers et des textes courts. Tour à tour homme ou femme. Je. Tu. Ou il. Selon. À différents âges de la vie.
Je vois maintenant que c’était lui, à chaque fois. Le point de convergence. Le point de convergence de ses incarnations était ici, hier, aujourd’hui. À l’atelier.
Désormais il a une voix. Il a une vie. »
Matthieu

« Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas frottée à des contraintes aussi surprenantes qu’efficaces. »
Dominique

« Une risée en surface, un courant plus tiède sous les doigts, une zébrure bleue dans le gris des nuées, l’énergie des voix et des yeux autour, 3 jours, 2 nuits et, soudain là, un rivage pour abouter la langue et le projet.
Je m’échoue sur le sable, essoufflée, essorée, débarquée.
Les mots s’emmêlent dans les traversées.
Embarquée, je voulais dire. »
Anne

« L’idée était déjà là, calfeutrée dans un coin de ma tête. Elle sortait parfois par petits bouts sans que je puisse l’attraper. Se poser dans l’atelier durant ces trois jours a permis a mon idée de prendre corps. Sur le papier elle s’est d’abord étalée, j’ai pu alors la ramasser. Maintenant je dois la faire tenir dans un cahier. Pour cela, écrire, écrire, écrire, garder le cap. »
Sophie

« Retrouver l’atelier, après des années, avec Claire et avec vous, quel plaisir, quel élan !
Nos neuf romans, livres, textes, aventures avancent, pierre à pierre, ils s’élèvent, ensemble et séparés, joyeux de leur diversité. »
Brigitte

L’atelier Commencer un récit long existe désormais par e-mail

L’éclosion des écritures

L’atelier, un endroit libre, ouvert

— J’ai compris ce que j’ai envie de faire avec l’écriture pendant l’atelier, maintenant je sais que c’est possible, je vois un chemin.

— Pour moi il s’agissait d’un rêve, je suis venue réaliser mon rêve avec l’écriture, elle est devenue accessible…

— Lire tout le temps ce qu’on est entrain d’écrire c’est incroyable la liberté que ça donne ! On s’expose avec ses brouillons et les avis des autres nous aident… J’ai le sentiment d’avoir gagné un temps fou, j’accepte de me tromper, je recommence, j’apprends en avançant…

— … je veux dire… écrire est un outil formidable pour comprendre le monde et ici on peut exprimer ce qu’on comprend !

— Oui, et on découvre différentes manières de faire la littérature contemporaine en se situant dans le paysage littéraire grâce à tous ces textes que tu nous lis.

— Le secret c’est cette contrainte qui fait produire ! et le groupe qui permet d’évoluer ! on est confronté aux regards des autres, d’abord on a peur, heureusement que le cadre permet de supporter ces regards parce qu’ils ne sont pas critiques —

— Parce que ça prend les tripes et le cerveau d’écrire, j’ai ramé, galéré, mais l’écriture devient un jeu d’enfant dans l’atelier !

— Moi j’ai appris à simplifier, à sortir de mes grandes idées sur l’écriture pour entrer dans le concret de l’aventure.

— Tout est fait pour qu’on devienne capables…

— Ce qui est si beau c’est d’entrer dans les univers des uns et des autres en écoutant les textes, elle est rare, cette qualité d’échange dans un groupe…

— J’ai trouvé la bienveillance dès le premier partage de textes, j’ai su que je ne serais pas mise en danger… On comprend que chaque texte compte sur le chemin de ce qu’on aimerait écrire. Ensuite, à un moment, quelque chose s’impose sans qu’on sache comment.

— …

— Oui, Véronique ?

— Oui, je voudrais dire que j’ai été très touchée, sidérée même par l’éclosion des écritures ; ça a grandi, mûri, c’est un tel changement après 4, 5 petits exercices de rien !

— Moi je dirais que c’est un lieu magique ! On nous donne une panoplie d’outils, on apprend à contracter ou dilater l’écriture, on se penche sur les détails… Et puis il y a cette très grande écoute, toute en profondeur, alors on découvre qu’il reste beaucoup de travail pour se trouver, pour trouver son style… comment dire… on prend le temps des étapes sans chercher à atteindre l’absolu, la perfection… quel soulagement.

— C’est génial dans notre monde ce lieu où il n’y a pas de compétition entre les personnes !

— Tu nous invites à ne pas écouter nos résistances, tu pousses à y aller. Il y a cette élaboration collective… on assiste à la naissance des écritures…

— Oui, c’est grâce à cette approche très progressive, ça fait comme un effet entonnoir – l’atelier me conforte dans l’idée qu’il réside dans l’écriture quelque chose d’essentiel pour ma vie.

— Comment disais-tu hier ? On écrit pour savoir ce qu’on ne savait pas savoir ?

— Et vraiment, l’alchimie qui a fonctionné dans le groupe, on a fait de véritables rencontres grâce à l’écriture…

— Oui, la joie et la bienveillance…

— la joie du faire,

— l’espace de liberté donné par la proposition,

— la conquête de mon propre regard…

— Moi je dirais que l’atelier fait sauter les verrous de l’écriture !

— Ça ouvre des tas de portes !

— Je suis très émue par cette expérience de partage, on s’est enrichis mutuellement.

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