Chantiers d’histoires

Dans l’atelier Chantiers, on commence par dessiner des esquisses

Les projets ont cheminé pendant l’été ; ensemble on avait ébauché les histoires, construit quelques personnages, imaginé ce que ces histoires et personnages pourraient bien signifier, cherché des thèmes, lors de l’atelier Commencer un récit long.

On ouvre donc un nouvel atelier Chantiers, ce mois d’octobre 2017. Je propose, avant de se rencontrer en première séance d’atelier, d’envoyer un aperçu de son projet à ceux qui deviendront les lecteurs du groupe. Comme souvent dans l’atelier, on s’inspire d’une forme explorée par les écrivains pour nourrir l’inspiration. Ici, il s’agit d’une déclaration d’intention, trouvée sur le blog d’un grand amoureux de la narration, Martin Winckler.

[…]
L’histoire se passe et à Paris et en province, à Lille peut-être, c’est à revoir. Dans les années 70/80, avant le numérique. Je veux dire qu’en matière de photo, on est à l’argentique. Car la photo et le théâtre sont ici supports de l’action.
Il y a trois personnages, trois importants. On pourrait dire qu’ils sont tous confrontés au temps. Le temps pourrait être le thème. L’un résiste à la vieillesse, l’autre résiste à la maladie, le troisième résiste à l’héritage d’un avenir tout tracé. Il y aurait comme trois itinéraires qui permettraient aux personnages de se révéler dans l’urgence du temps. […]
Ce que je cherche à dire ? je ne sais pas bien. Une envie de parler de la relation humaine, de la personne dans ses liens sociaux, socioculturels, amicaux, familiaux, je ne cherche pas à parler de politique mais à évoquer le féminisme, une évolution sociale à travers des conflits de génération, parler des blessures intérieures qui font la personne.
Odile
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Le projet peut être encore un peu flou, à cette étape, mais on le sait : c’est en écrivant qu’on découvrira où l’écriture nous entraîne…

[…]
Diane fait un reportage sur la résistance des arbres à la sécheresse dans un pays du Sahel. Elle suit un groupe de chercheurs forestiers en mission pour cinq jours. Nous sommes dans les années 90, dans un pays d’Afrique de l’Ouest indéterminé.
Dans ce livre, je voudrais raconter l’Afrique, bien sûr, ses conditions de vie si particulières, la recherche agronomique tropicale avec les drôles d’énergumènes qui la pratiquent, le métier de journaliste, et plus largement l’écriture.
Mais au-delà de ce décor et à travers le portrait de Diane, je voudrais montrer comment la vie circule et s’insinue partout, se glissant dans le moindre interstice, forçant les portes closes, coulant parfois envers et contre tout, parfois dans de grands débordements, parfois en minces filets. Et je voudrais étudier aussi la vie, quand l’extraordinaire surgit.
C’est à travers l’étude de ces arbres résistants, et grâce aussi à la rencontre d’un certain Robert, que Diane va peu à peu remettre en question les voies qu’elles s’étaient choisies, quitter le sacrifice pour aller à la recherche de ce qu’elle a vraiment envie de faire. Le chemin va être aussi dur sur le terrain que dans sa tête. Et le terrain, en Afrique, c’est quelque chose !
[…]

On a maintenant un monde, des personnages, une ébauche d’histoire… on tente de tricoter tout ça avec ce qu’on cherche à y mettre de désir, de questions sur la vie, sur l’humain.

[…]
« Si vous ne souhaitez pas être un modèle, préparez-vous à devenir un repoussoir. »
V. n’est pas un mari modèle, ni un père modèle, ni un employé modèle. Il serait plutôt quelqu’un qui se tiendrait en marge, plutôt un loup solitaire contrarié… Quelqu’un d’aidant certes, vis-à-vis de son entourage et de ses collègues, mais qui ne souhaite pas se retrouver en situation d’être aidé.
Bien entendu il a essayé de sortir de son personnage, de son isolement, bien entendu il a fait ses introspections et essayé de porter un regard extérieur sur son comportement… toutes tentatives qui n’ont jamais été, de son point de vue, concluantes. Mais ces démarches lui ont appris à questionner, à se questionner, à remettre en cause tout l’édifice sur lequel il avait construit sa vie – sa vie affective, sa vie professionnelle. Il en est arrivé à une sorte de renversement, une sorte de vertige, un changement complet de paradigme.
Et lorsque, dans la grande banque dans laquelle il est employé, V., porté par ce nouvel élan, commence à poser des questions sur des règles de fonctionnement qui n’étaient jamais remises en question par ses collègues, eux-mêmes employés modèles, de vrais loups dans la meute, alors il pose un problème à chacun.
Florence
[…]

Les projets sont nourris des expériences personnelles, mais on ne s’attardera pas sur la dimension autobiographique : ici, c’est la vérité des histoires racontées qui requerra notre soin.

[…]
Écrire l’histoire d’une enfant pas comme les autres à travers les points de vue de différentes personnes de son entourage.
Dans un premier temps, on ne saura ni l’âge ni le prénom de l’enfant, on l’appellera la petite. Elle ne parle pas, elle crie. Tout ce qui l’entoure l’effraie, elle casse les objets, tape et tire les cheveux des autres enfants, se précipite sur les adultes avec violence. Elle court tout le temps, se cache, elle n’a aucune limite, aucune conscience du danger. Elle ne se sépare jamais d’un petit sac en tissu bleu dans lequel elle met « ses trésors ». […] Ses parents, les docteurs, le personnel du centre qu’elle fréquente en journée, tout le monde dit qu’elle est « trop petite pour son âge ».
Solange
[…]

Comment faire parler une enfant qui n’est pas inscrite dans le langage ? On travaillera les point de vue, les voix de la narration. On s’inspirera, comme toujours, des travaux des écrivains.

[…]
Glisser hors du monde. Ce qu’on peut faire d’une vie qu’on ne supporte plus… se suicider… la changer… en changer… partir. 10 000 personnes disparaissent chaque année au Japon, volontairement et quelques milliers en France. […] Ici, il s’agit de personnes qui décident de disparaître, pour refaire leur vie ailleurs, autrement et qui ne voient d’autre solution qu’un arrachage complet… tout quitter, les quitter tous… d’autres parce que leur vie est devenue insupportable, souvent des histoires d’argent…
Le Japon, un jeune homme, un transgenre, des disparus, un neveu en quête, une Japonaise disparue en fin de vie… ou pas, un chien charmant, une belle maison dans les bois en France, des vilains secrets datant de la guerre de 1945 au Japon, des crimes de guerre, des hontes, des hantés, des fantômes…
Ce ne serait pas un essai, ni une étude psy, ce serait un roman avec des personnages qui ont disparus et ceux qui restent et un qui cherche… une quête, des histoires de familles, des secrets, des hontes, la guerre, le Japon, la France, un homo tué par des homophobes un soir dans une ville de province, un homme qui est une femme ou pas ou ni l’un ni l’autre, un chien, important, sans doute un ou plusieurs chats traverseront la scène…
Brigitte
[…]

Quelle formes, originales et singulières, trouveront chacun de ces projets dans le cheminement de l’écriture ? Nul ne le sait encore.

[…]
Mise en fiche, le personnage « possède » :
Un métier de conseillère d’orientation dans un lycée urbain, et une reconnaissance due à une ancienne activité de journaliste. […] Un rêve : offrir beaucoup plus d’aide aux jeunes que l’institution propulse vers des voies non choisies.
Elle a un lieu à créer, et vite, une « chambre à eux », un lieu, un temps, un regard pour tous ces hésitants aux yeux éteints, rebelles sans rébellion ni boussole. Un lieu où ils seraient entendus, confortés, guidés, « réalisés » : (re)mis dans le réel, face à la route, en chemin vers leurs désirs, sans culpabilisation ni menace. Elle doit compter sur elle-même, se confier à son idéalisme moteur, refuser les rails qu’à 50 ans, tout le monde autour d’elle considère comme tracés, renoncer au salaire lycéen qui lui permet de ne pas dépendre complètement de son compagnon.
Refuser le raisonnable et renoncer au confort que la maladie lui fait croire vital depuis une trentaine d’années. Et si c’était l’inverse, si la maladie se révélait soluble dans le risque ?
Anne
[…]

Ces projets seront déplacés et remaniés autant que l’écriture le demandera – c’est elle qui ouvre la voie. Elle invente, surprend, détourne, cherche… Parfois elle peine, et parfois jaillit, forte d’une forme neuve qui se trouve, s’impose.

Découvrir d’autres récits de l’atelier Chantiers, ici, ou .

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Trajets dans l’atelier

Chemin faisant, dans l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture

Chemin faisant… On travaille formes et facettes de l’écriture, on joue avec les points de vues, on donne voix à des narrateurs, on voyage en expériences pour voir et dire le monde, on invente des personnages et des vies, on apprend comment les rendre vivants… on s’approche, autant qu’il est possible, et pas à pas, de la vérité de l’écriture.

Explorer l’écriture

L’écoute favorable, le cadre soutenant, permettent que chacun fraye sa voie dans le grand espace de l’écriture. L’exploration se fait en dialogue avec la littérature qui s’écrit aujourd’hui.
« J’ai l’impression d’avoir ouvert un immense coffre aux trésors. »
« L’atelier est un chaudron enthousiasmant et fructueux. »
« La bienveillance permet la créativité. »
« L’atelier est un lieu très dynamisant pour son écriture et pour soi-même. »
« Pendant le week-end ça ébulitionne, ça passe très vite, toujours la même émotion – partager, écouter. »
« Un lieu accueillant. Une invitation à rêver et écrire et écouter les autres. Un espace surprenant. »
« Le cadre est ferme, il permet le foisonnement. Quelle diversité !  »
« Les textes des autres me montrent que je peux faire autrement. »
« C’est joyeux, écrire ; on jongle avec les mots. »
« Claire sait attraper chez chacun le petit truc qui est une clé pour soutenir le désir d’aller plus loin. »

Trouver ses territoires dans la langue

Les écritures deviennent plus personnelles, plus investies. Chacun avance en recherche des thèmes qui nourriront sa singularité et son style.
« Il y a quelque chose qui existe dans notre écriture que les autres voient. »
« L’aspect technique m’a beaucoup apporté aussi : ma difficulté à écrire vient du fait que je me retrouve souvent sans outils. »
« J’aime être surprise, et la progression qui permet d’écrire étape après étape ouvre des portes, je vais où je n’irais pas seule, je commence à faire des projets. »
« Immersion dans l’inconnu, cadre bienveillant, découverte et portes ouvertes. On apprend plein de choses sur l’écriture. »
« J’aime découvrir l’écart entre ce que je cherchais à dire et ce que les autres lisent. »
« Un beau voyage entre soi et les autres. »

Faire des projets

L’atelier devient le lieu où l’on envisage la place de l’écriture dans sa vie. On fait des projets.
« L’écriture est à côté de moi maintenant. »
« Je découvre que j’aime m’inspirer du vrai pour en faire autre chose. »
« La sécurité du cadre est importante, elle renvoie à soi-même. C’est un processus d’humilité et de surprise, une découverte qui ouvre les possibles pour traiter mes propres sujets. »
« On construit un texte en posant des briques l’une après l’autre, on devient capable. »
« J’adore ce bain de littérature, les digues s’ouvrent, quel plaisir, quelle qualité. »
« On écrit avec la littérature qui s’écrit aujourd’hui, c’est passionnant. Je lis autrement depuis que je viens dans l’atelier. »
« L’atelier me fait advenir dans l’écriture. C’est un engagement rare. »

 

GE Deborg pentes psychogéographiques de la rérive et localisation d'unités d'ambriance

 

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Notre atelier Chantiers

Il s’agissait de s’engager dans un chantier d’écriture narrative, sur l’année…

J’ai proposé, en fin d’année, que chacun raconte son expérience de l’atelier. Les textes que vous découvrirez ici donnent la diversité qui fut l’une des richesses de notre atelier : diversité des chantiers — romans ou récits d’inspiration autobiographique, chroniques –, diversité des relations avec l’écriture, des cheminements, des formes d’inquiétude qu’écrire au long cours suscitait… Ensemble, nous avons en pris soin des écritures avec bienveillance et respect — avec l’exigence qui permet d’entrer dans le travail littéraire, aussi.

« – Bon, alors moi, d’accord, je veux bien commencer…

… je vais essayer de vous lire mon texte, comme ça ce sera fait… Mais enfin… c’est pas vraiment abouti… en fait, c’est loin d’être fini… pas aussi bien que ma voisine… Mais tant pis, allez, je me lance !

Si vous avez déjà participé à des ateliers d’écriture, pas besoin de vous faire un dessin, vous voyez de quoi je veux parler. Ce qu’il faut bien observer dans ce cas, c’est la réaction de votre animateur. Je me régale de voir celle de Claire, fronçant les sourcils, avec un sourire bienveillant qui en dit long. Elle l’accompagne d’une petite phrase, comme un encouragement à se jeter à l’eau, à oser : « Tssss, allez, vas-y Inès, on t’écoute… Et pas de commentaires avant ta lecture, tu le sais bien. » Et tous les participants de sourire aussi, un peu concernés également…

Mais c’est plus fort que nous, il est tellement difficile de s’empêcher de porter un jugement sur sa production, de se comparer… Les ateliers d’écriture permettent de dépasser cette peur, car livrer ses textes n’est pas une évidence, cela parle de nous. Tout au long de cette année, « L’Atelier Chantiers » m’a aidé à cheminer, à oser.

J’aime raconter des histoires… comme conteuse pour enfants.
J’aime aussi écrire des histoires, des textes, dans tous les sens.
J’aime la langue, sa mélodie, jouer avec les mots et leur portée.
Je voulais appendre à structurer un récit du début à la fin, me lancer dans une aventure d’écriture en étant encadrée.

De retour de plusieurs années à l’étranger, des images plein la tête, j’ai débarqué aux ateliers de Claire Lecœur ne sachant pas vraiment la forme que je voulais donner à mon projet, lié à la thématique du retour à son pays d’origine. A la fois récit, roman, essai, guide… Choisir mon sujet, m’y tenir, trouver la manière de le raconter.

Je choisis d’avancer sous forme de vignettes — entre doute, confiance et le lâcher-prise auquel les participants de l’atelier me poussent pour trouver le ton que je veux donner. Plaisir d’écrire et insatisfaction, entrer dans l’écriture est grisant et laborieux en même temps. Reprendre ses textes, les retravailler encore et encore, se savoir relu et guidé aide à progresser entre chaque séance.

J’ai aussi appris à me laisser guider par mon instinct et, comme le dit Claire : « vous verrez bien où cela vous mène ». Une attitude qui me fait avancer plus sereinement, sans me poser trop de questions existentielles — se laisser porter par son histoire au fur et à mesure qu’elle se construit et se faire surprendre par ce qu’elle donne.

Écouter les autres participants, se familiariser avec leurs univers si différents est très moteur, sans oublier le plaisir d’une atmosphère bienveillante et positive où chacun s’enrichit mutuellement. Claire nous connaît tous très bien maintenant, elle sait où aller chercher, stimuler pour tirer le meilleur de nous même.
Et, finalement, être capable de se lire spontanément devant les autres, sans commentaires préalables. »
Inès Jourde

« La saison 1

Alors c’est arrivé comme ça, par amitié, par curiosité, embarquée dans un atelier qui proposait un chemin qui n’était pas le mien : un projet d’écriture au long cours, structuré, suivi.

Je contourne l’obstacle en proposant un voyage dans la mémoire de ma famille, autour de la maison qui fut le tableau de tant d’aventures individuelles et familiale, un ancrage puissant, mon jardin secrètement cultivé. Je vois dans « Saisons de famille » l’opportunité de divaguer au gré des épisodes qui s’imposent à moi, et retrouver ainsi le confort de textes courts, ciselés dans des styles et tons qui varient selon l’émotion conjuguée du souvenir et de l’instant de l’écriture.

Ce qui me sauve, c’est mon coté scolaire, et obéissant : lorsque Claire avance une proposition d’écriture, je l’accueille comme l’énoncé d’une règle à suivre, pour un exercice de style qui me contraint et m’épanouit. Car curieusement, le fait de réfléchir en termes de contrainte me libère, et très vite un sujet d’écriture s’impose à moi. Alors je peux me laisser guider et je vis dans cette maison qui nous a façonnés, et je mêle souvenirs, réminiscences des récits familiaux, photos de famille, et je réalise qu’il n’est aucunement nécessaire de chercher une vérité objective, ma vérité seule s’écrit.

Cette écriture est un effort (ce soir il est 23h45, je me lève à 6h30 demain, j’irais bien dans mon lit bouquiner en écoutant la mousson parisienne de ce début juin), mais c’est un plaisir profond. Je google-ise quelques uns de mes parents, je m’attache à rester dans une sorte de vérité factuelle. Je découvre qu’écrire la réalité est un roman, j’invente, je crée — tout s’est réellement passé mais rien n’est exact.

Mais pourquoi m’imposer ce devoir d’écriture, ces rédacs, comme disent mes enfants ? Parce que je grandis en écrivant. Je communie avec sept inconnus qui deviennent plus intimes que mes amis sur une face très secrète de mon identité. J’écris sans but de publier, sans objectif de thérapie ni de libération. Je jouis d’un temps et d’un espace de liberté absolus et c’est si rare. »
Béatrice

« Au départ un bouquet de motivations :

L’envie de pratiquer une activité artistique en plus du dessin et de la peinture, le plaisir d’inventer et de raconter des histoires, l’envie de rencontres et de partage.

J’avais écris quelques textes auparavant. Des recettes de vengeance, des ébauches de scénario et un scénario complet avec un ami écrivain, qui a fait évoluer mon attitude vis à vis de l’écriture : moi qui n’ai jamais dépassé le zéro en dictée et qui traîne un 7 au bac de français, je me suis découvert une capacité à délivrer des paragraphes qui, après dur labeur, finissent quand même par tenir debout. Et manifestement, j’y prenais goût. Donc pourquoi pas, phrase après phrase un texte complet ?

Fidèle à une certaine tendance à la dispersion, je suis venu avec quatre pistes possibles. Et, prudent, j’ai commencé par développer ce qui m’a paru le plus aisé : les recettes de vengeance, petits textes qui, accumulés, finiraient bien par constituer un petit recueil. Mais, dès la deuxième séance, j’ai du me rendre à l’évidence : dans un livre de recettes, il n’y a ni héros, ni dialogues, ni montrer plutôt que dire, ni climax, ni lieux, ni élément déclencheur.

Bon, j’essaye quand même.
Et donc, je pars dans une sorte de roman dans lequel il y aura des recettes (faut pas gâcher), des nouvelles (essayer de finir quelque chose, et puis j’avais un projet de nouvelle à recycler), et une intrigue (faut bien). Je suis encore loin de l’arrivée, mais je devrais y arriver. Espérons.

Mon écriture est très laborieuse. Je pose des mots clé, des bouts de phrase que j’enrichis et j’agence petit à petit. Je reprend les paragraphes peut-être 10 à 20 fois pour les rendre fidèles à ce que j’ai en tête. D’ailleurs, je ne sais pas au départ ce que le texte va dire exactement, ni comment, mais une idée posée sur le papier est sortie de ma tête, et laisse place à une autre idée… dans un cycle hygiénique et productif. J’invente donc les circonstances des histoires au fur et à mesure, avec comme fil conducteur un déroulement flou, une idée de fin et une sorte de morale sous-jacente. Comme en dessin, j’essaye de rendre les scènes réelles par un dosage de perspectives convaincantes et de détails crédibles.

J’ai eu beaucoup de plaisir à écouter et lire le travail des autres, suivre l’évolution des projets et des motivations autour de la table, découvrir la diversité des histoires et des approches, et j’ai énormément apprécié l’ambiance studieuse et amicale de l’atelier. Et soumettre mes textes à l’œil attentif, compétent et bienveillant de Claire, qui, c’est manifeste, je l’ai compris maintenant, s’intéresse de très près à mon travail. »
Frédéric Rollin

« 15 feuillets autour de mon projet ? Mais je n’ai pas de projet !

J’ai dû me tromper d’atelier… Comment vais-je faire ?
Tant pis, je verrai bien. Je pars sur une idée et si ça ne tient pas la route, je changerai de projet.
— Ah, bon, tu crois que c’est possible ?
— Je ne sais pas mais de toutes façons, on fait bien ce qu’on veut…

Ce que je veux, oui, mais je veux quoi ? Pas facile de se lancer, d’oser. Je tourne et tourne la proposition dans ma tête. Une idée germe en promenant mon chien : pourquoi pas l’histoire d’un chien qui raconte l’histoire de ses maîtres ? L’idée m’amuse, elle me donne le premier élan. Se lancer, raconter, écrire sans s’arrêter. Tout relire le lendemain pour découvrir une piste, un chemin.
Non, ce n’était pas rien.

Les mots se cherchent, se posent, s’ajustent. Soudain, une vie se crée sous mes doigts. C’est comme d’être peintre ou sculpteur. Sculpteur de mots. Un univers surgit, dont j’ignorais l’existence. Je tiens le premier mot, la première idée mais je ne sais pas quel sera le mot suivant. Tout est en suspens et se dépose geste après geste. Il y a de la magie dans l’air.

Parfois, le vide. Immense, saisissant. Rien, il n’y a rien. Je m’inquiète, m’angoisse. Mon dieu, je ne pourrai pas rendre « ma copie » ! Les jours passent, je perds le contact. L’écriture est là dans ma tête, comme une obsession mais jamais je ne m’y mets. Rien, il ne se passe rien. Alors, je lis. Des romans. Ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je redécouvre le plaisir de la littérature moi qui ne lisais plus que des essais. Interroger le mystère de la création à travers l’écriture d’un autre. Les jours passent, bientôt dimanche. Fred et Béa ont déjà envoyé leur texte depuis deux jours. Un petit coup d’adrénaline, Brigitte, il faut t’y mettre !

De bout en bout, ça n’a jamais été facile. J’ai tourné en rond avec des personnages que j’avais créés et qui semblaient parfois ne plus vouloir avancer. J’ai été tentée de les abandonner au milieu du gué, mais ce n’était plus possible, ils existaient ! La preuve : Claire, Ines, Marion, Constance, Sophia, Jando, Fred et Béatrice m’en parlaient à chaque séance, ils avaient l’air de les connaître aussi. C’était trop tard pour s’en débarrasser. »
Brigitte

« Quelle histoire !

Au commencement est l’excitation enivrante d’être prêt à ouvrir la porte à un grand rêve. Écrire. Écrire… Oui mais quoi ? Question qui me taraude une bonne partie de l’été. Après quelques essais infructueux, l’écriture se déclenche enfin sur la mise en relation entre une histoire qu’on m’a racontée et un rêve avec mon frère disparu. C’est la fin du mois d’août, je ne travaille pas, ainsi je peux écrire tous les jours. Claire nous a demandé quinze feuillets standard (mille cinq cents signes chacun). Le jour J arrive bientôt, et je n’ai que six pages. Je suis dégoûté de ne pouvoir « rendre mon devoir » à temps. Je ne veux pas être la mauvaise recrue et, en tant qu’acteur, je veux arriver avec de la matière. Mais je réalise que je les ai, ces quinze feuillets standard, et j’arrive au premier atelier heureux de n’avoir pas redonné vie à l’élève que j’ai été durant ma scolarité – aussi brillant à l’oral que paresseux à l’écrit.

Le fait de lire mon texte à haute voix me permet de me reconnecter immédiatement, au plus profond, avec l’espace d’où surgissent les mots et ma voix intérieure, où résident les scènes encore inconnues. Les retours de chacun, puis celui de Claire, me font prendre conscience de l’importance du lecteur et installent la confiance entre nous. Tout au long de ce premier trimestre j’écris avec ivresse, impatient de me retrouver en face à face avec la page blanche. Je mets en relation la sensation d’écrire tout en oubliant que j’écris, avec celle de lire et d’être dans l’histoire sans plus savoir qu’on est en train de lire.

Parallèlement, le temps que je mets à intégrer la « contrainte » donnée augmente à chaque fois. J’ai peur de ne pas pouvoir continuer. Puis, la proposition ayant voyagé, enfin vient une idée comme un fil devant mes yeux, je tire et ouf, j’entre dans la scène. Les difficultés des « devoirs » me ramènent sur terre, mon histoire avance, elle semble avoir une existence propre.

En milieu d’année, l’exercice du résumé et celui de la première page me bloquent. Je n’ai pas envie de chambouler mon histoire, mais je n’arrive pas à le dire sur le coup. Je me sens en colère, et nul d’être en colère. Alors j’appelle mes compagnons : « Allo ? », « … au final tu fais bien ce que tu veux ! » « Allo ? » « … les deux points de vue sont bien, à toi de décider. » « Allo ? » « … si on sait déjà comment ça finit, c’est une autre histoire… qui peut être tout aussi forte… à toi de voir ! »
Aïe ! Ouille ! Je suis face à moi-même. Deux mois ont passé. Je n’ai pas pensé en parler à Claire qui me demande pourquoi. Elle est là pour ça. Pour les questions. Pour aider, soutenir. La parole circule, le fil de l’écriture s’apaise. Le mot autonomie émerge. Je m’approprie alors, en conscience, les outils proposés depuis le début du chantier et en sors grandi dans mes choix.

En attendant, sur le chemin, écrire, écrire encore et découvrir, explorer, creuser. En cette fin d’année chacun, chacune est dans sa voix, son regard, son écoute. La confiance entre nous est pleine et entière. C’est bon en ces temps troublés.
Merci Claire. »
Jando Graziani

« Pourquoi l’atelier ?

L’envie d’être prise en main, d’avoir des mains pour me tenir, presque physiquement dans l’écriture de mon roman.
Je vois une surface plane constituée de mains, doigts entrelacés, paumes ouvertes. Ces mains, je ne les touche pas, je suis au dessus, volante, flottante, funambule. Je pense à mon texte et je les vois, je ressens la chaleur qui se dégage des paumes. Ce sont les mains de Jando, Fred, Inès, Constance, Sophia, Brigitte et Béa. Un peu sur le côté, il y a deux mains jointes, doigts entrelacés et posés sur le plat de la table en bois. Calmes, les mains de Claire dirigent à distance le tapis aux paumes rebondies. Je souhaite que l’image me dure pendant l’été, sachant notre rendez-vous en septembre.

Aussi le ressenti d’une peine, d’un espace vide dans le ventre — ne plus voir vivre cet été les personnages qui ont accompagné Marie, le mien. Où se replient-ils lorsqu’ils ne sont pas dans les textes ?

Impression de mener une double vie, souvent ; celle pieds au sol, et celle au dessus des paumes.

Extraits de mon Journal de bord, pour signifier le chemin
Mardi 29 décembre
Une exigence plus forte quand je sais que je vais être lue — le regard de l’autre. Également repenser aux fondamentaux pour chacun des textes écrits ou à écrire : comment s’expriment les lieux, comment s’expriment les personnages, qui sont mes personnages, réfléchir davantage à leur psychologie mais de façon flottante… Cela m’oblige à aller moins vite, à jouer avec les règles du jeu qui ne m’entravent pas, qui au contraires nourrissent aussi ma créativité en m’obligeant à y regarder de plus près.

Lundi 25 janvier 2016
Ma « poubelle » se remplit des textes qui ne fonctionnent pas, qui expliquent, qui ne sont pas essentiels. Cela fait longtemps que je suis sur ce chantier, deux ans cet été. Ce n’est que maintenant que je peux commencer à envisager une structure – à structurer quelque chose à dire, qui émerge.

Jeudi 12 mai
Plus Marie, mon personnage, travaille sur son inconscient, plus elle recherche la présence de son père, plus elle ressent le besoin de le réhabiliter, de le connaître pour restaurer une part d’elle-même. Elle comprend à la toute fin qu’il l’a aidée à se propulser dans la vie. Par le biais de l’écriture, il vit en elle. Elle comprend ce qu’elle a reçu de lui. »
Marion Rollin

« De tous temps, les mots ont été présents

À l’oral d’abord. Parfois rêveurs et aventureux. Souvent intempestifs, haletants, violents, dévorants. Le discours oral est empreint de liberté mais atteint ses limites. Trop empreint d’affects, il devient incontrôlable et est indélébile une fois proféré. Ce qui est dit, est dit, même s’il n’en reste aucune trace. C’est le paradoxe de l’oral que d’être plus difficile à effacer que l’écrit, et plus sujet à interprétation parce qu’une fois volatilisés, les mots sont sans preuves.

Les mots se sont fait aussi lecture, qui fut bue jusqu’à la lie – et l’est encore -, échappatoire pour vivre d’autres vies que la sienne, se les approprier et s’enrichir. Ces mots lus furent salvateurs. Mais c’était les mots des autres. Il leur manquait, parfois, une petite touche de je ne sais quoi.

Je ne me suis pas lancée dans l’écriture au détour d’un chemin. Elle a été une compagne, comme la lecture. Sauf que j’allais devenir le maître d’œuvre. J’ai cherché à adopter les mots, à les maîtriser, à les dompter. Plutôt que de les utiliser pour rêver et m’évader, j’ai voulu les faire miens, me les approprier. Des histoires que j’enfanterais, entièrement inventées, ou réelles mais transcendées. En ce moment, j’ai le sentiment d’être à la croisée des chemins de moi-même. Comme je l’ai lu quelque part, il faut que je m’invente ou que je me révèle.

Je n’ai pas le souci de la page blanche. L’imagination est là, ainsi que le désir d’écrire.
Elle déferle, abondante, excessive. Les mots s’inscrivent et remplissent la page sans relâche. Je peux lever le crayon de la feuille ou le doigt du clavier, ils poursuivent leur route dans mon esprit. Ils sont parfois plus rapides que ma pensée, un peu comme un cheval fou à la bride abattue.

C’est pourquoi je travaille le plus souvent contre moi. Ce qui s’inscrit sur le papier n’est qu’une infime partie de mes pensées. La censure est activée en amont, tout en retenue inconsciente ; sinon, à posteriori, le texte est sciemment tronqué, gommé. Dans sa matière première, l’écriture est brute. Elle se répand, tous azimuts, donc folle ou stérile, au choix. Je tombe dans mes propres pièges.

Ce groupe m’oblige à canaliser, à policer. Je vais à l’essentiel. Je découvre surtout que j’ai envie de lui raconter l’histoire. Car il la respecte, à ma grande surprise, il l’attend même, dans une bienveillance qui dépasse l’entendement. Je suis reconnaissante. Il m’abreuve de cette confiance qui me fait si souvent défaut.

À son contact, j’ai le devoir de polir mon texte pour le rendre intelligible à d’autres que moi-même. Quand je fais face au groupe, et peut-être au lecteur, je deviens plus succincte, compacte, essentielle. J’ai compris qu’en choisissant les mots, je perdais des choses, j’abandonnais en chemin — de l’essence peut-être, du piment certainement. Mais je gagnais en cohérence, en transparence, en maturité. Mon histoire n’agresse plus personne. D’arme, elle devient conte. De cri, elle se meut en parole, en texte. En se défaisant de son émotivité, elle peut se transmettre. Je modèle une histoire au lieu de crier au monde ce qui n’a de sens que pour moi, et donc aucun pour les autres. Et ce faisant, surtout, je communique par l’écrit la parole qui m’a toujours fait défaut.

Pour m’exprimer, j’ai inventé un personnage. Parce que j’aime les héros. Parce qu’il me faut – encore – un paravent, entre moi et les autres, pour porter ma parole. C’est un homme, mais il a tant de moi, de mon monde, de mes passions, de mes faiblesses, de mes rêves. Il est comme un frère qui parle à ma place.

Surtout, ce groupe impose le respect, et me stimule. Il invente des personnages et des textes qui ressemblent à ceux qui les écrivent et qui ne pourraient être écrits que par eux. Aucun style n’est semblable, tous sont excellents, chacun imprime sa marque. L’identité de l’auteur transparaît dès la première phrase. Les histoires sont fortes, les textes prennent à la gorge. Chacun a son message. Tout y est personnel, propre à chacun, profond. Rien n’est factice, rabâché ou remâché. Quelle leçon d’écriture et de modestie. C’est dire s’ils sont bons.

Marion, à l’origine de cette rencontre, a bien du flair d’avoir organisé cette croisée des chemins et autant de talent pour proposer des textes d’une rare densité. Quant à Claire, metteur en scène et maître d’œuvre, elle orchestre, tout en bienveillance, expérience et fermeté, et veille inlassablement. Elle sait extraire le meilleur des auteurs, la substantifique moelle, parfois à notre corps défendant. Impressionnant.

Cela fait de l’écriture la plus profonde des expressions et la plus belle des rencontres. »
Sophia

« Un chemin d’écriture,

Une étape pour se mettre en route,
Pour se lancer dans l’aventure,
Une mise en goût, une mise en bouche,
Un partage en amical en bienveillante compagnie.
Un journal de bord, « de création », pour progresser sur la voie.
Des outils efficaces et pertinents.
Une écoute stimulante, un soutien quand ça bute, quand ça coince…
Le projet prend matière.
J’ai produit quelques fragments qui m’encouragent à continuer. L’atelier se poursuit donc, pour moi : je « redouble » avec grand plaisir !
Pour retrouver notre groupe, et pour livraison du projet en cours. »
Constance Lanxade

 

carnet de Michel Leiris, Beaubourg Metz

carnet de Michel Leiris, Beaubourg Metz

 

Découvrir l’atelier Chantiers

 

Un été pour écrire

L’aventure a commencé sur tiers livre, avec un atelier « en ligne » proposé par François Bon.

Elle a provoqué l’écriture de : Un jardin dans la ville

les buttes aujourd'hui

L’idée était de partir sur « un texte en prose, qui grandirait lentement, prendrait son temps entre lieux, paysages, visages, sans chercher à jouer au roman, plutôt dans une méditation sur la réalité proche. »

La proposition était accompagnée d’un texte de Marguerite Duras, L’été 80, qui donna sa forme à notre atelier :

    « Dix samedis successifs, ce dont (Duras) part c’est de sa chambre aux Roches Noires de Trouville, pièce avec vue sur plage et mer, cargos qui passent au loin, passants et bruits qu’elle reconnaît, et dans la chambre même le téléphone, la télévision, les insomnies et les lumières. Pour elle, séquencement précis : une fois par semaine, tout au long d’un été, même jour même heure. »

Les Buttes Chaumont

J’écrirais sur mon jardin, ma respiration, mon abri – la nature offerte au cœur de la ville – les Buttes Chaumont.

les jardins paysages d'Alphand

« J’aimerais faire vivre l’art subtil de ce jardin paysage imaginé et créé par Jean-Charles Alphand, montrer ce parc comme une œuvre d’art, m’approcher de la pensée créatrice de ce jardin à l’esthétique toute en lignes courbes, en succession de tableaux. J’aimerais approcher les concepts de cet art conçu non seulement pour être vu (admiré), mais pour être vécu de l’intérieur – un lieu qui permet l’expérience de l’harmonie en présence de la beauté créée, cultivée, transmise à travers le temps. »

L’aventure nous a menés très loin de ce que nous projetions, avant d’écrire.