Les assemblées qu’on abrite

La voix de Pierre Bergounioux nous accompagne en ce deuxième jour de l’atelier Histoires de vies.

Vous écrivez auprès des livres d’Adeline Yzac ou dans son jardin, nous recevons les visites du rossignol – son chant régulier maintenant que la saison des amours est passée.

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Bergounioux, sa voix structurée, complexe.

« La littérature s’offre comme une voie d’approche vers cette part de notre histoire à laquelle s’appliquent mal les explications qui sont livrées avec. (…) Il se passe quelque chose, on ne sait quoi, dont la mention ne figure nulle part. On peut laisser les choses suivre leur cours aveugle, n’y songer point puisqu’elles sont les choses et se moquent de ce que nous sommes ou pensons. On peut aussi tâcher à deviner, à dessiner d’une main malhabile, sacrilège, le chiffre de notre destinée. L’affaire dépasse notre stature chétive. Quelqu’un d’inique, d’irréductible, sans doute, tient le passage. Les mots que nous hasardons, les pauvres récits qu’on échafaude suscitent un grand rire méprisant, silencieux, dans le noir. Mais rien, hormis cela, n’interdit de tenter l’aventure. » (La puissance du souvenir dans l’écriture)

C             M

Tenter l’aventure ? Bergounioux nous ouvre la voie.

« Du côté paternel, on était ivre de bile noire, amer et maigrelet, opiniâtre, sédentaire, continuellement désespéré. De l’autre, les songes l’emportaient. Ça donnait des figures amincies, mobiles, lancées haut dans les airs, imaginatives et ensoleillées. Bref, les êtres les plus contraires, les moins conciliables qu’on puisse imaginer. Bien sûr, c’est après qu’on s’en rend compte, quand ils ont quitté l’espace du dehors et qu’on s’avise qu’ils sont en nous, qu’on est eux, maintenant. On se découvre porteur à parts égales des attributs antagonistes dont ils étaient respectivement chargés, avec l’obligation de mettre un semblant d’ordre et d’unité dans l’orageuse assemblée qu’on abrite. » (Le grand Sylvain)

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Après celle de Bergounioux, je vous donne la voix d’Annie Ernaux. Deux univers se rencontrent le temps de cette proposition, partageant une même puissance d’évocation.

« Ils habitaient une maison basse, au toit de chaume, au sol en terre battue. Il suffit d’arroser avant de balayer. Ils vivaient des produits du jardin et du poulailler, du beurre et de la crème que le fermier cédait à mon grand-père. Des mois à l’avance ils pensaient aux noces et aux communions, ils y arrivaient le ventre creux de trois jours pour mieux profiter.
Le signe de croix sur le pain, la messe, les pâques. Comme la propreté, la religion leur donnait la dignité. Ils s’habillaient en dimanche, chantaient le Credo en même temps que les gros fermiers, mettaient des sous dans le plat. Mon père était enfant de chœur, il aimait accompagner le curé porter le viatique. Tous les hommes se découvraient sur leur passage.
Pour manger, il ne se servait que de son Opinel. Il coupait le pain en petits cubes, déposés auprès de son assiette pour y piquer des bouts de fromage, de charcuterie, et saucer. Me voir laisser de la nourriture dans l’assiette lui faisait deuil. On aurait pu ranger la sienne sans la laver. Le repas fini, il essuyait son couteau contre son bleu. S’il avait mangé du hareng, il l’enfouissait dans la terre pour lui enlever l’odeur. » (La Place)

C’est le deuxième jour de l’atelier. Nous nous connaissons peu, encore, mais vous avez entendu le cadre solide, fiable – vous y allez, vous mettez vos pas dans ceux des écrivains.
Alors des femmes, des hommes, des paysages humains se lèvent dans vos textes.

3 réflexions sur “Les assemblées qu’on abrite

    • Merci de ta visite, chère Adeline,
      et bon chemin avec l’écriture qui mettra  » un semblant d’ordre et d’unité dans l’orageuse assemblée » que tu abrites.
      Ton jardin était très beau, lui aussi — habité des textes écrits par celles qui avaient rejoint l’atelier.

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