En dialogue avec l’œuvre d’Olivia Rosenthal

« Je passe par la parole des autres pour connaître le monde »

écrit Olivia Rosenthal lorsqu’elle parle de sa relation avec l’écriture.

Dans J’entends des voix, texte publié dans le recueil Devenirs du roman, aux éditions Inculte, elle présente sa démarche littéraire ainsi :

    « Écrire, c’est croire dans les vertus du langage comme mode d’apparition du monde.
    Ces apparitions, aussi fugaces soient-elles, ne viennent que si on les suscite. Il faut travailler l’apparition, la préparer pour la faire advenir, exactement comme on prépare une expérience scientifique. […] Ma méthode, celle que j’ai expérimentée et précisée au fil des années, repose sur l’entretien. Je passe par la parole des autres pour connaître le monde.
    L’entretien […] m’ouvre à un savoir. Écouter des ouvriers de chantier, des spécialistes du cerveau, des employés des pompes funèbres, des surveillants de prison ou des détenus, c’est se décentrer, c’est entrer dans un univers dont je suis habituellement, pour diverses raisons, séparée.
    [Mes interlocuteurs] aiment sentir que leurs mots ont du poids. […] Ils profitent de cette occasion pour faire ce drôle d’exercice : raconter quelque chose de leur vie, de leur métier, de leur activité, le raconter pour eux et pour moi.
    Mes interlocuteurs disent des choses que l’on entend jamais dans les médias. »

Dans un entretien publié sur remue.net, Entrer dans la langue de l’autre et la saisir de l’intérieur« , elle dit : « Les entretiens permettent aussi à l’écrivain que je suis de sortir de chez lui, de ne pas être centré sur son propre univers, d’entrer en relation avec d’autres mondes, des personnes qui ne parlent pas comme lui, dont les vies sont très différentes. J’ai pu rencontrer des gens avec qui […] je n’aurais jamais eu l’occasion de parler et qui, par le biais de mon travail, se sont fait entendre. […] Enfin, ce qui me plaît dans l’entretien, c’est d’entendre la langue des autres. Écouter les gens parler, ça permet d’entrer dans les rythmes de l’autre, sa syntaxe, son lexique, ça modifie l’appréhension et l’usage qu’on a de la langue française et pour un écrivain je crois que c’est très important. »

    « Je crois que tout ce travail d’écoute a élargi ma connaissance des hommes, l’a complexifiée. »

Entrer dans la langue de l’autre, l’investir ; explorer les mille manières de faire apparaître la parole de l’autre et de l’utiliser en la faisant vivre dans un récit ; à partir des voix recueillies, poser les bases d’un récit polyphonique… tel est le projet de l’atelier Écrire en dialogue avec l’œuvre d’Olivia Rosenthal.

« En tant qu’écrivaine, je trouve important, nécessaire, utile, de m’exposer à la parole de l’autre, de rendre compte de l’écart entre cette parole et la mienne. C’est pour moi une manière de disponibilité au murmure du monde, à la variété des discours qu’il véhicule. »

Écrivant en dialogue avec son œuvre, inventant les récits qui feront vivre les voix recueillies, nous nous souviendrons qu’Olivia Rosenthal n’a, lorsqu’elle commence un livre, aucune idée d’où elle va. Elle ajoute que l’écriture est  » un jeu de piste que je traverse moi-même. » Nous la suivrons, à l’écoute du murmure du monde.

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