L’inspiration, c’est le travail

« D’un coup, des phrases viennent, quelque chose échappe. Ça devient vraiment de la littérature quand quelque chose échappe

[…] C’est provoqué par les mots, la concentration, l’isolement, la fatigue. C’est donc tout autre chose que l’inspiration. […] L’inspiration, c’est le travail. »

Je prépare une journée de l’atelier Écrire avec les auteurs contemporains. Cette année, après Pierre Bergounioux, Claudine Galea et Gwanaëlle Aubry, nous travaillerons en dialogue avec l’œuvre de Patrick Deville.

Patrick Deville dont on peut lire un livre d’entretiens sur l’écriture conduits par Pascaline David : Le tapis volant de Patrick Deville, paru aux éditions Diagonales dans la même collection que Les motifs de Laurent Mauvignier, dont j’avais parlé ici.

Dans ce livre, Patrick Deville parle de son projet pharaonique d’écriture : « Le projet Abracadabra, géographiquement, c’est un double tour du monde en douze livres. Six livres pour faire un premier tour de l’ouest vers l’est, de l’Amérique centrale vers la France en passant par l’Afrique et l’Asie, puis un tour de France au volant qui est un demi-tour, pour repartir vers l’ouest, en Amérique du Sud, en Polynésie, vers l’océan Indien et la péninsule Arabique, pour rejoindre un jour la vieille Europe. […] La planète entière, et à sa surface le fourmillement des vies humaines, comment pendant un siècle et demi, depuis 1860 – un claquement de doigts dans l’Histoire –, on a tenté de s’arranger de cette énigme de l’existence, comment les hommes ont essayé, pour le meilleur et pour le pire, de mener leur vie. »

Lorsque Pascaline David demande à Deville quels conseils il donnerait aux jeunes auteurs il répond : « Lire et travailler. La plupart du temps, bien sûr, ça ne suffit pas, et c’est normal que « ça ne marche pas ». Mais en tout cas, lire, travailler et réfléchir constituent le seul moyen de savoir si ça peut marcher. »

Lire, travailler et réfléchir… faire des exercices… Je m’amuse à penser que ce programme de préparation décrit par Deville est ce que je propose dans mes ateliers.

« Il peut y avoir ce travers quand on commence : […] on ne sait rien faire encore et l’on voudrait tout faire en même temps. C’est impossible, avant cela il y a des exercices : des exercices de description, d’invention d’un personnage, de situations de récits… J’ai donc passé des années à faire des exercices et à lire, mais pas n’importe comment. Je lisais de manière à m’y mettre comme écrivain ou futur écrivain. On lit à ce moment comme un espion. On veut savoir comment c’est fait. »

Lire comme une espionne, savoir comment c’est fait et transformer cela en proposition d’écriture, voilà comment je prépare l’atelier.



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