Ce qui sur le chemin permet d’avancer

« Plaisir. Plaisir de découvrir, chaque mois durant huit mois, une proposition d’écriture. »

Merci à Evelyne de nous raconter ici son expérience de l’atelier Écrire une histoire de vie par e-mail.

« Plaisir de découvrir, chaque mois durant huit mois, une proposition d’écriture. Plaisir d’en prendre connaissance, de la relire, la décrypter, s’y lancer, hésiter, y revenir… Écrire et puis attendre les commentaires de Claire. Attendre ce qui, sur le chemin, éclaire ou permet d’avancer. Ce qui permet de réfléchir, de donner un sens à ce qui est produit.

Parlons accompagnement : j’ai aimé qu’il soit gradué, distillé, m’amène en douceur vers ma propre écriture avec exigence, fermeté et générosité. J’ai aimé qu’il soit chaque fois ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, donnant des repères et des appuis, des buts – guidant sans paraître y toucher.

J’ai dit générosité, j’ajouterai rigueur. L’accompagnement ne prend pas par la main mais indique un chemin à suivre. Il n’y a personne par dessus mon épaule, pas de modèle à recopier, mais des balises, des indications, des repères. Je pense à la lagune de Venise : si vaste et cependant pleine de routes tracées pour qui sait les lire – et la confiance en ceux qui les ont tracées.

Un autre élément à mon sens important : le contrat, l’engagement, la mise en jeu des deux parties. D’un côté, une proposition pensée, expérimentée, travaillée, pointue. De l’autre, une écrivaine en devenir, en gestation, en chemin mais aussi en dialogue. Je ne peux pas ne pas répondre à la proposition et en même temps j’apprends à jouer et à construire : un personnage, une histoire, un cadre, un projet d’écriture.

Et, j’insiste en reprenant le premier mot plaisir. Ce plaisir de se fondre totalement dans les mots, les lignes, je ne sais pas comment les appeler, sinon que se renouvelle à chaque fois le miracle d’y plonger sans m’y noyer, d’oublier le temps, mon âge, l’heure qu’il est, la saison, mon banquier, la musique des voisins. Découvrir, lorsque j’en émerge que la nuit est tombée, ou le jour s’est levé, ou qu’il n’est plus l’heure du thé (je ne bois pas de thé).

Reprendre quelque temps le courant de la vie puis revenir au texte, ne pas le reconnaître, recommencer parce qu’au fond de soi autre chose est tapi et qu’il faudra, quoi qu’il en soit, le débusquer. À la fin être satisfaite – je n’irai pas plus loin, pas cette fois. Je suis pleine de ce que j’ai écrit tout en étant légère : j’ai écrit.

Mois après mois, texte après texte, l’écriture s’installe, le projet se construit, je me l’approprie. Comme faire de la bicyclette, se surprendre un jour à pédaler seule et parier que très vite j’avancerai sans tenir le guidon. »

Evelyne Genevois

Ceija Stojka - Maison rouge 2018
Ceija Stojka – Maison rouge 2018


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Écrire une histoire de vie par e-mail

« Ce travail que j’ai mené avec vous m’a enrichi et a fait « grandir » mon écriture. »

Nous ne nous connaissions pas, avec Chantal, le jour où elle s’est inscrite à l’atelier Histoires de vies par e-mail. Nous avons travaillé à distance, elle en Ardèche et moi sur les routes où me mènent mes interventions, sur huit séances, sans nous rencontrer autrement que par le biais de son écriture, et de mes retours sur ses textes.

« J’ai eu beaucoup de doutes quant à ma capacité à arriver au bout de cette histoire mais vos retours me motivaient et me faisaient partir sur des pistes auxquelles je n’avais pas pensé. »

L’histoire que Chantal voulait écrire, est celle d’une enfant juive à qui sa mère a toujours caché ses origines. La mère s’était cachée à la campagne avec ses deux enfants pendant la guerre. Ensuite, le secret sur les origines a duré — toute la vie de la mère et jusqu’après sa mort.

« Au début je me demandais pourquoi passer par toutes ces étapes pour en arriver à écrire un texte. Mais toutes les séances d’écriture m’ont servi pour les séances finales, quand vous m’avez invitée à écrire mon récit. J’ai découvert que j’allais puiser dans ces textes initiaux pour enrichir mon texte final, lui donner de la consistance et le rendre intéressant. »

Le récit s’est écrit en deux temps, entre le présent de la lecture d’une lettre laissée par la mère à ses enfants, chez un notaire — quand elle leur dévoile après sa mort le secret de leurs origines –, et les réminiscences du passé, la poids de ce secret pendant la guerre.

« J’ai découvert aussi l’attachement que l’on pouvait avoir pour un personnage. Comment se mettre en quelque sorte dans sa peau pour lui donner chair, crédibilité, force et vie. »

Le récit est vif, incarné. On s’attache à cette fillette obstinée qui sait bien que quelque chose ne tourne pas rond et qui continue à vouloir découvrir ce qu’on lui cache, malgré les dénégations de sa mère.

« J’ai même eu comme une frustration en le quittant. J’avais l’impression qu’il avait encore des choses à dire. J’aurais voulu aussi faire vivre d’autres personnages de l’histoire. Comme une envie de reprendre mon récit et de le continuer. Mais ça c’est une autre histoire ! »

Parler de son écriture à une personne inconnue n’est pas simple. Nous avons construit cet accompagnement à deux, et la vie et le travail ont permis que la confiance s’instaure, malgré l’éloignement. Un texte est né, étape après étape. Ainsi qu’un autre regard sur l’écriture.

« J’ai appris à être beaucoup plus exigeante avec mon écriture et ça, il ne faut pas que je le perde.
Chantal Miel »

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