Deux fois, quelques secondes
Écrire, nous avions cette expérience ensemble, avec Monique — j’avais déposé ici des textes qu’elle a écrits en atelier. Écrire. Monique habite à coté de la gare st Charles, à Marseille. Après le double meurtre perpétré là-bas le 2 octobre, Monique m’envoie ceci. Je lui suis profondément reconnaissante de m’autoriser à publier ce cri ici.
“Un couteau dans le cœur
Dans les cœurs
Deux fois, quelques secondes
Le train, le train des autres
Mais il va mourir, il le sait
Deux fois, quelques secondes
A quelques mètres
Là où on entend aussi le train
C’est dimanche
Terrasse, enfants, rires…
Deux fois, quelques secondes
On aurait pu y être, on y était
Deux jeunes filles
Et puis tous les autres
Il y a du monde
Il y a toujours du monde
Et de l’aveuglement
Ça vient, ça part, ça revient
Le pas est d’espoir, de voyage, de retour, de retrouvailles
Deux fois, quelques secondes
Il aurait pu y avoir du retard
Il aurait pu y avoir un autre chemin
Ne pas se croiser
Ne pas avancer, ralentir, reculer, passer ailleurs finalement
Faire une autre rencontre
Deux fois, quelques secondes
Et lui aussi renoncer, repartir, redescendre l’escalier
Tu ne tueras pas
Faire autre chose, parler, crier, penser un peu
Non !
La douleur
J’ai voulu aller à cet endroit aujourd’hui
Juste pour se tenir debout, là
Avec les autres
Dans le soleil, le même
A la même heure qu’hier
Se tenir debout parce qu’on ne sait pas quoi faire d’autre : se poser comme vivant
Avoir l’air de juste avant
Dans ce soleil si doux, dans ce point de rencontre
C’est écrit là : point de rencontre
Mauvaise rencontre
Deux fois, quelques secondes
Le couteau
Camus
Le soleil
L’étranger
C’est pas vrai que la vie continue
Deux fois, quelques secondes
J’entends à la radio
Square Narvick
Narvick, souvenir de guerre, souvenir de neige et de feu
La vie s’arrête tout le temps
C’est juste la nuit qui apaise parfois, qui éteint, qui étouffe, qui ombre les taches de sang, qui ferme les yeux fous
Et le soleil revient
L’aurore d’après
Douce,
Puis arrogante, oublieuse, ignorante.”
Monique Romiau-Prat
Marseille, 2 octobre 2017
Merci, merci pour ces mots. Merci Monique que je ne connais pas, merci Claire de cette publication. Merci pour ces mots qui aident à penser quand l’impensable est là. Aline
Merci à vous, Aline, pour votre passage et votre signe qui fait entrer cet article dans le dialogue entre texte et lecteurs.