Éveiller l’écriture

Parmi les récits d’ateliers régulièrement partagés sur remue.net, un m’a particulièrement touchée.

Il commençait ainsi :
« Croire, profondément, parce que je crois en l’écriture, parce que je connais le chemin de vérité à soi qu’elle peut être, que ce travail d’écriture pourrait représenter, pour ces personnes, une expérience de vie, une expérience de sens : écrire, c’est avant tout redécouvrir qu’on a chacun une voix, que cette voix est unique, qu’on a le droit de la faire entendre ; et que, la faire entendre, c’est la faire exister. C’est exister. »

Laurence Tardieu a invité, chaque vendredi dans son atelier, des personnes en souffrance psychique à écrire.

« L’un me dit, un jour : « Je suis coupé de moi. Alors, j’aimerais essayer d’écrire, pour me retrouver. Je ne sais pas si vous comprenez ». Quelle plus belle définition de l’écriture ? Écrire, n’est-ce pas en effet tenter de plonger au plus profond de sa nuit, et tenter d’en extraire un son qui soit sien ? »

J’aime que cette expérience d’écritures partagées ait été nommée : traversée.

J’aime que les mots tressés dans l’atelier conduisent Laurence Tadieu à écrire :
« J’ai simplement un peu la preuve de ce que je sais depuis bien longtemps : que l’écriture peut sauver. L’écriture est un rempart contre le chaos. »

J’aime aussi que l’auteure nous confie ses doutes, ses inquiétudes, les questions rencontrées en chemin, ce cahin-caha de l’écriture éveillée en atelier.

« Et, parce que nous étions dans le vrai, nous étions dans la complexité des choses et des êtres : il n’y avait plus : d’un côté le noir, de l’autre le blanc, d’un côté la maladie, de l’autre la bonne santé mentale, d’un côté la souffrance, de l’autre la joie. Il n’y avait plus le passé contre le présent, ou le présent contre le futur. Il n’y avait plus soi contre l’autre, ou soi contre soi. Nous étions dans un espace-temps dans lequel nous tentions de définir chaque sentiment, chaque émotion, chaque situation, comme nous les avions vécus de l’intérieur, et nous savons bien, nous tous ici, que, de l’intérieur, les couleurs n’ont plus les mêmes noms. Elles sont de tels mélanges qu’on ne peut les définir en un mot. »

J’aime, enfin, que l’écriture, énonçant la vérité et la complexité des êtres, ait encore une fois été assaut contre la frontière – ici entre personnes en souffrance et personnes suffisamment bien portantes.

Francis Bacon à Londres

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