Avec Dominique Dussidour

Il existe un écart entre ma pensée quand je la pense et ma pensée quand je l’écris.

« Assise sur les marches d’une cuisine à regarder un jardin, quelques minutes, le temps de se lever, prendre le carnet noir et le stylo jamais loin, se rasseoir et écrire. Je regardais, j’ai pensé et je m’apprête à écrire : « Le ciel est bleu », or j’écris : « Le ciel est patient », et je sais d’emblée que le ciel est véritablement patient plutôt que bleu. »

« Cet écart a toujours existé. Écrire en sait davantage que moi, qui n’ai jamais rien pu savoir ni apprendre ni comprendre. »

Voir ici la suite de ce bel article parmi les Petits récits d’écrire et de penser de Dominique Dussidour sur remue.net.

Avec Erri de Luca

« J’ai fait le plus vieux métier du monde. Pas celui de la prostituée, mais l’équivalent masculin, l’ouvrier, qui vend son corps à la force de son travail.

Écrire a été et reste pour moi le contraire, un temps de fête dans une journée de corps vendu pour un salaire. Ce fut du temps sauvé. »

« Je n’ai rien de l’écrivain penché sur sa feuille, tourmenté par une quête artistique. Rien de sa sueur sur le papier : j’avais déjà transpiré avant, j’arrivais bien séché sur la feuille. Sec moi, et la page aussi, mais pas vide, prête au contraire à s’emparer des phrases tournées et retournées dans ma tête durant les heures du corps vendu. Qui sait s’il reste aussi un temps de pensées à la prostituée, tandis que son corps agit. »

Erri de Luca, Pas ici, pas maintenant

Avec JB Pontalis

Y-a-t-il une éthique de l’atelier d’écriture ? Des règles ? Un cadre ?
Penser le cadre avec JB Pontalis.

« Le cadre, en psychanalyse, écrit Pontalis dans Fenêtres :
est la condition nécessaire pour que la réalité psychique prenne toute la place, pour que l’analyse puisse imprimer du mouvement à la pensée, à la mémoire, à la parole. Il faut au peintre les limites d’une toile pour que l’illimité d’un paysage apparaisse, pour qu’une lampe ne soit pas seulement un objet, mais source infinie de lumière ; il faut un plateau de théâtre pour qu’une scène soit aussi une autre scène ; l’art de la photographie repose pour une bonne part sur la qualité du cadrage. Seul l’enclos du sommeil, où les amarres sont rompues avec le monde extérieur, autorise le rêve à s’éveiller et à se déployer en tout sens. »

De même, le cadre de l’atelier permet-il aux écritures de se déployer si chacun, se sentant en sécurité, peut se risquer à écrire. Ecoute littéraire favorable, respect des singularités et des personnes, critiques interdites sur les textes de premier jet… l’animateur veille au cadre ; il s’en porte garant.

ciel Rome