Avec Charles Juliet

Ce qui compte, c’est qu’un livre dise le vrai, nous fasse découvrir un inconnu, émette des vibrations qui émeuvent nos profondeurs.

« J’écrivais sur des carnets, des feuilles volantes, au dos d’enveloppes qui traînaient dans mes poches. L’écriture me servait à me rejoindre, à m’unifier, à renouer le contact avec l’être du dedans ; elle m’aidait à m’élucider, et aussi, à mieux me ressentir. »

« Je n’ai jamais pris la décision de tenir un Journal. Si je me suis mis à griffonner des notes, c’était faute de pouvoir écrire autre chose. J’avais besoin de me connaître, de m’explorer, me clarifier, m’unifier. Après avoir amassé un certain nombre de notes, il m’est apparu un jour que j’écrivais un Journal. Durant toutes ces années, je l’ai considéré uniquement comme un moyen de recherche et d’apprentissage, non comme une œuvre possible. Mais depuis que je l’ai publié, les lettres de lecteurs que j’ai reçues m’ont fait changer d’avis. Ils me disent en effet que ces ouvrages sont pour eux une nourriture. Que certaines notes leur ont révélé ce qu’ils étaient. Qu’elles les aident à s’exprimer. Qu’elles ont mis fin à leur solitude en leur apprenant que leurs interrogations, leurs tourments, leur souffrance, un être en qui ils se reconnaissaient les avait vécues. »

« Ce sont donc ces lettres qui m’ont conduit à penser qu’un Journal n’avait pas à être considéré comme une œuvre de second rang. D’ailleurs, qu’importe qu’un livre appartienne à tel ou tel genre littéraire. Ce qui compte, c’est qu’il dise le vrai, nous fasse découvrir un inconnu, émette des vibrations qui émeuvent nos profondeurs. »

Charles Juliet, dans Trouver la source (La passe du vent, 2000)

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