L’élan donné

Oui, sans doute s’agit-il de cela, donner l’élan d’écrire — sans doute est-ce à ce jeu que j’invite celles et ceux qui rejoignent mes ateliers.

Donner l’élan, donner un cadre aussi — tracer progressivement les limites d’une histoire en inventant comment on va la raconter.

Dans l’atelier, les limites viennent avec le soin qu’on apporte à l’écriture, avec le soin qu’on donne aux formes. On ne sait pas à l’avance où écrire nous entraîne mais on y va, texte après texte, on cherche et écrire donne forme concrète à des projets… Quelle est l’histoire ? Qui sont les personnages ? Qui est le narrateur ? On commence, ensuite on précise ; on se demande quelle histoire on serait seul.e à pouvoir raconter, on fabrique les personnages qui feront vivre l’histoire, on cherche comment le narrateur raconte l’histoire, on se demande aussi pourquoi il la raconte…

— Oui, il peut y avoir plusieurs narrateurs, mais alors qu’on les entende, que chaque voix vienne éclairer l’histoire selon son propre point de vue.

Toute histoire devient possible dans l’atelier et c’est heureux, on est dans le grand champ de la littérature, on découvre les espaces, les édifices construits par ceux qui nous précèdent, on s’approprie les outils — il arrive qu’on se donne un coup de marteau sur les doigts mais c’est le métier qui rentre, disait mon grand-père. Le vôtre aussi ?

Commencer un récit long ?

Trois jours vivifiants, direz-vous en fin d’atelier. De bonnes ondes dans le groupe, un mélange harmonieux, paisible, l’ambiance propice, la bienveillante écoute. Oui, forts de ces relations soutenantes vous avez exploré, travaillé, essayé, construit, écouté, parlé des textes, trouvé de nouvelles pistes. Vous avez aussi défriché, nettoyé, fait le tri, trouvé des bords aux histoires que vous désiriez raconter. Vous avez résolu des dilemmes, rassemblé des bribes qui attendaient depuis plusieurs années, dessiné des chemins balisés pour la suite et trouvé la détermination de poursuivre. Tout ça en trois jours — arpentant avec vitalité le grand champ de la littérature.

 

« Au fil des séances, les contours flous de mon histoire initiale ont trouvé une expression plus précise sous le projecteur puissant des méthodes de travail progressivement amenées avec beaucoup de talent.
Une ouverture s’est faite d’où surgit mon désir d’écrire avec cette découverte inattendue de l’invention. De nouvelles facettes de l’existence sont devenues proches et accessibles. Il suffisait d’oser.
Et, cerise sur le gâteau, les retours du groupe m’ont permis d’aller encore plus loin que je ne l’imaginais. »
Henri

 

« Six femmes, trois hommes, assis autour d’une table. Un peu d’inquiétude, une légère tension. Au bout de la table, Claire donne le la.
Des mots fusent, des phrases surgissent, des personnages s’invitent à la table, des chemins se croisent, des histoires s’écrivent. On s’étonne de sentir sous ses doigts son crayon qui avance. Parfois il se cabre, s’arrête, repart en arrière. La bienveillance des uns et des autres le relance. Et au bout de trois jours, on se prend à y croire à son histoire, on sourit.
Merci Claire ; merci à vous, mes compagnons de voyage. »
Solange

 

« Je suis arrivée à l’atelier avec une besace chargée de dilemmes et de questions qui me débordaient, m’inondaient, m’empêchaient d’avancer. J’avais trop de tout, trop de personnages, trop de lieux, trop d’histoires, etc. Les propositions de Claire m’ont permis de comprendre sur quelle surface je voulais travailler (la limite géographique et temporelle de mon histoire) et avec quelle matière (la « biodiversité » du récit: quelles langues vont se faire entendre, quelle polyphonie va s’élever – puisque je tiens à un chant polyphonique…).
C’est étrange de voir un personnage que l’on attendait pas émerger d’une proposition d’écriture, étrange et excitant de s’installer dans l’écriture d’une scène qui ne constituait qu’un micro-détail dans notre imagination mais qui décide avec aplomb de s’étirer dans l’histoire… Ces trois jours de travail intense ont été d’un grand plaisir au sein d’un groupe attentif et très sympa. Merci à vous, compagnons d’écriture, et merci à toi, Claire, pour l’intelligence et la bienveillance de ton écoute qui m’ont permis de redémarrer avec quelques calages en côte. »
Frédérique

 

« Une ébauche d’histoire, un lien familial, communication en panne, échecs, conflits.
Entamer un dialogue, ne pas lâcher, persévérer, se cabrer, se révolter.
A la rencontre de soi-même.
Dépasser le stade de l’ébauche, se fixer des objectifs, poser une trame, structurer le récit.
Le voyage ne fait que débuter. Des obstacles, embûches restent à franchir.
Mais la détermination est intacte ! »
Marc

 

« Plus de trois pages. Pour la première fois, ça fera plus de trois pages. Ça c’est lui. Le narrateur. Ce narrateur qui ressort toujours au fil des ateliers et des textes courts.
Il n’a été que des flashs, des réminiscences — des surimpressions. Tour à tour homme ou femme. Je. Tu. Ou il. Selon. À différents âges de la vie.
Je vois maintenant que c’était lui, à chaque fois. Le point de convergence. Le point de convergence de ses incarnations était ici, hier, aujourd’hui. À l’atelier.
Désormais il a une voix. Il a une vie. »
Matthieu

 

« Des histoires inventées, un hibou muet envoyé par la poste, un accident surtout, qui emporte des énigmes. Tout cela a surgi par petites touches, et certainement pas dans l’ordre que je m’étais établi au départ… Reste à construire une trame à l’histoire et bien mettre en évidence la quête du personnage !
Cette émergence a été possible grâce au savoir-faire et à l’infinie patience de Claire, grâce aussi à la bienveillante écoute de tous.
Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas frottée à des contraintes aussi surprenantes qu’efficaces. »
Dominique

 

« L’envie d’avancer en écriture peine à desserrer l’étau qui me fait rater la station de métro : ne pas y arriver, abandonner ma langue et ses jours, l’horizon trop lointain du récit long, l’impossibilité d’expliquer ce qui boue, fume, raidit. Tout appelle et tout terrasse.  Alors, j’écris au présent le plus présent de l’écrit. A la lettre, je nage, je page.
Une risée en surface, un courant plus tiède sous les doigts, une zébrure bleue dans le gris des nuées, l’énergie des voix et des yeux autour, 3 jours, 2 nuits et, soudain là, un rivage pour abouter la langue et le projet.
Je m’échoue sur le sable, essoufflée, essorée, débarquée.
Les mots s’emmêlent dans les traversées.
Embarquée, je voulais dire. »
Anne

 

L’idée était déjà là, calfeutrée dans un coin de ma tête. Elle sortait parfois par petits bouts
sans que je puisse l’attraper. Se poser dans l’atelier durant ces trois jours a permis a mon idée de prendre corps. Sur le papier elle s’est d’abord étalée, j’ai pu alors la ramasser. Maintenant je dois la faire tenir dans un cahier. Pour cela, écrire, écrire, écrire, garder le cap.
Merci au groupe, a sa consistance et a sa bonne résistance. Merci a Claire d’être là pour cela.
Sophie

 

« Retrouver l’atelier, après des années, avec Claire et avec vous, quel plaisir, quel élan !
Nos neuf romans, livres, texte, aventures avancent, pierre à pierre, ils s’élèvent, ensemble et séparés, joyeux de leur diversité.
Merci de m’avoir permis d’avancer sur le petit chemin qu’est cette histoire. Ces trois jours lui ont permis d’affirmer son existence et sa volonté d’exister — une volonté propre, une force, une énergie qui doit s’auto-alimenter si elle veut aboutir, aller plus loin, prendre son envol… »
Brigitte

L’atelier Commencer un récit long existe désormais par e-mail

 

L’éclosion des écritures

L’atelier, un endroit libre, ouvert

— J’ai compris ce que j’ai envie de faire avec l’écriture pendant l’atelier, maintenant je sais que c’est possible, je vois un chemin.

— Pour moi il s’agissait d’un rêve, je suis venue réaliser mon rêve avec l’écriture, elle est devenue accessible…

— Lire tout le temps ce qu’on est entrain d’écrire c’est incroyable la liberté que ça donne ! On s’expose avec ses brouillons et les avis des autres nous aident… J’ai le sentiment d’avoir gagné un temps fou, j’accepte de me tromper, je recommence, j’apprends en avançant…

— … je veux dire… écrire est un outil formidable pour comprendre le monde et ici on peut exprimer ce qu’on comprend !

— Oui, et on découvre différentes manières de faire la littérature contemporaine en se situant dans le paysage littéraire grâce à tous ces textes que tu nous lis.

— Le secret c’est cette contrainte qui fait produire ! et le groupe qui permet d’évoluer ! on est confronté aux regards des autres, d’abord on a peur, heureusement que le cadre permet de supporter ces regards parce qu’ils ne sont pas critiques —

— Parce que ça prend les tripes et le cerveau d’écrire, j’ai ramé, galéré, mais l’écriture devient un jeu d’enfant dans l’atelier !

— Moi j’ai appris à simplifier, à sortir de mes grandes idées sur l’écriture pour entrer dans le concret de l’aventure.

— Tout est fait pour qu’on devienne capables…

— Ce qui est si beau c’est d’entrer dans les univers des uns et des autres en écoutant les textes, elle est rare, cette qualité d’échange dans un groupe…

— J’ai trouvé la bienveillance dès le premier partage de textes, j’ai su que je ne serais pas mise en danger… On comprend que chaque texte compte sur le chemin de ce qu’on aimerait écrire. Ensuite, à un moment, quelque chose s’impose sans qu’on sache comment.

— …

— Oui, Véronique ?

— Oui, je voudrais dire que j’ai été très touchée, sidérée même par l’éclosion des écritures ; ça a grandi, mûri, c’est un tel changement après 4, 5 petits exercices de rien !

— Moi je dirais que c’est un lieu magique ! On nous donne une panoplie d’outils, on apprend à contracter ou dilater l’écriture, on se penche sur les détails… Et puis il y a cette très grande écoute, toute en profondeur, alors on découvre qu’il reste beaucoup de travail pour se trouver, pour trouver son style… comment dire… on prend le temps des étapes sans chercher à atteindre l’absolu, la perfection… quel soulagement.

— C’est génial dans notre monde ce lieu où il n’y a pas de compétition entre les personnes !

— Tu nous invites à ne pas écouter nos résistances, tu pousses à y aller. Il y a cette élaboration collective… on assiste à la naissance des écritures…

— Oui, c’est grâce à cette approche très progressive, ça fait comme un effet entonnoir – l’atelier me conforte dans l’idée qu’il réside dans l’écriture quelque chose d’essentiel pour ma vie.

— Comment disais-tu hier ? On écrit pour savoir ce qu’on ne savait pas savoir ?

— Et vraiment, l’alchimie qui a fonctionné dans le groupe, on a fait de véritables rencontres grâce à l’écriture…

— Oui, la joie et la bienveillance…

— la joie du faire,

— l’espace de liberté donné par la proposition,

— la conquête de mon propre regard…

— Moi je dirais que l’atelier fait sauter les verrous de l’écriture !

— Ça ouvre des tas de portes !

— Je suis très émue par cette expérience de partage, on s’est enrichis mutuellement.

 

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Oser les ateliers

Sommes-nous tous doués pour écrire ?

… me demandait Sophie Nouaille dans l’émission En quête de sens, le 3 mars 2017, sur Radio Notre Dame.
A cette question pour le moins abrupte, j’ai répondu d’une façon qui le fut tout autant : « écrire est d’abord une question de désir, c’est aussi un travail ».

Vous qui d’habitude me lisez sur ce site, pendant 20 minutes vous pouvez m’écouter parler des ateliers ici :

Les ateliers : comment ils soutiennent le désir d’écrire, permettent d’oser, de se lancer à creuser son propre sillon dans le grand champ de la littérature actuelle — celle qui s’écrit aujourd’hui.

Écrire — les personnes qui viennent dans mes ateliers le savent — c’est d’abord saisir quelque chose qui est en soi et qui n’a pas encore trouvé forme dans les mots ; le saisir et le porter à la page. Ensuite, on donne forme de texte à ce que l’écriture a saisi.

L’atelier est un espace de création, on y chemine, on y invente des histoires pas à pas ; on met des personnages en scène, on se demande quelle histoire on aimerait raconter avec ces personnages — quelle histoire on serait seul à pouvoir raconter –, alors on écrit une première scène, puis une deuxième… chacun crée quelque chose et c’est le grand plaisir des ateliers.

Ce qu’on apprend, dans l’atelier, c’est qu’il y a deux actes dans écrire. Le premier est jubilatoire — on y va, on travaille le langage comme une terre glaise, on invente des mondes… ensuite on se met au travail, on cherche le mot juste, la musique des phrases — on travaille la phrase jusqu’à ce qu’elle ait saisi ce qu’on cherchait à dire, on apprend aussi à ménager l’intérêt du lecteur, à maintenir son intérêt en travaillant le suspens, à faire dialoguer écriture et lecture

Pourquoi j’aime ce métier ? L’écriture est si singulière, si personnelle — dans l’atelier, deux personnes ne raconteront jamais les mêmes histoires à partir d’une même proposition — c’est ça qui est passionnant.

Dans l’atelier, on écrit parce que quelqu’un est là, qui demande l’écriture. On écrit pour répondre à cette demande, et pour les lecteurs qui sont autour de soi, à qui on va lire son texte et qui feront des retours. Faire des retours, ça s’apprend. On apprend à dire l’émotion qu’on éprouve en entendant un texte, on donne la fierté des premiers jets, les retours soutiennent, ils aident à faire évoluer les écritures.

L’écriture n’est pas une question de volonté, elle vient de façon intuitive. Les participants racontent qu’ils sont traversés par une sorte d’élan et découvrent le bonheur de se laisser embarquer.

Inventer quelque chose avec la langue, chercher le souffle d’une phrase, puiser dans ses expériences pour caractériser des personnages… ça fait du bien, d’écrire, il y a la joie de l’invention et de la construction, créer du sens, écouter le monde en soi, donner une lecture du monde tel qu’on le perçoit et l’éprouve.

Enfin, Sophie Nouaille me demande comment l’on s’inscrit dans un atelier. Je parle de l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture. Je parle aussi des ateliers au long cours, qui accompagnent dans l’écriture d’un récit long, sur deux ans — récits, romans, fictions d’inspiration autobiographiques… Les ateliers Chantiers.

Dans l’atelier

Dimanche 26 février, 11h15.

Vous êtes assis autour de la table. Nous nous retrouvons après avoir lancé l’écriture, hier – une écriture Autour du monde inspirée par le roman de Laurent Mauvignier. Hier, trois heures déjà d’atelier ont ouvert notre week-end.

Trois heures si brèves, avec le temps qu’il a fallu pour vous parler de l’œuvre, vous donner à entendre les voix, vous permettre d’envisager la composition du livre et surtout, vous montrer le travail minutieux du romancier — cet art de porter attention à chaque détail qui nous projette dans un lieu, au cœur d’un événement, en compagnie de ceux qui le vivent. Une heure de parole, ça m’a pris, hier, pour vous raconter tout cela après vous avoir invités, tandis que je vous parlais, à n’écouter que ce qui ferait surgir en vous l’idée qui viendrait, vous traverserait.

L’idée d’un événement dans le monde vécu par un personnage qu’il faudrait inventer. Un événement et un personnage, et deux heures pour commencer à écrire. Deux heures, oui, mais par étapes – comme toujours dans les ateliers pour éviter l’inquiétude de ceux qui n’ont pas encore l’habitude avec l’annonce d’un temps qui peut paraître long — le temps de l’écriture ne s’éprouve pas comme les autres temps une fois qu’on a plongé, quand on est dedans.

« Si j’aime si profondément le roman, c’est qu’il est par essence humain parce qu’il met l’expérience humaine au centre de tout, y compris dans sa noirceur et sa banalité. C’est pour cette raison que tout roman est profondément politique  : il donne un nom à chacun. Son utopie, son horizon, c’est de vouloir nommer chaque visage, rendre à chacun la singularité et la complexité de sa vie, » disait Mauvignier dans une interview que je vous lisais hier.

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11h45.

Au milieu de la table de l’atelier, café, thé et tarte aux pommes apportée par C.
Ce matin, D. ne nous a pas rejoints à cause d’un mal venu se nicher durant la nuit dans son dos. Je me suis dit qu’il est lourd, ce monde que je vous invite à écrire dans les pas de l’œuvre exigeante de Mauvignier, vous ne trouvez pas ?

Vous écrivez. Il est presque midi maintenant et depuis hier je n’ai toujours pas entendu vos textes. Je ne connais de vos chantiers que les thèmes que vous nous avez présentés hier, en un bref tour de table : un attentat sur la plage de l’hôtel de Sousse, en Tunisie, vécu du point de vue d’une femme qui était là en vacances ; l’arrestation d’un groupe d’adolescents qui va provoquer la bascule vers le conflit en Syrie, vécu par un chauffeur de taxi dont le fils a été arrêté ; la mort par fait de violence matonne d’une africaine exilée, dans une prison en Bulgarie, racontée par une autre exilée qui partageait sa cellule ; la sauvagerie du réel qui déborde un jeune engagé au moment où se déclenche la guerre du Golfe alors qu’il fait ses classes en caserne en Allemagne ; le combat d’une élue locale contre le déboisement dans sa commune et l’abus chimique en agriculture.
(Hier avant de vous quitter je vous ai invités à chercher les informations nécessaires à votre sujet dans la soirée.)

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Pour vous approcher de cette écriture romanesque et politique dont parle Mauvignier, je vous ai demandé de ne pas céder à la tentation des beaux sentiments, ni à celle du point de vue surplombant, ou simplifiant, non ; ne rien céder au général et écrire « à hauteur d’homme », comme je le racontais ici. C’est l’enjeu de cette séance.

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11h55

Autour de la table je vois les feuilles que vous couvrez de signes, les pages de vos cahiers tournées l’une après l’autre sous l’avancée des mots, la poussée des phrases, la progression de vos histoires. Vous écrivez, G., une phrase après une autre, lentement, si lentement, avec ce mouvement qu’impriment vos phrases sur vos lèvres quand vous vous les dites en voix intérieure. Vous vous relisez beaucoup et produirez, je le sais — je connais votre écriture maintenant – un texte d’une densité éclatante. F. et C., je ne vous avais pas revues depuis que vous aviez travaillé avec moi en atelier il y a une quinzaine d’années – le cliquetis rapide de vos doigts sur les touches de votre ordinateur, F. ; votre bic qui court si vite sur le papier, C. ; tout à l’heure vous direz « J’ai été emportée. » À côté de vous, H., vous tenez, votre bic très haut en gardant votre main à distance du papier comme si vous traciez des arabesques avec un pinceau fin, comme si vous les enrouliez en lignes régulières tout le long de la page. Et vous, A., sur ma gauche ; vous revenez avec une feutre turquoise sur les pages de votre cahier en papier recyclé couvertes d’une écriture violette ; vous barrez, complétez, changez des mots et cela donnera la précision de cette écriture que je commence à bien connaître, si précise dans le choix des mots, si fluide, et mûre ; vous préparez la lecture de votre texte, là, dans cinq minutes, à midi et quart.img_1326

12h15

À onze heure et quart je m’étais entendue vous dire : « à bientôt, après la traversée ». Une heure. Une si petite heure lorsqu’il s’agit d’écrire s’est écoulée dans le beau silence de l’atelier. Je viens de vous annoncer que nous lirions dans cinq minutes. Vous avez levé les yeux de l’ordinateur ou de vos feuilles ou de votre cahier, vous m’avez regardée comme en songe.
Vous revenez de loin.

 

 

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Cher Laurent Mauvignier

Cher, oui, pour vos livres et ce qu’ils ont permis d’ouvertures, pendant 3 jours d’atelier d’écriture en dialogue avec votre œuvre.

Cher pour la profondeur qu’on éprouve en vous lisant, cher pour votre obstination à traquer les silences qui privent l’homme d’une part de son humanité, cher pour votre posture — pour l’écriture « à hauteur d’homme » comme je l’ai souvent raconté pendant l’atelier –, pour ce que cette posture permet de travail sur les voix, sur le point de vue — sur l’homme comme être singulier, que le roman peut sortir des ornières des représentations que vous nommez clichés.

Cher, enfin, pour la réponse à nos lettres que vous avez déposée sur cette page (qu’on découvrira dans les commentaires).

Pendant 3 jours j’ai parlé de votre travail aux personnes rassemblées dans l’atelier, j’ai donné à entendre les voix dans vos livres et proposé de s’essayer aux formes qui structurent vos textes. J’ai parlé de cette phrase de Kafka que vous aimez citer, qui dit qu’en littérature, il s’agit de « trouver une parole vraie, d’homme à homme ». Nous y avons travaillé. En fin de parcours, j’ai proposé à chacun de vous adresser une lettre. Les voici. Vous y trouverez la diversité des points de vue et des voix qui fait la beauté de la littérature — qui fait la beauté des ateliers aussi.

Cher auteur kidnappé par Claire Lecœur,

Nous avons passé trois jours avec vous qui ne le saviez pas. Trois jours à « Mauvignier », avons-nous dit le dernier jour, dans un rire d’après l’intensité du contact entre vos univers et nos intérieurs – « Jubilatoirement bricolatoire » m’avait échappé la veille.

Trois jours, attendus comme une manne, à poursuivre des personnages à coup de mots, de sons et de souffles. À monologuer d’une tête l’autre, à dialoguer de notre mieux et frotter nos textes entre eux. À oser le motif répété et la vibration tenue le plus longtemps possible.

Vous nous donniez élan et permission pour poser nos histoires et leurs blancs, nos regards sur le monde, nos incompréhensions et nos révoltes dans de nouvelles formes – dans l’esquisse de nouvelles formes plus précises, moins narrées, plus incarnées. Nos Kirghizistan apparaissaient sur des cartes que chacun repasserait à l’encre plus tard.

Épuisée d’une fatigue qui remplit – l’atelier a ses contretemps de lectures tardives et vous écrivez beaucoup – je me vois pour regagner la ville dévaler une échelle virtuelle. Le travail étayé à votre œuvre nous aura élevés, offert des vues lointaines ou microscopiques, emportés vers des possibles, l’écriture avivée en nous.
Continuer, avez-vous écrit.
Anne Demerlé-Got

Cher Laurent Mauvignier,

Je lis des morceaux de vos œuvres à mes élèves. Je doute qu’ils comprennent tout (classes d’apprentissage). Ils n’ont pas besoin de tout comprendre, votre langue leur parle, les touche et résonne sans que moi-même je sache exactement comment. J’aime bien les énigmes. Je pense qu’il y a une voix qu’ils entendent parmi tout ce chamboulement des mots et de la syntaxe. Ils ne suivent pas vraiment mais ils entendent qu’il se passe quelque chose et ce qu’ils captent les subjugue. Plus que leurs portables et pendant dix minutes.

Alors quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai écrit (bien modestement) après les lectures et l’étude de certains de vos textes dans l’atelier de Claire Lecœur. Vous êtes contagieux ? Ça s’attrape donc aussi, la littérature, comme la grippe ?

Il ne s’agissait pas de faire comme vous. Mais tenter de trouver cette place d’écriture où l’on raconte aux autres ce qui nous est arrivé, d’homme à homme, directement, sans passer par un récit traditionnel.

Vous auriez dû venir. Je pense qu’on était de dignes débutants. On a répété. On a travaillé. On a creusé. Loin, loin, profond, avec cette exigence que montre la qualité de vos écrits. On en a bavé. Allez, oui, à vous je peux le dire, j’ai même pleuré. C’est que vous n’incitez pas à la gaudriole ! Entre le stade du Heisel, le tsunami, les agents de sécurité qui tuent, le suicide et la lepénisation des esprits, on est grave quand on vous écoute.

Vous, vos textes, ils vont à l’os, on ne fait pas semblant, on n’essaye pas de passer la pommade. Alors autour de la table, on s’est prêté à l’exercice, on a écrit en retirant tout le « gras ». Et à la lecture des textes, on a entendu des voix qui étaient très belles, même si on n’est pas encore au point tout à fait, parce qu’elles étaient vraies.

Je crois que c’est ça : pendant l’atelier autour de vos œuvres, on a vu « le trognon » de chacun, on n’a pas entendu ce que untel faisait, ou untel avait, non, on est resté dans le grave et on a vu les trognons.

Chapeau bas, Monsieur Mauvignier, et vous pouvez remercier au passage Claire Lecœur car elle a particulièrement bien su nous montrer où était votre trognon d’écriture, à vous.
Et il est beau.
F.

Cher écrivain dont nous avons pris soin pendant trois jours,

Je n’ai pas lu vos livres avant de participer aux trois journées d’atelier « Écrire avec l’œuvre romanesque de Mauvignier », ce fut tout aussi bien car je vous ai découvert à travers les yeux de Claire et de sa lecture passionnée. Vous n’étiez pas présent mais vos livres l’étaient – et bien vivants car animés par sa voix !

Quel jeu de cache-cache ! Vous étiez en suspension dans l’atelier ; vous nous percutiez ou vous nous frôliez ; nous nous étonnions et nous nous laissions flotter. Nous vous sentions, nous vous rejoignions et, alors que nous nous familiarisions avec l’un de vos textes, vous vous effaciez soudain, pour nous laisser partir vers notre écriture, en propulsant sur nous votre plus léger souffle. J’en fus au point de ne plus penser à vous en inventant mes dialogues et mes monologues, mais je sais maintenant que vous aviez laissé une trace qui vous est propre.

Je vous aurais reconnu si je vous avais rencontré dans mon texte car nous nous connaissions déjà un peu à la fin de la première journée. Cela n’arriva pas ; vous aviez tant de kilomètres d’avance sur moi. J’aurais bien aimé vous suivre parfois, en pénétrant dans le fourmillement et la raréfaction de mes mots mais vous étiez au loin, à m’attendre, du côté de chez Claire. Heureusement, je crois que votre patience, votre obstination et le mouvement de vos phrases agissaient en douce pour que je garde confiance et puisse dérouler mes images et mes idées.

Votre manière de dérouler vos personnages dans leur cadre, avec grande précision, m’a donné le souhait d’étoffer les miens, de prendre le temps de les explorer en détails dans leurs déplacements, gestes, sentiments et émotions, et de traquer le superflu pour ne pas piétiner inutilement. Il me reste à conserver cette intention en ligne de mire pour arriver à mieux voir…

Merci de nous avoir permis de faire bien des découvertes et peut-être d’écrire autrement et avec plus d’exigence.
B.

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Je dépose les armes

Et donc elle dit ainsi, que ses discours sont là pour réveiller l’écriture en nous, et elle parle et elle parle et c’est quand qu’on écrit, je me dis, et je me dis plus rien, sa voix tamponne mes pensées, mes pensées se heurtent et je disparais, je n’entends plus ni mes pensées ni ce qu’elle dit, parfois pire que tout on écoute les textes des autres, des mots jaillissent je les attrape au vol certains comme des rubis, d’autres des couteaux brillants, certains de soie, un repas, des senteurs, parfois c’est une maison, les lignes de bâti me sautent au corps, les lignes de découpes aussi, mais c’est rare, la plupart du temps c’est un océan et je suis engloutie, un texte ? Non pas, plutôt la voix de la mère comme une vague qui me submerge et je disparais, puis quand la consigne est donnée, je tente de mobiliser mon intelligence, au moins de comprendre cela, comment faire, des rails, un squelette, tenir droit cette molasse qui nage en marée haute, le premier jour je me déplace à côté de l’homme pour la prise, elle dit cela devait arriver, elle si claire, et je refuse que ça arrive, moi je suis là pour le Cœur, et le Lieu, le corps et la peau de l’homme ne doivent en rien m’en détourner, alors je me redéplace et me met près du Cœur, et n’en bougerai plus.

Là. J’ai ma prise. Alors, j’écoute. Je tente parmi les rubis, les ficelles et les cailloux, le soleil et les grands arbres, les peintures et les défunts, la musique et le foyer de saisir ce qui fait Florence, Anne, Monique, Charles, Evelyne, Claire-Lise et Berthy. Leurs corps s’empruntent une forme et un dire. Leurs textes dessinent leurs tissus chamarrés et leurs accidents. Et mes lignes, les miennes, me convainquent de laisser tomber. Laisser disparaître et l’homme et le projet et le lien. D’apaisement en jeu, de joie en effacement. Jusqu’à ce que la plage, ma page, entière, soit balayée laissant apparaître les couteaux évidés.

Continuer dit-il, dit-elle, je ne sais plus. Je connais cette histoire. Cette femme et son fils je connais. Je dirai à la femme qui s’allonge qu’elle achète le livre qui la soignera, quant à moi, Continuer, avec les couteaux vides et les revolvers déchargés.
Agnès Benedetti

Pour se dire

Trois jours à écrire. La découverte des moteurs d’écriture agit comme une aire de lancement. Une aventure se prépare. Mauvignier est un tremplin au socle de la mobilité des ressorts de la création. Qu’en sera-t-il du collectif de cet atelier ?

J’ai senti des poussées intérieures très fortes pour l’éclosion de pensées mises en mots ; j’ai senti ces forces intérieures chez chacun ; la naissance de nouveaux horizons. J’ai senti des réactions aussi.

Le travail sur Mauvignier fait apparaître la polarité agir / réagir. Les textes les plus forts sont ceux qui répondent à l’agir de l’auteur. Lorsqu’il agit, il se dépasse ; lorsqu’il réagit, il se bat contre lui-même. Comme Prévert, je crains ce matin qu’on ne puisse jamais gagner un combat avec l’ange, cet ange qui est en nous. N’y va pas, tout est combiné d’avance, le match est truqué. La fin du poème est tellement tragique.

Cet atelier était comme une pause, une pose pour soi-même. Trois jours à écrire qui se transforment en désir de s’accorder trois heures par jour pour poursuivre. Puis-je me prendre ce temps en plus du reste ? Le soir, je m’enfonce dans le sommeil profond comme on ferme les yeux. Pas une once de retenue. Je m’éclipse si facilement. Quand je m’éveille, des mots me viennent, et depuis mardi 14 février, un fond veut prendre forme. Un chemin se dessine, bien en face, devant moi.
Devant nous ?
Charles Calamel

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À Monsieur Laurent Mauvignier,

Il est désormais un rendez vous que je ne rate plus, c’est celui de la parution du dernier Laurent Mauvignier. Parce que c’est un rendez-vous avec l’humain, les drames ou les vicissitudes de la vie – là, tout de suite, on y est. À cause de cette excellence à faire exister, à force « d’usinage » de paroles singulières, des êtres vivant tout de suite. Sans ménagement, très vite on est avec eux, de leur coté, du coté de leurs blessures et de leur épaisseur humaine. Puis viennent les boucles de la mémoire, le chemin de mots et d’images qui emmènent ailleurs et encore ailleurs… « où j’ai laissé mon âme. » De lueurs en crépuscules jusqu’au sombre, et encore jusqu’au plus beau de soi-même – jusqu’à l’amour.

Je citerai ce moment où, dans Des hommes, cet homme détruit, déclassé, renié, ce « Feu de bois » — qui en effet se consume –, mobilise sa dernière énergie pour offrir à sa sœur bien aimée un bijou… et peu importe les moyens qu’il met en œuvre. Le geste maladroit, scandaleux aux yeux de tous. Le personnage donne là un aperçu du meilleur de lui même, de sa capacité d’aimer malgré tout. C’est un détail du livre, une pépite inaugurale.

Je dis merci. Je dis encore !
Monique Romieu-Prat

« Écrire avec Mauvignier », avait annoncé Claire Lecœur. Trois jours en compagnie de votre écriture, cher monsieur Mauvignier.

Je n’avais lu de vous que Dans la foule et je dois avouer que parfois je fus « emportée par la foule », mais parfois non. Et ce fut la bourrasque. Parce que votre écriture est une bourrasque. Qui va chercher loin en vous, qui vient parler au plus intime. De vos peurs, de vos émotions, de ce qui fait de vous un Humain.

Ces trois jours étaient pour moi particuliers. Je n’avais pas écrit depuis plus d’un an. Je revenais vers l’écriture. Des retrouvailles de moi à moi. Quel honneur – ou peut-être devrais-je dire quel bonheur, ou les deux – que d’avoir pu cheminer de nouveau avec une telle qualité d’écriture.

Je voulais juste vous dire merci. C’est chose faite.
Evelyne Rifkiss

En réponse à ces lettres : un signe de Laurent Mauvignier

Je ne sais pas comment vous remercier pour ces lettres si – j’allais écrire « gentilles », elles le sont, c’est sûr, mais ce n’est pas ça qui me touche, ou alors en surface, car ce qui me touche vraiment, profondément, c’est la confiance que vous me donnez, c’est un cadeau énorme, et la force aussi que vous me donnez, celle qui fait souvent défaut au moment de se remettre à sa table, de se dire que cette fois on n’y arrivera pas, si on a su, ou pu un jour y arriver…
Alors, à vous lire, tous, j’ai l’impression que l’écriture est cette voix possible d’homme à homme, oui, elle est là, elle circule, sans bruit ni gros media, à l’abri des mauvais regards, mais ouverte à tous, pourvu que chacun décide de l’entendre en lui, de la rejoindre.
Un grand merci à vous, et d’abord à Claire Lecoeur qui a mené cet atelier. Je suis très touché par ce que vous me dites.
A vous tous,
Laurent Mauvignier

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Pourquoi écrire avec Mauvignier ?

« Il faut écrire à hauteur d’homme (…) oui, écrire en prenant le temps de l’homme comme mesure, et pas celui de l’actualité, »

disait Laurent Mauvignier interviewé sur Diacritick.

Il faudrait écrire « des personnages qui ont cette dignité, cette grandeur baignée dans l’indifférence de l’histoire – des personnages riches de leurs fragilités et de leurs blessures, de leurs échecs, mais aussi, toujours, d’un idéal, d’une force, d’une énigme qui les fait plus grands qu’eux-mêmes. »

Pourquoi, donc, écrire avec l’œuvre romanesque de Mauvignier ?

Pour dépeindre des êtres humains anonymes et fragiles — comme vous et moi — et les faire exister dans le bruit et le temps inhumain du monde ? Pour se placer à l’intérieur de ses personnages et chercher à quelles voix s’alimentera l’écriture : aux monologues qui ont initié le parcours de Mauvignier ? À la narration imagée et complexe de Continuer ? Aux dialogues — comme dans Le lien, où l’attachement indéfectible entre deux êtres nous est révélé en même temps qu’à eux même par l’unique voie des paroles qu’ils échangent après 30 ans de séparation ?

    « L. – On fera comme tu voudras, ne t’inquiète pas. C’est juste que si tu veux on peut changer et t’installer dans un endroit où pour l’été tu serais mieux, c’est tout.
    E. – On peut tout bouger, tout remuer ; mais… non, pas la chambre. Il ne faut rien toucher à notre chambre. C’est le seul endroit où je veux que rien ne bouge. Elle doit rester comme elle est, comme j’ai attendu avec elle.
    L. – Tu dis encore notre chambre ?
    E. – Oui, je le dis encore. Parce qu’après tant d’années… Tu vois, c’est comme ça, toujours notre chambre, au-delà de notre envie que ce le soit ou non. J’y ai passé tellement de temps.
    L. – Le chambre ; elle aussi je l’ai gardée avec moi pendant tout ce temps… Impossible de m’en défaire. J’ai dormi entre ses murs toutes les nuits que j’ai passées loin d’ici, dans les chambres d’hôtels, dans les baraquements. Et même dans les appartements des femmes, dans les bars où je m’écroulais quand j’avais trop bu. Je n’ai jamais pu m’arracher complètement au sommeil que je trouvais ici. »

« Un roman, c’est une vision du monde. Et si aucun roman ne change le monde, il en est tout de même une façon de le ressentir, d’y faire présence, d’en capter et d’en traduire la réalité autour de nous. »

Je parle ici du sublime, de cette idée qu’écrire c’est « tenter de répondre à cette question de savoir qui nous sommes tous ensemble et chacun pour lui-même, chacun dans cet ensemble, et comment cet ensemble regarde chacun. » (Laurent Mauvignier)

Pour être plus concrète (comme je le suis toujours dans les ateliers lorsqu’il s’agit de faciliter le passage vers l’écriture), il s’agira de chercher, pas à pas, les histoires d’hommes et de femmes dont chacun est porteur en leur donnant la chance de se déployer à travers les formes explorées pour Mauvignier. Pas à pas, proposition après proposition, texte après texte, chercher la lumière vive qui vient avec les mots lorsqu’ils ouvrent auteurs et lecteurs à la singularité de l’expérience humaine dans le grand bruit du monde.

Alors oui, venez écrire avec l’œuvre de Mauvignier si vous désirez couper dans le temps du réel un autre temps — celui qui fait naître, dans l’écriture, des images et des êtres qui disent — à hauteur d’homme — notre présence au monde.

Mauvignier

Sentiers de la création

Créer — geste après geste, prendre soin.

J’aime ces images. J’aime voir la précision des gestes, la minutie, le temps de chaque étape — les mains qui prennent soin du livre qu’elles fabriquent.

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Je pense bien sûr à l’écriture, mais aussi à la vie, à nos œuvres — enfants, travail, relations, art, entreprises — ; aux soins qu’elles demandent.

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Je pense au temps qu’il a fallu pour écrire ce livre, Le temps qu’il faut, qui sort ces jours-ci chez L’Harmattan, au soin qu’il nous a demandé.

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Je pense aux paroles des dix auteurs lorsqu’ils ont exprimé ce qu’avait été l’aventure d’écrire le livre ; ils disaient qu’écrire leur avait permis de se trouver.

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Je pense à notre monde qui veut toujours plus et toujours plus vite, aux quêtes insatiables de plaisirs toujours plus intenses, plus inédits — à combien l’on peut se perdre, parfois, à ce tourbillon, dans ce tumulte.

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Des mains qui font le livre aux lettres tracées, aux mots qui font le texte : je pense à l’écriture, aux ateliers.

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Je pense à ceux que j’ai retrouvés en septembre dans l’atelier Chantiers, qui découperont dans leur vie le temps qu’il faut pour avancer avec l’écriture, en cette deuxième année.
Je pense aussi à ceux que je rencontrerai la semaine prochaine pour ouvrir ensemble le temps de l’écriture ;
je pense aussi à vous, qui me rejoindrez en novembre pour Trouver votre voie dans l’écriture ;
enfin à ceux qui viendront donner du temps à écrire et penser leurs pratiques.

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Je pense à ce beau travail des ateliers, au temps que nous donnons aux mots, aux histoires, à la littérature qui s’écrit aujourd’hui ; à tout cela qui fait de nous des êtres de parole, énonçant et construisant des récits qui disent la vie et le soin qu’elle demande.

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Vous aussi avez aimé ces images ? Cela ne vous prendra que 3 minutes et 40 secondes : regardez comment l’on fabrique un livre à la main

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