Commencer un récit long

Commencer, peut-être : mais quelle histoire choisir ? Avec quels personnages et comment tiendront-ils la route ? Qui racontera l’histoire ?

    « Je découvrais le pouvoir de ma voix et cela me rendait terriblement humble, et reconnaissant. » Patrick Autréaux, La voix écrite
Te convaincre de participer à l’atelier ?

« – te dire que l’objectif de l’atelier est de raconter des fadaises, des balivernes, des salades, des gourmandises, bref des histoires ;
– te dire qu’une fois ces histoires bien engagées, on rentre dans l’aventure qui prend les tripes et le cerveau, si bien qu’à la fin d’une journée, en passant la porte de l’atelier, on se retrouve non pas dans la rue mais sous un ciel dégagé à l’heure de la rosée, dans une grande plaine couverte d’herbe à bison ;
– t’avouer, du coup, qu’il te sera quand même difficile de retrouver le métro, le bus ou le Vélib’ par lequel tu es venu, une fois fini l’atelier. »
Valentine

fictions 2« Promesse de chaufferie d’imagination remplie à 1000 % !

Des exercices divers et variés nous prennent par surprise et font jaillir des textes étonnants. L’atelier pourrait s’appeler « l’écriture est un jeu d’enfant », mais ne vous y trompez pas : l’aspect ludique du travail n’est certainement pas innocent et encore moins inoffensif. Il provoque un volcan d’émotions et d’idées qui se concrétisent par un début de roman pour certaines, de grandes révélations pour d’autres.
Avec Gratitude »
Ludmilla

« Je suis sortie de ces 4 jours d’atelier en ayant donné corps à un projet d’écriture que je portais depuis longtemps.

Aujourd’hui je tiens des personnages de fiction et un début de fil narratif et je tiens à ce fil, ce n’est pas n’importe quel fil, c’est le mien, Claire m’a aidé à le reconnaître au milieu de multiples autres. »
Marion

« Bienvenue, c’est ton espace d’écriture !

Tu arrives, somme toute assez optimiste, parce qu’en une semaine, tu vas en faire des choses ! Ça commence bien, première consigne, bonne moisson, tu engranges du matériel, tu accumules, c’est bien, tu es bien sur le chemin de la création et de la construction. Euphorie.
Puis rapidement tu es bousculée. Hop, ça y est, tu te dis que vraiment ce n’est pas si facile. Fallait pas rêver. Si c’était facile, tout le monde le saurait. Et là, grand moment de solitude. Mais voila, ça y est, tu entends un bruit, VLAM ! Une cloison blanche de la salle claire qui tombe d’un pan entier, ouvrant soudainement un nouvel horizon. Ça te donne l’élan pour attaquer la phase d’écriture suivante. Et là aussi, il se produit le même effet, même panique. Et à nouveau, ta posture change. VLAM VLAM et reVLAM, une à une les cloisons blanches de la salle tombent, et te placent au cœur même d’un espace où l’air est plus vaste et le monde plus imaginatif. Bienvenue, c’est ton espace d’écriture ! Le champ des possibles y est à la fois plus vaste et, bizarrement, plus à ta portée. »
Carine.

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« C’est en cours

Il y a une masse incommensurable de glace dont se détachent quelques icebergs. Chaque iceberg, c’est un morceau de texte qu’on a écrit à l’atelier ou qu’on écrira. Les icebergs flotteraient dans le cercle des lecteurs, en progression constante, éclairés par des lumières différentes. Pour la prochaine proposition, c’est un autre iceberg qui se détachera.
C’est en cours. Grâce à des dispositifs, des subterfuges bien maîtrisés, les eaux sont remuées. Ça devient en cours.
Merci à qui ont permis que les mots flottent et s’assemblent. »
Dominique

« L’impression de m’immerger dans un liquide amniotique

N’est-ce pas une naissance, en même temps qu’une plongée, à quoi nous fûmes confrontées avec cette initiation au roman ? J’étais comme téléguidée par la voix de Claire, navigant parmi des îlots de textes où prendre pied avant de retourner nager. Conduite par un fil invisible, mettant de côté ma volonté, tissant ma toile et observant ce qui se passait avec curiosité. Mon personnage central a tenu le coup, s’est développé. Il en a rencontré d’autres, dont deux avec qui il a noué une solide relation. Je me sens installée dans mon roman, plus que dans un commencement de roman. »
B.

« Donner un cadre à l’écriture

Je suis arrivée à cet atelier encombrée par plusieurs sujets de romans, certainement trop vastes pour moi.  Le premier jour, quel moment de panique ! J’ai retrouvé le goût d’écrire : tous les jours Claire nous demandait d’écrire avec des contraintes. Le crayon filait sur le papier et les idées galopaient. Un vrai plaisir ! Je voudrais dire aussi l’importance de la dynamique du groupe : l’intérêt de chacune pour son texte mais également pour celui des autres, laissant de côté tout commentaire négatif (c’est l’impératif qu’énonce Claire en début de l’atelier). L’avancée de chacune dans son histoire est chaque fois appréciée et encouragée par les autres. La difficulté n’est pas masquée, mais elle semble possible à dépasser. »
PHD

« Une parenthèse enchantée

Jour 5. La nuit porte conseil, dit-on. Ce serait plus simple que ce soit le jour, parce que la nuit, moi, j’ai besoin de dormir. Mais mon cerveau n’était pas de cet avis la nuit dernière… Mon projet de roman tournait et retournait dans ma tête, et l’inspiration qui m’avait fait défaut la veille me chuchotait quantité de nouvelles pistes à explorer et de personnages à insérer dans mes textes. Dix fois, j’ai pensé me lever pour écrire, mais la fatigue était plus forte. C’est donc la tête emplie de cet embryon de livre que je suis arrivée ce matin à l’atelier, heureuse de pouvoir partager avec Claire mes nouvelles idées. Joie de sentir de nouveau mon stylo filer sur le papier, bonheur de sentir mon histoire prendre corps. L’angoisse de la page blanche est momentanément oubliée. »
Anne-Sophie

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Dans l’atelier

Dimanche 26 février, 11h15.

Vous êtes assis autour de la table. Nous nous retrouvons après avoir lancé l’écriture, hier – une écriture Autour du monde inspirée par le roman de Laurent Mauvignier. Hier, trois heures déjà d’atelier ont ouvert notre week-end.

Trois heures si brèves, avec le temps qu’il a fallu pour vous parler de l’œuvre, vous donner à entendre les voix, vous permettre d’envisager la composition du livre et surtout, vous montrer le travail minutieux du romancier — cet art de porter attention à chaque détail qui nous projette dans un lieu, au cœur d’un événement, en compagnie de ceux qui le vivent. Une heure de parole, ça m’a pris, hier, pour vous raconter tout cela après vous avoir invités, tandis que je vous parlais, à n’écouter que ce qui ferait surgir en vous l’idée qui viendrait, vous traverserait.

L’idée d’un événement dans le monde vécu par un personnage qu’il faudrait inventer. Un événement et un personnage, et deux heures pour commencer à écrire. Deux heures, oui, mais par étapes – comme toujours dans les ateliers pour éviter l’inquiétude de ceux qui n’ont pas encore l’habitude avec l’annonce d’un temps qui peut paraître long — le temps de l’écriture ne s’éprouve pas comme les autres temps une fois qu’on a plongé, quand on est dedans.

« Si j’aime si profondément le roman, c’est qu’il est par essence humain parce qu’il met l’expérience humaine au centre de tout, y compris dans sa noirceur et sa banalité. C’est pour cette raison que tout roman est profondément politique  : il donne un nom à chacun. Son utopie, son horizon, c’est de vouloir nommer chaque visage, rendre à chacun la singularité et la complexité de sa vie, » disait Mauvignier dans une interview que je vous lisais hier.

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11h45.

Au milieu de la table de l’atelier, café, thé et tarte aux pommes apportée par C.
Ce matin, D. ne nous a pas rejoints à cause d’un mal venu se nicher durant la nuit dans son dos. Je me suis dit qu’il est lourd, ce monde que je vous invite à écrire dans les pas de l’œuvre exigeante de Mauvignier, vous ne trouvez pas ?

Vous écrivez. Il est presque midi maintenant et depuis hier je n’ai toujours pas entendu vos textes. Je ne connais de vos chantiers que les thèmes que vous nous avez présentés hier, en un bref tour de table : un attentat sur la plage de l’hôtel de Sousse, en Tunisie, vécu du point de vue d’une femme qui était là en vacances ; l’arrestation d’un groupe d’adolescents qui va provoquer la bascule vers le conflit en Syrie, vécu par un chauffeur de taxi dont le fils a été arrêté ; la mort par fait de violence matonne d’une africaine exilée, dans une prison en Bulgarie, racontée par une autre exilée qui partageait sa cellule ; la sauvagerie du réel qui déborde un jeune engagé au moment où se déclenche la guerre du Golfe alors qu’il fait ses classes en caserne en Allemagne ; le combat d’une élue locale contre le déboisement dans sa commune et l’abus chimique en agriculture.
(Hier avant de vous quitter je vous ai invités à chercher les informations nécessaires à votre sujet dans la soirée.)

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Pour vous approcher de cette écriture romanesque et politique dont parle Mauvignier, je vous ai demandé de ne pas céder à la tentation des beaux sentiments, ni à celle du point de vue surplombant, ou simplifiant, non ; ne rien céder au général et écrire « à hauteur d’homme », comme je le racontais ici. C’est l’enjeu de cette séance.

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11h55

Autour de la table je vois les feuilles que vous couvrez de signes, les pages de vos cahiers tournées l’une après l’autre sous l’avancée des mots, la poussée des phrases, la progression de vos histoires. Vous écrivez, G., une phrase après une autre, lentement, si lentement, avec ce mouvement qu’impriment vos phrases sur vos lèvres quand vous vous les dites en voix intérieure. Vous vous relisez beaucoup et produirez, je le sais — je connais votre écriture maintenant – un texte d’une densité éclatante. F. et C., je ne vous avais pas revues depuis que vous aviez travaillé avec moi en atelier il y a une quinzaine d’années – le cliquetis rapide de vos doigts sur les touches de votre ordinateur, F. ; votre bic qui court si vite sur le papier, C. ; tout à l’heure vous direz « J’ai été emportée. » À côté de vous, H., vous tenez, votre bic très haut en gardant votre main à distance du papier comme si vous traciez des arabesques avec un pinceau fin, comme si vous les enrouliez en lignes régulières tout le long de la page. Et vous, A., sur ma gauche ; vous revenez avec une feutre turquoise sur les pages de votre cahier en papier recyclé couvertes d’une écriture violette ; vous barrez, complétez, changez des mots et cela donnera la précision de cette écriture que je commence à bien connaître, si précise dans le choix des mots, si fluide, et mûre ; vous préparez la lecture de votre texte, là, dans cinq minutes, à midi et quart.img_1326

12h15

À onze heure et quart je m’étais entendue vous dire : « à bientôt, après la traversée ». Une heure. Une si petite heure lorsqu’il s’agit d’écrire s’est écoulée dans le beau silence de l’atelier. Je viens de vous annoncer que nous lirions dans cinq minutes. Vous avez levé les yeux de l’ordinateur ou de vos feuilles ou de votre cahier, vous m’avez regardée comme en songe.
Vous revenez de loin.

 

 

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Cher Laurent Mauvignier

Cher, oui, pour vos livres et ce qu’ils ont permis d’ouvertures, pendant 3 jours d’atelier d’écriture en dialogue avec votre œuvre.

Cher pour la profondeur qu’on éprouve en vous lisant, cher pour votre obstination à traquer les silences qui privent l’homme d’une part de son humanité, cher pour votre posture — pour l’écriture « à hauteur d’homme » comme je l’ai souvent raconté pendant l’atelier –, pour ce que cette posture permet de travail sur les voix, sur le point de vue — sur l’homme comme être singulier, que le roman peut sortir des ornières des représentations que vous nommez clichés.

Cher, enfin, pour la réponse à nos lettres que vous avez déposée sur cette page (qu’on découvrira dans les commentaires).

Pendant 3 jours j’ai parlé de votre travail aux personnes rassemblées dans l’atelier, j’ai donné à entendre les voix dans vos livres et proposé de s’essayer aux formes qui structurent vos textes. J’ai parlé de cette phrase de Kafka que vous aimez citer, qui dit qu’en littérature, il s’agit de « trouver une parole vraie, d’homme à homme ». Nous y avons travaillé. En fin de parcours, j’ai proposé à chacun de vous adresser une lettre. Les voici. Vous y trouverez la diversité des points de vue et des voix qui fait la beauté de la littérature — qui fait la beauté des ateliers aussi.

Cher auteur kidnappé par Claire Lecœur,

Nous avons passé trois jours avec vous qui ne le saviez pas. Trois jours à « Mauvignier », avons-nous dit le dernier jour, dans un rire d’après l’intensité du contact entre vos univers et nos intérieurs – « Jubilatoirement bricolatoire » m’avait échappé la veille.

Trois jours, attendus comme une manne, à poursuivre des personnages à coup de mots, de sons et de souffles. À monologuer d’une tête l’autre, à dialoguer de notre mieux et frotter nos textes entre eux. À oser le motif répété et la vibration tenue le plus longtemps possible.

Vous nous donniez élan et permission pour poser nos histoires et leurs blancs, nos regards sur le monde, nos incompréhensions et nos révoltes dans de nouvelles formes – dans l’esquisse de nouvelles formes plus précises, moins narrées, plus incarnées. Nos Kirghizistan apparaissaient sur des cartes que chacun repasserait à l’encre plus tard.

Épuisée d’une fatigue qui remplit – l’atelier a ses contretemps de lectures tardives et vous écrivez beaucoup – je me vois pour regagner la ville dévaler une échelle virtuelle. Le travail étayé à votre œuvre nous aura élevés, offert des vues lointaines ou microscopiques, emportés vers des possibles, l’écriture avivée en nous.
Continuer, avez-vous écrit.
Anne Demerlé-Got

Cher Laurent Mauvignier,

Je lis des morceaux de vos œuvres à mes élèves. Je doute qu’ils comprennent tout (classes d’apprentissage). Ils n’ont pas besoin de tout comprendre, votre langue leur parle, les touche et résonne sans que moi-même je sache exactement comment. J’aime bien les énigmes. Je pense qu’il y a une voix qu’ils entendent parmi tout ce chamboulement des mots et de la syntaxe. Ils ne suivent pas vraiment mais ils entendent qu’il se passe quelque chose et ce qu’ils captent les subjugue. Plus que leurs portables et pendant dix minutes.

Alors quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai écrit (bien modestement) après les lectures et l’étude de certains de vos textes dans l’atelier de Claire Lecœur. Vous êtes contagieux ? Ça s’attrape donc aussi, la littérature, comme la grippe ?

Il ne s’agissait pas de faire comme vous. Mais tenter de trouver cette place d’écriture où l’on raconte aux autres ce qui nous est arrivé, d’homme à homme, directement, sans passer par un récit traditionnel.

Vous auriez dû venir. Je pense qu’on était de dignes débutants. On a répété. On a travaillé. On a creusé. Loin, loin, profond, avec cette exigence que montre la qualité de vos écrits. On en a bavé. Allez, oui, à vous je peux le dire, j’ai même pleuré. C’est que vous n’incitez pas à la gaudriole ! Entre le stade du Heisel, le tsunami, les agents de sécurité qui tuent, le suicide et la lepénisation des esprits, on est grave quand on vous écoute.

Vous, vos textes, ils vont à l’os, on ne fait pas semblant, on n’essaye pas de passer la pommade. Alors autour de la table, on s’est prêté à l’exercice, on a écrit en retirant tout le « gras ». Et à la lecture des textes, on a entendu des voix qui étaient très belles, même si on n’est pas encore au point tout à fait, parce qu’elles étaient vraies.

Je crois que c’est ça : pendant l’atelier autour de vos œuvres, on a vu « le trognon » de chacun, on n’a pas entendu ce que untel faisait, ou untel avait, non, on est resté dans le grave et on a vu les trognons.

Chapeau bas, Monsieur Mauvignier, et vous pouvez remercier au passage Claire Lecœur car elle a particulièrement bien su nous montrer où était votre trognon d’écriture, à vous.
Et il est beau.
F.

Cher écrivain dont nous avons pris soin pendant trois jours,

Je n’ai pas lu vos livres avant de participer aux trois journées d’atelier « Écrire avec l’œuvre romanesque de Mauvignier », ce fut tout aussi bien car je vous ai découvert à travers les yeux de Claire et de sa lecture passionnée. Vous n’étiez pas présent mais vos livres l’étaient – et bien vivants car animés par sa voix !

Quel jeu de cache-cache ! Vous étiez en suspension dans l’atelier ; vous nous percutiez ou vous nous frôliez ; nous nous étonnions et nous nous laissions flotter. Nous vous sentions, nous vous rejoignions et, alors que nous nous familiarisions avec l’un de vos textes, vous vous effaciez soudain, pour nous laisser partir vers notre écriture, en propulsant sur nous votre plus léger souffle. J’en fus au point de ne plus penser à vous en inventant mes dialogues et mes monologues, mais je sais maintenant que vous aviez laissé une trace qui vous est propre.

Je vous aurais reconnu si je vous avais rencontré dans mon texte car nous nous connaissions déjà un peu à la fin de la première journée. Cela n’arriva pas ; vous aviez tant de kilomètres d’avance sur moi. J’aurais bien aimé vous suivre parfois, en pénétrant dans le fourmillement et la raréfaction de mes mots mais vous étiez au loin, à m’attendre, du côté de chez Claire. Heureusement, je crois que votre patience, votre obstination et le mouvement de vos phrases agissaient en douce pour que je garde confiance et puisse dérouler mes images et mes idées.

Votre manière de dérouler vos personnages dans leur cadre, avec grande précision, m’a donné le souhait d’étoffer les miens, de prendre le temps de les explorer en détails dans leurs déplacements, gestes, sentiments et émotions, et de traquer le superflu pour ne pas piétiner inutilement. Il me reste à conserver cette intention en ligne de mire pour arriver à mieux voir…

Merci de nous avoir permis de faire bien des découvertes et peut-être d’écrire autrement et avec plus d’exigence.
B.

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Je dépose les armes

Et donc elle dit ainsi, que ses discours sont là pour réveiller l’écriture en nous, et elle parle et elle parle et c’est quand qu’on écrit, je me dis, et je me dis plus rien, sa voix tamponne mes pensées, mes pensées se heurtent et je disparais, je n’entends plus ni mes pensées ni ce qu’elle dit, parfois pire que tout on écoute les textes des autres, des mots jaillissent je les attrape au vol certains comme des rubis, d’autres des couteaux brillants, certains de soie, un repas, des senteurs, parfois c’est une maison, les lignes de bâti me sautent au corps, les lignes de découpes aussi, mais c’est rare, la plupart du temps c’est un océan et je suis engloutie, un texte ? Non pas, plutôt la voix de la mère comme une vague qui me submerge et je disparais, puis quand la consigne est donnée, je tente de mobiliser mon intelligence, au moins de comprendre cela, comment faire, des rails, un squelette, tenir droit cette molasse qui nage en marée haute, le premier jour je me déplace à côté de l’homme pour la prise, elle dit cela devait arriver, elle si claire, et je refuse que ça arrive, moi je suis là pour le Cœur, et le Lieu, le corps et la peau de l’homme ne doivent en rien m’en détourner, alors je me redéplace et me met près du Cœur, et n’en bougerai plus.

Là. J’ai ma prise. Alors, j’écoute. Je tente parmi les rubis, les ficelles et les cailloux, le soleil et les grands arbres, les peintures et les défunts, la musique et le foyer de saisir ce qui fait Florence, Anne, Monique, Charles, Evelyne, Claire-Lise et Berthy. Leurs corps s’empruntent une forme et un dire. Leurs textes dessinent leurs tissus chamarrés et leurs accidents. Et mes lignes, les miennes, me convainquent de laisser tomber. Laisser disparaître et l’homme et le projet et le lien. D’apaisement en jeu, de joie en effacement. Jusqu’à ce que la plage, ma page, entière, soit balayée laissant apparaître les couteaux évidés.

Continuer dit-il, dit-elle, je ne sais plus. Je connais cette histoire. Cette femme et son fils je connais. Je dirai à la femme qui s’allonge qu’elle achète le livre qui la soignera, quant à moi, Continuer, avec les couteaux vides et les revolvers déchargés.
Agnès Benedetti

Pour se dire

Trois jours à écrire. La découverte des moteurs d’écriture agit comme une aire de lancement. Une aventure se prépare. Mauvignier est un tremplin au socle de la mobilité des ressorts de la création. Qu’en sera-t-il du collectif de cet atelier ?

J’ai senti des poussées intérieures très fortes pour l’éclosion de pensées mises en mots ; j’ai senti ces forces intérieures chez chacun ; la naissance de nouveaux horizons. J’ai senti des réactions aussi.

Le travail sur Mauvignier fait apparaître la polarité agir / réagir. Les textes les plus forts sont ceux qui répondent à l’agir de l’auteur. Lorsqu’il agit, il se dépasse ; lorsqu’il réagit, il se bat contre lui-même. Comme Prévert, je crains ce matin qu’on ne puisse jamais gagner un combat avec l’ange, cet ange qui est en nous. N’y va pas, tout est combiné d’avance, le match est truqué. La fin du poème est tellement tragique.

Cet atelier était comme une pause, une pose pour soi-même. Trois jours à écrire qui se transforment en désir de s’accorder trois heures par jour pour poursuivre. Puis-je me prendre ce temps en plus du reste ? Le soir, je m’enfonce dans le sommeil profond comme on ferme les yeux. Pas une once de retenue. Je m’éclipse si facilement. Quand je m’éveille, des mots me viennent, et depuis mardi 14 février, un fond veut prendre forme. Un chemin se dessine, bien en face, devant moi.
Devant nous ?
Charles Calamel

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À Monsieur Laurent Mauvignier,

Il est désormais un rendez vous que je ne rate plus, c’est celui de la parution du dernier Laurent Mauvignier. Parce que c’est un rendez-vous avec l’humain, les drames ou les vicissitudes de la vie – là, tout de suite, on y est. À cause de cette excellence à faire exister, à force « d’usinage » de paroles singulières, des êtres vivant tout de suite. Sans ménagement, très vite on est avec eux, de leur coté, du coté de leurs blessures et de leur épaisseur humaine. Puis viennent les boucles de la mémoire, le chemin de mots et d’images qui emmènent ailleurs et encore ailleurs… « où j’ai laissé mon âme. » De lueurs en crépuscules jusqu’au sombre, et encore jusqu’au plus beau de soi-même – jusqu’à l’amour.

Je citerai ce moment où, dans Des hommes, cet homme détruit, déclassé, renié, ce « Feu de bois » — qui en effet se consume –, mobilise sa dernière énergie pour offrir à sa sœur bien aimée un bijou… et peu importe les moyens qu’il met en œuvre. Le geste maladroit, scandaleux aux yeux de tous. Le personnage donne là un aperçu du meilleur de lui même, de sa capacité d’aimer malgré tout. C’est un détail du livre, une pépite inaugurale.

Je dis merci. Je dis encore !
Monique Romieu-Prat

« Écrire avec Mauvignier », avait annoncé Claire Lecœur. Trois jours en compagnie de votre écriture, cher monsieur Mauvignier.

Je n’avais lu de vous que Dans la foule et je dois avouer que parfois je fus « emportée par la foule », mais parfois non. Et ce fut la bourrasque. Parce que votre écriture est une bourrasque. Qui va chercher loin en vous, qui vient parler au plus intime. De vos peurs, de vos émotions, de ce qui fait de vous un Humain.

Ces trois jours étaient pour moi particuliers. Je n’avais pas écrit depuis plus d’un an. Je revenais vers l’écriture. Des retrouvailles de moi à moi. Quel honneur – ou peut-être devrais-je dire quel bonheur, ou les deux – que d’avoir pu cheminer de nouveau avec une telle qualité d’écriture.

Je voulais juste vous dire merci. C’est chose faite.
Evelyne Rifkiss

En réponse à ces lettres : un signe de Laurent Mauvignier

Je ne sais pas comment vous remercier pour ces lettres si – j’allais écrire « gentilles », elles le sont, c’est sûr, mais ce n’est pas ça qui me touche, ou alors en surface, car ce qui me touche vraiment, profondément, c’est la confiance que vous me donnez, c’est un cadeau énorme, et la force aussi que vous me donnez, celle qui fait souvent défaut au moment de se remettre à sa table, de se dire que cette fois on n’y arrivera pas, si on a su, ou pu un jour y arriver…
Alors, à vous lire, tous, j’ai l’impression que l’écriture est cette voix possible d’homme à homme, oui, elle est là, elle circule, sans bruit ni gros media, à l’abri des mauvais regards, mais ouverte à tous, pourvu que chacun décide de l’entendre en lui, de la rejoindre.
Un grand merci à vous, et d’abord à Claire Lecoeur qui a mené cet atelier. Je suis très touché par ce que vous me dites.
A vous tous,
Laurent Mauvignier

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Écrire Autour du monde

Qu’ils étaient beaux, ces 3 jours d’écriture avec l’œuvre de Mauvignier !

La profondeur de l’œuvre et la rigueur des formes ont agi comme des aimants pour les écritures de celles et celui qui s’étaient rassemblés autour de la table.

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Sans doute le diront-ils eux-mêmes, dans les textes que je leur ai proposé d’écrire et de publier ici, dans un prochain article : il ne s’agissait pas de copier ou de faire du « sous Mauvigner », mais de se laisser imprégner, et inspirer par la force de la langue et des images pour aller, en écho, ou en rebond, creuser à la recherche de ses propres images, de sa propre langue.

Nous avons suivi la progression de l’œuvre — depuis les textes intimistes du début jusqu’aux romans qui disent le monde à hauteur d’homme. Chacun, le dernier jour, avait trouvé un lieu d’énonciation personnel pour dire un visage du monde qui lui tenait à cœur et l’incarner avec des personnages qui soutiendraient l’enjeu d’une esquisse de roman.

Mais c’est si court, trois jours, quand on a plongé dans l’œuvre pour y trouver des ressorts qui mobiliseraient les écritures des participants — ces pièges à écriture qu’on invente, un peu comme des capteurs de rêves…

Alors j’ai gardé un dernier « piège », pour une écriture Autour du monde sur trois demi-journées, que je vous propose dans le cadre de l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture, le week-end des 25 et 26 février, à Paris dans le 14°.

Autour du monde ? Une écriture qui dira notre monde et ceux qui l’habitent, à hauteur d’homme.

Pourquoi écrire avec Mauvignier ?

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Pourquoi écrire avec Mauvignier ?

« Il faut écrire à hauteur d’homme (…) oui, écrire en prenant le temps de l’homme comme mesure, et pas celui de l’actualité, »

disait Laurent Mauvignier interviewé sur Diacritick.

Il faudrait écrire « des personnages qui ont cette dignité, cette grandeur baignée dans l’indifférence de l’histoire – des personnages riches de leurs fragilités et de leurs blessures, de leurs échecs, mais aussi, toujours, d’un idéal, d’une force, d’une énigme qui les fait plus grands qu’eux-mêmes. »

Pourquoi, donc, écrire avec l’œuvre romanesque de Mauvignier ?

Pour dépeindre des êtres humains anonymes et fragiles — comme vous et moi — et les faire exister dans le bruit et le temps inhumain du monde ? Pour se placer à l’intérieur de ses personnages et chercher à quelles voix s’alimentera l’écriture : aux monologues qui ont initié le parcours de Mauvignier ? À la narration imagée et complexe de Continuer ? Aux dialogues — comme dans Le lien, où l’attachement indéfectible entre deux êtres nous est révélé en même temps qu’à eux même par l’unique voie des paroles qu’ils échangent après 30 ans de séparation ?

    « L. – On fera comme tu voudras, ne t’inquiète pas. C’est juste que si tu veux on peut changer et t’installer dans un endroit où pour l’été tu serais mieux, c’est tout.
    E. – On peut tout bouger, tout remuer ; mais… non, pas la chambre. Il ne faut rien toucher à notre chambre. C’est le seul endroit où je veux que rien ne bouge. Elle doit rester comme elle est, comme j’ai attendu avec elle.
    L. – Tu dis encore notre chambre ?
    E. – Oui, je le dis encore. Parce qu’après tant d’années… Tu vois, c’est comme ça, toujours notre chambre, au-delà de notre envie que ce le soit ou non. J’y ai passé tellement de temps.
    L. – Le chambre ; elle aussi je l’ai gardée avec moi pendant tout ce temps… Impossible de m’en défaire. J’ai dormi entre ses murs toutes les nuits que j’ai passées loin d’ici, dans les chambres d’hôtels, dans les baraquements. Et même dans les appartements des femmes, dans les bars où je m’écroulais quand j’avais trop bu. Je n’ai jamais pu m’arracher complètement au sommeil que je trouvais ici. »

« Un roman, c’est une vision du monde. Et si aucun roman ne change le monde, il en est tout de même une façon de le ressentir, d’y faire présence, d’en capter et d’en traduire la réalité autour de nous. »

Je parle ici du sublime, de cette idée qu’écrire c’est « tenter de répondre à cette question de savoir qui nous sommes tous ensemble et chacun pour lui-même, chacun dans cet ensemble, et comment cet ensemble regarde chacun. » (Laurent Mauvignier)

Pour être plus concrète (comme je le suis toujours dans les ateliers lorsqu’il s’agit de faciliter le passage vers l’écriture), il s’agira de chercher, pas à pas, les histoires d’hommes et de femmes dont chacun est porteur en leur donnant la chance de se déployer à travers les formes explorées pour Mauvignier. Pas à pas, proposition après proposition, texte après texte, chercher la lumière vive qui vient avec les mots lorsqu’ils ouvrent auteurs et lecteurs à la singularité de l’expérience humaine dans le grand bruit du monde.

Alors oui, venez écrire avec l’œuvre de Mauvignier si vous désirez couper dans le temps du réel un autre temps — celui qui fait naître, dans l’écriture, des images et des êtres qui disent — à hauteur d’homme — notre présence au monde.

Mauvignier

Écrire en dialogue avec l’œuvre romanesque de Mauvignier

Longtemps que j’avais projet de le mettre au travail, Mauvignier, dans mes ateliers. Quel meilleur moment que le creux de l’hiver pour suivre les sillons qu’il y a tracés dans la terre de l’écriture ?

(Mauvignier ne sera pas là « en chair et en os » n’est-ce pas, mais ses livres oui ; et avec eux son œuvre)

« Les livres qui font naître la complexité du monde, son épaisseur, à partir de la singularité des êtres, des expériences humaines, peuvent nous donner à penser la violence, les attentats, la solitude, mais aussi la solidarité, le partage, le besoin de vivre. Et nous montrer comment chaque vie est irréductible, irremplaçable. Voilà ce qu’un roman peut dire, ce à quoi il faut toujours ramener les choses et à partir de quoi on les interroge  : la vie. »
Laurent Mauvignier

Vous

Que vous ayez lu Mauvignier ou pas, cet atelier vous accueille si vous aimez écrire et désirez bénéficier d’un cadre favorable et vivifiant. Il vous invite à :

  • explorer les différentes formes narratives qui font l’œuvre romanesque de Mauvignier ;
  • avancer vers ce qui pourrait devenir vos territoires d’écriture en bénéficiant d’un accompagnement professionnel et de l’écoute de lecteurs avertis.

L’atelier

« Soucieux de rigueur formelle, Mauvignier saisit à hauteur d’homme les drames individuels, mais aussi collectifs ou historiques. À cet égard, Mauvignier est bien un écrivain de la voix, mais ces voix sont celles de situations psychiques éminemment partageables. » Dominique Viard

L’atelier propose de s’inspirer de la richesse et de la diversité des formes narratives déclinées par Mauvignier pour dire le monde et les liens entre les hommes – en chercher tant la complexité que l’éminemment singulier.

Récits monologués ou dialogués ; voix intérieures, voix polyphoniques ; orchestration de différentes situations narratives ; art du romanesque… avec Mauvignier nous nous ferons observateurs attentifs du monde et des hommes en suivant les sillons qu’il a creusés.

« Le roman nous sert à sortir de nos propres frontières, de nos propres clichés. C’est un outil que chacun peut se donner pour essayer de regarder ses propres émotions, de regarder ce qui nous anime. Dans la vie on apprend la dissimulation, le mensonge, la censure. On en arrive à ne plus regarder nos propres émotions que par le prisme d’images. Kafka dit que dans la littérature il s’agirait de trouver une parole vraie d’homme à homme. » Laurent Mauvignier

Objectifs

  • Explorer plusieurs formes narratives et comparer leurs effets
  • Se familiariser avec le travail d’incarnation du personnage en multipliant les situations narratives
  • Chercher un ressort dramaturgique à ses textes

 

Mauvignier

 

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Sentiers de la création

Créer — geste après geste, prendre soin.

J’aime ces images. J’aime voir la précision des gestes, la minutie, le temps de chaque étape — les mains qui prennent soin du livre qu’elles fabriquent.

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Je pense bien sûr à l’écriture, mais aussi à la vie, à nos œuvres — enfants, travail, relations, art, entreprises — ; aux soins qu’elles demandent.

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Je pense au temps qu’il a fallu pour écrire ce livre, Le temps qu’il faut, qui sort ces jours-ci chez L’Harmattan, au soin qu’il nous a demandé.

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Je pense aux paroles des dix auteurs lorsqu’ils ont exprimé ce qu’avait été l’aventure d’écrire le livre ; ils disaient qu’écrire leur avait permis de se trouver.

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Je pense à notre monde qui veut toujours plus et toujours plus vite, aux quêtes insatiables de plaisirs toujours plus intenses, plus inédits — à combien l’on peut se perdre, parfois, à ce tourbillon, dans ce tumulte.

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Des mains qui font le livre aux lettres tracées, aux mots qui font le texte : je pense à l’écriture, aux ateliers.

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Je pense à ceux que j’ai retrouvés en septembre dans l’atelier Chantiers, qui découperont dans leur vie le temps qu’il faut pour avancer avec l’écriture, en cette deuxième année.
Je pense aussi à ceux que je rencontrerai la semaine prochaine pour ouvrir ensemble le temps de l’écriture ;
je pense aussi à vous, qui me rejoindrez en novembre pour Trouver votre voie dans l’écriture ;
enfin à ceux qui viendront donner du temps à écrire et penser leurs pratiques.

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Je pense à ce beau travail des ateliers, au temps que nous donnons aux mots, aux histoires, à la littérature qui s’écrit aujourd’hui ; à tout cela qui fait de nous des êtres de parole, énonçant et construisant des récits qui disent la vie et le soin qu’elle demande.

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Vous aussi avez aimé ces images ? Cela ne vous prendra que 3 minutes et 40 secondes : regardez comment l’on fabrique un livre à la main

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