Écrire à Arles en juillet

Chaque été, les Rencontres d’Arles chahutent notre regard, d’un continent à l’autre. Elles nous rappellent à notre nécessité absolue d’exister.

Adriana Lestido

Cet été, Christoph Wiesner, directeur des Rencontres d’Arles, présente ainsi leur 53° édition :

    « Un été des révélations, cela semble presque une évidence. Comment nous faire voir ce qui nous crève les yeux, mais qui prend tant de temps à apparaître, comme si la révélation ne pouvait être qu’une naissance forcée ? La photographie, les photographes et les artistes qui s’en emparent sont là pour nous rappeler ce que nous ne voulons ni voir ni entendre : pourtant, comme le rappelle Emanuele Coccia, « c’est donc au sensible, aux images que l’homme demande un témoignage radical sur son propre être, sa propre nature ». »

C’est à un dialogue entre images et écriture que je vous invite pendant cet atelier. Le matin vous découvrez les expositions qui foisonnent dans les différents lieux de la ville, accompagné.e.s de votre carnet et de ma proposition d’écriture. Vous prenez des notes, cherchant à saisir ce qui fait rencontre entre votre propre regard et ceux des photographes. Puis vous trouvez votre endroit pour laisser libre cours à l’écriture en vous inspirant de vos notes : vous préparez le texte que vous apporterez, l’après-midi, dans l’atelier.

Dans l’atelier, l’après-midi, je vous invite à quelques retouches et/ou approfondissements, puis nous partageons les textes et faisons des retours dans le cadre de l’écoute bienveillante et constructive qui fonde l’esprit de mes ateliers.


Je vous donne, en fin d’après-midi, une nouvelle proposition pour le lendemain.

Décrypter les différents visages des mondes qui nous entourent en dialogue avec ce que les photographes nous en délivrent…

Dans l’atelier, il s’agira de donner vie à des personnages rencontrés au détour d’une exposition, d’imaginer les mondes qui sont les leurs, d’imaginer aussi d’autres rencontres… Vous découvrirez le formidable potentiel du langage pour dire et comprendre notre temps et celles et ceux qui l’habitent.

(Il sera intéressant de disposer d’un ordinateur pour compléter vos rencontres avec les images par des recherches documentaires sur internet, si besoin.)

Voir ici la page de l’atelier et le bulletin d’inscription dans les modalités pratiques

L’inspiration, c’est le travail

« D’un coup, des phrases viennent, quelque chose échappe. Ça devient vraiment de la littérature quand quelque chose échappe

[…] C’est provoqué par les mots, la concentration, l’isolement, la fatigue. C’est donc tout autre chose que l’inspiration. […] L’inspiration, c’est le travail. »

Je prépare une journée de l’atelier Écrire avec les auteurs contemporains. Cette année, après Pierre Bergounioux, Claudine Galea et Gwanaëlle Aubry, nous travaillerons en dialogue avec l’œuvre de Patrick Deville.

Patrick Deville dont on peut lire un livre d’entretiens sur l’écriture conduits par Pascaline David : Le tapis volant de Patrick Deville, paru aux éditions Diagonales dans la même collection que Les motifs de Laurent Mauvignier, dont j’avais parlé ici.

Dans ce livre, Patrick Deville parle de son projet pharaonique d’écriture : « Le projet Abracadabra, géographiquement, c’est un double tour du monde en douze livres. Six livres pour faire un premier tour de l’ouest vers l’est, de l’Amérique centrale vers la France en passant par l’Afrique et l’Asie, puis un tour de France au volant qui est un demi-tour, pour repartir vers l’ouest, en Amérique du Sud, en Polynésie, vers l’océan Indien et la péninsule Arabique, pour rejoindre un jour la vieille Europe. […] La planète entière, et à sa surface le fourmillement des vies humaines, comment pendant un siècle et demi, depuis 1860 – un claquement de doigts dans l’Histoire –, on a tenté de s’arranger de cette énigme de l’existence, comment les hommes ont essayé, pour le meilleur et pour le pire, de mener leur vie. »

Lorsque Pascaline David demande à Deville quels conseils il donnerait aux jeunes auteurs il répond : « Lire et travailler. La plupart du temps, bien sûr, ça ne suffit pas, et c’est normal que « ça ne marche pas ». Mais en tout cas, lire, travailler et réfléchir constituent le seul moyen de savoir si ça peut marcher. »

Lire, travailler et réfléchir… faire des exercices… Je m’amuse à penser que ce programme de préparation décrit par Deville est ce que je propose dans mes ateliers.

« Il peut y avoir ce travers quand on commence : […] on ne sait rien faire encore et l’on voudrait tout faire en même temps. C’est impossible, avant cela il y a des exercices : des exercices de description, d’invention d’un personnage, de situations de récits… J’ai donc passé des années à faire des exercices et à lire, mais pas n’importe comment. Je lisais de manière à m’y mettre comme écrivain ou futur écrivain. On lit à ce moment comme un espion. On veut savoir comment c’est fait. »

Lire comme une espionne, savoir comment c’est fait et transformer cela en proposition d’écriture, voilà comment je prépare l’atelier.



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L’atelier Rosenthal

Préparation

    « Le hululement lugubre s’est éteint, la pièce était à nouveau silencieuse. On était assis, immobiles, et on a laissé tout cela, la nourriture et le reste, descendre le long de nos viscères. On n’avait pas imaginé que Fox oserait tout déballer, qu’il se mettrait à table à ce point. On l’admirait, je crois, on admirait sa capacité à montrer devant nous ses faiblesses. […] On baignait dans une douceur nouvelle, on avait l’impression qu’on allait pouvoir utiliser toute cette connaissance accumulée dans la nuit, la vie d’un autre, proche mais presque inconnu, pour nous consoler. »

Voici la voix de la narratrice d’Éloge des bâtards, cette voix qui raconte l’histoire qu’Olivia Rosenthal a tressée avec d’autres voix – celles de jeunes hommes et de jeunes femmes qui, chacun.e, raconte comment il ou elle vit le fait d’être un.e bâtard.e.

J’ai entendu l’auteure raconter sa surprise le jour où elle s’est rendu compte que de nombreuses personnes, parmi ses proches, étaient des bâtards – nombreuses au point qu’il était difficile de croire au hasard. Son étonnement, sa curiosité l’ont poussée à mener l’enquête en recueillant leurs confidences.

« Olivia Rosenthal travaille à partir d’entretiens enregistrés, qu’elle retranscrit, relit, « rumine » jusqu’à trouver une forme, « trouver le lien entre ce que les gens [lui] racontent et ce [qu’elle] en fai[t] ». Un long processus pour se réapproprier ces voix afin de dégager, de leur désordre – élément capital, selon elle, pour que débutent les histoires ! – un fil fictionnel. Le livre constitue alors « la réponse à la question de savoir pourquoi [elle a] eu envie  de travailler sur ce thème », écrit Fred Robert, sur le site Zibeline, dans l’article Écrire, belle besogne.

    « Dites-moi votre lieu de naissance ?
    Je ne sais pas, docteur.
    Quel âge avez-vous ?
    Amérique, Francfort, l’un des deux.
    Où habitez-vous ?
    C’est difficile à expliquer. »

Ici c’est la voix de Monsieur T., atteint de la maladie de A., qui est devenu l’un des centres de On n’est pas là pour disparaître – un autre récit polyphonique initié par la question : qui devient-on lorsqu’on a perdu la mémoire ? Lorsqu’on a perdu le sentiment d’être soi ?

Dans J’entends des voix, dont j’ai parlé ici, Olivia Rosenthal présente sa pratique de collecte de la parole des autres. J’aime qu’elle dise de cette pratique que ses interlocuteurs « aiment sentir que leurs mots ont du poids. »

C’est donc au jeu de la collecte de la parole des autres que je vous invitais – avant de rejoindre l’atelier Écrire en dialogue avec l’œuvre d’Olivia Rosenthal qui s’est tenu en février à Saint Germain-en-Laye :

Commencez par choisir un thème, ou une question qui vous tient à cœur.
Un thème issu de l’actualité ?
Une curiosité pour un métier que vous aimeriez découvrir de l’intérieur, par les confidences de celles et ceux qui le pratiquent ?
Une question qui vous occupe aujourd’hui ?
Un thème issu de votre vie intime, comme le fait Olivia Rosenthal lorsqu’elle demande à ses amis bâtards de lui raconter leur vie avant de transformer ces confidences en un récit polyphonique ? (« J’aime les bâtards, le projet était de les réhabiliter », dira-t-elle après avoir écrit son roman.)

Une fois votre thème arrêté, choisissez trois personnes avec lesquelles vous mènerez des entretiens. Vous les inviterez à raconter quelque chose de leur vie, ou de leur métier, ou de leur activité, ou de leurs goûts, ou de leurs manies secrètes – en lien avec votre thème.

    « Que faites-vous là ?
    Je ne sais pas.
    Avez-vous besoin de quelque chose ?
    Donnez-moi des gants.
    Des gants ? Je ne comprends pas.
    Ça me facilitera la tâche.
    Quelle tâche ?
    Attraper les enfants dans les arbres. »

Faire parler l’autre ? L’inviter à se raconter ?
Relancer son récit par des questions ouvertes… Désirer apprendre de lui ce que vous ne savez pas encore… Écouter sa façon singulière de dire, sa manière d’habiter la langue… Enregistrer l’entretien puis transcrire les paroles telles qu’elles ont été dites – en prenant soin de saisir la tournure des phrases, les hésitations, les répétitions, les coqs-à-l’âne, les tics de langage, les silences, etc.

Ensuite ? Eh bien vous êtes venu.e.s avec cette matière dans l’atelier et nous avons assisté à la naissance des histoires qui ont donné à ces voix la présence de personnages dans vos récits.


Voir ici l’atelier Écrire en dialogue avec l’œuvre d’Olivia Rosenthal

Force de vie vers la lumière



Avec Giuseppe Penone, qui questionne les liens entre l’homme et la nature dans la belle exposition Sève et pensée actuellement à la BNF,
je vous souhaite que cette nouvelle année voie se déployer le vivant et la création sous toutes leurs formes !



Voir ici l’atelier Trouver sa voie dans l’écriture : prochain week-end les 15 et 16 janvier
Voir ici l’atelier Écrire en dialogue avec l’œuvre d’Olivia Rosenthal : du 23 au 25 février